‹ Saint Vincent de Paul [microform]Chapitre 27 sur 46 · CHAPITRE VINGT-SIXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT-SIXIEME

venait du ciel par Torgane de M. Vincent ; le mardi fut choisi comme le jour de la semaine qui leur semblait le plus propre pour cette conférence, qu'ils commencèrent dès ce temps-là, avec l'agrément de M. l'archevêque de Paris (ce fut en l'année 1633) ; et cette assemblée, petite au commencement quant au nombre, s'est multipliée avec une bénédiction particulière; elle a servi comme d'une pépinière sacrée qui a fourni à la France plusieurs archevêques et évêques qui s'acquittent saintement de leurs charges, et un grand nombre de vicaires-généraux, officiaux, archidiacres, chanoines, curés et autres ecclésiastiques qui remplissent très dignement les bénéfices, offices et dignités de l'Église par tous les diocèses de ce royaume.

Il est bien vrai que ce n'était en aucune façon pour se produire, ni pour se procurer aucun avantage temporel, que ces ecclésiastiques s'engageaient dans ces conférences ; au contraire, entre les dispositions qu'on désirait en ceux qui y étaient reçus, une des principales était un grand dégagement de tout propre intérêt, avec une intention pure et simple de se donner parfaitement au service de Dieu et de correspondre fidèlement à leur vocation. Leur sage et zélé directeur ne leur inculquait pour l'ordinaire autre chose que l'amour de l'humiliation, du mépris, de la pauvreté et des souffrances, à l'exemple de JéSUS-Christ leur divin Maître, et leurs emplois les plus fréquents étaient d'aller catéchiser et confesser les pauvres dans les hôpitaux, dans les prisons, ou bien d'aller travailler, quand M. Vincent les y conviait, avec les prêtres de sa congrégation dans les paroisses des villages, et enfin de s'occuper dans les emplois ecclésiastiques qui semblent les plus bas et les moins estimés. Cependant DiEU, qui se plaît autant à exalter les humbles qu'à rabaisser les superbes, voulut se servir de leur abaissement pour les élever : car ces conférences et ces exercices ayant produit un changement assez considérable parmi les ecclésiastiques de Paris, M. le cardinal de Richelieu, qui en avait ouï parler, voulut en être plus particulièrement informé. Pour ce sujet, il manda M. Vincent, et l'ayant entretenu touchant ces assemblées et conférences d'ecclésiastiques, et même sur la conduite et les em plois des prêtres de la Mission, il en fut très satisfait, et conçut dès lors une plus grande estime de la personne et de la vertu de M. Vincent, comme il le témoigna à Madame la duchesse d'Aiguillon, sa nièce ; l'ayant depuis voulu voir en diverses occasions, il l'exhorta de continuer les bonnes œuvres qu'il avait commencées, et lui dit même qu'il estimait que sa

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congrégation ferait beaucoup de bien dans l'Église, lui promettant toute protection et assistance.

Le Cardinal de Richelieu,

d'après le portrait conservé au musée de Versailles.

Il désira aussi savoir quels étaient ces bons ecclésiastiques qui s'assemblaient toutes les semaines à Saint- Lazare, quelle

était la fin de leurs assemblées, de quelles matières ils traitaient dans leurs conférences et à quelles œuvres de piété ils s'appliquaient. Et ayant témoigné une satisfaction particulière des réponses que M. Vincent lui fit là-dessus, comme il avait un grand désir de procurer que les églises de France fussent pourvues de bons évêques, et que ceux qui seraient élevés à cette dignité fussent remplis de toutes les qualités requises pour s'acquitter dignement de leurs obligations, il lui demanda quels étaient particulièrement ceux qu'il estimait dignes de l'épiscopat, à dessein de les proposer au roi pour être nommés par Sa Majesté aux évêchés qui viendraient à vaquer. M. Vincent lui en ayant nommé quelques-uns.cesage et zélé ministre prit aussitôt la plume, et se donna la peine d'en écrire lui-même la listede sapropre main,selon l'ordre dans lequel il les lui nommait. Tout ceci se passa si secrètement, et M. Vincent fut si réservé en ce point, qu'aucun des ecclésiastiques de cette conférence n'en a jamais rien su de son vivant. Il avait au contraire un très grand soin de les entretenir dans l'esprit d'humilité, de simplicité et de désintéressement évangélique, sans jamais leur dire aucune parole qui fît paraître qu'il eût la moindre pensée de leur procurer ces grandes charges ; mais plutôt les exhortant incessamment à fuir tout ce qui paraît éclatant et élevé, et à aimer et embrasser leur proprcabjection. Cette pratique des conférences ecclésiastiques ayant ainsi commencé à Paris, s'est depuis introduite en plusieurs autres diocèses, où, par les soins de MM. les prélats, on voit les curés, les bénéficiers et autres prêtres, tant des villes que des champs, s'assembler en certains jours aux lieux qui leur sont désignés, pour y traiter et conférer ensemble des matières qui concernent leur état, et des obligations qui y sont annexées ; le tout avec une très grande utilité pour la réformation du clergé et pour l'édification des peuples.

En l'année 1642, une seconde conférence d'ecclésiastiques fut établie au collège des Bons-Enfants. Voici à quelle occasion. Les dames de la Charité de Paris, ayant obtenu qu'il y eût un certain nombre de prêtres particulièrement employés à l'assistance des malades, M. Vincent reçut à Saint-Lazare les six premiers qui y furent destinés, pour les y préparer par les exercices de la retraite ; puis, les ayant exhortés de s'acquitter dignement de cet emploi de charité, il leur proposa pour cela divers moyens, dont le principal fut de s'assembler une fois chaque semaine au collège des Bons-Enfants pour y faire des conférences spirituelles ; ces bons ecclésiastiques

ayant volontiers accepté, il leuTdésîgna le jeudi, parce^ le jeudi n étant pas ordinairement un jour déclasse cela permettait à plusieurs ecclésiastiques, étudiants en théologie dans 1 Université, d'assister à cette nouvelle conférence sans perdre aucune de leurs leçons, ce qui a donné moyen à plusieurs de joindre ainsi l'étude de la vertu avec celle de la science.

Cftapitte MmUStptièmt. — L'établissement des hôpitaux de Paris et de Marseille pour les pauvres paierions.

A miséricorde dont M. Vincent était touché envers ; les pauvres forçats tirait son origine de laconnais- ^ sance qu'il avait eue de leur misère par sa propre expérience, et sa charité ne lui permettait pas de les mettre en oubli ; il tournait souvent ses pensées vers 1 hospice qu'il leur avait procuré proche l'église de baint-Koch. Mais, considérant que cette œuvre ne pourrait pas longtemps subsister sans quelque revenu assuré et sans une maison à elle, celle où ils étaient logés n'étant que de louage, il sollicita et fit solliciter le roi Louis XIII, et MM les échevins de la ville de Paris, d'agréer que l'ancienne tour qui est entre la porte de Saint-Bernard et la rivière, fût destinée pour servir de retraite à ces pauvres enchaînés, ce qui lui fut accorde en 1 année 1632. Ils y furent donc conduits, et, pendant quelques années, ils n'y subsistèrent que par les aumônes des personnes charitables. M. Vincent, de son côté, pour n'être pas importun aux autres, pourvoyait lui seul à leur assistance spirituelle, leur envoyant des prêtres de sa Congrégation pour eur dire la sainte Messe et pour les instruire, les confesser, les consoler. Et il conviait des personnes vertueuses à les aller visiter, pour leur faire quelque bien.

Mademoiselle le Gras ne fut pas des dernières à leur rendre de charitables ofifices, et, comme elle était alors supérieure de ^confrérie de la Charité de la paroisse de Saint-Nicolas du Lhardonnet, il lui vint en pensée de proposer aux dames qui en étaient de faire distribuer à ces pauvres galériens, logés dans la même paroisse, quelque partie des aumônes de la Chanté ; de quoi ayant donné avis à M. Vincent, il lui fit cette réponse :

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