‹ Saint Vincent de Paul [microform]Chapitre 38 sur 46 · TT · texte numérisé non relu

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recevait les placets qu'on présentait à Sa Majesté, et prenait connaissance des raisons et des qualités des personnes qui demandaient ou pour lesquelles on demandait des bénéfices pour en faire ensuite son rapport au conseil : la reine l'avait particulièrement chargé de l'avertir de la capacité des personnes, afin que Sa Majesté ne fût point surprise.

C'était un sujet digne d'admiration,de voir ce grand serviteur de Dieu conserver une sainte égalité d'esprit au milieu d'un flux et reflux de personnes et d'affaires, dont il était assailli continuellement, et posséder son âme en paix sous un accablement de distractions et d'importunités. Il recevait tous ceux qui le venaient trouver, toujours avec une même sérénité de visage, et sans sortir de soi-même il se donnait à un chacun, et se faisait tout à tous pour les gagner tous à Jésus-Christ* A qui considère les occupations de ce nouvel emploi, joint a la conduite de sa congrégation et des autres communautés établissements et assemblées, dont il a été parlé aux précé-' dents chapitres, il semble qu'il dût être partagé et comme divise en une infinité de soins et de pensées différentes veilant nuit et jour pour satisfaire à toutes ces charges, que 1 obéissance ou la charité lui avaient imposées : néanmoins par un effet admirable de la 'grâce, on le voyait toujours recueilli et uni a DiEU, toujours présent à lui-même, et se possédant parfaitement avec autant de paix et de tranquillité que s il n'eût eu aucune affaire, toujours prêt à écouter ceux qui 1 abordaient, et à satisfaire chacun sans rebuter personne La cour a été le théâtre où la vertu de ce fidèle serviteur de Dieu a paru dans son plus grand jour ; où son humilité a triomphe des vains applaudissements des hommes • où sa patience s est montrée invincible parmi les pertes,les afflictions et tous les traits envenimés de l'envie et de la malice : où sa fermeté a soutenir les intérêts de DlEU et de l'Église s est fait voir au-dessus de toute crainte et de tout respect humain. C est la qu il a témoigné sa fidélité inviolable et son affection constante au service de Leurs Majestés ; son respect et sa soumission envers les prélats ; l'estime et la charité qu'il conservait en son cœur pour tous les Ordres de l'Église, et pour toutes les communautés ecclésiastiques et religieuses ; le grand desir qu il avait de bannir l'avarice et l'ambition de tous les béneficiers, de remédier aux abus qui se commettaient dans I usage des biens de l'Eglise, et dans les moyens qu'on employait pour parvenir aux bénéfices et aux autres dignités ecclésiastiques. ^

Mais ce qui fait bien voir le parfait désintéressement de M. Vincent, est que, la reine étant pour lors environnée et pressée de toutes parts de demandeurs et de personnes qui aspiraient avec ardeur aux charges, aux bénéfices et autres sortes

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de biens, il ne lui en demanda ni ne lui en fit demander pour lui ni pour les siens, quoiqu'il fût si près de la source d'où ils découlaient abondamment sur tous les autres, et qu'il y ait grand sujet de croire que la reine l'aurait très volontiers gratifié de plusieurs choses, s'il eût été dans la disposition de les

accepter. Il courut même un bruit pendant quelques jours qu'il allait être cardinal, jusque-là que diverses personnes lui en firent compliment. Il est vrai qu'on ne sait pas si Sa Majesté eut ce dessein, comme on le disait publiquement ; mais, quoi qu'il en soit, l'on peut assurer que, si elle avait eu cette intention, l'humilité de M. Vincent aurait été assez éloquente pour l'en dissuader.

Chapitre ttente^buitiCme. — En quelle manière M. Vincent a contribué à l'établissement et au bien spirituel des filles de la congrégation de la Croix.

^A charité de M. Vincent n'était bornée à aucune ^ œuvre particulière, mais s'étendait universclle- ^ ment sur toutes celles où il voyait que DiEU ^ pouvait être glorifié : de là vient qu il ne s'est fait de son temps presque aucune œuvre publique de piété où il n'ait eu quelque part, et pour laquelle on n'ait eu recours à lui. En voici un exemple considérable entre plusieurs autres.

Une dame de très grande piété, nommée Marie l'Huillier, veuve de feu de M. de Villeneuve, ayant par occasion reçu chez elle quelques vertueuses filles de Picardie,qui avaient été obligées de venir à Paris pour leurs affaires, reconnut que ces bonnes filles avaient un zèle particulier de former à la piété les autres personnes de leur sexe, et particulièrement les petites filles, les instruisant de toutes les connaissances nécessaires pour mener une vie vraiment chrétienne ; elle se sentit pressée du même zèle, et les y porta autant qu'elle put.

Comme les besoins spirituels sont ordinairement plus grands dans les villages et lieux champêtres que dans les villes, elle se retira en quelque maison des champs, pour donner moyen à ces filles d'exercer plus utilement cette charité ; elle les envoyait même de fois à autres en divers lieux, où, pendant quelque peu de séjour qu'elles y faisaient, elles s'employaient à cette instruction avec beauconp de fruit. Cela convia d'autres filles, qui se sentaient portées à pratiquer ces mêmes charitables exercices, de se joindre aux premières qui les avaient commencés.

Dans la suite du temps, cette dame reconnut davantage le grand besoin qu'il y avait que les petites filles fussent, dès

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leur bas âge, instruites à la connaissance de Dieu et aux bonnes mœurs, et le peu de personnes qui fussent capables tut? . -n ^^'^"^ '"^truction , particulièrement dans les bourgs et villages, les religieuses Ursulines et autres, qui

In .r r'P'*"^ ^1 P''°j^^^'°" d'y vaquer, ne pouvant s'établir en ces .eux, et les files ou femmes veuves, qui se voulaient mêler d y faire les petites écoles, en étant souvent fort incapab es; outre qu ,1 se trouve un très grand nombre de lieux

ZtZ^ur^'' ^""""f '"/îtresse d'école, de sorte que les filles étaient obligées, ou de demeurer dans une très grande igno-

S 2 i 7 -^"^ "''''"" ^^^"^ ^"^ g^'-î^"^' d'où s'ensuivaient de grands inconvénients.

Cette dame donc, considérant tout cela, prit résolution d'y apporter un remède plus universel : elle persuada à ces bonnes hlles qui étaient avec elle et qui avaient une entière déférence a ses sentiments, de s'appliquer non seulement à continuer

fiT.'mf' "'^"°"''-î"*'' ^"^°*'^ ^ '■"'■'"^^ «"t^^ ^"es d'autres hlles quonjugerait propres pour aller demeurer en divers

leux, et y faire plus chrétiennement et plus fructueusement

la fonction de maîtresse d'école. Comme toutes les œuvres

inspirées de Dieu sont exposées aux contradictions et aux

traverses, ces filles en rencontrèrent dès le début; et oour ce

sujet quelqu un leur ayant dit qu'on les pouvait avœ raison

appeler Filles de la Croix, ce titre leur est demeuré, et elles

) ont conservé avec une affection d'autant plus grande au'il

ÎéTu^Ch^,^.''^" L" 'l"^''^"^ ^^Ç- de se'tenir^us ui^i'ls à JÉSU.S.CHRIST crucifié, que saint Paul appelle la puissance et la sagesse de Dieu, afin d'y puiser la lumière et la force nécessaires pour s employer avec bénédiction à détruire parmi les personnes de leur sexe les deux plus grands obstacles de la vie chrétienne, qui sont l'ignorance et le péché =«n;-"^ vertueuse dame ne se voulut pas fier à ses propres sentiments pour une entreprise de telle importance, mais elle en parla a plusieurs grands serviteurs de Dieu et elle conféra

Xt:?err-''-''r^"^T*^^^"j^*- " >- donVapiuS:

sa utaires avis soit pour l'encourager à cette bonne œuvre, soit pour lui aider à bien former et conduire les filles qui la devaient soutenir avec elle. Depuis, elle obtint l'approbation

Dai I fiir*^"" ^^ ^^"'' "* '"^'"^ '''^^«^t'°" de cette compagnie de filles en congrégation sous le titre de Filles de la I

Croix : ce qui fut ensuite autorisé par lettres patentes du roi,

ve fiées en la cour du parlement. Madame la duchesse S

guillon. voyant le grand bien que cette nouvelle commu-

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ji- "o-. .

nauté pouvait produire dans l'Église, contribua notablement pour les établir en la ville d'Aiguillon et ailleurs.

Plusieurs années se passèrent avant que cette congrégation fût mise au point qu'il fallait pour subsister : les grandes et presque continuelles infirmités de madame de Villeneuve y ayant apporté beaucoup de retardement, et enfin la mort l'ayant prévenue avant qu'elle eût pu donner la dernière perfection à ce qu'elle avait commencé ; de sorte que ces bonnes filles demeurèrent comme orphelines, et cette perte leur arriva dans une conjoncture assez fâcheuse, en laquelle on peut dire que Satan commençait d'attaquer leur congrégation naissante pour la cribler, ainsi qu'il fit à l'égard des apôtres dans les commencements de l'Église, selon la prédiction de JÉSUS- Christ. Il y avait dès lors, à la vérité, beaucoup de personnes de vertu et de condition qui s'employaient pour faire subsister cette congrégation ; mais on y trouvait de si grandes difficultés, à cause des traverses qu'on lui donnait, que les personnes mêmes qui avaient plus d'intérêt à sa conservation,concluaient presque toutes à la dissoudre, ou bien à l'unir avec quelque autre communauté. Sur quoi M. Vincent ayant été consulté, et plusieurs assemblées s'étant tenues en sa présence sur ce sujet, ce fut une chose merveilleuse que nonobstant tout ce qui fut représenté pour faire voir que selon les apparences humaines elle ne pouvait subsister, ce grand homme, comme inspiré de DiEU, bien qu'il fût toujours assez tardif à prendre une dernière résolution dans les affaires de cette nature, et qu'il eût d'ailleurs difficulté d'approuver les nouveaux établissements, fut néanmoins absolument d'avis qu'on devait employertous les moyens possibles poursoutenir et faire subsister cette congrégation ; et quoi qu'on pût dire au contraire, il tint toujours ferme dans ce sentiment : il conseilla même à une vertueuse dame, dont il connaissait le zèle et la charité, d'entreprendre cette bonne œuvre, et de se rendre la protectrice et comme la tutrice de ces filles orphelines. Ce fut madame Anne Petau, veuve de M. Renauld, seigneur de Traversay, conseiller du roi en son parlement de Paris, laquelle, déférant à cet avis de M. Vincent, s'est employée avec une affection infatigable à soutenir et défendre les intérêts de cette congrégation des Filles de la Croix, qui a surmonté tous les obstacles par son moyen et par le secours de DiEU, et a été mise en état de rendre un service utile à l'Église. M.Vincent, non content d'avoir relevé de la sorte cette congrégation qui semblait être sur le penchant de sa ruine, exhorta

de plus un ecclésiastique, qu'il jugeait propre pour cet effet, d en accepter la charge de supérieur, sous le bon plaisir de M. 1 archevêque de Paris, pour aider ces vertueuses filles à se perfectionner en leur état. Il lui donna ensuite, en diverses rencontres, plusieurs avis très utiles touchant la conduite de cette congrégation, à laquelle il a plu à Dieu depuis de donner une bénédiction toute particulière : en sorte qu'elle a contribué et contribue encore tous les jours au salut et à la sanctification de plusieurs âmes ; car les filles de cette congrégation s'emploient non seulement à former celles qui se présentent pour les rendre propres à instruire chrétiennement les autres selon leur institut, mais elles exercent aussi toutes sortes d'œuvres de charité spirituelle à l'égard des personnes de leur sexe, et principalement envers les pauvres, soit en les disposant à faire de bonnes confessions, soit en les recevant quelques jours en leur maison pour y faire une retraite.

Or, comme après Dieu c'est M. Vincent qui leur a tendu la main pour garantir leur congrégation d'une chute dont elle n'eût peut-être jamais pu se relever,et comme il a d'ailleurs grandement contribué par ses sages conseils à les mettre dans le bon état où elles se trouvent, elles sont obligées de le reconnaître, sinon pour leur fondateur, au moins pour leur restaurateur.

CbapittE trentemeuoicme- — Dequeiie façon m.

Vincent se comporta pendant les premiers troubles de l'an 1649, et ce qui lui arriva en quelques voyages qu'il fit en ce lemps-là.

E royaume avait joui d'un grand calme pendant ^ les premières années de la régence de la reinemère, qui continua toujours ses soins pour procurer la paix au dedans, pendant qu'elle employait les armes au dehors pour repousser les efforts des ennemis. Mais, soit que nos péchés nous rendissent indignes de jouir plus longtemps d'un si grand bien, ou que DiEU, pour d'autres justes raisons qui nous sont inconnues, nous en voulût priver, ce calme fut suivi d'une des plus violentes tempêtes (') dont la France ait été agitée depuis longtemps. Ce fut vers la fin de l'année 1648 que commença de s'élever cet orage,

I I. Il s'agit ici des Uoubles de la Fronde. (Noie des éditeurs.)

qui obligea Leurs Majestés d'aller à Saint-Germain-en-Laye au mois de janvier de l'année suivante. Les troupes s'étant ensuite approchées de la capitale, elle se trouva incontinent bloquée, et peu de temps après réduite à de fâcheuses extrémités.

La première chose que fit alors M. Vincent fut de mettre sa compagnie en prières pour demander à DiEU le secours de sa miséricorde, prévoyant bien que l'affliction publique serait grande si cette division durait. En suite de cela, il crut qu'il était de son devoir de s'employer autant qu'il pourrait, afin d'y apporter quelque remède, et il résolut à cet effet, en allant faire offre de ses très fidèles services à Leurs Majestés à Saint- Germain, de représenter à la reine, avec tout le respect et toute l'humilité possible, ce qu'il pensait selon Dieu être le plus expédient pour moyenner la paix et la tranquillité de l'Etat Dans cette résolution il partit de Saint-Lazare le 13 du même mois de janvier. Pour ne donner toutefois aucun ombrage de cette sortie, il mit entre les mains de celui auquel il laissait la conduite de la maison de Saint-Lazare, une lettre pour M. le premier président, par laquelle il lui déclarait le mouvement que DiEU lui avait donné d'aller à Saint-Germain faire ce qu'il pourrait pour procurer la paix ; et que, s'il n'avait pas l'honneur de le voir auparavant que de sortir, c'était pour pouvoir assurer la reine qu'il n'avait concerté avec personne ce qu'il aurait à lui dire. Il crut devoir user de cette précaution pour deux fins : l'une pour ôter tout soupçon à la cour qu'il eût eu aucune communication avec ceux du parti contraire, et pour avoir moyen de parler plus efficacement à Sa Majesté, quand elle serait assurée qu'il lui parlait seulement selon les mouvements qu'il en avait reçus de DiEU; et l'autre, pour ne pas mécontenter le parlement, qui aurait pu trouver à redire qu'un homme comme lui eût quitté Paris de la sorte, s'il n'avait donné avis à quelqu'un des principaux de ce corps de son voyage et de son dessein.

Étant donc parti de grand matin, il arriva à Saint-Germain sur les neuf à dix heures, non sans péril, à cause du débordement extraordinaire des eaux, et des courses que les soldats faisaient de tous côtés. S'étant présenté à la reine, il lui parla près d'une heure, et ensuite alla trouver M. le cardinal Mazarin, avec lequel il eut une assez longue conférence. Il fut reçu et écouté favorablement de Sa Majesté et de Son Éminence, qui connaissaient assez la sincérité de son cœur et la droiture de ses intentions ; mais, si sa remontrance n'eut pas

a ors 1 effet qu'il eût désiré, qui n'était autre que la paix et la réunion parfaite de l'État, les affaires n'y étant pas encore disposées, il eut au moins cette satisfaction d'avoir fait tout

Le cardinal Mazarin, d'après le portrait conservé au~musée de Versailles.

ce qu'il avait pu pour témoigner sa fidélité et son zèle au service de Leurs Majestés, et tout ensemble son affection à pro-

curer le bien public et le soulagement des pauvres, lesquels, quoique les plus innocents, ressentaient néanmoins plus vivement que tous les autres les coups de cette tempête.

Ayant donc fait ce pour quoi il était allé à Saint-Germain, il en partit le troisième jour pour aller à Ville-Preux,ne croyant pas, pour beaucoup de raisons, devoir retourner à Paris. De Ville-Preux il s'en alla en une petite ferme située en Beauce, à deux lieues d'Étampes, en un pauvre hameau nommé Fresneville, de la paroisse du Val-de-Puisseaux, laquelle ferme avait été donnée à la maison de Saint-Lazare pour la fondation de quelques missions. Il y séjourna l'espace d'un mois, pendant lequel on peut dire qu'il ne se sustenta que du pain de la tribulation, la saison étant extrêmement froide et le logement très pauvre ; on y manquait de toutes les commodités pour la vie, et, dans un temps de trouble et de guerre, tout était à craindre. Pendant qu'il était en cette pauvre chaumière, on lui rapporta que les autres fermes de Saint-Lazare, qui étaient aux environs de Paris et d'où il tirait la principale subsistance des siens, avaient été pillées par les soldats, les meubles emportés, les troupeaux enlevés, avec dix- huit ou vingt muids de froment. D'un autre côté, il apprit que la maison de Saint- Lazare, depuis son départ, souffrait beaucoup de vexations ; qu'on y avait logé six cents soldats, lesquels y faisaient un étrange ravage ; et qu'on s'était saisi des portes de la maison et des greniers, d'où l'on avait fait transporter les grains et les farines aux halles, par ordre d'un conseiller, qui disait en avoir charge du parlement : ce qui néanmoins ne s'étant pas trouvé véritable, le même parlement fit sortir ces soldats et rendre les clefs, mais les dommages ne furent pas réparés. Il venait ainsi tous les jours quelqu'un vers M. Vincent pour lui rapporter ces pilleries et ces pertes ; à quoi il répondit toujours : « Béni soit DiEU, béni soit DiEU ! »

Et pour faire encore mieux connaître ce qui se passa en la maison de Saint- Lazare dans cette rencontre, et quel fut le sujet qui exerça la patience de M. Vincent, nous rapporterons ici ce qu'en écrivit un très vertueux ecclésiastique qui fréquentait les prêtres de cette sainte maison. Voici en quels termes il en parle dans une sienne lettre :

< Nous avons été témoins de la persécution que la maison de Saint- Lazare a soufferte en ses biens, commodités et provisions, pendant la guerre et les mouvements de Paris, par l'animosité de quelques personnes mal affectionnées, et même de quelqu'un d'entre les premiers magistrats. Car, sous prétexte de faire la revue des provi-

sions de blé qui se trouveraient dans la maison et dans la grange, on alla fouiller et fureter partout, comme s'il y eût eu de grands trésors cachés ; et outre cela on fit entrer un régiment de soldats très insolents, qui, durant plusieurs jours, firent un dégât et une dissipation épouvantables ; et pour comble de leur malice, ils mirent le feu dans les bûchers de la basse-cour, où était tout le bois de la provision, dont j'ai vu les restes encore tout fumants, en allant voir M. Lambert qui tenait la place de M. Vincent. Ce vertueux missionnaire essuya tous ces affronts et souffrit cette persécution avec sa sérénité et tranquillité ordinaires, tout joyeux d'avoir enduré quelques opprobres avec son bon père, et de voir le dégât et l'enlèvement (puisque Dieu le voulait ainsi,) non tant de leurs biens comme des provisions des pauvres, auxquels ils avaient dessein de les distribuer, selon leur coutume, très libéralement et charitablement durant le cours de l'année. Il eût pu justement dire à ceux qu'il voyait si avides des trésors et des richesses qu'ils cherchaient à main armée dans la maison, ce que le grand saint Laurent répondit à ses persécuteurs, leur montrant les pauvres, qui étaient les magasins vivants où l'on avait caché les richesses de l'Église pour lesquelles on le persécutait: Facultaies qnas requiris^ iti cœlestes thesajiros manus pauperum deportaverunt ('). Le bon M. Vincent fut, comme un juste Loth, tiré de cet incendie et de cette confusion par un mouvement particulier, comme par un ange. Etant sorti de Paris, le cœur tout outré de douleur sur les misères de tant de pauvres qui allaient être réduits aux dernières nécessités, il passa par Saint-Germain-en-Laye pour en exposer ses sentiments à Leurs Majestés ; et puis s'étant retiré il alla visiter les maisons de sa congrégation, qui profitèrent, par la douceur de sa présence, de notre privation et de notre perte. »

M. Vincent souffrit donc de très grandes incommodités en cette pauvre chaumière de Fresneville, tant par la rigueur du froid que pour la nourriture, qui était d'un pain fait partie de seigle et partie de fèves : on n'entendit pas néanmoins une seule plainte de sa bouche; mais il endurait tout en esprit de pénitence, croyant qu'en qualité de prêtre, il la devait faire pour apaiser la colère de Dieu. Il prêcha aux habitants de ce lieu pour les encourager à faire un bon usage de l'affliction présente, et les ayant disposés à se confesser, il leur fit la charité de les entendre avec le curé et un autre prêtre de sa congrégation.

Il partit de Fresneville, nonobstant la rigueur de la saison, et s'en alla au Mans pour y faire la visite d'une maison de sa congrégation, qui est aux faubourgs de la ville. De là s'étant

I. Les biens que vous cherchez, les mains des pauvres les ont transportés dans les trésors célestes. Office de Si- Laurent ^ jo aoïit, (Note des éditeurs.)

mis en chemin pour aller à Angers, il lui arriva un accident à une demi-lieue de Durtal, en passant une petite rivière,où,sans le prompt secours qu'on lui donna, il se serait noyé, son'cheval s'étant couché dedans. Retiré de l'eau, il remonta à cheval tout trempé, sans qu'il parût aucune émotion en son visage. C'était en carême ; et ayant à grand'peine trouvé de quoi se sécher dans une petite chaumière qu'il rencontra sur le chemin, il demeura sans manger jusqu'au soir, qu'il arriva en une hôtellerie. La maîtresse, voyant que M. Vincent catéchisait selon sa coutume les serviteurs de la maison, s'en alla ramasser tous les enfants de la bourgade, et, sans lui en parler, les fit tous monter à sa chambre : de quoi il la remercia grandement, et les ayant séparés en deux bandes, il en donna une à mstruire au prêtre qui était avec lui, pendant qu'il faisait le catéchisme à l'autre.

Il séjourna cinq jours à Angers, où il fit la visite des Filles de la Charité qui servent les malades de l'hôpital. Il partit ensuite pour aller en Bretagne. Comme il approchait de Rennes, un nouvel accident le mit dans un très grand danger : tandis qu'il passait l'eau entre un moulin et un étang fort profond sur un petit pont de bois, le cheval vint à s'ombrager de la roue du moulin, et se reculant allait se précipiter dans l'étang ; il avait déjà un des pieds de derrière hors du pont, et se trouvait sur le point de tomber, si Dieu, comme par miracle, ne l'eût retenu et arrêté tout court. M. Vincent, se voyant hors de ce danger, avoua qu'il n'en avait jamais échappé un tel ; et bénissant Dieu d'une protection si évidente, il pria celui qui l'accompagnait de l'aider à en remercier la divine bonté.

M. Vincent en tout ce voyage n'avait fait aucune visite de civilité à personne, ni à Orléans, ni au Mans, ni à Angers, ni aux autres lieux où il avait passé ; il voulait faire de même à Rennes, et traverser simplement la ville pour aller en la maison de sa congrégation qui est à Saint-Méen,àhuit lieues audelà, désirant passer inconnu en tout ce voyage, s'il lui eût été possible ; mais ayant été reconnu à son entrée dans la ville de Rennes, qui pour lors était agitée au sujet des troubles du royaume aussi bien que celle de Paris, une personne qui avait autorité en cette ville lui manda que son séjour était suspect ' à cause de son emploi dans les conseils, qu'on avait dessein de ! le faire arrêter, et qu'il lui en donnait avis, afin qu'il sortît à l'heure même de la ville. M. Vincent reçut ce congé comme une faveur, et à l'heure même il se disposa pour partir ; mais comme on sellait son cheval, un gentilhomme logé dans la

même hôtellerie le reconnut, et s'étant laissé transporter à un mouvement de colère, lui dit tout haut : « M.Vincent sera bien étonné, si, à deux lieues d'ici, on lui donne un coup de pistolet dans la tête; » et en même temps il sortit. Cette menace avait été entendue par M. le théologal de Saint-Brieuc, lequel, ayant appris l'arrivée de M. Vincent, l'était venu visiter en cette hôtellerie ; il l'empêcha de partir, et lui persuada d'aller voir M. le premier président et quelques autres,desquels il fut reçu fort civilement. Le lendemain, comme il était près de partir, on vit rentrer ce même gentilhomme, qui, après lui avoir fait la menace de le tuer, était sorti et avait couché hors de la ville ; ce qui donna sujet.de croire qu'il était allé attendre M. Vincent sur le chemin,' pour faire ce mauvais coup : mais ce fidèle serviteur de Dieu qui mettait toute sa confiance en la divine Providence et était toujours disposé à mourir, à l'imitation du saint apôtre, pour être avec JÉSUS- Christ, ne s'en m.it guère en peine ; néanmoins, M. le théologal de Saint-Brieuc ne le voulut point quitter et l'accompagna jusqu'au lieu de Saint-Méen, où il arriva le mardi de la semaine sainte. Il y demeura quinze jours, pendant lesquels il se tint la plupart du temps au confessionnal, pour entendre les pauvres qui viennent de tous côtés en pèlerinage en ce lieu, afin d'y recevoir la guérison de leurs incommodités, que Dieu leur accorde fréquemment par l'intercession de saint Méen.

Il s'en alla de ce lieu à Nantes pour quelque affaire de piété ; de là, il passa à Luçon, à dessein de continuer son voyage à Saintes, et puis en Guienne, pour y continuer la visite des maisons de sa congrégation. Mais ayant reçu ordre exprès de la reine de s'en revenir à Paris où le roi était alors retourné, il s'en vint à Richelieu, où il tomba malade ; ce que Madame la duchesse d'Aiguillon ayant su, elle envoya un petit carrosse avec deux de ses chevaux et un de ses cochers, pour le ramener aussitôt qu'il serait en état de se mettre en chemin : on lui avait donné longtemps auparavant ce même carrosse à cause de l'incommodité de ses jambes, mais il n'avait point voulu s'en servir.

Il laissa en toutes les maisons qu'il visita durant ce voyage une grande consolation à ses enfants spirituels, et une très bonne odeur de l'humilité, cordialité, douceur, et de toutes les autres vertus qu'il y pratiqua. Enfin, il retourna à Paris au mois de juillet 1649, après six mois et demi d'absence : aussitôt arrivé, il renvoya les chevaux à madame la duchesse d'Ai-

guillon, avec mille remerciements ; mais elle les lui fit ramener, disant qu'elle les lui avait donnés pour s'en servir. Il les refusa derechef, en protestant que si l'incommodité de ses jambes, qui augmentait tous les jours, ne lui permettait plus d'aller ni à pied ni à cheval, il était résolu de demeurer plutôt toute sa vie à Saint-Lazare que de se faire traîner dans un carrosse. La reine et M. l'archevêque de Paris l'ayant su, ils lui firent un commandement exprès d'aller en carrosse: à quoi il acquiesça, non sans une grande peine et une extrême confusion, appelant ce carrosse, qui était très chétif, son ignominie, et voulant que les chevaux qui le tiraient fussent aussi employés à la charrue et à la charrette, quand il n'était pas obligé d'aller en ville. Il était alors âgé de soixante et quinze ans, et tellement incommodé qu'il avait grande peine de se lever quand il était assis : de sorte que ce n'a été que par obéissance et par nécessité qu'il s'est servi de ce pauvre carrosse, qui lui a néanmoins donné moyen de travailler à diverses importantes affaires, et de rendre plusieurs grands services à l'Eglise, ce qu'il n'aurait pu faire sans cela.

G&apitte quarantième. — m. vincem procure

l'assistance des pauvres habitants des frontières de Champagne et de Picardie, ruinées par les guerres.

E nombre aussi bien que la nécessité et la misère des pauvres augmentait tous les jours par le malheur des guerres, particulièrement des intestines et civiles qui causaient d'étranges désolations. Quand on rapporta à M. Vincent, depuis son retour à Paris, l'état déplorable où se trouvaient réduites les provinces de Champagne et de Picardie du côté de la frontière, et qu'il se vit ainsi, après tant de pertes, accablé d'un nombre presque innombrable de pauvres de tout sexe, âge et condition, auxquels il était nécessaire de donner assistance, il faut avouer qu'un cœur moins rempli de charité que le sien eût perdu courage et désespéré de trouver moyen de subvenir à tant de nécessités.

Le saint homme, se confiant plus que jamais en la toutepuissance de Dieu, résolut cependant d'entreprendre cette œuvre de charité. Après avoir imploré le secours de la divine miséricorde, il en fit la proposition aux dames de la Charité de Paris ; et, quoique alors les misères communes eussent réduit

les personnes les plus riches dans un état où elles ne pouvaient plus faire ce qu'elles avaient fait par le passé, néanmoins ces charitables dames fermant les yeux àtoute autre considération humaine,et croyant que la volonté de Dieu leur était manifestée par l'organe de son fidèleserviteur,firent un effort entre elles pour secourir ces pauvres dans la désolation de leurs provinces, et y ajoutèrent ce qu'elles purent recueillir par des quêtes. M. Vincent envoya plusieurs des siens pour faire la distribution de ces aumônes : à cette œuvre Dieu donna une telle bénédiction, que depuis qu'on eut commencé cette assistance, elle fut continuée l'espace de dix ans, jusqu'à la conclusion de la paix : de sorte que, contre toute espérance et apparence humaine, il s'est trouvé que pendant ce temps-là on a distribué la valeur de plus de six cent mille livres d'aumônes, tant en argent qu'en pain, vivres, vêtements, remèdes pour les malades, outils pour cultiver la terre, grains pour l'ensemencer, et autres choses nécessaires à la vie. Cela s'est fait par la conduite et par les ordres de M. Vincent, qui envoya les missionnaires de sa compagnie dans ces provinces, où ils ont parcouru tous les lieux dans lesquels ils savaient qu'il y avait des pauvres réduits à l'extrémité, et particulièrement les villes et les environs de Reims, Fismes, Rethel, Rocroy, Mézières, Charieville, Donchery, Sedan, Sainte-Menehould, Vervins, Laon, Guise, Chauny, La Fère, Péronne, Noyon, Saint-Quentin,» Ham, Marie, Riblemont, Amiens, Arras: en un mot toutes les villes, bourgs et villages, où les pauvres gens étaient plus ruinés et plus dignes de compassion. Par ce secours charitable, l'on a empêché qu'un très grand nombre n'y soient morts de faim et de froid, surtout les malades, les vieillards et les orphelins, qui étaient pour la plupart réduits à coucher sur de la paille pourrie ou sur la terre, exposés pendant les plus grande^ rigueurs de l'hiver à toutes les injures de l'air, leurs maisons ayant été pillées et brûlées,et eux dépouillés jusqu'à la chemise, n'ayant pour retriaite que des masures dans lesquelles ils attendaient tous les jours la mort.

Dans les premières années que cette désolation fut extrême, le secours fut aussi plus grand, et, outre huit ou dix missionnaires, M. Vincent y envoya aussi des Filles de la Charité. Pendant que celles-ci s'appliquaient à secourir et assister les pauvres malades, une partie des missionnaiies distribuait le pain et les choses nécessaires pour pourvoir à l'extrême indigence des autres ; et les prêtres se répandaient dans les campagnes, visitant les paroisses destituées de pasteurs pour dis-

tribuer la pâture spirituelle à ces pauvres brebis délaissées, les instruire, leur administrer les Sacrements, les consoler et réparer le mieux qu'ils pouvaient le mauvais état de leurs églises, qui avaient été pillées et profanées par les soldats.

Certes, si les siècles passés ont vu de semblables désolations et misères, on ne lit point dans l'histoire qu'ils aient jamais vu une pareille ardeur pour y apporter le remède, et un remède si grand, si prompt, si étendu et si universel que celui-ci. Cependant tout cela s'est fait, avec la bénédiction de Dieu, par un pauvre prêtre et par un petit nombre de dames animées par sa charité et assistées de ses conseils.

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procurés par M. Vincent aux pauvres à Paris et en plusieurs autres lieux, durant les troubles de Tannée 1652 et les autres années suivantes.

TRE les secours charitables donnés et procurés '^ par M. Vincent aux pauvres de la Lorraine, de la

Champagne et de la Picardie, les nouveaux trou- ^ blés survenus dans le royaume en l'année 1652, lui fournirent encore une matière plus ample et plus abondante pour exercer sachante. Voici de quelle façon les choses se sont passées.

Le campement et le séjour des armées aux environs de Paris avai^ent causé partout une étrange désolation et misère,et la ville d'Etampes ressentit davantage ces funestes effets, ayant été assiégée longtemps et plusieurs fois de suite: ce qui avait réduit les habitants de cette ville et les villages circonvoisins dans un pitoyable état de pauvreté, la plupart étant malades et avec cela tellement dénués de secours, qu'ils n'avaient personne pour leur donner seulement un verre d'eau. Pour surcroît de misères, cette pauvre ville, après avoir été ainsi prise et reprise, se trouva tout infectée à cause des fumiers pourris répandus de tous côtés, dans lesquels on avait laissé quantité de corps morts, tant d'hommes que de femmes, mêlés avec des charognes de chevaux et d'autres bêtes, qui exhalaient une telle puanteur qu'on n'osait s'en approcher.

M. Vincent donc, ayant appris le misérable état de cette ville et de ses environs, après l'avoir représenté à l'assemblée des dames de la Charité, qui le secondaient avec tant de bonne volonté dans toutes ses saintes entreprises, envoya plusieurs

de ses missionnaires pour secourir spirituellement et corporellement ces pauvres abandonnés. L'une des premières choses qu'ils firent en arrivant et en voyant un si étrange spectacle, ce fut de faire venir d'ailleurs des hommes forts et robustes avec des charrettes pour enlever tous ces fumiers et nettoyer la ville : ce qui ne s'exécuta pas sans une grande dépense ; en suite de cela ils donnèrent la sépulture à tous ces pauvres corps à demi pourris, et puis ils firent parfumer les rues et les maisons, pour «en ôter l'infection et les rendre habitables. Ils établirent en même temps la distribution des potages, qui se faisait tous les jours, tant en la ville d'Etampes que dans-plusieurs autres villages les plus maltraités par lesarmées,etoù les habitants étaient dans la plus grande nécessité, particulièrement, à Guillerval, Villecouils, Etrechy et St-Arnoul, où les pauvres gens, tant de ces lieux-là que des autres circonvoisins, allaient tous les jours recevoir leurs portions. Ils furent aussi à Palaiseau, où les soldats avaient fait de grands ravages, et y établirent la distribution de ces potages. Mais parce que plusieurs de ces paroisses qu'on assistait se trouvaient sans pasteurs, les prêtres missionnaires ne pouvant pas satisfaire en même temps aux nécessités spirituelles et aux corporelles, M. Vincent envoya les Filles de la Charité pour faire et distribuer les potages, et pourvoir aux autres nécessités extérieures des pauvres malades, comme aussi .d'un grand nombre de pauvres orphelins, qui furent assemblés dans une même maison à Etampes, et là vêtus et nourris. Pendant que ces bonnes filles vaquaient à ces œuvres de charité extérieures, les prêtres missionnaires allaient de côté et d'autre dans les paroisses visiter et consoler ces pauvres affligés, leur dire la sainte messe, les instruire, leur administrer les sacrements : le tout avec les permissions et approbations requises de la part des supérieurs. ' ^ Or, comme toutes ces assistances spirituelles et corporelles ne se pouvaient pas rendre sans des peines et des fatigues extrêmes, et sans s'exposer au danger de contracter les maladies auxquelles on tâchait de remédier, à cause de l'infection des lieux, il arriva que plusieurs de ces bons missionnaires tombèrent malades et consumèrent leur vie dans ces exercices de charité. Il ne faut point douter que leur mort n'ait été très précieuse devant DiEU, et qu'ayant courageusement travaillé pour sa gloire et gardé une inviolable fidélité à sa sainte volonté par leur prompte et parfaite obéissance, ils n'aient reçu de sa divine miséricorde la couronne de justice.

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11 y eut aussi plusieurs de ces bonnes Filles de la Charité qui, après avoir beaucoup souffert dans les services qu'elles rendaient aux pauvres, ayant offert leur vie à Dieu en holo-

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tauste de suavité avec un courage qui surpassait leur sexe, participèrent à la même couronne.

Mais pendant que M. Vincent employait ses soins pour assister les pauvres de ces côtés-là, il arriva que les armées approchèrent de Paris et firent un étrange ravage dans les

villages et lieux circonvoisins. De tous côtés les habitants, après avoir été pillés et maltraités par les soldats, se trouvèrent réduits à une très grande nécessité : ce qu'ayant appris plusieurs personnes, touchées de DiEU, elles se joignirent à M. Vincent pour secourir ces pauvres affligés ; et comme ce secours ne se pouvait exécuter qu'avec des dépenses très grandes, qu'il eût fallu faire pour fournir toutes les choses nécessaires à ceux qui avaient été dépouillés de tout, la charité qui est ingénieuse, ou plutôt le Dieu de charité, leur suggéra la pensée de faire un magasin, dans lequel on inviterait un chacun de porter ou envoyer les meubles, habits, ustensiles, provisions et autres choses semblables qui lui seraient superflues, ou qu'il pourrait plus facilement donner que de l'argent, qui se trouvait alors fort court en la plupart des familles.

C'est particulièrement à M. du Plessîs-Mombart, qu'on a l'obligation de ce charitable et admirable dessein ; car c'est lui qui dressa le plan de ce magasin, et qui proposa les moyens de le rendre utile et fructueux.

Or ce fut de ce merveilleux magasin, comme d'une source inépuisable de charité, qu'on a tiré pendant six ou sept mois toutes sortes de secours pour ces pauvres, à savoir des habits, du linge, des meubles, des ustensiles, des outils, des drogues pour composer les remèdes, de la farine, des pois, du beurre, de l'huile, des pruneaux et autres choses nécessaires à la vie, et même des ornements, calices, ciboires, livres, meubles et linges sacrés pour en fournir les églises qui avaient été pillées. Toutes ces choses étaient envoyées en certains lieux de la campagne, d'où elles étaient après distribuées avec ordre et mesure. Les missionnaires allaient chaque jour de village en village avec des bêtes chargées de vivres et de hardes, pour les départir selon le besoin d'un chacun ; à qjioi on ajoutait encore la distribution journalière des potages qui ont sauvé la vie à un nombre considérable de pauvres faméliques, qui ne savaient où trouver du pain.

Les travaux des missionnaires furent si grands dans ces voyages, et les maladies qu'ils y contractèrent si malignes, qu'il y en eut quatre ou cinq qui en moururent, et plusieurs autres en furent malades fort longtemps. Mais quoique M. Vincent ressentît vivement les incommodités et la mort de ces bons missionnaires, qu'il chérissait tendrement comme ses enfants spirituels, néanmoins, il louait et bénissait DiEU de les voir travailler et souffrir avec tant de courage pour les

membres de JÉSUS-Christ, et finir ainsi glorieusement leur vie dans le champ de bataille, et, s'il est permis de dire, les armes à la main: sachant bien que mourir de la sorte, ce n'est pas mourir, mais plutôt cesser de mourir pour commencer une meilleure et plus heureuse vie, dans la possession parfaite de celui qui est la source et le principe de la vraie vie.

Outre ces assistances qu'on rendait aux pauvres habitants des villages hors de Paris, on eut aussi soin de plusieurs d'entre eux qui, fuyant devant les armées, vinrent se réfugier à Paris. Il y eut surtout un grand nombre de femmes et de filles, et même des religieuses, qui se trouvèrent d'abord dans une grande nécessité. Quelques dames de la Charité que M. Vincent convia à ce charitable office les départirent en diverses bandes, et logèrent chaque bande en une maison. Pendant le temps qu'elles y furent retirées, outre la nourriture et les autres nécessités du corps qui leur étaient fournies, on leur fit en chaque lieu comme une petite mission, tant pour les instruire des choses nécessaires au salut que plusieurs d'entre elles ignoraient, que pour les disposer à faire de bonnes confessions générales et à se mettre en état d'offrir à DiEU, pour la paix et la tranquillité du royaume, des prières qui méritassent d'être exaucées. On pourvut aussi particulièrement à la retraite des religieuses selon les avis de M. Vincent, lequel écrivant en ce temps-là sur le sujet de toutes ces misères à un docteur en théologie de la Faculté de Paris, qui était pour lors à Rome, lui parle en ces termes :

« Je ne doute pas que vous ne soyez averti de toutes choses. Je vous dirai seulement, au sujet de la descente solennelle de la châsse de sainte Geneviève et des processions générales qu'on a faites pour demander à Dieu la cessation des souffrances publiques par l'intercession de cette sainte, qu'il ne s'est jamais vu à Paris plus grand concours de peuple ni plus de dévotion extérieure.

» L'effet de cela a été qu'avant le huitième jour le duc de Lorraine, qui avait son armée aux portes de Paris et qui était luimême dans la ville, a décampé pour s'en retourner en son pays, ayant pris cette résolution sur le point que l'armée du roi allait londre sur la sienne. On continue aussi depuis à traiter la paix avec les princes, et on espère d'autant plus de la bonté de Dieu qu'elle se fera, qu'on tâche d'apaiser sa justice par les grands biens qui se font maintenant dans Paris, à l'égard des pauvres honteux et des pauvres gens de la campagne qui s'y sont réfugiés. On donne chaque jour du potage à quatorze ou quinze mille qui mourraient de faim sans ce secours, et de plus on a retiré les filles en des maisons particuhères, au nombre de huit à neuf cents, et l'on va enfermer

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les pauvres religieuses réfugiées, qui logent parla ville, dans un monas ère préparé pour cet effet, où elles seront bien gouvernées Vo.là bien des nouvelles, monsieur, contre la petite maxime où nous sommes de n'en point écrire ; mais qui pourrait s'empêcher de publier la grandeur de Dieu et ses miséricordes ? etc. >>

Il ne faut pas ici omettre que ces distributions de pota-es se faisaient presque toutes par les Filles de la Charité "et ffrr'.r '°'"' ^^ aumônes des dames de la compagnie de la Chanté, qui ont toujours eu une très bonne part à toutes ces œuvres. Or, comme ces pauvres réfugiés étaient séoarés en divers endroits de Paris, surtout dans les faubotlrjs, M v[n! cent prit un soin particulier de la nourriture et de l'instruction de ceux qu, se trouvèrent dans les quartiers proches de baint-Lazare, au nombre de sept à huit cents • il les fai sait venir tous les jours le matin et l'après-dînée, pour leur distribuer la nourriture et pour leur faire, par ce ikoyen les

mfs^-on ' An"'T"' ^^.^■^^'•<=''=- q"' «e pratiquent dans îa mission. Apres la prédication, on faisait entrer les hommes et les garçons dans le cloître de Saint-Lazare, et, les ay^n? divisés en neuf ou dix bandes, il y avait un prêtre en chacune pour les instruire, pendant que d'autres prêtres travaillaîent ^ instruire les femmes et les filles dans l'église M Vincent voulut prendre part à ce travail et faire tu.ssi lui-même "e catéchisme à ces pauvres.

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cent a fait pour le bien de ce royaume et po^ur le sérv^; du roi, pendant les troubles qui commencèrent l'année

UR remédier efficacement à quelque mal, ce n'est ^ pas assez d en empêcher les effets ; il faut, si l'on i Pf"t-«" '^'T/???^'" 1^ cause. Les assistances charii^ tables que M. Vincent procurait aux pauvres pen-

n=,rf,V ^-.c -" ^"^'''■^' pouvaient bien les soulager d'une partie des misères que ce fléau leur faisait ressentir ■ mais^P grand serviteur de Dieu, qui avait autant de prudence que Je zèle, voyait bien que tout ce qu'on ferait aurait peu de succès SI Ion n'apportait le remède à la racine du mal et si on n'en faisai cesser la cause, en rétablissant une paix assurée par

souverain . 1 union et la juste correspondance des membres

avec leur chef étant établie de Dieu aussi bien dans le corps politique comme dans le naturel, pour y maintenir l'ordre et par conséquent pour y mettre la paix, qui n'est autre chose, comme dit saint Augustin, que la tranquillité de l'ordre.

M. Vincent donc voyant que le feu de la guerre allait s'allumant de jour en jour en la plupart des provinces de ce royaume, et prévoyant les grands désastres qui en arriveraient et pour l'ii-tat et pour la religion si ce mal continuait,il se résolut de s'employer, autant qu'il serait en lui, pour y remédier et pour l'éteindre. La première et principale chose qu'il fit pour ce sujet, ce fut de recourir à DiEU, et d'inviter toutes les personnes vertueuses et bien intentionnées qu'il connaissait à faire de même par prières, aumônes, jeûnes, et autres œuvres de pénitence, pour apaiser sa justice, réparer les offenses commises contre sa majesté, fléchir sa miséricorde, et obtenir la paix. Il établit pour cet effet, en la maison de Saint-Lazare, que tous les jours trois missionnaires jeûneraient à cette intention, un prêtre, un clerc et un frère : que le prêtre célébrerait la messe ce jour-là, et que les deux autres communieraient pour la même intention ; et lui-même ne manquait pas de s'acquitter exactement de ce devoir à son tour, quoiqu'il fût plus que septuagénaire.

Une fois entre autres, étant extraordinairement touché des misères que le fléau des guerres causait non seulement en France, mais aussi en plusieurs autres royaumes chrétiens, au sortir de l'oraison mentale, dont le sujet était de l'utilité des souffrances, il parla à toute sa communauté en ces termes :

€ Je renouvelle la recommandation que j'ai tant de fois faite, et qu'on ne saurait assez faire, de prier Dieu pour la paix, afin qu'il plaise à Dieu réunir les cœurs des princes chrétiens. Hélas ! nous voyons la guerre de tous côtés et en tous lieux : guerre en France, guerre en Espagne, en Italie, en Allemagne, en Suède, en Pologne attaquée par trois endroits, en Hibernie dont les pauvres habitants sont transportés de leur pays en des lieux stériles, en des montagnes et des rochers presque inaccessibles et inhabitables ; l'Ecosse n'est guère mieux ; pour l'Angleterre, on sait l'état déplorable où elle est ; guerre enfin par tous les royaumes, et misères partout. En France, tant de personnes qui sont dans la souffrance! O Sauveur! ô Sauveur ! combien y en a-t-il ? Si, pour quatre mois que nous avons eu ici la guerre, nous avons vu tant de misères au cœur de la France, où les vivres abondent de toutes parts, que peuvent faire ces pauvres gens des frontières, qui sont exposés à toutes ces mi-

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sères et qui ressentent ces fléaux depuis vingt ans ? S'ils ont semé, Ils ne savent s'ils pourront recueillir : les armées viennent qui moissonnent, pillent et enlèvent tout ; et ce que le soldat n'a pas pris, les sergents le prennent et l'emportent. Après cela, que faire? Il faut mourir. S'il y a de vraies vertus, c'est particulièrement parmi ces pauvres gens qu'elles se trouvent. Ils ont une vive foi ; ils croient simplement ; ils sont soumis aux ordres de Dieu ; ils ont patience dans l'extrémité de leurs maux ; ils souffrent tout ce qu'il plaît à Dieu, et autant qu'il plaît à Dieu, tantôt par les violences de la guerre, et puis par l'âpreté du travail ; ils sont tous les jours dans les fatigues, exposés tantôt aux ardeurs du soleil, et tantôt aux autres injures de l'air. Ces pauvres laboureurs et vignerons qui ne vivent qu'à la sueur de leurs fronts, nous donnent leurs travaux, e^ ils s attendent aussi qu'au moins nous prierons Dieu pour eux.

» Hélas ! mes frères, tandis qu'ils se fatiguent ain&i pour nous nourrir, nous cherchons l'ombre et nous prenons du repos! Dans les missions même où nous travaillons, nous sommes au moins à l'abri des injures de l'air dans les églises, et non pas exposés aux vents, aux •pluies et aux rigueurs des saisons. Certes, vivant ainsi de la sueur de ces pauvres gens et du patrimoine de Jésus-Christ, nous devrions toujours penser, quand nous allons au réfectoire, si nous avons bien gagne la nournture que nous y allons prendre. Pour moi, j'ai souvent cette pensée qui me donne de la confusion, et je me dis à moimême : Misérable, as-tu gagné le pain que tu vas manger, le pain qui te vient du travail des pauvres ? Au moins, mes frères, si nous ne le gagnons pas comme ils le font, prions Dieu pour eux, et qu'il ne se passe aucun jour que nous ne les offrions à Notre-Seigneur afin quil lui plaise leur donner la grâce de faire un bon usage de ' leurs souffrances. ^

» Nous disions, ces jours passés, que Dieu s'attend particulièrement aux prêtres pour arrêter le cours de son indignation • il s attend qu'ils feront comme Aaron et qu'ils se mettront l'encensoir en main entre lui et ces pauvres gens, ou bien qu'ils se rendront entremetteurs comme Moïse pour obtenir la cessation des maux qu ils souffrent pour leur ignorance et pour leurs péchés et que peut-être ils ne souffriraient pas s'ils avaient été instruits et si on avait travaillé à leur conversion. C'est donc à ces pauvres que nous devons rendre ces offices de charité, tant pour satisfaire au devoir de notre caractère que pour leur rendre quelque sorte de reconnaissance pour les biens que nous recevons de leurs labeurs, landis qu ils souffrent et qu'ils combattent contre la nécessité et contre toutes les misères qui les attaquent, il faut que nous fassions comme Moïse, et qu'à son exemple nous levions continuellement es mains au Ciel pour eux; et s'ils souffrent pour leurs péchés et pour leurs Ignorances, nous devons être leurs intercesseurs envers la divine miséricorde, et la charité nous oblige de leur tendre les mains pour

les en retirer ; et si nous ne nous employons, même aux dépens de nos vies, pour les instruire et pour les aider à se convertir parfaitement à Dieu, nous sommes en quelque façon les causes de tous les maux qu'ils endurent. »

Voilà comme M. Vincent excitait les siens à prier, à travailler et à souffrir pour bannir l'ignorance et les péchés des peuples, comme étant les principales causes de tous les fléaux qu'ils ressentaient, et pour obtenir de la bonté de DiEU une paix véritable et assurée, qui était le souverain remède de tous les désordres qu'on voyait alors. Il ne se pouvait lasser de recommander aux siens de persévérer à demander à DiEU cette paix par leurs prières ; et ayant coutume de réciter tous les matins publiquement dans l'église de Saint-Lazare, avec ceux de sa maison, les litanies du sacré nom de JÉSUS, quand il venait à ces paroles \ Jesu Deus pacis, il les prononçait d'un ton plus grave et plus dévot, et les répétait toujours par deux fois. Outre cela, il faisait en toutes occasions la même recommandation à toutes les personnes vertueuses qu'il connaissait, les exhortant d'offrir à DiEU des prières, de faire des aumônes, des pèlerinages, des jeûnes, des mortifications et actions de pénitence, pour tâcher d'obtenir de DiEU cette paix si nécessaire et si désirée.

Outre ces prières et exercices de pénitence, M. Vincent crut qu'il était de son devoir de s'employer autant qu'il pourrait près de ceux qui avaient quelque crédit, pour les porter à procurer la paix, et à faire en sorte que l'autorité du roi fût reconnue de tous ses sujets, et qu'on lui rendît en tous les lieux de son royaume une entière et parfaite soumission, unique moyen de faire cesser les guerres civiles et les divisions intestines. Et quoiqu'il se fût toujours abstenu des affaires publiques, soit par humilité, s'en jugeant incapable, soit aussi par une prudence chrétienne, pour ne pas se détourner de ses autres emplois qui concernaient le service de Dieu et le bien spirituel des âmes, néanmoins, voyant 1^ France menacée de la dernière ruine si ces guerres intestines duraient encore quelque temps, et connaissant bien que l'amour de la patrie est un devoir de charité, et que le service qu'on rend au roi fait une partie de celui qu'on doit à DlEU, il prit résolution de faire tout ce qui serait en son pouvoir pour secourir sa patrie, et pour servir son prince dans une occasion si pressante et si importante.

Les premiers auxquels il crut devoir s'adresser pour cet effet, furent MM. les évêques, dont plusieurs avaient quelque

créance en lui ; il s'en servit fort à propos pour les exhorter et encourager de résider en leurs diocèses pendant ces troubles, afin que, par leur présence et par leur autorité, ils pussent contenir les peuples en leur devoir, et s'opposer aux desseins de ceux qui les voulaient soustraire de l'obéissance du roi. Il écrivit diverses lettres sur ce sujet à plusieurs de ces prélats, aux uns pour les congratuler d'avoir empêché que les villes de leurs diocèses n'eussent reçu ni favorisé le parti contraire, aux autres pour les dissuader de venir à la cour se plaindre des dommages qu'ils souffraient par les armées, ne jugeant pas que le temps y fût propre pour lors ; mais plutôt de demeurer dans leurs diocèses pour y consoler leurs peuples, et pour y rendre tous les services qu'ils pourraient au roi, qui saurait bien un jour les reconnaître et réparer tous ces dommages.

Après cela, se ressouvenant que saint Bernard et d'autres saints personnages qui menaient une vie encore plus retirée que lui, avaient néanmoins quitté leurs solitudes et leurs retraites pour venir à la cour des empereurs et des princes, quand il était question de pacifier les divisions et les troubles] et de procurer la paix et la tranquillité publique, il crut les devoir imiter : fermant les yeux à toutes les raisons humaines qui l'en pouvaient détourner, et préférant le service du roi et le bien de la France à toute considération de son propre intérêt, il se résolut de s'entremettre et de faire tous ses efforts pour procurer la réunion des princes avec Sa Majesté. On n'a pas su en particulier tout ce qu'il fit pour réussir dans ce dessein, parce qu'il l'a tenu fort secret ; mais il est certain qu'il alla plusieurs fois à la cour, et vers MM. les princes, auxquels il paria en diverses rencontres par ordre de Sa Majesté ! et lui rapporta leurs réponses. On a trouvé après sa mort la minute de la lettré suivante écrite de sa main sur ce sujet à M. le cardinal Mazarin, pendant que la cour était à Saint-Denis, où l'on peut voir quelque chose de cette entreprise.

« Je supplie très humblement Votre Éminence de me pardonner de ce que je m'en revins hier au soir sans avoir eu l'honneur de recevoir ses commandements : je fus contraint à cela, parce que je me trouvai mal. M. le duc d'Orléans vient de me mander qu'il m'enverra aujourd'hui M. d'Ornano pour me faire réponse, laquelle il a désiré concerter avec M. le prince (^). Je dis hier à la reine l'entretien que j'avais eu l'honneur d'avoir avec tous les deux séparément, qui fut bien respectueux et gracieux. J'ai dit à Son Altesse royale que, si

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