‹ Saint Vincent de Paul, sa vie, son temps, ses œuvres, son influenceChapitre 34 sur 87 · HISSIONS DE BABYLONE ÇT DE PERSE · texte numérisé non relu

HISSIONS DE BABYLONE ÇT DE PERSE

l'Évangile à Fégard de leur maître, et que leur disant : Allez là, ils seront obligés d'y aller; venez ici, ils viendront; faites cela, qu'ils soient obligés de le faire. »

Le même jour il écrivait au cardinal Ingoli qu'il destinait à ce pénible honneur un de ses deux assistants, a en qui il avait plu à la divine bonté mettre à peu près toutes les qualités requises. » C'était Lambert-aux-Couteaux, le plus cher peut-être, après Portail, de tous ses enfants. Aussi il ajoutait : « 11 me semble, je vous avoue. Monseigneur, que Ja privation de cette personne est m' arracher un œil et me couper moi-même l'un de mes bras. Mais la pensée qu'Abraham s'est mis en état de sacrifier son fils unique, et que le Père éternel nous a donné son propre Fils, et la dévotion que Notre-Seigneur m'a donnée d'obéir au Saint Père... c'est ce qui me fait voir la volonté de Dieu que nous nous privions de ce sien serviteur... et ce qui me ferait résoudre à m' offrir moi-même, si j'en étais digne. » Le projet trouva de la difficulté, mais non dans la volonté de Vincent et des siens, car deux ans après, le 25 mai 1 6A2, le saint écrivait encore : a Cette petite Compagnie est élevée dans la disposition d'obéir, toutes choses cessantes : lorsqu'il plaira à Sa Sainteté de l'envoyer a capite ad calcem en ces pays-là, elle ira très- volontiers. »

L'affaire tradna encore : la mort du pape Urbain VIII, arrivée le 29 juillet 1644, vint tout interrompre. Elle fut reprise en 164Ô. Vincent chercha encore en dehors de sa Compagnie et jeta les yeux surHippolyte Ferret, qu'il venait d'arracher aux séductions des jansénistes, et dont il connaissait le zèle et la vertu. Mais, pour ne pas perdre un tel sujet, l'archevêque de Paris se hâta de le nommer à la cure de Saint-Nicolas-du-Chardonnet. Vincent continua ses recherches parmi les prêtres de sa conférence des Mardis ; et, ne trouvant personne, il dut se rejeter sur quelqu'un des siens.

Jean d'Horgny, alors supérieur à Rome, et par sa posidon au courant de toute l'affaire, essaya de détourner Vin-

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cent de cette Mission d'Asie. 11 l'attaqua d'îJwrd du côté de la dépense, des difficultés de l'entreprise : autant d'attraits qui auraient suffi pour y porter le zèle désintéressé et courageux du saint prêtre. 11 espéra davantage en le prenant par son faible y par son humilité : Quoil ouvrir aux siens la porte des prélatures! n'était-ce pas l'ouvrir en même temps aux jalousies, aux murmures, à l'ambition? — « Le lieu dont il s'agit, répondit Vincent, les risques qu'on y court en y allant et en y résidant, et l'humilité apostolique selon laquelle pourra se comporter celui qui e?t destiné pour cela, qui sera comme celle des évêques d'Irlande, ôteront le sujet d'ambitionner ces emplois, et plusieurs autres inconvénients. » D'Horgny insistait : Hab cette humilité même le fera mépriser des chrétiens et des infidèles; il n'aura pas le crédit nécessaire pour représenter dignement le pape et la France. — « J'espère, répondait encore Vincent , qu'il suppléera au défaut du brillant çt d'un état pompeux par la vertu. Les évêques arméniens qui sont de delà, et qui ne paraissent, non plus que leurs patriarches, que comme les simples prêtres de deçà, n'auront pas tant d'aversion de notre évêque comme s'ils le voyaient pompeux, tant pour ce que Notre-Seigneur et les saints apôtres ont renoncé et fait renoncer tous les chrétiens à la pompe , que pour ce que, quasi naturellement, les chrétiens se prennent garde de la différence qu'il y a de cet état pompeux à celui de Jésus-Christ humilié, et s'en scandalisent. »

D'Horgny multipliait ses objections : la disette de sujets, le besoin qu'on avait de Lambert en France, etc. Mais Vincent trouvait réponse à tout dans son amour pour l'Église, dans son désir de réparer les pertes qu'elle avait faites en Europe et d'étendre son royaume en Orient; sentiments sur lesquels il revient dans toutes ses lettres : u Je vous avoue que j'ai beaucoup d'affection et de dévotion, ce me semble, à la propagation de l'Église aux pays infidèles, par l'appréhension que j'ai que Dieu l'anéantisse peu à peu de deçà,

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et qu'il n*y en reste point, ou peu, d'ici à cent ans, à cause de nos mœurs dépravées et de ces nouvelles opinions (le jansénisme) qui pullulent tous les jours, croissent de plus en plus, et à cause de l'état des choses... Ces opinions nouvelles font un tel rayage, qu'il semble que la moitié du monde soit là-dedans; et il est à craindre que s'il s'élevait quelque parti dans le royaume, il n'entreprît la protection de celui-ci ^.. L'Église a perdu depuis cent ans, par deux nouvelles hérésies, la plupart de l'Empire et les royaumes de Suède, de Danemarck et de Norwége, d'Ecosse, d'Angleterre, d'Irlande, de Bohème et de Hongrie. De sorte qu'il reste l'Italie, la France, l'Espagne et la Pologne, dont la France et la Pologne sont beaucoup mêlées des hérésies des autres pays. Or, ces pertes de l'Église... qui l'ont réduite comme à un petit point... depuis cent ans, ûous donnent sujet de crainte, dans les misères présentes, que, dans autres cent ans, nous ne perdions tout à fait ^'Église en Europe; et, dans ce sujet de crainte, j'estime Wen heureux ceux qui peuvent coopérer à étendre l'Église ailleurs;.. Que savons-nous, si Dieu ne veut pas transférer la même Église chez les infidèles, lesquels gardent peut-être plus d'innocence dans^eurs mœurs que la plupart des chré- ^ens, qui n'ont rien moins à cœur que les saints mystères i^ notre religion? Pour moi, je sais que ce sentiment me i^meure depuis longtemps. Mais quand Dieu n'aurait pas ^^ dessein, ne devons-nous pas contribuer à l'extension de 1^* Église? Oui, sans doute. Et cela étant, en qui réside le Pouvoir d'envoyer ad génies? Il faut que ce soit au pape, ^Ux conciles ou aux évêques. Or, ceux-ci n'ont de juri- ^ction que dans leurs diocèses. Des conciles, il n'en est l^cint en ce temps. 11 faut donc que ce soit en la personne 4u premier. Si donc il a droit de nous envoyer, nous avons ^\issi obligation d'aller; autrement, son pouvoir serait ^WCL. Vous savez, Monsieur, depuis quel temps la sacrée

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