‹ Saint Vincent de Paul [microform]Chapitre 30 sur 46 · CHAPITRE VINGT-HUITIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT-HUITIEME

madame la chancelière s'y trouva, madame Fouquet, madame de Traversai, et plusieurs autres dames qui toutes ensemble firent élection d'une supérieure, d'une assistante et d'une trésorière ; madame Goussault fut la première supérieure, et M. Vincent demeura le directeur perpétuel de cette Compagnie. Le bon exemple de celles-là en attira un grand nombre d'autres ; en sorte que plus de deux cents dames, même de la plus haute condition, comtesses, marquises, duchesses et princesses, s'y sont enrôlées, qui ont tenu à honneur de s'offrir à Dieu pour servir ses pauvres, les reconnaissant comme les membres vivants de Jésus-Christ.

M. Vincent, dès la susdite année 1634, procura à l'Hôtel- DlEU par cette compagnie diverses assistances spirituelles et corporelles, qui jusqu'alors, faute de soins ou de moyens, manquaient aux pauvres. Ils y étaient pour le moins mille ou douze cents d'ordinaire, et depuis ils ont été jusqu'au nombre de deux mille et davantage ; c'est un flux et un reflux continuel de malades qui entrent et qui sortent : les uns y demeurent huit ou quinze jours, les autres un mois ou davantage ; il y a des jours qu'on en reçoit cinquante ou soixante, ou quatre-vingts, et quelquefois cent ; et tous les ans il y en passe au moins vingt ou vingt-cinq mille, dont les uns guérissent, les autres meurent : et pour les uns et pour les autres, il y a une grande moisson d'âmes à faire, et une occasion favorable de les mettre en état de commencer une bonne vie, par une confession générale et par une vraie conversion de leurs mœurs, ou de leur aider, quand la dernière heure est venue, à finir leur vie par une bonne mort

M. Vincent n'eut pas de peine à associer ces dames, ni à les disposer à travailler pour les pauvres, mais bien à les mettre en exercice dans l'Hôtel-DlEU. Aussi leur prédit-il, lorsqu'il leur présenta le mérite et l'importance de cette entreprise, qu'elle ne serait pas sans difficultés de la part de quelques personnes qui pourraient leur être contraires, dans la pensée que ces exercices de charité feraient connaître les défauts qui étaient alors dans cet hôpital, de sorte qu'elles devaient se représenter que, s'il y avait de grands biens à faire, il y avait aussi beaucoup d'obstacles à surmonter. De sa part, il jugea qu'il devait prévenir MM. les supérieurs spirituels et temporels de cet hôpital, leur donnant connaissance.de la bonne intention de ces vertueuses dames, et de l'ordre qui avait été donné par M. l'archevêque, afin qu'ils agréassent l'assistance qu'elles avaient dessein de rendre aux malades.

Enfin, après avoir nommé celles qui devaient commencer cette charitable visite des pauvres malades, il leur recommanda : 1° d'invoquer tous les jours, en entrant dans l'Hôtel-DlEU, l'assistance de Notre-Seigneur, qui est le vrai père des pauvres,par l'entremise de la Très Sainte Vierge et de saint Louis, fondateur de cette maison ; 2° de se présenter ensuite aux religieuses qui ont le soin des malades, s'offrant de les servir avec elles pour participer au mérite de leurs bonnes œuvres ; 30 d'estimer et de respecter les religieuses comme des anges visibles, leur parlant avec douceur et humilité, et leur rendant une entière déférence ; 4° s*il arrivait que ces bonnes filles ne prissent pas toujours en bonne part leur bonne volonté, qu'elles leur en fissent des excuses et tâchassent d'entrer dans leurs sentiments, sans jamais les contredire, ni les contrister, ni vouloir l'emporter sur elles.

« Nous prétendons, leur disait-il, contribuer au salut et au soulagement des pauvres, et c'est chose qui ne se peut sans l'aide et l'agrément de ces bonnes religieuses qui les gouvernent. Il est donc juste de les prévenir d'honneur, comme leurs mères, et de les traiter comme les épouses de Notre-Seigneur et les dames de la maison : car c'est le propre de l'Esprit de Dieu d'agir suavement, et c'est le moyen le plus assuré de réussir que de l'imiter en cette manière d'agir. »

Voilà quel était l'esprit avec lequel M. Vincent entreprit cette sainte œuvre, et la prudente et sage conduite sous laquelle ces dames commencèrent d'aller exercer leur charité envers les pauvres de l'Hôtel- DiEU, où elles trouvèrent un facile accès. Elles gagnèrent incontinent les cœurs des religieuses, par les services qu'elles rendaient, non seulement aux malades et convalescents, mais aussi aux parents des mêmes religieuses , lorsqu'elles les en requéraient pour quelques affaires de famille ; et par ce moyen elles eurent toute liberté d'aller de salle en salle et de lit en lit, consoler les malades, leur parler de Dieu, et les porter à faire un bon usage de leurs infirmités.

Et pour ne point faire cette visite des malades les mains vides, elles convinrent avec M. Vincent qu'il était expédient, outre les paroles de consolation et d'édification qu'on leur disait, de leur porter quelques douceurs par manière de collation entre le dîner et le souper. A cet effet, les Filles de la charité furent chargées d'acheter et préparer toutes les choses nécessaires, et d'aider les dames à distribuer ces collations aux malades. M. Vincent, l'ayant su, en écrivit à mademoiselle le

Page 1