‹ Saint Vincent de Paul [microform]Chapitre 29 sur 46 · CHAPITRE VINGT-HUITIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT-HUITIEME

blissement, qu'il vint exprès à Paris pour solliciter l'expédition de ces lettres, et lorsqu'il les eut obtenues, à la recommandation de M. Vincent, voici en quels termes il lui en écrivit l'an 1645.

« Je vous écris pour vous faire voir le progrès de l'hôpital, à l'établissement duquel vous avez tant contribué. Vous aurez appris par ma dernière, comme, après beaucoup de résistance, par l'aide de Notre-Seigncur, on nous a donné les malades des galères. Certes je ne vous saurais exprimer la joie que reçoivent ces pauvres forçats, lorsqu'ils se voient transportés de cet enfer dans l'hôpital, qu'ils appellent un paradis ; à l'entrée seulement on les voit guérir delà moitié de leur mal, parce qu'on les décharge de la vermine dont ils viennent couverts, on leur lave les pieds, puis on les porte dans un lit un peu plus mou que le bois sur lequel ils ont accoutumé de coucher. Et ils sont tout ravis de se voir couchés, servis et traités avec un peu plus de charité que dans les galères, où nous avons renvoyé grand nombre de convalescents qui y fussent morts. Certes, Monsieur, nous pouvons dire que Dieu a béni cette œuvre, ce qui paraît non seulement en la conversion des mauvais chrétiens, mais même des Turcs qui demandent le saint baptême. »

Depuis ce temps, la plupart des galères ayant été transférées de Marseille à Toulon, le soin des malades y a été transmis aussi ; on y a pris pour les y retirer une maison, où il y a ordinairement un prêtre de la Mission qui les assiste spirituellement, et qui veille à ce qu'ils soient pourvus de tout ce qui est nécessaire pour leur soulagement dans les maladies.

Chapitre Uingt-bUilièmC — L'institution d'une compagnie de dames pour le service de l'Hôtel-Dieu de Paris, et pour plusieurs autres œuvres publiques de charité, tant à Paris qu'ailleurs.

multiplicité des misères, qui se trouvent en cette vallée de larmes, oblige les âmes charitables de multiplier leurs soins, et de diversifier les moyens pour secourir les misérables. M. Vincent avait toujours les oreilles ouvertes pour écouter les avis de cette nature, et le cœur disposé pour les embrasser. Il est vrai qu'il tenait cette maxime, de ne s'ingérer jamais de lui-même à entreprendre de nouvelles œuvres, mais il attendait que la volonté de Dieu lui fût manifestée plutôt par les sentiments des autres, principalement de ses supérieurs, que par les siens

propres : car son humilité lui donnait toujours de la défiance de ses lumières particulières ; c'est pourquoi il écoutait avec respect ce qui lui était proposé en telles occasions de la part des personnes qui faisaient profession de vertu. Ce fut dans cet esprit qu'il écouta une proposition qui lui fut faite dans l'année 1643, par M'"^ la présidente Goussault. Cette dame était demeurée veuve à la fleur de son âge, et pouvait prétendre à de grands établissements dans le monde. Comme elle avait toutes les qualités de nature et tous les dons de fortune qui sont les plus recherchés, elle renonça néanmoins de grand cœur à ces avantages, et prit une généreuse résolution de s'employer uniquement au service de jÉSUS-CHRiSTen la personne des pauvres, particulièrement des malades. Elle allait souvent les visiter à l'Hôtel-DlEU de Paris, et, n'y trouvant pas les choses dans l'ordre qu'elle eût désiré, elle eut recours à M. Vincent, le priant d'aviser aux moyens de procurer quelque secours à ce grand hôpital. Mais, comme il se conduisait en toutes choses avec prudence et discrétion, il ne crut pas d'abord devoir porter la faux en la moisson d'autrui, ni s'ingérer de faire aucune chose dans un hôpital qui avait pour directeurs et administrateurs, tant au spirituel qu'au temporel, des personnes qu'il estimait très sages et très capables d'y apporter les règlements nécessaires. Cette vertueuse dame, voyant qu'il s'excusait toujours de se mêler de cette affaire, s'adressa à M. l'archevêque de Paris, lequel pria M. Vincent d'établir une assemblée de dames, qui prendraient quelque soin particulier des malades de l'Hôtel-DlEU.

M. Vincent, reconnaissant la volonté de DiEU dans Tordre de son prélat, résolut d'y travailler. Il assembla quelques dames, et leur en fit l'ouverture avec des paroles si énergiques, qu'elles prirent aussitôt résolution d'entreprendre cette bonne œuvre. Nous trouvons dans une lettre de M. Vincent à M^i^^ le Gras les noms des premières dames qui l'ont commencée :

« L'assemblée se fit hier chez madame Goussault ; mesdames de Villesavin, de Bailleul, du Mecq Sainctot et Poulaillon s'y trouvèrent : la proposition fut agréée, et on résolut de s'assembler encore lundi prochain, et que cependant l'on offrira l'affaire à Dieu, et que l'on communiera pour cela : et chacune proposera la chose aux dames et demoiselles de sa connaissance ; madame de Beaufort en sera. L'on aura besoin de vous et de vos filles ; l'on estime qu'il en faudra quatre : c'est pourquoi il faut penser au moyen d'en avoir de bonnes. »

La seconde assemblée fut plus nombreuse que la première ;

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