‹ Saint Vincent de Paul, sa vie, son temps, ses œuvres, son influenceChapitre 22 sur 87 · MORT DE GONDRÉE. -— NACQUART SEUL · texte numérisé non relu

MORT DE GONDRÉE. -— NACQUART SEUL

lui-même orphelin et de ne pas rendre veuve la colonie. Le lundi, il lui donna rextrême-onction,qui fut reçue avec une dévotion admirable. Gondrée recommanda aux assistants la crainte de Dieu et la dévotion envers la sainte Vierge. Pour lui, il n'avait qu'une sollicitude, la conversion des hérétiques et des infidèles; qu'un seul regret, de quitter ses pauvres et chers insulaires. Et sa fin approchant : « Mandez à M. Vincent, dit-il à Nacquart, que je le remercie trèshumblement de ce qu'il m'a admis et souffert au nombre des Missionnaires, et particulièrement de ce qu'il m'a choisi pour m'envoyer en ce pays, au lieu de tant d'autres qui eussent mieux fait que moi. » Puis il légua à sa mère, à ses parents, un tendre souvenir, avec demande de prières; et à son confrère, à deux fois, la promesse d« 'souffrances et de persécutions : vrai legs, vrai héritage du Missionnaire ! Sur le soir, Nacquart, songeant à sa prochaine solitude et à la privation, bien longue peut-être, où il serait du ministère d'un prêtre, lui demanda s'il aurait la force de l'absoudre. Soudain le malade se découvre, soulève son bras défaillant et donne à Nacquart sa dernière absolution. Quelques heures après, il était retourné à Dieu. Aussitôt, raconte ïacquart, la lune se voila, comme pour figurer les ténèbres [ans lesquelles sa mort allait replonger cette terre infidèle. Nacquart ensevelit lui-même le corps de l'apôtre et du lartyr; puis il célébra ses funérailles, là voix entrecoupée e tels sanglots, qu'il demanda pardon à l'assistance au 3m des larmes que Jé^us avait versées sur son ami Lazare, . les chrétiens répétèrent aussitôt le mot de l'Évangile : cce quotiiodo amabat eûml Les nègres eux-mêmes, qui ivaient pourtant à peine connu, disaient tout en pleurs : Avant lui, nous n'avions point vu de semblables hommes, li ne fussent point colères ni fâcheux, et qui nous parssent avec affection des choses de notre salut. » Laissé seul à quatre mille lieues de son pays, aux prises rec des fatigues et des souffrances qui devaient bientôt i-méme le conduire à la mort, Nacquart commença par

faire son testament. Il nomma un de ses néophytes poui l'assister en sa dernière lutte, régla comment on devait lui apporter décemment le saint viatique, s'il ne pouvait l'allar lui-même chercher à Féglise, se recommanda aux prières des Français pendant son agonie et après sa mort, demanda à être enterré près de Tautel, sinon, au cimetière, auprès de Gondrée, son cher compagnon ; légua son patrimoine à ses frères, sous la condition de messes et d'aumônes pour le repos de son âme et pour remercier Dieu de l'honneur d'avoir été reçu Missionnaire et envoyé à Madagascar.

Après quoi, il demanda à Notre- Seigneur la part de grâces du défunt, pour faire seul l'ouvrage des deux ; et, se sentant exaucé dans son corps et dans son âme, il se remità l'œuvre avec i;*ésignation et courage.

Craignant d'être prévenu par la mort, son premier soin fut de composer en la langue du pays des instructions sur les vérités les plus nécessaires au salut pour les léguer à ses successeurs i et il commença de les prêcher lui-même aux infidèles étonnés de la facilité de son élocution. Par luimême ou*^ar autrui, il ne perdait aucune occasion d'annoncer Jésus-Christ. Quand les Français partaient pour une expédition, il préparait d'abord leur âme; puis il faisait des plus intelligents autant de Missionnaires qu'il chargeait d'annoncer la foi aux infidèles, au moyen d'instructions qu'il leur doiiihiit par écrit.-

Car, depuis la mort de Gondrée, chargé pour sa part des Français, il ne pouvait plus guère s'éloigner de la colonie; d'autant moins qu'elle avait alors beaucoup à souffrir des maladies. Vingt-cinq soldats ou colons mouraient alors au Fort-Dauphin, pendant que vingt-quatre autres succombaient dans les terres. Il fallait rester pour les assister et pour le service religieux du Fort. C'est là qu'il reçut la visite des fils de Dian Panole, chef d'une partie septentrionale de l'île. Ces jeunes gens suivirent assidûment ses instructions, et l'invitèrent à venir s'établir au milieu de leur peuple, lui pram^tant les bonnes grâces de leur père et la conversina

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