‹ Saint Vincent de Paul [microform]Chapitre 7 sur 46 · CHAPITRE TROISIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIEME

poignées, quand îl n'avait pas d'autre moyen de les secourir : de quoi son père, qui était homme de bien, témoignait n'être pas fâché. Une fois, à l'âge de douze ou treize ans, ayant peu à peu amassé jusqu'à trente sous, somme qu'il estimait beaucoup a cet âge et en ce pays-là, où l'argent était fort rare, et qu'il gardait bien chèrement, il rencontra un pauvre qui paraissait dans une grande misère, et, touché d'un sentiment de compassion, il lui donna tout son petit trésor sans s'en réserver aucune chose. Si Ton veut faire quelque attention à l'attache naturelle que les enfants ont aux choses qui leur plaisent, on pourra juger que ce fut là un effet des grâces que Dieu avait mises en cet enfant de bénédiction, et un présage du parfait détachement des créatures et du degré éminent de charité où DiEU le voulait élever.

Le moulin où le Saint allait chercher la farine qu'il distribuait aux pauvres

Cbapîtte troisième* — ses études et sa promotion aux ordres ecclésiastiques.

^^ S bonnes dispositions de l'esprit du jeune Vincent, )pi et ses inclinations au bien firent résoudre son >g père de faire quelque petit effort, selon l'étendue ^ fort modique de ses facultés, pour l'entretenir aux ^ études. A cet effet, il le mit en pension chez les Pères Cordeliers d'Acqs, moyennant soixante livres par an,

selon la coutume du temps et dij^^ptys. Ce fut l'an 1588 qu'il commença ses études par les premiers rudiments de la langue latine ; il fit un tel progrès que, quatre ans après, M. de Commet, avocat de la ville d'Acqs et juge du lieu de Pouy, ayant appris les bonnes qualités de ce jeune écolier, conçut une affection toute particulière pour lui, et, l'ayant retiré du couvent des Cordeliers, le reçut en sa maison pour être précepteur de ses enfants, afin que, prenant soin de leur instruction et conduite,il eût moyen, sans être davantage à charge à son père, de continuer ses études : ce qu'il fit avec un très grand profit durant neuf ans, au bout desquels M. de Commet, très satisfait du service que le jeune Vincent lui avait rendu en la personne de ses enfants et de l'édification que toute sa famille avait reçue de sa vertu, jugea qu'il ne fallait pas laisser cette lampe sous le boisseau, et qu'il serait avantageux à l'Église de l'élever sur le chandelier ; c'est pourquoi il porta Vincent de Paul, qui le regardait comme un second père, à s'offrir à DiEU pour le servir dans l'état ecclésiastique, et il lui fit prendre la tonsure et les quatre ordres qu'on appelle Mineurs, le 19 septembre 1596, à l'âge de vingt ans.

Se voyant ainsi engagé au ministère de l'Église et ayant pris Dieu seul pour son partage, Vincent quitta son pays, et jamais, depuis ce temps-là, il n'y a demeuré. Du consentement de son père, avec quelque petit secours que celui-ci lui donna (ayant à cet effet vendu une paire de bœufs), il s'en alla à Toulouse pour s'appliquer aux études de théologie, où il employa environ sept ans. Il est vrai que dans cet intervalle il passa en Espagne, et fit quelque séjour à Saragosse pour y faire aussi des études.

Le 27 février et le 29 décembre 1 598, il prit les ordres de sous-diacre et de diacre, et enfin, le 23 septembre 1600, il fut promu au saint ordre de la prêtrise ; de sorte qu'ayant depuis vécu jusqu'au 27 septembre 1660, il se trouve qu'il a été prêtre dans l'Église de Jésus-Christ l'espace de soixante ans. Dieu sait quelles furent les dispositions et les sentiments de son cœur lorsqu'il reçut ce sacré caractère; mais si l'on juge des arbres par leurs fruits et des causes par leurs effets, voyant la perfection et la sainteté avec laquelle ce très digne prêtre a exercé les fonctions de son sacerdoce, l'on peut croire avec grande raison qu'au moment où il fut consacré prêtre, Notre- Seigneur JéSUS-Christ, qui est le prêtre éternel et le prince des prêtres, versa très abondamment sur lui la plénitude de son esprit sacerdotal ; et cet esprit lui donna de si hauts

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