‹ Saint Vincent de Paul, sa vie, son temps, ses œuvres, son influenceChapitre 21 sur 87 · Canto X, 8tr · texte numérisé non relu

Canto X, 8tr

d'Europe. Les citrons, les oranges, les limons, les mûres, les pêches y sont en abondance. La vigne y croît naturellement sur le plateau central, mais les indigènes n'en savent pas extraire le vin. La zoologie n'y compte pas les énormes animaux du centre de l'Afrique, mais plusieurs espèces de sangliers et de bœufs, toute espèce de singes et de brillants oiseaux qui étincellent comme des fleurs ou des diamants aux branches des arbres. Les seuls reptiles y sont des serpents non venimeux et des caïmans qui peuplent les marais et les rivières. Les baleines viennent jouer sur les côtes et les requins infestent les baies.

Évaluée à quatre cents mille au commencement dn XVII* siècle, la population de Madagascar atteint aujourd'hui quatre millions; population hybride, où se voient les types cafre, nègre, arabe et malais , divisée en quinze ou vingt tribus de mœurs différentes, qui s'échelonnent sur trois zones, sans se fondre ensemble et presque sans aucun commerce entre elles que la guerre. Et pourtant, malgré la diversité d'origine et de mœurs, elles parlent une seule langue, où une prononciation variée ne suffit pas i introduire des dialectes : la langue malgache ^ analogue à la malaise, expressive et douce , assez propre à exprimer les idées intellectuelles. L'écriture, apportée par les Arabes, n'est connue que des ombiasses ou prêtres.

Ces peuples reconnaissent un être suprême et invisible, Zanhar^ créateur et grand maître du monde, auquel ils opposent un esprit méchant, Blitz^ Bilitz ou Bouliste^ que seul ils prient et honorent, car, disent-ils, Zanharestbon et ne peut faire aucun mal. Quelques tribus ont un troisième dieu, Manhmhj le Plutus malgache. Puis viennent une foule de génies, bons et mauvais, divisés en six catégories et préposés à la garde des lieux et des personnes, des peuplades et des individus : ce sont les Oulis ou Holis. Les Oùlis résident dans des morceaux de bois ou de petits sachets appelés Gris-Gris y consacrés par les ombiasses, et c'est & eux que s'adressent les Malgaches dans leurs voyages

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et dans toutes leurs entreprises ; et s'ils échouent, c'est que l'Oûlis ne valait rien : alors ils en changent. — On reconnaît là une forme de ce fétichisme, idolâtrie particulière de l'Afrique.

Cependant, avons-nous dit, les Malgaches ont une idée de la création, et aussi de la chute de l'homme, du déluge, de l'histoire des patriarches, de l'immortalité de l'âme, de la résurrection de la chair; mais tout cela enveloppé des fables les plus absurdes. Ils connaissent même Jésus-Christ, Baissa^ dans lequel ils ne voient qu'un grand prophète : évidente importation musulmane.

L'islamisme a aussi laissé sa trace dans la forme de leur sacerdoce et de leur culte. Leurs prêtres, appelés ombiasses^ c'est-à-dire écrivains, parce que seuls ils écrivent les caractères arabes, se rendent redoutables à ces peuples par leurs livres mêmes, où se voient des passages du Coran, puis des signes hiéroglyphiques dont ils se servent pour jeter des sorts. Les ombiasses, qui appartiennent à la race blanche, consultent les astres, prédisent l'avenir, exorcisent les possédés, guérissent les maladies et retrouvent les objets perdus. Consultés comme des oracles, ils usent de leur crédit pour extorquer toutes sortes de richesses et pour pressurer les populations. Ils sont encore sacrificateurs ou bouchers, et à eux seuls appartient, dans les fêtes publiques, le droit d'égorger les bœufs, dont ils s'attribuent la meilleure part.

On trouve chez les Malgaches la circoncision, pratiquée seulement à l'âge de raison: autre importation musulmane; comme aussi deux jeûnes d'un mois, deux ramadans par année, consistant à ne pas manger du lever au coucher du soleil, mais avec la liberté, fort en usage, défaire orgie toute la nuit, de remplacer le bœuf et le vin défendus par des chapons et des liqueurs enivrantes, et même de se donner un suppléant, si l'on n'a pas soi-même pour le jeûne grande dévotion.

Chaque tribu est gouvernée par un dian ou seigneur, dont les richesses consistent en nombreux troupeaux, et en

tributs de riz et de racines que ses vassaux lui paient Dians et vassaux habitent dans des villages composés de huttes de bois et de feuilles, n'ayant pour lits et pour sièges que des planches recouvertes de nattes de jonc. — Au milieu de chaque village est la cabar^ agora, forum des Malgaches, où se décident la paix et la guerre, toutes les affaires de la tribu. Une décision prise, on la cimente par le sang, et on la célèbre par des fêtes, par des danses grotesques ou lascives qui, grâce à de copieuses libations d'avnky dégénèrent bientôt en vraies saturnales.

Pas de lois écrites à Madagascar; seulement des usages. Le vol et T homicide sont rachetables par les chefs, et punis chez les autres de la mort ou de l'esclavage. Pour trouver le coupable, on a recours à des épreuves terribles : par le Ciuman, par Teau, par le feu et par le poison.

Les mariages se contractent entre parents, le premier degré excepté. Ils ne sont pas indissolubles. La polygamie simultanée n'est en usage que chez les grands, qui seuls peuvent nourrir plusieurs femmes. La femme s'achète, est fiancée dès l'enfance, livrée à Tàge nubile, sans cérémonie chez les pauvres, avec présents des sujets, concours d'ombiasses, fêtes et banquets chez les chefs. Les funérailles sont plus ou moins longues et solennelles, suivant le rang.

L'infanticide se pratique en deux cas : pour les enfants nés en certains mois ou certains jours néfastes, et pour ceux dont la naissance a coûté la vie à leurs mères, ou même a été simplement fort douloureuse.

Les femmes sont vêtues décemment, les hommes à peu pr<*$ nus, àTexception des grands qui se drapent à l'antique. Du reste, hommes et femmes sont fort négligés dans leur costume et ne soignent que leur chevelure. Les mœurs n'y sont p:\s m>ius d*une épouvantable dissolution, même chez Teafance que les parents eux-mêmes instruisent à pratiquer le mal avant qu'elle en ait conscience.

Tel est le peuple avec lequel nous allons passer quelques aaoêes en compagnie des enfants de Vincent de Paul.

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Nacquart et Gondrée.

Ds n'étaient pas les premiers apôtres qui eussent abordé sur ces côtes. Les Portugais du xvi® siècle, qui cherchaient à étendre le royaume de Jésus-Christ en même temps que leur puissance, avaient amené avec eux quelques prêtres lorsqu'ils y formèrent le premier établissement européen. Mais prêtres et colons furent bientôt massacrés par les Malgaches ou Madecasses. Au commencement du xvii* siècle, le fils du Dian Ramach, enlevé à son père, fut emmené à Goa, où il fut baptisé et élevé dans la religion chrétienne. Puis il revint à Madagascar avec deux jésuites portugais qui réussirent à se faire accueillir du père au moyen de riches armes et autres présents qu'ils lui offrirent, et qu'on put montrer encore, eu 1649 , au Missionnaire Nacquart. Les jésuites obtinrent d'abord la liberté de prêcher l'Évangile; mais la jalousie des ombiasses excita bientôt contre eux une persécution. L'un fut mis à mort, l'autre fut recueilli sur un galion de rapatrie. Les Missionnaires retrouvèrent plus tard les débris de leur case , et une croix de pierre sur laquelle ils avaient gravé une inscription. Les colons eux-mêmes, décimés par les maladies, abandonnèrent leur établissement. Les Hollandais tentèrent de les y remplacer et de fonder sur la côte un comptoir pour la traite des nègres ; mais ils ne purent résister non plus à l'inclémence du climat et s'enfuirent d'une plage qui ne se nommait plus que le cimetière des Européens.

Cependant, la Compagnie d'Orient se formait en France. Le capitaine Rigault, son représentant, obtint de Richelieu, intendant généi'al des mers, le privilège et la concession d'envoyer à Madagascar et autres îles adjacentes pour en prendre possession au nom de Sa Majesté très-chrétienne, et y exercer, pour le compte de la Compagnie, pendant dix ans, le droit exclusif de commerce. Deux expédi-

tîons eurent lieu en 1642 et 1643. Les Français s'établirent d'abord à Sainte-Luce , sur la côte orientale, poste mal choisi et où ils eurent à souffrir des maladies et des naturels du pays. La colonie se transporta bientôt à la presqu'île de Tholangar, dans le pays d'Anos, et y construisit un fort qu'elle appela Fort-Dauphin. Mais Pronis son chef, protestant, débauché et dilapidateur, gêna la religion des colons catholiques, excita contre lui la rage des Malgaches par des enlèvements de femmes et des pillages, et s'atth-a la haine de ses compatriotes eux-mêmes par ses injustices et les désordres de son administration.

C'en était fait de la colonie , lorsque la Compagnie d'Orient, informée, songea à lui donner un autre gouverneur, et désigna à cet effet un de ses intéressés, le comte de Fiacourt. Mais elle songea en même temps aux intérêts religieux des colons, et voulut envoyer avec eux de bons prêtres. Dans ce dessein, elle s'adressa au cardinal Bagni, nonce apostolique en France, qui, de son côté, demandaen son nom deux Missionnaires à saint \incent de Paul*

Il y avait alors à Richelieu un jeune prêtre qui, depuis qu'il était entré dans la Gompag«nie , soupirait après les Missions étrangères. C'était Charles Nacquart, né en 1617 à Trelon dans le diocèse de Soissons. Vincent jeta les yeux sur lui, et, en mars 1648, il lui écrivit la lettre suivante :

« Il y a longtemps, Monsieur, que Notre-Seigneur a donné à votre cœur les sentiments pour lui rendre quelque signalé service. Et quand on fit à Richelieu l'ouverture des Missions parmi les gentils et idolâtres, il me semble que Notre-Seigneur fit sentir à votre âme qu'il vous y appelait, comme pour lors vous me l'écrivîtes ensemble avec quelqu' autre de la famille de Richelieu. 11 est temps que cette semence de la divine vocation sur vous ait son effet; et voilà que Monseigneur le nonce, de l'autorité de la sacrée congrégation de la foi, de laquelle notre saint père le Pape est le chef, a choisi la Compagnie pour aller servir Dieu dans l'île Saint- Laurent, autrement dite Madagascar; et la

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Compagnie a jeté les yeux sur vous , comme sur la meilleure hostie qu'elle ait pour en faire hommage à notresouverain Créateur, pour lui rendre ce service avec un autre bon prêtre de la Compagnie. 0 mon plus que très -cher Monsieur! que dit votre cœur à cette nouvelle? A-t-il la honte et la confusion convenables pour recevoir telle grâce du ciel? Vocation aussi grande et aussi adorable que celle des plus grands apôtres et des plus grands saints de l'Église de Dieu ! Desseins éternels accomplis dans le temps sur vous! L'humilité, Monsieur, est seule capable de porter cette grâce ; le parfait abandon de tout ce que vous êtes et pouvez être, dans l'exubérante confiance en votre souverain créateur, doit suivre.

« La générosité et grandeur de courage vous est nécessaire. 11 vous faut une foi aussi grande que celle d'Abraham. La charité de saint Paul vous fait grand besoin. Le zèle, la patience, la déférence, la pauvreté, la sollicitude, la discrétion, l'intégrité des mœurs et le grand désir de vous consommer tout pour Dieu, vous sont aussi convenables qu'au grand saint François-Xavier.

« La première chose que vous aurez à faire^ ce sera de vous mouler sur le voyage que fit le grand saint François-Xavier ; de servir, édifier ceux des vaisseaux qui vous conduiront; y établir les prières publiques, si faire se peut ; avoir un grand soin des incommodés, et s'incommoder toujours pour accommoder les autres ; procurer le bonheur de la navigation, qui dure quatre ou cinq mois, autant par vos prières et la pratique de toutes les vertus, que les mariniers feront par leurs travaux et leur adresse à l'égard de ces Messieurs; leur garder toujours grand respect; être pourtant fidèle à Dieu pour ne pas manquer à ses intérêts, et jamais ne trahir sa conscience par aucune considération ; mais prendre soigneusement garde de ne pas gâter les affaires du bon Dieu, pour les trop précipiter, prendre bien son temps et le savoir attendre.

« Quand vous serez arrivé en cette lie, vous aurez première-

ment à vous régler selon que vous pourrez ; il faudra peut-être vous diviser pour servir en diverses habitations ; il faudra vous voir l'un l'autre le plus souvent que vous pourrez, pour vous consoler et vous fortifier. Vous ferez toutes les fonctions curiales à l'égard des Français et des idolâtres convertis. Vous suivrez en tout l'usage du concile, et vous vous servirez du rituel romain. Vous ne permettrez qu'on introduise aucun usage ; et si déjà il y en avait, vous tâcherez doucement de ramener les choses à ce point. Pour cela, il sera bon que vous emportiez au moins deux rituels de Rome. Le capital de votre élude, après avoir travaillé à vivre, parmi ceux avec qui vous devez converser, en odeur de suavité et de bon exeihple, sera de faire concevoir à ces pauvres gens, nés dans les ténèbres de l'ignorance de leur créateur, les vérités de notre foi, non pas par des raisons subtiles de la théologie, mais par des raisonnements pris de la nature: car il faut commencer par là ; tâchant de leur faire connaître que vous ne faites que développer en eux les marques que Dieu leur a laissées de soi-même, que la corruption de la nature, depuis longtemps habituée au mal, leur avait effacées. Pour cela, Monsieur, il faudra souvent vous adresser au Père des lumières et lui répéter ce que vous lui dites tous les jours : Da mihi intcllectumy ut sciam testimonia tua. Vous rangerez par la méditation les lumières qu'il vous donnera. Et pour montrer la vérité du premier et souverain être, et les convenances pour le mystère de la Trinité, la nécessité du mystère de l'incarnation, qui nous fait naître un second homme parfait, après la corruption du premier, pour nous réformer et redresser sur lui, je vour drais leur faire voir les infirmités de la nature humaine par les désordres qu'eux-mêmes condamnent; car ils ont des lois, des rois et des châtiments. Quoiqu'il y ait quelques livres qui traitent ces matières, comme le catéchisme de Grenade, ou autre que nous tâcherons de vous envoyer, je ne puis que vous répéter que le meilleur sera l'oraison : accedite ad eum et illwninamlni ^ s'abandonner à l'esprit de

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Dieu qui parle en ces rencontres. S'il plait à sa divine bonté vous donner grâce pour cultiver la semence des chrétiens qui y sont déjà, et qui vivent avec ces bonnes gens dans la charité chrétienne, je ne doute nullement, Monsieur, que Notre-Seigneur ne se serve de vous de delà pour préparer à la Compagnie une ample moisson. Allez donc. Monsieur, et ayant mission de Dieu par ceux qui vous le représentent, jetez hardiment les rets.

(( Je sais combien votre cœur aime la pureté; il vous en faudra faire de delà un grand usage ; viciés en beaucoup de choses, ils le sont particulièrement de ce côté-là, jusque-là que l'on dit que les maris inènent leurs propres femmes aux Européens pour avoir des enfants d'eux ; la grâce infaillible de votre vocation vous garantira de tous ces dangers. Nous aurons tous les ans de vos nouvelles, et nous vous en donnerons des nôtres. Encore qu'il ne faille^ point d'argent en ces pays pour y vivre, néanmoins. Monsieur, la Compagnie a ordonné qu'on vous envoie cent écus d'or pour les nécessités qui peuvent survenir. Nous vous envoyons aussi une chapelle complète, deux rituels romains, deux petites bibles, deux conciles de Trente, deux casuistes, des images de tous nos mystères, qui servent merveilleusement à faire comprendre à ces bonnes gens ce qu'on leur veut apprendre, et qui se plaisent à en voir. Nous avons ici un jeune homme de ce pays-là, d'environ vingt ans, que Monseigneur le nonce doit baptiser aujourd'hui; je me sers d'images pour l'instruire, et il me semble que cela lui sert pour lui lier l'imagination. Je ne sais s'il ne serait nécessaire de porter des fers pour faire des pains à dire la sainte Messe, des épingles, des étuis de poche, chacun trois ou quatre, des huiles saintes pour le baptême et l' extrême-onction , chacun un Busée, quelques Introductions à la vie dévote, des abrégés des vies des saints. Vous avez une obédience de nous, un plein pouvoir de Monseigneur le nonce, lequel a grandement à cœur cette œuvre. Avec cela je me donne absolument à vous, sinon pour vous suivre en eifet, d'autant que

!U SÂÎNT VfîîCÉNT DB PAOt.

j'en suisf indigna, au moins pour prier Bieù tond les jours qu'il lui plaira de me laisser sur la terre, pour vorus révoir dans l'éternité, et vous y honorer comme une personne qui sera placée par la dignité de sa vocation au nombre des personnes apostoliques.

Je finis prosterné en esprit à vos pieds, demandant qu'il vous plaise aussi m* offrir à notre commun Seigneur àfm que je lui sois fidèle, et que j'achève en son amour le chemin de l'éternité, qui suis dans le temps et serai à jamiâs

Votre trés-hurable et obéissant serviteur :

Vincent de Paul, indigne prêtre de la Mission.

Nicolas Gondrée, né en 1620 à Assigny, petit village du comté d'Eu, dans le diocèse d'Amiens, était le compagnon que Vincent destinait à Nacquart. Il était à Saintes, simple sous -diacre, lorsque Vincent le rappela à Paris pour lui faire recevoir le sacerdoce et lui annoncer sa glorieuse Mission. Dans sa lettre à Nacquart, Vincent disait de lui : « C'est un des meilleurs sujets de la Compagnie, en qui la dévotion qu'il avait entrant en icelle se conserve toujours. Il est humble, charitable, cordial et zélé; bref, il est tel que je ne puis vous en dire tout le bien que j'en pense. »

A la réception de cette lettre, Nacquart répondit, le !•' avril : w II me semble, en lisant et relisant votre lettre, que les termes d'icelle n'étaient point d'un homme, mas des paroles de l'Esprit de Dieu... Hélas I j'ai bien de la peine à me persuader que ce soit à moi, pauvre Charles Nacquart, que s'adresse cette signification du dessein de Dieul Oh bien! pourtant, puisque vous me tenez lieu de père sur terre après celui que j'ai au ciel, je n'en doute pas;,., j'irai comme un enfant perdu, à l'aveugle, pour découvrir ai cette terre est de promission. »

Gondrée alla aussitôt rejoindre Nacquart à Richelieuy car la Compagnie d'Orient pressait leur départ. On agit méfne

âveè Wai de précipitation, qu'on n'etrt ]^às ]e l^Ài^ de demasider mission à la Propagande, et qu'on se contenta des pouvoirs provisoires qui furent délivrés par le nonce^ Or, la Propagande venait de confier la Mission de Madagascar aux Carmes Déchaussés. Aussi, par décret du 20 juillet iô48, elle déclara nuls les pouvoirs donnés par Bagni, jusqu'à démission des Carmes, et ne permit aux Missionnaires que le seul service des Français de la colonie* Ce ne fut que cinq ans après que deux nouveaux Missionnaires emportèrent les pouvoirs de la Propagande.

Partis ensemble de Richelieu le 18 avril 1648, Nacquart et Gondrée arrivèrent à La Rochelle, où ils durent attendre pendant un mois le jour de l'embarquement. Voulant mettre ce temps à profit, ils s'offrirent à Tévêque de La Rochelle, pour servir à la ville ou à la campagne. A l'exemple de saint François- Xavier qui s'était ainsi préparé à son apostolat à Lisbonne, ils passèrent ces jours dans les hôpitaux et dans les prisons.

Le 21 mai suivant, jour de l'Ascension, ils montaient à bord du Saint-Laurent avec le comte de Flacourt et quatrevingts nouveaux colons destinés pour Madagascar, et aussitôt l'ancre était levée. A peine le vaisseau avait-il perdu de-vue les côtes de France, que Nacquart s'occupa de faire gagner à ses cent vingt compagnons de voyage la grâce d'un jubilé que le Saint-Père venait d'accorder à l'occasion de ia paix de Westphalie.

Arrivé au cap Vert, il rendit le même service à quelques Portugais et à une douzaine de Français de Dieppe qui s'y trouvaient en relâche. Au boutde six jours, on remit à la voile. Les vents furent contraires. En un mois et demi de naviga^ tion, on n'avait pas encore atteint la ligne. Sur le conseil de Nacquart, l'équipage fit vœu à la sainte Vierge de célébrer pieusement son Assomption, de bâtir en son honneur une église à Madagascar, et, la veille de la fête, on était sous la ligne. Même vœu, même protection céleste à la Notre- Dame de septembre.

les Français exilés par Pronis, visitait les ebc^s pdur 1q8 amener à de bons sentiments envers les colons. Nacquarli àe son côté» voulut faire ses visites apostoliques. Il jOilU trouver à Faushère Dian Bamacb, ce chef baptisé à Gm^ qui avait succédé à son père. Bien reçu, grâce à quelques présents , Nacquart essaya de ramener aux pratiques du christianisme le chef retourné à ses superstitions nationales. Ramach promit de se convertir avec tout son peuple , dès qu'un prêtre viendrait résider dans soa État d'Anos. Et, en preuve qu'il n'avait pas oublié sa foi, il récita en portugais le Pater y Y Ave et le Credâ^ et montra un Malgache, autrefois baptisé par les j&^ ^tes, qui portait sur la poitriue un tatouage de troi^ croix.

Profitant de ces heureuses dispositions, Nacquart coai« rnença à former les sujets de llamach à la prière, jeta daofi leurs cœurs la semence du salut, et revint plein d'espé^ rance au Fort-Dauphin pour les fêtes de Noël. Le jour de l'Epiphanie, il fêta l'anniversaire de la vocation des gentil$ par le baptême de quelques enfants, dont l'un, mis sous le patronage de Flacourt, reçut le nom de Pierre^ comme s'il eût été le fondement de l'édifice spirituel qu'on cherchait à élever dans cette contrée. Une grand'messe fut aussi célébrée, avec toute la pompe possible, en présence des Malgaches, qui s'arrêtèrent, hélas! à l'admiration. Dans leurs idées superstitieuses, ils fuyaient devant le seul signe de la croix; et, pour les ramener, le Missionnaire devait saisir la main de l'un d'eux, la conduire de son front à sa poitrine pour former le signe auguste : alors seulenaent ils revenaient et consentaient, rassurés, à faire seuls ce qu'ils avaient vu faire impunément à d'autres. Plus ignorantes pourtant, les femmes se montraient plus accessibles, dans le pressentiment mystérieux que, là commje ailleurs, le christianisme seul les relèverait de leur dégradation.

Quelques jours après, grande fête chez Dian Ramacb. Nacquait profijta de l'occasion pour aller ]lui rappeler sa

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pnopûiesse. Bien accueil!^ CBCore, il l'invita à profe3$.er son aûciepne foi devant ses sujets; mais le Diàn tergiversa, et personne md se convertit. Nacquart, au moins, prêcjjgi de nouveau la doctrine chrétienne .

De retour au Fort-Dauphin, il continuait, avec Gondrée, son saint ministère auprès des Français et des nègres, lorsqu'il fut mandé auprès d'un chef voisin nommé RamanQre. Dangereusement malade, ce chef avaient vainement demandé saguérison à ses ombiasses et à ses oùlis, etil voulait essayer dn baptême. Anivé près de lui : « Dieu, lui dit Nacquart, permet souvent les maladies de nos corps pour le salut de nos ânoies. 11 est tout-puissant pour vous guérir, si vous renoncez à vos superstitions et le servez. » Là-dessus, le chef demande à être instruit. Pour donner multiplication à la divine semence, le Missionnaire aussitôt rassemble tous ceux du village et annonce la bonne nouvelle. « Mon coeur est soulagé, dit alors le chef. Je crois tout. Je porte compassion au Fils de Dieu mort pour nous ; je l'en remercie et ne l'oublierai point, w Puis, revenant à sa préoccupation principale : « Croyez- vous, dit-il au Missionnaire, quj^ Jésus-Christ soit assez puissant pour me rendre la santé? — Oui, répond Nacquart; si vous croyez, vous serez guéri et sauvé. » Et le chef demande aussitôt de l'eau et le baptême. Mais Kacquart, voyant bien qu'il songeait plus à son corps qu'à son âme, lui dit : « 11 faut éprouver si votre désir de servir Dieu est véritable; et il paraîtra tel, si, ayant reçu de lui la santé, comme j'espère qu'il vous la donnera, vous vous faites plus amplement instruire, vous et votre famille. » Entendant ces discours, la femme du chef, qui portait au fond de l'âme ce christianisme naturel dont parle TertuUien, Ht au Missionnaire : « Il y a longtenips que nous avons tticours à Dieu; et, en toute circonstance, particulièrement en plantant et recueillant le riz, nous élevons les yeux au cieJ, et nous lui disons : « C'est toi qui peux faire venir tout ce que je plante et qui as fait venir ce que je recueille; si \jâ en avais besoin, je te le donnerais ; au moins j'en don-

nerai à ceux qui en auront besoin, comme aux Français qui passeront par ciiez moi et aux pauvres esclaves. » Et les autres Malgaches ajoutaient : « Ce que nous venons d'entendre vaut mieux que l'or et l'argent; car l'or, on peut le prendre à celui qui dort; mais cela, qui nous le peut ôter? Nous le retrouvons toujours dans notre cœur après le sommeil. )}

Nacquart prit congé de son auditoire, laissant au malade l'espoir de la guérison, et à ses sujets le désir d'être instruits. Ramanore revint à la santé, mais non à ses bonnes résolutions; au moins permit-il de baptiser ses deux enfants.

Mort de Gondrée. — Nacquart seul.

Au moment que Nacquart était plein de consolation et d'espérance. Dieu lui préparait la plus cruelle des afflictions.

Au mo^p de juin 1649, Flacourt voulut visiter Dian Ramach en compagnie d'un Missionnaire, et il emmena Gondrée. C'était pendant les Rogations. Ni poisson, ni légumes dans ces terres. Gondrée ne voulut pas s'appliquer la dispense qu'il donna à ses compagnons, et il se contenta d'un peu de riz cuit à l'eau. Ce jeûne excessif, la chaleur extrême, la fatigue d'un voyage à pied, le forcèrent à s'alliterà Faushère, atteint d'une fièvre dyssentérique. Ramené au Fort-Dauphin après quelques jours de repos, la fièvre le reprit plus violente et accompagnée de délire. Le premier usage qu'il fit de sa raison recouvrée fut de demander à Nacquart de l'entendre en confession, et de se soumettre amoureusement à la volonté de Dieu. Le lendemain de l'Ascension, comme le mal empirait, Nacquart lui administra le saint viatique en présence des colons français. Aux fêtes de la Pentecôte, il se partagea entre les colons et son cher malade, instruisant, réconciliant les uns, entretenant l'autre dans de saintes pensées, priant Dieu de ne pas le laisser

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