‹ Saint Vincent de Paul [microform]Chapitre 32 sur 46 · CHAPITRE VINGT-HUITIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT-HUITIEME

1° De tenir ce livre en leurs mains lorsqu'elles parleraient à ces pauvres, afin qu'il ne semblât pas qu'elles voulussent leur faire des prédications d'elles-mêmes, mais selon ce qui était contenu dans ce livre.

2° De s'habiller le plus simplement qu'elles pourraient aux jours qu'elles iraient à THôtel-DlEU, afin de paraître, sinon pauvres avec les pauvres, au moins fort éloignées de la vanité et du luxe des habits, pour ne pas faire peine à ces pauvres infirmes, lesquels, voyant les superfluités des personnes riches, se contristent ordinairement davantage de ce qu'ils n'ont pas pour eux les choses nécessaires.

3° De se comporter envers les pauvres malades avec grande humilité, douceur et affabilité, leur parlant d'une manière familière et cordiale, pour les gagner plus facilement à DiEU. Enfin il leur marqua de quelle façon elles devaient leur parler de la confession générale ; et quoique ce fût en termes fort simples et populaires, le pieux lecteur aura consolation, en les lisant ici, d'y voir une expression naïve de la charité dont le cœur de ce père des pauvres était rempli. Voici comment il conviait ces dames à parler aux pauvres femmes malades, pour les disposer à faire une confession générale :

« Ma bonne sœur, y a-t-il longtemps que vous ne vous êtes point confessée? N'auriez-vous point la dévotion de faire une confession générale, si l'on vous disait comme il la faut faire? On m'a dit à moi qu'il était important pour mon salut d'en faire une bonne avant que de mourir, tant pour réparer les défauts des confessions ordinaires que j'ai peut-être mal faites, que pour concevoir un plus grand regret de mes péchés, en me représentant les plus griefs que j'ai commis en toute ma vie, et la grande miséricorde avec laquelle Dieu m'a supportée, ne m'ayant pas condamnée ni envoyée au feu d'enfer lorsque je l'ai mérité; mais m'ayant attendue à pénitence pour me les pardonner et pour me donner enfin le paradis, si je me convertissais à lui de tout mon cœur, comme j'ai un bon désir de faire avec le secours de sa grâce. Or, vous pouvez avoir les mêmes raisons que moi de faire cette confession générale et de vous donner à Dieu pour bien vivre à l'avenir. Et si vous voulez savoir ce que vous, avez à faire pour vous ressouvenir de vos péchés et ensuite pour vous bien confesser, on m'a appris à moi-même à m'examiner comme je vais vous le dire, etc. On m'a aussi appris comment il fallait former en mon cœur une vraie contrition de mes péchés, et à en faire les actes en cette manière, etc. etc. On m'a aussi enseigné à faire des actes de foi, d'espérance, d'amour de Dieu en cette manière, etc. >

Deux ans après le premier établissement de cette compa-

gnie, M. Vincent jugea qu'il était expédient de députer^ un certain nombre de dames, de trois mois en trois mois, qui s'appliqueraient particulièrement à l'instruction et consolation des malades, pendant que les autres vaqueraient "^à leur donner quelque soulagement corporel, l'expérience ayant fait connaître qu'il était difficile que celles qui travaillaient à l'un, pussent s'employer à l'autre, outre qu'on pourrait, par ce moyen, choisir celles qui seraient trouvées les plus propres pour l'exercice de ces œuvres de miséricorde spirituelle, les unes n'y ayant pas si grande aptitude que les autres. Elles s'assemblèrent donc toutes à cet effet, et la compagnie ayant approuvé la proposition, on en députa quatorze pour travailler pendant trois mois à ce saint emploi. Dès le lendemain, celles qui avaient été désignées furent, suivant l'avis de M. Vincent, prendre la bénédiction de MM. les chanoines de Notre- Dame qui exerçaient la charge de supérieurs de l'Hôtel-DlEU, et ensuite elles commencèrent à aller deux chaque jour de la semaine, les unes après les autres, visiter, consoler et instruire les malades. De trois mois en trois mois, aux quatre-temps de l'année, on en élisait d'autres, et M.Vincent assemblait celles qui sortaient de charge ainsi que celles qui y entraient, avec les oflftcières de la compagnie, dans leur chambre près de l'Hôtel-DlEU ; là, celles qui sortaient de charge rapportaient de quelle façon elles avaient procédé et les fruits obtenus, afin que ce qu'elles avaient bien fait servît de règle aux autres qui leur succédaient. M. Vincent appuyait de ses avis, quand il le jugeait nécessaire, les choses qu'il fallait suivre, et faisait prendre garde à celles qui étaient à éviter.

Quand les pauvres malades étaient suffisamment instruits et disposés à faire leurs confessions générales, les dames, au commencement, faisaient prier quelques religieux de les aller entendre ; mais des difficultés étant survenues qui les empêchèrent de continuer, elles y employèrent, en leur donnant quelque honnête rétribution, deux prêtres dont l'un savait parler plusieurs langues pour la commodité des malades étrangers. Et comme le nombre des malades augmentait, les dames se trouvant surchargées de l'instruction, outre que la bienséance ne leur permettait pas de vaquer à celle des hommes, elles convinrent avec MM. les supérieurs de mettre six prêtres à l'Hôtel-DlEU pour instruire les hommes, et entendre les confessions tant des hommes que des femmes, afin de suppléer par ce moyen au défaut des autres prêtres du lieu, lesquels, étant attachés au chœur pour les divins offices, ne pouvaient

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