‹ Saint Vincent de Paul [microform]Chapitre 8 sur 46 · CHAPITRE TROISIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIEME

sentiments de ce sacré caractère, qu'il en parlait toujours avec admiration ; il témoignait être dans un étonnement extraordinaire quand il parlait de cette puissance merveilleuse que Dieu imprime dans l'âme du prêtre avec un caractère ineffaçable, en vertu de laquelle il remet les péchés aux pécheurs pénitents, change la substance du pain et du vin au corps et au sang de JéSUS-Christ, offre ce même corps et ce même sang en sacrifice à DiEU son Père, et distribue ce même corps de Jésus-Christ comme un pain de vie pour la nourriture des fidèles. Enfin, il était si pénétré de l'excellence et de l'éminence du caractère sacerdotal, et de l'obligation indispensable qu'il impose, à ceux qui l'ont reçu, de mener une vie toute pure, toute sainte et tout angélique, que depuis on lui a souvent ouï dire « que, s'il n'eût été prêtre, il n'eût jamais pu se résoudre à l'être, s'en estimant très indigne»: quoiqu'il en fût d'autant plus digne qu'il croyait moins en être digne, n'y en ayant point qui méritent mieux d'être avancés aux premières places du festin nuptial de l'Agneau, que ceux qui se mettent au plus bas lieu. On n'a pu savoir en quel lieu, ni même en quel temps, il célébra sa première messe ; mais on lui a seulement ouï dire qu'il avait une telle appréhension de la majesté de cette action toute divine qu'il en tremblait, et que, n'ayant pas le courage de la célébrer publiquement, il choisit de la dire dans une chapelle retirée à l'écart, assisté seulement d'un prêtre et d'un servant.

Messieurs les grands vicaires d'Acqs, le siège vacant, n'eurent pas plus tôt appris qu'il était prêtre, qu'à la sollicitation de M. de Commet et pour l'estime qu'ils faisaientde sa vertu, ils le pourvurent de la cure de Tilh; mais comme elle lui était disputée par un compétiteur qui l'avait obtenue en cour de Rome, il ne voulut point entrer en procès pour ce sujet; et Dieu le permit ainsi, afin qu'il ne fût point obligé de quitter ses études.

Il y avait alors deux ans que son père était mort, lequel, par son testament, après avoir fait la part de tous ses enfants, avait déclaré qu'il voulait et entendait que son fils Vincent fût assisté et entretenu aux études selon la portée des biens qu'il laissait. En vertu de ce testament, il eût pu exiger quelque chose de sa mère et de ses frères ; néanmoins, ne voulant pas leur être à charge ni leur causer aucune peine, et voyant qu'il ne pouvait subsister à Toulouse, il prit la résolution d'accepter une petite régence qu'on lui offrit à quatre lieues de là,

dans la ville de Buset', où plusieurs gentilshommes des environs lui donnèrent leurs enfants en pension ; on lui en envoya même de Toulouse, comme il le manda par une lettre à sa mère. Le grand soin qu'il prenait de leur instruction et bonne éducation lui moyenna, peu de temps après, son retour à Toulouse, où il mena ses pensionnaires avec l'agrément des parents: de sorte qu'il put, en instruisant cette petite jeunesse, continuer ses études de théologie; ce qu'il fit avec tant d'affection et de diligence, qu'après y avoir employé sept ans, il fut reçu bachelier en théologie : en suite de quoi il lui fut permis d'expliquer et enseigner publiquement le second Livre des Sentences^ dans la même Université. Ainsi il se trouve qu'il

Maison des parents de saint Vincent de Paul.

a employé plus de seize ans continuels à étudier, tant en la ville d'Acqs qu'en l'Université de Toulouse.

Il n'était pas du nombre de ceux qui se laissent enfler pour un peu de science qu'ils pensent avoir ; au contraire, il cachait celle qu'il avait acquise, et quoique, dans les occasions où il s'agissait des intérêts de la vérité ou de la charité, il fût obligé de parler et de faire connaître qu'il n'était pas ignorant des choses que sa condition l'obligeait de savoir, il était pour-

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