Lettre à Desdaines^ du 13 septembre
conclue. Un mois après (23 février 1660), Charles- Gustave n'était plus. La reine de Pologne lui survécut de sept ans. Un an après la mort de sa femme, Jean-Casimir abdiquait et reprenait sa première vocation dans les abbayes de Saint- Taurin, de Saint -Germain -des -Prés, de Saint-Martin, que Louis XIV lui avait données; puis il «allait mourir, en 1678, dans son abbaye de Nevers, comme pour placer sa tombe auprès du berceau de la reine Louise.
Pour Vincent, il n'avait vu, avant de mourir, que des traités de paix et des restaurations : après la paix: d'Oliva, la paix des Pyrénées ; avec la restauration des souverains de la Pologne, la restauration de Charles II d'Angleterre. D laissait ses Missionnaires paisiblement établis en Pologne : ils s'y maintiendront à travers les guerres civiles et étrangères, résisteront aux démembrements successifs de ce malheureux royaume; et s'ils perdent, pa,r suite' un grand nombre des établissements qu'ils avalent formés dans le cours des années, ils garderont sans interruption ceux du duché de Pologne, et même quelques-uns de ceux qui se trouveront enclavés dans les pays échus à la Prusse et i l'Autriche.
A la mort de saint Vincent, ils n'étaient encore établis qu'à Warsowie ; et le séminaire de Krakovie, pour lequel le saint avait enchaîné leur empressement, ne fut fondé qu'en 1682. Mais déjà, vers 1677, ils avaient ouvert à Kulm, aujourd'hui dans les États prussiens, un autre séminaire externe et une maison de Mission. L'année 1687 donna naissance aux séminaires de Wilna et de Premistie et à la Mission de Sambor, en Litvanie et en Gallicie. En 1691, il se fonda à Lowicz une maison de retraite pour les vidllards de la congrégation. Viennent, au xviii* siècle, les séminaires de Plock et de Kajovie (1711) ; le séminaire de Samogitie (1712), auquel une paroisse est unie ; la paroisse et la Mission de Dantzig (1713) ; la paroisse et la Mission de Mlawa (1715); le séminaire de Lublin (1717) ; la Mission et le séminaire de Gnesne (1718); le séminaire et la
Mission de Wladîslavie (1719) ; la Mission de Schematichz (1740) ; le séminaire de Kramostaw et la Mission de Horodenka (17A3); la Mission de Bizozow (17A5); la Mission et le collège de Smiloweze, dans la Russie Blanche, et la Mission de Zaslaw, en Wolliynie (1746) ; l'établissement de Léopold (1748). De grandes Missions exceptionnelles qui se firent avec grand succès, en 1751, dans les villes épiscopales de Wilna et de Krakovie, donnèrent lieu à plusieurs établissements : Tykocin, paroisse et Mission (1752); même année, Lyskow, Mission et collège; la Mission d'Orsa, dans la Russie Blanche (1755) ; la Mission et le séminaire de Kraslaw, la Mission de Weysicy, les séminaires de Posnanie et de Kcyow (1756). Tous ces établissements faisaient d'autant plus honneur à la congrégation , qu'ils n'étaient acceptés qu'après longue résistance, et que d'autres, plus nombreux encore, étaient refusés par elle : tous les seigneurs pieux voulaient avoir des Missionnaires pour évangéliser leurs sujets et leurs vassaux. Bientôt, ce sont de nouvelles fondations : la Mission et le collège de Lyskow (1760) ; les séminaires de Tymaw et de Vartz, en Hongrie (1763). Survient le premier démembrement de la Pologne, en 1772, et onze de ces maisons passent sous une domination étrangère : deux dépendent désormais de la Russie, trois de la Prusse et six de l'Autriche et de la Hongrie. Le roi de Prusse et l'impératrice de Russie ayant promis de ne gêner en rien la liberté de la religion catholique, les Missionnaires espéraient n'avoir à supporter que leurs rudes travaux, à lutter que contre la peste et la disette qui s'étaient jointes à la guerre. Il n'en était pas de même en Hongrie, où la cour de Vienne projetait des mesures incompatibles avec les règles de la congrégation. Malgré tant de gêne, malgré les pertes énormes qu'ils eurent à souffrir, les Missionnaires gardèrent d'abord tous leur postes et continuèrent leurs œuvres. Ils purent même s'étendre jusqu'en Asie. En 1788, l'archevêque de Mohilow les envoya au secours des catholiques d'Astracan, Mission qui prit un ac-
croissement rapide et fut d'un grand secours aux Arméniens et autres catholiques. Les deuxième et troisième partages de la Pologne, en 1793 et 1795, leur furent plus funestes que le premier. Aux pertes occasionnées par la guerre vinrent s'ajouter des contributions onéreuses. En 1796, Timpératrice de Russie défendit toute communication avec les supérieurs étrangers, et le roi de Prusse s'empara des biens ecclésiastiques qui furent remplacés par de simples pensions. C'était une menace de ruine et de destruction pour une belle province composée alors de 35 établissements. Dès Tannée suivante, 1797, la menace est mise à exécution. Défense est faite par le gouvernement schismatique de Joseph II aux maisons dépendantes de l'Autriche de communiquer avec leur supérieur étranger. Un séminaire général est fondé à Krakovie, et il est interdit provisoirement aux Lazaristes de faire des Missions : l'inutilité à laquelle on les condamnait, était un acheminement à leur suppression. En effet, plusieurs maisons disparurent; celles qui purent subsister ou brisèrent ou laissèrent se relâcher les liens qui les attachaient au gouvernement central. Aussi, quand, en 1808, Hanon notifia le bref de Pie VII qui le nommait vicaire général de la congrégation, avec pouvoir de supérieur général, le visiteur de Pologne seul ne lui répondit pas. Quelques années plus tard, les rapports reprirent entre la Pologne et la France, tout en continuant à être difficiles. La révolution polonaise de 1832 donna des inquiétudes qui ne furent pas immédiatement réalisées : la Mission garda d'abord la liberté de ses œuvres et n'eut à subir que des pertes matérielles. Mais Tannée suivante, le gouvernement russe ferma plusieurs de ses maisons, et laissa une menace dé mort suspendue sur l'existence des autres. Depuis, la situation s'est un peu améliorée. Aujourd'hui néanmoins, de tant d'établissements, la Mission ne possède plus dans la Pologne proprement dite, et en dehors de Warsowie, que sept maisons : la maison de retraite de Lowicz, Ues sémi'naires externes de Plock, de Lublin et de Wloclawek, la
MISSIONS d'aUTRIGHE ET DE PRUSSE, ETC. 97
paroisse et Mission de Mlavva, la paroisse et le séminaire externe de Tykocin, et l'iiôpital de Kurozwenki. A quoi il faut ajouter les établissements de Warsowie : une paroisse, un séminaire interne et externe, un institut de bienfaisance et l'hôpital de l'Enfant- Jésus. Cet hôpital, vaste, éclairé, commode, le plus beau et le plus régulier de la Pologne, a été bâti par le Missionnaire Baudoin et a coûté 200,000 livres. Il fut inauguré le 2â juin 1757. Les enfants trouvés, auxquels il était destiné, y furent conduits en procession, au milieu d'un concours, à la fois immense et magnifique,* de princes, de grands et de peuple. En cette circonstance, il y eut à Warsowie quelque chose de la merveilleuse charité que Paris avait admirée, un siècle auparavant, à propos de la même oeuvre, et Tannée suivante, le zèle du visiteur Slivicwki y renouvela tous les prodiges que nous aurons à raconter dans l'établissement de l'Hôpital général.
Missions d'Autriche «et de Prusse. — Mission de PortugaU
Pour achever l'histoire de la Mission de Pologne et compléter le tableau de ses établissements dans les pays slaves et allemands , il nous reste à parler des Missions d'Autriche et de Prusse.
En 1760, à la réquisition du cardinaLMigazzi, archevêque de Vienne, et sous le bon plaisir de l'impératrice Marie-Thérèse, deux Missionnaires habiles dans les langues française et allemande vinrent de Pologne à Vienne pour y diriger le séminaire épiscopal. En attendant que cet établissement eût pris une forme fixe, ils furent entretenus par l'impératrice elle-même. Us se conduisirent avec tant de zèle et de désintéressement, tant de simplicité et d'édification, que le cardinal archevêque en demanda d'autres pour le séminaire du diocèse de Vatren, dans la haute Hongrie, dont il venait d'être pourvu, ayant en cela en vue, disaitil, non-seulement de procurer le bien de son clergé, mais