Lettres des 20 octobre et l«r décembre
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mal à Testomac, c'est le reste d'une peste mal pansée : je viens d'apprendre qu'on lui a mis le feu sur le bout d'une côte qui était cariée, et sa patience est telle qu'il ne se plaint jamais. Il souffre tout avec une grande paix et tranquillité d'esprit. Un autre s'affligerait de se voir malade à trois ou quatre cents lieues de son pays; il dirait : « Pourquoi m'a-t-on envoyé si loin? Que ne me retire-t-on d'ici? Quoi, me veut-on abandonner? Les autres sont en France bien à leur aise, et on me laisse mourir dans un pays étranger. » Voilà ce que dirait un homme de chair, qui adhérerait à ses sentiments naturels, et qui n'entrerait pas dans ceux de Notre-Seigneur souffrant, en constituant son bonheur dans les souffrances. Oh ! que ce sien serviteur nous fait une belle leçon pour aimer tous les états où il plaira à la divine Providence nous mettre! Pour l'autre, voyez comme depuis si longtemps il travaille avec une paix d'esprit et une assurance merveilleuse, sans se lasser de la longueur des travaux, ni se rebuter des incommodités, ni s'étonner des périls! Ils sont tous deux indifférents à la mort et à la vie, et humblement résignés à ce que Dieu en ordonnera. Us ne mé marquent aucun signe d'impatience ni de murmure ; au contraire, ils paraissent disposés à souffrir encore davantage. En sommes-nous là. Messieurs et mes frères ? Sommes-nous prêts d'endurer les peines que Dieu nous enverra et d'étouffer les mouvements de la nature, pour ne vivre plus que de la vie de Jésus-Christ? Sommes-nous disposés d'aller en Pologne, en Barbarie, aux Indes lui sacrifier nos satisfactions et nos vies? Si cela est, bénissons Dieu ; mais si, au contraire, il y en a qui crsdgnent dé quitter leurs commodités, qui soient si tendres que de se plaindre pour la moindre chose qui leur manque, et si délicats que de vouloir changer de maison et d'emploi parce que l'air n'y est pas bon, que la nourriture y est pauvre, et qu'ils n'ont pas assez de liberté pour aller et venir; en un mot. Messieurs, si quelques-uns d'entre nous sont encore esclaves de la nature, adonnés aux plaisirs de leurs sens, ainsi que l'est
ce misérable pécheur qui vous parle, qui, en l'âge de soixante et dix ans, est encore tout profane, qu'ils se réputent Indignes de la condition apostolique où Dieu les a appelés, et qu'ils entrent en confusion de voir leurs frères qui l'exercent si dignement, et qu'ils soient si éloignés de leur esprit et de leur courage.
(( Mais qu'ont-ils souffert en ce pays-là? La famine ? elle y est. La peste ? ils l'ont eue tous deux, et l'un par deux fois. La guerre ? ils sont au milieu des armées et ont passé par les mains des soldats ennemis. Enfin Dieu les a éprouvés par tous les fléaux. Et nous serons ici comme des casaniers sans cœur et sans zèle ! Nous verrons les autres s'exposer aux périls pour le service de Dieu, et nous serons aussi timides que des poules mouillées! 0 misère! ô chétiveté! Voilà vingt mille soldats qui s'en vont à la guerre pour y souffrir toutes sortes de maux, où l'un perdra un bras, l'autre une jambe, et plusieurs la vie pour un peu de vent et pour des espérances fort incertaines, et cependant iJs n'ont aucune peur, et ne laissent pas d'y courir comme après un trésor. Mais, pour gagner le ciel. Messieurs, il n'y a presque personne qui se remue; et souvent ceux qui ont entrepris de le conquérir mènent une vie si lâche et si sensuelle, qu'elle est indigne, non-seulement d'un prêtre et d'un chrétien, mais d'un homme raisonnable; et s'il y en avait parmi nous de semblables, ce ne seraient que des cadavres de Missionnaires. Or sus, mon Dieu! soyez à jamais béni et glorifié des grâces que vous faites à ceux qui s'abandonnent à vous ! soyez vous-même votre louange d'avoir donné à cette petite Compagnie ces deux hommes de grâces !
(( Donnons-nous à Dieu, Messieurs, pour aller par toute la terre porter son saint Évangile ; et en quelque part qu'il nous conduise, gardons-y notre poste et nos pratiques, jusqu'à ce que son bon plaisir nous en retire. Que les difficultés ne nous ébranlent pas : il y va de la gloire du Père éternel, et de l'efficacité de la parole et de la Passion de
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son Fils. Le salut des peuples et le nôtre propre est un bien si grand, qu'il mérite qu'on l'emporte à quelque prix que ce soit; et n'importe que nous mourions plus tôt, pourvu que nous mourions les armes à la main : nous en serons plus heureux, et la Compagnie n'en sera pas plus pauvre, parce que sanguîs martyrum semen est Christianorum, Pour un Missionnaire qui aura donné sa vie par charité, la bonté de Dieu en suscitera plusieurs qui feront le bien qu'il aura laissé à faire. Que chacun donc se résolve de combattre le monde et ses maximes, de mortifier sa chair et ses passions, de se soumettre aux ordres de Dieu, et de se consumer dans les exercices de notre état et dans l'accomplissement de sa volonté, en quelque part du monde qu'il lui plaira. Faisons maintenant tous ensemble cette résolution, mais faisons-la dans l'Esprit de Notre-Seigneur, avec une parfaite confiance qu'il nous assistera au besoin. Ne le voulez-vous pas bien, mes frères du séminaire? Ne le voulez-vous pas bien, mes frères les étudiants? Je ne le demande pas aux prêtres, car sans doute ils y sont tous disposés. Oui, mon Dieu! nous voulons tous répondre aux desseins que vous avez sur nous. C'est ce que nous nous proposons tous en général, et chacun en particulier, moyennant votre sainte grâce : nous n'aurons plus tant d'affection ni pour la vie , ni pour la santé, ni pour nos aises et divertissements, ni pour un lieu, ni pour un autre, ni pour aucune chose au monde qui puisse vous empêcher, ô bon Dieu, de nous faire cette miséricorde, laquelle nous vous demandons tous les uns pour les autres. Je ne sais. Messieurs, comment je vous ai dit to'ut ceci, je n'y avais pas pensé ; mais j'ai été si touché de ce qu'on a dît, et, d'un autre côté, si consolé des grâces que Dieu ^ faites à nos prêtres de Pologne, que je me suis laissé aller à répandre ainsi en vos cœurs les sentiments du mien *. »
1. C'est dans les mômes circonstances qu'il dit encore : « Heureux nos confrères de Pologne , qui ont tant souffert pendant ces dernières guerres et pendant la peste , et qui souffrent encore pour exercer la miséricorde corpo-
Voilà la vraie éloquence, l'éloquence apostolique, et capable de susciter des apôtres. Aussi tous lui répondaient-ils, comme le prophète : « Me voici, envoyez-moi! » Mais comment traverser les armées ennemies? Il fallait attendre un retour de fortune.
Cependant, la violence et la déloyauté de Charles-Gustave lui ont aliéné les esprits. D'ailleurs, la foi catholique s'est réveillée : elle va sauver la Pologne. A la voix d'Alexandre VII, le clergé, les jésuites en tête, prêche la guerre sainte. Menacé lui-même par les conquêtes de la Suède, l'Empire menace à son tour. Le Tzar et Bogdan suspendent leurs coups. Alors Jean-Casimir, excité par la reine, par les Missionnaires, par le clergé qui l'entoure, quitte la Silésie et marche contre son ennemi. Charles- Gustave évacue Warsowie et va assiéger Dantzig, l'unique place qui eût bravé sa puissance. Cependant Casimir est rentré dans quelquesunes de ses provinces et a mis son royaume sous la protection de la vierge Marie. Le voici qui rentre dans sa capitale. Furieux, Charles-Gustave offre à tous, surtout à l'électeur de Brandebourg, le partage de la Pologne; puis, avec l'ëlecteur, il marche contre Warsowie. Une bataille de
relie et spirituelle , et pour soulager, assister et consoler les pauvres ! Heureux Missionnaires^ que ni les canons, ni le feu, ni les armes, ni la peste, n'ont pu faire sortir de Warsowie, où la misère d'autrui les retenait; qui ont persévéré et qui persévèreot encore, courageusement au milieu de tant de périls et de tant de souffrances pour la miséricorde ! Oh ! qu'ils sont heureux d'employer si bien ce moment de temps de leur vie ! Oui, 6e moment , car toute notre vie n'est qu'un moment qui s'envole et qui disparaît aussitôt. Hélas! près de quatre-vingts ans que j'ai passés ne me paraissent à présent qu'an songe et qu'un moment , et il ne me reste plus rien que le regret de Tavoir si mal employé. Pensons quel déplaisir nous aurons à la mort, si nous ne nous servons de ce moment pour faire miséricorde. Soyons donc miséricoi^ dieux, mes frères, et exerçons la miséricorde envers tous; en sorte que nous ne trouvions jamais un pauvre sans le consoler, si nous pouvons, ni un homme ignorant, sans lui apprendre ce qu'il faut qu'il croie et qu'il fasse pour son salut. 0 Sauveur! ne permettez pas que nous abusions de notre vocation, et n'ôtez pas de cette Compagnie l'esprit de miséricorde! Car que deviendraitelle, si vous Ten priviez? Donnez-nous-le donc , avec l'esprit de douceur et d'humilité ! » *
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trois jours (28, 29, 30 juillet 1656) lui en dispute Tentrée. Jean-Casimir est au milieu de ses troupes. La reine, séparée de lui -et de Tennemi par la Vistule, fait pointer sur les Suédois le canon de sa batterie. Malgré tant d'efforts et tant d'héroïsme, le 1" août, Warsowie retombe au pouvoir de l'étranger.
C'est alors que les gémissements et les prières, réclamées toujours avec instance par la reine , redoublent à Saint- Lazare. Le bruit confus de la grande bataille des trois jours y était parvenu. Incertain sur l'étendue du malheur, mais trop assuré du danger de la Pologne et de ses souverains, Vincent, dans une conférence du mois de septembre de cette année 1656, s'écria : « 0 Messieurs! ô mes frères! que nous^ devons bien nous confondre de ce que nos péchés ont dé-) tourné Dieu de nous accorder l'effet de nos prières! Affligeons-nous pour ce grand et vaste royaume qui est si fortement attaqué et qui s'en va perdre, si la nouvelle est véritable. Mais affligeons-nous pour l'Église qui va être perdue en ce pays-là, si le roi vient à succomber : car la religion ne s'y peut maintenir que par la conservation du roi,
et l'Eglise va tomber entre les mains de ses ennemis en ce royaume. Le Moskowite en tient déjà plus de cent ou sixvingts lieues d'étendue, et voilà le reste en danger d'être envahi par les Suédois. Oh! que cela me donne grand su-> jet de craindre l'événement de ce que voulait signifier le pape Clément VIII, qui était un saint homme , estimé nonseulement des catholiques, mais même des hérétiques, un homme de Dieu et de paix, à qui ses propres ennemis donnaient des louanges ! Et pour moi, j'ai ouï des Luthériens qui louaient et estimaient sa vertu. Ce saint pape donc, ayant reçu deux ambassadeurs de la part de quelques princes d'Orient, où la foi commençait à se répandre, et, voulant en rendre grâces à Dieu en leur présence, il offrit à leur intention le saint sacrifice de la messe. Comme il fut à l'autel, et dans son mémento^ voilà qu'ils le virent pleurer, gémir et sangloter, ce qui les étonna grandement ; de sorte:
qu'après qu'elle fut achevée, ils prirent la liberté de lui demander quel sujet l'avait excité aux larmes et aux gémisse- , ments, dans une action qui ne lui devait causer que de la consolation et de la joie. Et il leur dit tout simplement, qu'il était vrai qu'il avait commencé la messe avec grande satisfaction et contentement, voyant les progrès de la religion catholique ; mais que ce contentement s'était tout à coup changé en tristesse et amertume, dans la vue des déchets et des pertes qui arrivaient tous les jours à TÉgUsede la part des hérétiques; en sorte qu'il y avait sujet de craindre que Dieu ne la voulut transporter ailleurs. »
Ici le saint développa son idée habituelle, et retraça le tableau des pertes consommées ou imminentes de l'Église en Europe. Puis il continua :
« Il est bien vrai que le Fils de Dieu a promis qu'il serait dans son Église jusqu'à la fm des siècles; mais il n'a pas promis que cette Église serait en France, ou en Espagne, etc. Il a bien dit qu'il n'abandonnerait point son Église, et qu'elle demeurerait jusqu'à la consommation du monde, en quelque endroit que ce soit, mais non pas déterminément ici ou ailleurs ; et s'il y avait un pays à qui il dût la Isdsser, il semble qu'il n'y en avait point qui dût être préféré à la Terre Sainte, où il est né, et où il a commencé son Église, et opéré tant et tant de merveilles. Cependant, c'est à cette terre, pour laquelle il a tant fait, et où il s'est complu, qu'il dti ôté premièrement son Église pour la donner aux Gentils. Autrefois, aux enfants de cette même terre, il leur ôta eneore son arche, permettant qu'elle fût prise par leurs ennefflisiles Philistins, aimant mieux être fait, pour ainsi dire, piriflctonier avec son arche, — oui, lui-même prisonnier de sesiplmemis, — que de demeurer parmi des amis qui ne cessaient de l'offenser. Voilà comment Dieu s'est comporté étJséflcomporte tous les jours envers ceux qui, lui étant redeivibOfes de tant de grâces, le provoquent par toutes sortes dîoifedsf.s, comme nous faisons, misérables que nous iR>mmek ^t malheur, malheur à ce peuple à qui Dieu a dit :
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« Je ne veux plus de vous, ni de vos sacrifices et offrandes; vos dévotions ni vos jeûnes ne me sauraient plaire ; je n'en ai que faire. Vous avez tout souillé par vos péchés, je vous abandonne. Allez , vous n'aurez plus de part avec moi ! » Ah! Messieurs, quel malheur! Mais, ô Sauveur! quelle grâce d'être du nombre de ceux dont Dieu se sert pour transférer ses bénédictions et son Église! Voyons-le par la comparaison d'un seigneur infortuné, qui se voit contraint par la nécessité, par la guerre, par la peste, par l'embrasement de ses maisons ou par la disgrâce d'un prince de s'en aller, de s'enfuir, et qui, dans ce débris de toutes ses fortunes, voit des personnes qui le viennent assister, qui s'ofr frent à le servir et à transporter tout ce qu'il a. Quel contentement et quelle consolation a ce gentilhomme dans sa disgrâce! Ah! Messieurs et mes frères, quelle joie aura Dieu, si, dans le débris de son Église, dans ces bouleversements qu'ont fait les hérésies, dans les embrasements que la concupiscence met de tous côtés ; si, dans cette ruine, il se trouve quelques personnes qui s'offrent à lui pour transporter ailleurs , s'il faut ainsi parler , les restes de son Église, et d'autres pour défendre et pour garder ici ce peu qui reste ! 0 Sauveur ! quelle joie recevez- vous de voir de tels serviteurs et une telle fei^veur, pour tenir bon et pour défendre ce qui vous reste ici, pendant que les autres vont pour vous acquérir de nouvelles terres ! 0 Messieurs, quel sajet de joie ! Vous voyez que les conquérants laissent une partie de leurs troupes pour garder ce qu'ils possèdent, et envoient l'autre pour acquérir de nouvelles places et étenire leur empire. C'est ainsi que nous devons faire : maintenir ici cours^eusement les possessions de l'Église et les intérêts de Jésus-Christ, et, avec cela, travailler sans cesse il lui faire de nouvelles conquêtes et à le faire reconnaître par les peuples les plus éloignés. »
Ici Vincent rappelle l'opinion , rapportée plus haut , de Saint-Gyran, qui voulait travailler à détruire une Église, condamnée, disait-il, par Dieu même. Mais, au contraire,
la volonté de Dieu est que nous travaillions pour la défendre. (( Que si jusqu'à présent, conclut le saint, nos efforts» semblent avoir été inutiles à cause de nos péchés, au moins par Teffet qui en paraît, il ne faut pas désister pour cela, mais, en nous humiliant profondément, continuer nos jeûnes, nos communions et nos oraisons avec tous les bons serviteurs de Dieu qui prient incessamment pour le même sujet; et nous devons espérer qu'enfin Dieu, par sa grande miséricorde, se laissera fléchir et nous exaucera. Humilionsnous donc autant que nous pourrons en vue de nos péchés; mais ayons confiance, et grande confiance. en Dieu, qui veut que nous continuions de plus en plus à le prier pour ce pauvre royaume de Pologne si désolé, et que nous re* connaissions que tout dépend de lui et de sa grâce. »
Jours meilleurs. — La Mission de Pologne jusqu'à nos jours.
Ainsi il parlait toujours aux siens pendant ces fatale» années, et cela deux ou trois fois par semaine, à la fin de l'oraison ou des conférences, ne craignant pas de se répéter, car la prière, la douleur, tous les forts sentiments de l'âme, affectionnent le même langage. Ainsi il parlait au dehors, dans toutes les assemblées, tâchant de gagner tout le monde à la cause de la Pologne, de lui procurer des défenseurs et des ressources. On a encore de lui une lettre à mots couverts, écrite, le 7 avril 1657, à l'aumônier de naadame de Longueville : « Ce serait, y dit-il , le fait d'un grand seigneur vraiment chrétien , tel qu'est le parent (le duc de Longueville) de cette dame affligée (la reine de Pologne), de leur prêter les mains dans cette persécution. J'ai su que pour les prêts, 30,000 livres leur viendraient fort à propos pour leur avoir des officiers, qui est leur plus pressant besoin. Je ne vois rien au monde de si digne de la magnificence et générosité de ce prince (le duc de Longueville), qu'oa secours tant utile et tant opportun. »
Bientôt la France vit les périls de son alliance avec la Saëde, et Mazarin intervint auprès d'Alexis. Mais, abandonné des Moskowites, Charles-Gustave se rejeta sur le calviniste Georges Rakocy, prince de Transylvanie. Il s'avança de Warsowi^ au-devant de son nouvel allié, et tous deux i^trërent dans cette capitale, qu'ils traitèrent en ville prise d'assaut. Lesdeux MissionnairesDesdamesetDuperray eurent beaucoup à souffrir. « On me mande de Pologne , écrivait Vincent à Get, supérieur de Marseille, le 31 août 1657, que le bon M. Desdames a derechef tout perdu à Warsowie , lequel a été de nouveau assiégé et pillé par les Suédois, et puis abandonné. La fermeté de ce bon Missionnaire est admirable , n'ayant voulu quitter son poste ni pour la guerre, ni pour la peste, ni pour la pauvreté, ni pour tout cela ensemble, quoiqu'il en ait été attaqué diverses fois, et que la reine l'ait invité de s'en retirer. C'est elle-même qui me le mande par une lettre expresse écrite de sa main, où elle témoigne en être grandement édifiée. Elle l'est aussi beaucoup de la vertu de M. Duperray. »
A cette date. Desdames n'était plus pourtant dans Warsowie, car il écrivait à son supérieur Ozenne, le 6 juillet précédent : « Dieu m'a fait la grâce de m' échapper la vie sauve et les habits que j'avais sur moi, c'est-à-dire la soutane et casaque que vous m'avez envoyées; tout le reste lillé dans la ville par les Suédois... Mais Dieu soit béni que e n'aie pas pire, et que ces tigres ne m'ont pas trouvé à iainte-Croix à leur arrivée! Dieu m'inspira bien que ce nônae jour je m'étais retiré le matin à la ville de Connart. >onc ils arrivent sur le midi, contre l'avis de ceux par qui 16 me gouvern ais, qui me conseillaient de ne me point presser, me donnant toute assurance qu'il n'y avait rien à craindre. liais le cœur m'en disait autrement, ainsi que l'effet montra. »
Cette dernière guerre fut désastreuse pour la Mission de Pologne. Elle lui ruina trois maisons à Warsowie, et cinq en leur terre. « Ce dégât est notable , écrivit Vincent ( 7 dé-
cembre 1557), mais il n'était pas juste que vous fussiez exempts de raffliction publique, et Dieu, qui l'a permise, aura la bonté, s'il lui plaît, de rétablir ces pertes en leur temps. » La guerre avait aussi renvoyé en France la plupart des premiers Missionnaires de Pologne. I«a reine les redemanda en 1657 pour les établir à Krakovie qui venait d'être réduite au roi, mais tous ne purent retourner*.
Les trois qui étaient restés en Pologne , Ozenne, Desdames et Duperray, depuis longtemps séparés, purent enfin se réunir. L'Autriche, la Hollande, le Danemark s'étaient tournés contre la Suède, et Charles-Gustave, abandonné de ses alliés, attaqué par la coalition, s'était échappé en quelque sorte de Warsowie pour courir à la défense de ses États menacés. En quelques semaines, la Pologne se voyait débarrassée des armées étrangères, et Vincent écrivit à ses trois prêtres, le 22 octobre 1657 : « Je veux croire que cette lettre vous trouvera réunis à Warsowie après avoir été si longtemps séparés. Si j'en étais certain, j'en aurais une joie incomparable, et déjà cette espérance me console fort. Yoilà comme Dieu fait pour l'ordinaire : il divise et puis il rejoint, il éloigne et puis il rapproche, il ôte et puis il rend enfin, il détruit et rétablit, en sorte qu'il ne laisse rien de permanent en cette vie, ni personne qui demeure toujours en un même état. »
Les trois Missionnaires se réunirent, en effet, quand le roi et la reine rentrèrent à Warsowie, mais ce fut pour peu de temps. Une donation venait de permettre un établissement à Krakovie, où Vincent se disposait à envoyer « quelque jeunesse pour la former, » dès que les circonstances le permettraient. En attendant, Ozenne et Duperray allèrent en prendre la direction, pendant que Desdames restait seul à Warsowie chargé de la paroisse de Sainte- Croix. Puis la mort frappa Ozenne, nouvelle affliction pour \incent, qui bénit Dieu dans sa douleur, comme tout à