CHAPITRE PREMIER
Seigneur : c'est à quoi tendaient les exercices des ordinands, les séminaires, les retraites des ecclésiastiques, les conférences spirituelles dont il a été le promoteur, comme il se verra en la suite de ce livre.
Il joignait à ce zèle pour le bien du clergé une charité très ardente pour l'assistance spirituelle des âmes qui en avaient besoin, et surtout des pauvres de la campagne qu'il voyait les plus abandonnés. Il ne peut se dire combien il a travaillé pour les délivrer du péché et de l'ignorance, en les catéchisant et les disposant à faire des confessions générales. Non content des fatigues qu'il embrassait pour cet objet, il excitait autant qu'il pouvait les autres à en faire autant ; et son amour envers les pauvres n'a point été satisfait qu'il n'eût établi une congrégation de très vertueux prêtres missionnaires, voués aux mêmes exercices de charité, non seulement dans la France, mais dans l'Hibernie\ dans l'Ecosse, dans les Iles Hébrides, dans la Pologne,dans l'Italie, dans la Barbarie, et jusque sous la zone torride dans l'île de Madagascar, où plusieurs de ces ouvriers évangéliques ont consumé leur vie dans les ardeurs de leur charité.
Mais ce n'était pas assez pour Vincent de Paul de secourir les âmes, s'il ne pourvoyait encore aux nécessités corporelles des pauvres ; et quoiqu'il se fût lui-même rendu pauvre pour l'amour de Jésus-Christ, et qu'ayant tout quitté pour le suivre il ne lui restât plus rien à donner, comme il avait néanmoins le cœur tout embrasé du feu céleste que ce divin Sauveur est venu allumer sur la terre, il ne lui a pas été difficile de communiquer une partie de cette sainte ardeur aux personnes bien disposées avec lesquelles il se rencontrait. On en verra des exemples merveilleux dans la suite de sa vie. Et quoiqu'on puisse, en ces derniers temps, renouveler avec plus de raison que jamais la plainte du saint Apôtre, et dire que tous ne s'étudient qu'à cJiercher leurs intérêts, et non pas ceux de Jésus-Christ, VQx^mpXQ ioutQiois et la parole de Vincent de Paul ont eu le pouvoir d'arracher du cœur d'un grand nombre de personnes vertueuses cette racine de toute sorte de maux, et de leur inspirer des dispositions si parfaites que leur plus grande joie a été, et est encore à présent, non seulement de faire une sainte profusion de leurs biens pour assister et secourir les pauvres, mais aussi de se donner elles-mêmes, et de consumer leur santé et leur vie dans les plus laborieux exercices de la charité.