MISSIONS DE BABYLONE ET DE PERSE
Puis vint la grande tourmente, pendant laquelle ils ne songèrent plus qu'à conserver leur vie. Ils se maintinrent cependant à leur poste et y passèrent les plus mauvais jours. Quand le calme se fit, toutes nos colonies étaient ruinées, et la reconstruction de la France suffisait d'ailleurs aux plus grands efforts des gouvernants. Les Missionnaires, néanmoins, attachés par leurs habitudes et par mille liens sacrés à ce sol de Bourbon, ne l'abandonnèrent pas, et la Mission n'y finit que par la mort du dernier d'entre eux, arrivée vers 1825. Us viennent d'y être remplacés (1859) par des Filles de la Chanté.
11 est encore quelques Missions étrangères dont Vincent fat sur le point d'être chargé ou dont il eut la pensée, et que ses fils, héritiers de son zèle apostolique, entreprirent wprès lui. 11 est bon d'en dire quelques mots pour compléter ce chapitre.
Missions de Babylone et de Perse.
Depuis longtemps Rome sollicitait Vincent d'envoyer des Misûonnaires à Babvlone et dans les Indes orientales. L'é- Têché de Babylone avait été institué en 1638 sur le désir et par les libéralités d'une pieuse veuve. Madame Ricouart, née du Gué de Bagnols, qui avait donné à cet effet 66,000 livres, à la condition que le premier évêque serait un religieux de l'ordre des Garmes-Déchaussés , et que ses sucoesaeurs seraient tous Français. Le carme désigné par elle, Jeui Duval, en religion père Bernard de Sainte-Thérèse, flTélait acquis de la réputation comme prédicateur, et s'était iqppliqoé encore à l'étude des langues orientales. 11 fut, en eflfet, nommé évêque de Babylone, et de plus vicaire apostolique d'ispaban et visiteur de Ctésiphon. Arrivé à Ispahan le 7 juillet 16&0, il logea chez les Carmes, qui desser- Taient cette Mission depuis le commencement du siècle. Il s'appliqua de suite au service des catholiques, à l'évangé-
lisation des infidèles dont' il convertit plusieurs, et fit rentrer dans le sein de TÉglise des schismatiques arméniens, jacobites et nestoriens. Trahi par un soldat, et cité devant le muphti, il fut frappé et maltraité par la milice. Il crut devoir revenir en France pour instruire le cardinal de Richelieu de l'état de sa Mission, et solliciter l'établissement d'un séminaire destiné à la soutenir; mais le cardinal était mort quand il arriva en France. Tenant néanmoins à son projet, il acheta un terrain à l'angle de la rue du Bac et de la rue qui prit de lui son nom de Babyloriey et c'est là, en effet, que quelques années plus tard s'éleva le séminaire des Missions étrangères.
Or, c'est dès 1640, au moment même du départ du nouvel évêque pour Ispahan, que la Propagande s'adressa à Vincent, par l'entremise du cardinal Ingoli, pour lui demander quelques Missionnaires dont l'un était destiné à la coadjutorerie de Babylone; car on prévoyait que Duvalne résisterait pas longtemps à de si rudes fatigues. L'humble prêtre trembla devant une telle dignité. Aussi chercha-t-il aussitôt un externe pour l'en investir. Mais n'en trouvant pas de vraiment capable, il pria Dieu et se résolut à obéir. Le 1" juin 1640, il écrivit à Rome à Le Breton : « J'ai été célébrer la sainte Messe. Voici la pensée qui m'est venue : c'est que le pouvoir d'envoyer ad génies résidant en la personne de Sa Sainteté seule sur la terre, il a pouvoir , par conséquent, d'envoyer tous les ecclésiastiques par toute la terre pour la gloire de Dieu et le salut des âmes, et que tous les ecclésiastiques ont l'obligation de lui obéir en cela; et, selon cette maxime qui me semble vraisemblable, j'ai offert à Dieu cette petite Compagnie à sa divine Majesté, pour aller là où Sa Sainteté ordonnera. Je pense pourtant comme vous qu'il est nécessaire que Sa Sainteté ait agréable que la direction et la discipline des envoyés restent au supérieur général , avec la faculté de les rappeler et d'en envoyer d'autres à leur place, en sorte néanmoins qu'ils soient à l'égard de Sa Sainteté comme les serviteurs de