‹ Saint Vincent de Paul, sa vie, son temps, ses œuvres, son influenceChapitre 25 sur 87 · NOUVEAUX DÉSASTRES. — NAUFRAGES · texte numérisé non relu

NOUVEAUX DÉSASTRES. — NAUFRAGES

coatume d'éprouver les siens lorsqu'il a quelque grand dèsgain sur eux. Sa divine bonté fait connaître qu'elle veut à présent, /lutant que jamais, que son nom soit connu, et le royaume de son Fils établi en toutes les nations. Il est évident que ces peuples insulaires sont disposés à recevoir les lumières de l'Évangile. Déjà six cents d'entre eux ont reçu le baptême par les travaux d'un seul Missionnaire que Dieu y a conservé , et ce serait contre toute raison et charité d'abandonner ce serviteur de Dieu qui crie au secours, et délaisser ce peuple qui ne demande qu'à être instruit. »

Et il parlait aux siens avec une résolution plus énergique encore, pour les porter à réclamer les postes glorieux que la mort venait d'ouvrir. « Dites-moi, demanda-t-il dans une conférence du 30 août 1657, ce serait une belle armée, laquelle, parce qu'elle aurait perdu deux, trois, quatre ou cinq mille hommes, abandonnerait tout là! Il ferait beau voir une armée ainsi faite, fuyarde et poltronne! Disons de même de la Mission : Ce serait une belle Compagnie que celle de la Mission, laquelle, parce qu'en voilà cinq ou six de .morts, abandonnerait l'œuvre de Dieu! Compagnie lâche ! attachée à la chair et au sang ! »

Nouveaux désastres. — Naufrages.

A cette sainte provocation, prêtres et frères se levèrent, se déclarant prêts à partir. Vincent choisit deux prêtres, Boussordée et Herbron, et le frère Christophe, qui tous les trois s'embarquèrent à Nantes le 30 octobre 1656. A peine le vaisseau sortait-il de la Loire^ qu'une tempête l'y repoussa, et il dut rentrer en rade à Saint-Nazaire. Le jour de la Toussaint, les deux prêtres dirent la messe sur le vaisseau, mais, ayant été incommodés par l'agitation, ils prirent terre le lendemain pour la célébrer dans une église. Us voulurent ensuite retourner à bord : la mer était si grosse que personne heureusement ne s'osa commettre sur une chaloupe

no SAINT VINCENT DE PAUL.

pour les y conduire. Le 3 novembre, entre dix et onze heures du soir, la tempête poussa le navire sur un banc de sable où il se brisa. Cent vingt personnes périrent.

Cependant le frère Christophe était resté à bord. A la True du danger, il saisit quelques planches, en forme un radeau, et, avec quinze ou seize compagnons, il se livre à la merci des vagues. De son manteau il fait une voile, il tient à la main son crucifix comme la barre du gouvernail, et dirige ainsi le frêle esquif, affirmant à ses compagnons qu'aucun ne périrait, s'ils avaient confiance en Dieu. « Remarquez, je vous prie, disait Vincent en racontant cette aventure, la foi de cet enfant ! » En effet, après avoir été ballotté pendant une nuit et un jour, le radeau déposa tous les passagers sur la côte de Paimbeuf, à l'exception d'un seul qui, au moment de mettre pied à terre, expira de froid et'de peur. « Ne voilà-t-il pas. Monsieur, ajoutait Vincent, une protec^ tion de Dieu bien spéciale sur ces trois Missionnaires, et particulièrement sur ce bon frère qui, étant fort timide de son naturel, a eu néanmoins assez de courage pour lui et pour encourager les autres dans ce péril éminent*? »

Les trois Missionnaires revinrent à Paris, et Vincent pré* para un nouveau départ. Cependant le maréchal de LaMeilleraye et l'ancienne Compagnie d'Orient étaient toujours en lutte et en procès. La Compagnie, qui ne renonçait pas à ses droits sur Madagascar, se disposant à y envoyer un vaisseau, demanda des Missionnaires qui lui furent promis. En même temps, Vincent de Paul promettait aussi deux ou trois prêtres à LaMeilleraye, qui avait un navire en partance. Mais le maréchal voulait le monopole du transport des Missionnaires comme du gouvernement de la colonie. Irrité de voir Vincent se partager entre lui et la Compagnie d'Orient, il garda d'abord un silence blessant, puis déclara qu'il ne se servirait plus des prêtres de Saint-

1. Lettre du 1'' décembre 1656.— La Gazette de France de la môme année; n* 160 , parla de ce sauvetage miraculeux, « attribué à la foi d'un frère de la Mission, d

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