‹ Saint Vincent de Paul, sa vie, son temps, ses œuvres, son influenceChapitre 23 sur 87 · MORT -DE GONDRÉE. — NACQUART SEUL · texte numérisé non relu

MORT -DE GONDRÉE. — NACQUART SEUL

5 ses sujets^ Un devoir plus impérieiox retenait Nacquart u Fort-Daupbin. Nouvelle douleur pour lui, surtout lorsr ;tt*il apprit qu'en effet ce peuple était bien disposé à reee^ r«r rÉvangile.

Cependant, il faisait quelques excursions dans les terres, m^ pour quelques jours seulement. Ainsi, une fois, un des Bis de Dian Ramach étant tombé malade, ce chef l'envoya chercher pour lui appliquer le remède du baptême. « Avezvous l'intention, dit Nacquart au chef, de l'élever dans 1^ religion chrétienne? — Je te le donne, répondit Ramach 5 il t'appartient; sois son père et sa mère, w Le jeune homme fut baptisé et guérit. Dian Ramach, suivant sa promesse de Tannée précédente, exposa la religion chrétienne àses vassaux , et en fit ressortir la supériorité sur leurs supei'stitions. Tous demandèrent instruction et baptême. Mais le Missionnaire devait retourner au Fort-Dauphin, et ne pouvait profiter de ces dispositions. Au inoins il instruisit le jour les gens des villages, et le soir, au «lair de lune, ceux qui revenaient du travail. Il semait; d'autres devaient moissonner.

Dans des villages situés par delà Faushère, il suivît un conseil de Vincent. U avait porté avec lui une grande image du jugement dernier, du paradis et de l'enfer. Dans chaque village, il commençait par exposer les grandes vérités du salut; puis, déployant son tableau et le montrant : « Que :hoisissez-vous, demandait-il, du haut ou du baa, du paradis m de l'enfer? — Je n'ai garde, répondaient les insulaires dans eur langage , de choisir d'aller avec le diable, c'est avec >ieu que je veux demeurer. » Et ils admiraient l'image, 'étonnant qu'on eût pu tracer des figures sur le papier. Ils talent dans le ravissement. Si, l'image pliée, quelqu'un arvenait : « Ah ! tu n'as pas vu la richesse, » lui disaient-ils. t. il fallait la dépliej et recommencer l'explication. Alors, Qtre Nacquart et ces bons insulaires, s'établissait un dia- ►gue familier et confiant. « Père, lui disaient-ils, nos omr 'ms^/s^ n^ QQ^s parlent jamaÂ3 ^ Dieu ; il6 p§ nom T^Uir

tent que par intérêt ou pour nous tromper; mais toi, tu nous enseignes gratis et nous dis toujours la vérité. » Sur les diiïérents points du christianisme, ils exprimaient naïvement leurs impressions : malédiction contre le diable, qu'ils auraient été heureux de saisir et de brûler; malédiction aussi, mais bientôt réprimée par le Missionnaire, contre nos premiers parents : « Oh ! quelle belle chose c'eût été, s'écriaient-ils, de demeurer comme Dieu nous avait faits, sans travail, sans sujétion aux maladies ni à la mort! »

Nacquart alla ainsi, montrant son tableau, jusque chez Dian Raberas, chef d'une tribu de la vallée d'Amboul. Ce chef était malade. Il demanda qu'on lui parlât de Dieu et qu'on lui montrât l'image. Les vassaux réunis, Nacquart entama son explication, et, montrant l'enfer : » Là, dit-fl, iront les polygames. » Or, Raberas avait cinq femmes. Il pâlit et trembla; puis il pria le Missionnaire de revenir après sa guérison, promettant de ne garder qu'une femme, de se convertir et d'obliger ses vassaux à recevoir l'Évangile.

Rentré au Fort-Dauphin, Nacquart posa la première pierre d'une église dédiée à la sainte Vierge, le 2 février 1650, jour de la Purification. De là il reprit le cours de ses visites auprès des chefs. Il visita, entre autres, Dian Madombour, grand ombiasse, qui disposait , disait-on , des sauterelles; puis Dian Marsicori, autre ombiasse qui faisait à son gré la pluie et la sécheresse, et toujours au profit de ses rizières et de ses troupeaux. Cependant la sécheresse l'avait atteint lui-même, et le peuple, plus malheureux encore, murmurait. « Pleuvra-t-il bientôt? » demanda-t-il à Nacquart. — C'est, répondit le Missionnaire, le secret de Dieu, qui, comme il lui plaît, envoie ou retient la pluie. Mais toi, si tu es si puissant, pourquoi laisses-tu se sécher et se perdre les riz du pays et les tiens? — C'est la faute des oûlis, » repartit 1* ombiasse; et Nacquart de tonner contre la vanité des idoles.

De retour au Fort-Dauphin, en 1651, pour y prêcher le carême aux Français, il célébra la première messe dans la nouvelle église le jour de Pâques ; solennité qui fut rehaussée

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)ar le baptême, la première communion et le mariage de plusieurs Malgaches adultes. Ainsi croissait la moisson. En irrivant à Madagascar, il n'avait trouvé que cinq enfants baptisés parBellebarbe; il en avait baptisé cinquante-deux autres, sans compter soixante-dix-sept Malgaches adultes et de plus nombreux néophytes qu'il différait de baptiser Jusqu'à leur mariage, seul espoir de persévérance chez cette nation dissolue. Il veillait seulement à ce qu'aucun de ceux-ci ne mourût sans baptême. C'est ainsi qu'il baptisa une vieille Malgache dont le corps prit le premier place dans le cimetière des Français. A ces biens il faudrait ajouter des protestants convertis, de nombreux mariages réhabilités entre Français et négresses, enfin des projets charitables, surtout pour l'éducation des femmes et des filles de ce pays, projets qui, sans avoir été réalisés, ont été portés par Dieu au compte de son serviteur.

Pendant la semaine sainte de cette année 1651, le chef des Matatanes, Dian Taboulaze, vint faire sa soumission au comte de Flacourt. Il assista avec admiration aux belles cérémonies du culte catholique. Il s'extasiait surtout devant les tableaux représentant la sainte Vierge et le Sauveur en croix. Il touchait les clous des mains et des pieds, dans la pensée de les sentir en relief. Nacquart ne manqua pas de lui raconter l'histoire de la vie et de la passion de Notre- Seigneur. « Ohl que tu me ferais plaisir, dit-il alors au Missionnaire, si tu venais en notre pays des Matatanes I rirais toujours apprendre avec toi. »

Ces heureuses dispositions à recevoir l'Évangile renouvelaient la douleur du Missionnaire, que sa solitude réduisait à l'impuissance. Il voyait ces peuples n'attendre que le mouvement de Veauy suivant l'expression de l'Évangile, pour descendre dans la piscine du baptême. En parcourant les villages, il entendait ces pauvres gens lui crier : « Où est donc cette eau qui lave les âmes, que tu nous as promise I Fais-en venir et y fais les prières. » Et alors, écrivant à Vincent, il disait avec saint François-Xavier : « Où sont tant

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eb docteurs qui perdent le temps dans les académie^, pes^ dant que tant de pauvres infidèles petunt panetny ei non at qui frangat eis... Je ne doute point. Monsieur, que tous les sujets de la congrégation ne tressaillent de joie à des nouvelles si désirables à leur zèle, et ne veuillent coopérer avae Dieu à la conquête de ce nouveau royaume à Jésus-Christ, et que, dans la compassion de me voir seul dans un pays si éloigné administrer les sacrements aux autres sans en poa« voir recevoir d'autres que la sainte Eucharistie, ils ne prieot la bonté de Dieu de uie fortifier en sa grâce. »

Sitôt qu il eut appris la mort de Gondrée, Vincent songea, en effet, à ne pas laisser Nacquart seul à des fatigues aux* quelles il ne pouvait manquer de succomber bientôt. M rappela Jacques Mounier de Picardie, où il était occupé i distribuer des aumônes. Depuis longtemps Mounier, natif de Saintes, souhaitait de donner sa vie pour le salut des infidèles, et il avait fait vœu de réciter tous les jours le

rosaire pour obtenir la grâce d'être destiné aux missioas lointaines. Vincent lui associa Toussaint Bourdaise, de Blois, qui dépendait alors de l'évèché de Chartres. Mais les tro*h blés du royaume, des rivalités de conjpagnies sur lesquelfcs i nous allons revenir, ne leur permirent de se mettre eo tm qu'au commencement de 165/i, et c'est le 16 août seulement qu'ils arrivèrent au Fort-Dauphin.

Mort de Nacquart. — Nouveaux Missionnaires.

- Il y avait plus de trois ans déjà que la colonie était veuvede Nacquart, mort à trente-quatre ans dès le 29 mai 1651, sans que, dans ce long intervalle, la nouvelle en fût venue à Paris. C'est Mounier qui, par une lettre du 0 février 1655, transmit à Vincent ces funèbres détails. Quelques jours après Pâques, Nacquart s'était senti frappé, et, le dimanche du Bon Pasteur, dans le pressentiment de sa fin prochaine, il avait comiraenté en chaire ce texte : « Percutiam pastorem^ et disper^

MORT DB NACOtfARf. — foOVËADX MiftSiONNAIftES. ifjt

fniur &vêè. n II* lï* avait pas laissé, irralgt^ sa feûblesse» aller à pied dand un village éloigné de plusieurs lieues a Fort-Dauphin, pour y baptiser un vieillard et dix enfants, son retour, il avait prêché encore le jour de l'Ascension, avait été son suprême effort. Il s'était remis au lit et avait lit ses demiëi*es dispositions. 11 avait recommandé aux rançais le soin des malades, la fidélité à leur foi, le res- BCt pour le Saint-Sacrement qu'il laissait à l'église, sur- >ut si, forcés d'abandonner leur fort, ils devaient l'emorter avec eux; l'exhumation de Gondrée qu'il désirait être lis avec lui dans le même tombeau au pied de l'autel; uis, après vingt-quatre heures de délire, il avait rendu son me à Dieu. Les Français l'avaient enseveli avec ses orneîents sacerdotaux, avaient chanté l'office des morts, ce [u'ils avaient renouvelé au bout de l'an.

Malgré l'oubli qui couvre les morts presque aussi prompement que la terre de leur fosse, la mémoire de Nacquart ifait encore vivante parmi les Français et parmi les nègres, i C'était, a écrit Flacourt S un homme de bon esprit, zélé >our la religion et qui vivait exemplairement bien, qui ivait déjà la connaissance de la langue à suffisance pour ii^truire les habitants du pays, à quoi il prenait grand'- )6ine de s'employer continuellement ; et a été de nous fort regretté, d'autant qu'à son imitation beaucoup de Français ichaient à bien vivre, qui depuis, faute d'instruction, se jont laissés aller au vice commun de ce pays, qui est celui de la chair. »

De son côté, Vincent fit de Nacquart et de Gondrée cette loachante oraison funèbre, dans une des conférences ordi- Daires de Saint-Lazare : « 0 Sauveur! Un de ces jours, je parlais à un de ces Messieurs qui sont revenus de ce pays-là» îDieuI que ne me disait-il pas de M. Nacquart, le grand lerviteur de Dieu ! Avec quels sentiments m'en parlait-il 1 lue de biens I Grande perte de ce serviteur de Dieu ! Mais

t. Histoire de la grande île de Madagascar. Paris, 1658, in-4.

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grand avantage! 0 Sauveur I Sanguis martyrwn semen christianorum ! Gela me fait espérer que son martyre (car il est mort poupDieu) sera la semence des chrétiens; que Dieu , en vue de sa mort , nous donnera la grâce de fructifier... Et de M. Gbndréel 0 Dieul quels sentiments I quels sentiments ! J*ai toujours présent cet homme-là, sa grande douceur, sa grande modestie ; je me sens encore des boM discours qu'il nous tenait dans le tracas pour s'embarquer, cet homme de Dieu I 0 Sauveur I Demandons à Dieu qu'il donne à la Compagnie cet esprit, ce cœur; ce cœur qui nous fasse aller partout, ce cœur du Fils de Dieu, ce cœur de Notre -Seigneur! Cœur de Notre- Seigneur! Coeur de Notre- Seigneur! qui nous dispose à aller comme il irait et comme il serait allé, si sa sagesse éternelle eût jugé à propos de travailler pour la conversion des nations pauvres. »

Privés de prêtres depuis si longtemps, les Français, Fiacourt en tête, reçurent Mounier et Bourdaise avec beaucoup d'honneur et de cordialité, ils les installèrent d'abord dans leur petite case; puis on se rendit à l'église, où la joie fut au comble quand les saintes espèces laissées par Nacquàrt furent trouvées en état de parfaite conservation.

De leur côté, les nègres baptisés par les premiers Missionnaires accoururent vers leurs successeurs, amenant avec eux une multitude de compatriotes venus de tous les pays voisins pour se faire instruire; en^sorte que la case se trouva bientôt trop petite, et qu'il fallut en construire une seconde plus grande, destinée exclusivement aux catéchismes.

C'est que Français et nègres avaient toutes sortes de rai* sons de désirer l'arrivée des Missionnaires. Flacourt voyait tous les jours sa colonie dépérir sous les coups des maladies et des Malgaches, et lui-même était menacé d'assassinat. Ceux qu'il envoyait faire du butin ne revenaient pas; car les Malgaches infestaient les routes, enlevaient les bestiaux et massacraient les Français égarés. On leur imposait quelquefois à force de courage, et ces barbares disaient

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alors : « Nous avons ouï parler des Portugais ; nous avons connu les Hollandais et les Anglais : mais ce ne sont pas des hommes comme vous autres : car vous ne vous souciez point de votre vie, et quoique vous voyiez la mort devant vos yeux, vous ne vous épouvantez pas. Vous êtes autres que ces étrangers; vous n'êtes pas des hommes, mais des iions. » Malgré tout, c'étaient des trêves sans cesse violées par des chefs perfides, de perpétuelles attaques, et les Français, bloqués au Fort-Dauphin, avaient à lutter à la fois contre la disette et les armes des Malgaches.

Et aucun navire ne venait de France! Flacourt s'étonnait péniblement de l'abandon où le laissait la Compagnie d'Orient, lorsque, le 11 août 1654, cinq jours avant l'arrivée des Missionnaires,, il vit se diriger vers lui par terre deux Français déjà venus à Madagascar. Pas de navire en vue! Par où étaient-ils arrivés et que lui voulaient -ils? Ils lui annoncèrent que la Compagnie avait cédé ses droits au maréchal de La Meilleraye, dont deux vaisseaux étaient mouillés à quatre lieues de l'anse Dauphine. Une lettre du surintendant Fouquet le prévenait que ces deux vaisseaux lui amenaient deux prêtres de la Mission et les recommandait à sa bienveillance religieuse. Rien de plus sur la conduite qu'il devait tenir. Ce ne fut que le 16 qu'on lui remit une lettre de La Meilleraye, qui semblait accepter ses services et mettre de nouvelles ressources à sa disposition. Du reste, pas un mot de la Compagnie dont il était le représentant.

Cette Compagnie, frappée de mort avec Richelieu, son protecteur, avait pourtant obtenu, en 1652, la continuation de ses privilèges pour quinze ans; mais elle traînait une existence languissante. C'est alors que La Meilleraye, prévoyant sa fin prochaine, envoya les deux navires que nous venons de voir en rade du Fort-Dauphin, pour s'emparer de' Madagascar en son nom.

Ces tristes rivalités marchandes avaient retardé l'envoi de nouveaux Missionnaires. Pressé enfin de venir au secours

des siens, Vincent s'était déterminé à confier Meunier et Bourdaise aux vaisseaux de La Meilleraye. Car commeat faire? La Compagnie d'Orient était menacée d'une dissolution évidemment prochaine. Prendre des engagements avec elle, c'était s'attirer les persécutions des agents du maréchal, qui, suivant toutes les probabilités, allait se rendre le seul maître de l'île. Cependant nous verrons Vincent hésiter encore entre la Compagnie et La Meilleraye, ce qui gênera le transport des apôtres de l'Évangile.

En attendant, Mounier et Bourdaise s'étaient mis aussitôt à l'étude de la langue, et, au bout de quelques mois, ils pouvaient catéchiser les nègres en même temps qu'ils faisaient le service spirituel des Français. Tout allait au mieux, lorsqu'une révolution se fit dans le gouvernement de la colonie.

Flacourt, sans pouvoirs assurés, en butte aux réclamations de ses colons qu'il ne pouvait satisfaire, menacé par Pronis, l'ancien gouverneur, et par le capitaine La Forêt, venus l'un et l'autre sur les navires de La Meilleraye, deux compétiteurs en expectative qui le pouvaient à chaque instant supplanter, résolut de repasser en France pour s'y informer de la situation réelle de la Compagnie d'Orient. Il fit donc un traité par lequel il livrait aux mains de Pronis et de La Forêt la colonie, dont il constatait l'état prospère : provisions abondantes en riz et en bétail, contributions de guerre rentrées dans sa caisse, nombreuses tribus soumises à l'autorité du roi de France, ainsi que les îles Sainte-Marie et Mascareigne (Bourbon).

Parti le 5 février 1655, et débarqué à Nantes le 18 juin de la même année, il apprit bientôt la cause de son abandon, c'est-à-dire les intrigues et les rivalités plus haut racontées.

Pendant qu'il cherchait à relever en France les affaires de la Compagnie, la colonie était en proie à des malheurs dont son départ avait été l'occasion. Une partie du fort et des magasins était devenue la proie des flammes, au

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