Extrait des archives du Gesù, à Rome
TRàVÂUX DES MISSIONNAIRES, ETC. 73
Travaux des MissioDoaires. — Lambert-aux-Couteaux.
Voilà doDc nos Missionnaires installés en Pologne; mais, même avant leur établissement incontesté et définitif, ils s'étaient signalés par un dévouement agréable à la fois aux souverains, aux grands et au peuple.
Aussitôt après leur arrivée, la guerre avait repris, plus générale et plus menaçante. Un seigneur polonais, réfugié àStockholm, irrita le ressentiment que nourrissait Christine de Tobstination des Wasa de Pologne à conserver leur titre de rois de Suède, et la fille de Gustave -Adolphe ouvrit Toreille aux propositions de Bogdan. Pour son compte, Bogdan s'attacha Rokacy, woiewode de Transylvanie, et tourna ses regards du côté des Moskowites, avec qui il avait communauté d'extraction, de langue et de croyance. De toutes parts la Pologne était donc menacée. Le ciel lui-même semblait se déclarer contre elle, par une comète effrayante, par une éclipse de soleil contre laquelle Vincent, si nous nous en souvenons, dut rassurer les siens, par un incendie qui ravagea Warsowie, et surtout par une peste affreuse. La peste et. la famine sa compagne furent les premiers ennemis contre lesquels marcha Lambert. Avec l'agrément de la cour, il vola S. Warsowie et y déploya un tel dévouement, |ue la reine se crut obligée d'en écrire à Vincent, au mois le septembre 1652, la lettre suivante :
« Monsieur Vincent, je vous suis obligée de tant de narques de vos affections, et de la joie que vous me témoijnez avoir reçue de la santé du roi mon seigneur et de la nienne, dont je vous remercie.
« Le bon M. Lambert, voyant la crainte que les Polonais int de la peste, a voulu aller à Warsowie pour mettre un aeilleur ordre que celui qui y était, pour le soulagement les pauvres. Je donnai ordre qu'il fût logé dans le château t dans la propre chambre du roi. J'en reçois tous les jours
des nouvelles, et tous les jours je lui recommande de ne s*exposer pas au péril. Il a auprès de lui tout ce qui est nécessaire pour me venir retrouver aussitôt que l'ordre qu'il met aux choses sera bien établi, et je l'exhorte à se dépêcher pour se rendre au plus tôt auprès de moi. Sans cette maladie, qui a troublé tous nos desseins, nous eussions achevé leur établissement à Warsowie. 11 y a deux jours que vos Filles de Charité sont arrivées, dont je suis très-satisfaite : elles me semblent très-bonnes filles, etc... » Le service des pestiférés dans la grande cité de Warsowie, tel fut donc le premier exercice auquel la Providence soumit les Missionnaires; exercice bien plus terrible qu'on ne le soupçonnerait à la lecture de cette lettre de la reine,sans doute mal informée, ou craignant d'effrayer leur vénérable Père. Mais, par ses fils ou par d'autrçs, Vincent connut toute l'étendue du danger, et, à peu près en ce temps, il écrivit au supérieur de sa maison de Sedan : « Les Missionnaires de Pologne travaillent avec grande bénédiction. Je n'ai pas le loisir de vous en expliquer le détail; je vous dirai seulement que la peste étant fort échauffée à Warsowie, qui est la ville où le roi fait sa résidence ordinaire, tous les habitants qui ont pu s'enfuir ont abandonné la ville, en laquelle, non plus que dans les autres lieux affligés de cette maladie, il n'y a presque aucun ordre, mais au contrsdre un désarroi étrange; car personne n'y enterre les morts: on les laisse dans les rues où les chiens les mangent. Dès aussitôt que quelqu'un est frappé de cette maladie dans une maison, les autres le mettent dans la rue, où il faut qu'il meure, car personne ne lui porte rien à manger. Les pauvres artisans, les pauvres serviteurs et servantes, les pauvres veuves et orphelins sont entièrement abandonnés; ils ne trouvent ni à travailler, ni à qui demander du pain, parce que tous les riches s'en sont fuis. Ce fut dans cette désolation que M. Lambert fut envoyé en cette grande ville pour remédier à toutes ces misères. En effet, il y a pourvu, par la grâce de Dieu, faisant enterrer les morts et porter