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CHAPITRE PREMIER

conservation, mais aussi de son accroissement, dans un temps où il semblait Tavoir presque abandonnée ; et pour voir quels ont été les desseins particuliers de sa providence sur son fidèle serviteur Vincent de Paul, et les grandes choses qu'il voulait opérer en lui et par lui, pour l'avantage de l'Église et pour l'augmentation de sa gloire.

Ce fut vers la fin du XVP siècle que Dieu fit naître son serviteur, dans un temps où la France était agitée d'horribles tempêtes au sujet des nouvelles hérésies de Luther et de Calvin, lesquelles, après avoir séparé une partie des Français de l'union que tous les catholiques doivent avoir avec le chef de l'Eglise, les portèrent bientôt après à une rébellion contre leur roi : c'est en effet le propre des hérétiques, comme l'a remarqué un apôtre, de mépriser toute domination et de fouler aux pieds le respect qu'ils doivent à leur souverain.

Il ne peut se dire combien ces deux fléaux de la guerre civile et de l'hérésie joints ensemble, causèrent de maux pendant une longue suite d'années qu'ils durèrent. La France, qui jusqu'alors avait été une des plus florissantes monarchies de la terre, devint comme un théâtre d'horreur, où la violence et l'impiété firent jouer d'étranges tragédies. On voyait en tous lieux les temples détruits, les autels abattus, les choses les plus saintes profanées, les prêtres massacrés, et, ce qui était le plus grand et le plus funeste de tous ces maux, un renversement presque universel de tout ordre et de toute discipline ecclésiastique: de sorte qu'en la plupart des provinces de ce royaume, les peuples étaient comme de pauvres brebis dispersées, sans sacrements, sans instruction et presque sans secours extérieur pour le salut.

Il est bien vrai que Dieu ayant depuis rendu le calme et la paix à la France, par le courage invincible de Henri le Grand de très glorieuse mémoire, les prélats, appuyés de son autorité, employèrent divers moyens pour remédier à toutes ces confusions, et remettre la religion en sa première splendeur. On assembla, pour cet effet, divers conciles provinciaux, qui firent de très saintes et de très salutaires ordonnances ; et les évêques ne manquèrent pas, dans leurs synodes particuliers, de faire tout ce qui dépendait d'eux pour en affermir l'observation. Mais les désordres causés par la contagion de l'hérésie et par la licence des armes étaient si grands, et les maux si enracinés, que ces remèdes n'eurent pas tout l'effet qu'on s'était promis ; et nonobstant tous les soins que les supérieurs ecclésiastiques employèrent à l'acquit de leurs charges, on

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voyait toujours, et on a encore vu longtemps après, plusieurs grands défauts parmi le clergé : ce qui était cause que le sacerdoce était sans honneur, et même dans un tel mépris en quelques lieux, qu'on tenait pour une sorte d'avilissement, quand on était de condition tant soit peu honnête selon le monde, d'entrer dans les saints Ordres.

Du défaut de vertu et de discipline dans un trop grand nombre de membres du clergé procédait cet autre grand mal que le peuple, particulièrement celui de la campagne, n'était point instruit ni assisté comme il devait être dans ses besoins spirituels ; on voyait de tout côté des chrétiens qui passaient leur vie dans une si profonde ignorance des choses de leur salut, qu'à grand'peine savaient-ils s'il y avait un DiEU ; à plus forte raison ignoraient-ils le nécessaire sur les mystères, sur les sacrements et les dispositions qu'ils y devaient apporter.

Pour les personnes qui demeuraient dans les villes, quoique, par les prédications qui se faisaient dans les paroisses et autres églises, elles eussent plus de connaissances et de lumières, cette connaissance toutefois était ordinairement stérile, et cette lumière sans chaleur. On n'y voyait presque aucune marque de cette véritable charité qui se fait connaître par les œuvres : les exercices de miséricorde spirituelle envers le prochain n'étaient point en usage parmi les personnes laïques ; et pour les aumônes et l'assistance corporelle, on ne s'y adonnait que fort petitement : de telle sorte que les personnes les plus à l'aise croyaient faire assez lorsqu'elles donnaient quelque double ' ou quelque sou aux mendiants ; et s'il arrivait que quelqu'un fit une aumône un peu plus considérable, cela passait pour une action tout extraordinaire.

Voilà quel était l'état du christianisme en France lorsque Dieu, qui est riche en miséricorde, voyant les grands besoins de son Église en l'une de ses parties principales, voulut y pourvoir et suscita, entre autres plusieurs grands et saints personnages, son fidèle serviteur Vincent de Paul, lequel, animé de son esprit et fortifié par sa grâce, s'est employé autant qu'il a été en lui, avec un zèle infatigable, à réparer tous ces défauts et à y appliquer des remèdes convenables.

Et d'abord, il s'est proposé,^ comme un de ses principaux ouvrages, de veiller à ce que l'Eglise fût remplie de bons prêtres, qui travaillassent utilement et fidèlement en la vigne du

I . Petite pièce de cuivre qui faisait la sixième partie du sou, ou deux deniers. (Note des éditeurs.)

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