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CHAPITRE DEUXIEME

grands honneurs qu'on rendait à sa vertu, son entretien le plus ordinaire était de la bassesse de sa naissance, et on lui entendait souvent répéter, en ces rencontres, qu'il 71 était que le fils d'un pauvre paysan, qu'il avait gardé les pourceaux, etc. Oh ! que c'est une marque d'une vertu bien solide que de conserver

l'amour de son abjection au milieu des applaudissements et des louanges ! et que saint Bernard a eu grande raison de dire qu'une hîunilité honorée est une vertu bien rare, et qu'il y en a peu qui arrivent à ce degré de perfection, de rechercher les mépris lorsqu'ils sont poursuivis des honneurs !

Quoique les perles naissent dans une nacre mal polie et souvent toute fangeuse, elles ne laissent pas de faire éclater leur vive blancheur au milieu de cette bourbe.

La vivacité d'esprit dont Dieu avait doué notre jeune Vincent ^ commençant à paraî- ^ tre parmi ces emplois où il était occupé, elle en fut d'autant plus remarquée, et son père reconnut que cet enfant pouvait faire quelque chose de meilleur que de mener paître les bestiaux. Il prit donc résolution de le mettre aux études ; il s'y décida d'autant plus volontiers qu'il connaissait un certain prieur de son voisinage, lequel, étant d'une famille peu à l'aise, avait néanmoins beaucoup contribué du revenu de son bénéfice pour avancer ses frères. Ainsi ce bon homme, dans sa simplicité, pensait que son fils Vincent, s'étant rendu capable par l'étude, pourrait un jour obtenir quelque bénéfice, et, en servant

Notre-Dame de Buglose.

l'Église, soulager sa famille et faire du bien à ses autres enfants. Mais les pensées de DiEU sont bien différentes de celles des hommes, comme lui-même le témoigne par un prophète, et ses desseins sont bien élevés au-dessus de toutes leurs prétentions. Le père de Vincent, en le portant aux études, pensait aux petits avantages qu'il en espérait tirer pour sa famille; mais Dieu avait dessein de s'en servir pour faire de très grands biens à son Église, et il voulait que, laissant ses parents dans leur pauvreté extérieure, il s'employât uniquement à procurer l'accroissement du royaume de son Fils Jésus-Christ.

Et à ce sujet, un curé de son pays Pétant venu voir à Paris longtemps après, pour lui représenter le pauvre état de sa famille et le prier de donner quelque assistance à ses parents, ce grand serviteur de Dieu lui demanda s'ils ne vivaient pas de leur travail honnêtement et passablement selon leur condition ; à quoi le curé ayant répondu que oui, il le remercia de la charité qu'il avait pour eux; ensuite il le mit .sur le propos de ce prieur dont il a été ci-dessus parlé, qui avait employé les revenus de son bénéfice pour enrichir ses parents, et il lui fit faire réflexion que ces gens-là, ayant tout dissipé pendant la vie et après la mort de leur bienfaiteur, étaient tombés dans un état pire que celui où ils étaient auparavant : parce que, comme il disait, c'est en vain que V homme bâtit la maison, si Dieu lui-même ne l'édifie. Il lui donna cet exemple pour preuve de l'expérience qu'il avait de quantité de familles ruinées à cause de leurs parents ecclésiastiques, qui, ayant voulu les enrichir aux dépens de l'Église, leur avaient fait beaucoup plus de mal que de bien, en leur donnant la portion des pauvres : car tôt ou tard DiEU les en avait dépouillées.

Le refus qu'il fit alors d'avantager ses parents, ne provenait d'aucune dureté de cœur envers eux, mais seulement de cette droiture et pureté d'intention qui était comme l'âme de toutes ses œuvres, et qui le faisait toujours marcher par les voies qui conduisent à Dieu, sans jamais s'en détourner pour quelque considération que ce fût. Car d'ailleurs il avait un cœur fort tendre sur les misères de son prochain, et était très prompt à le secourir autant qu'il était en lui ; de sorte qu'il pouvait dire, avec Job, que la miséricorde était née avec lui, et qu'il avait toujours eu une inclination particulière à exercer cette vertu. Même dès son plus jeune âge, on a remarqué qu'il donnait tout ce qu'il pouvait aux pauvres; et lorsque son père l'envoyait au moulin quérir la farine, s'il rencontrait des pauvres en son chemin, il ouvrait le sac et leur en donnait des

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