Àrch. impér., M
tolique et évêque in partibus. Revêtu de cette éminente dignité, il ne changea rien à sa vie de Missionnaire, et il continua de marcher à pied, vêtu en porte-balle, à travers les contrées infidèles. Appiani, transféré d'aboiti d'une ville à l'autre, finit par être interné à Canton, tantôt emprisonné, tantôt laissé relativement libre, et toujours gardé à vue. Mais, dans les cachots ou dans les rues de Gaston, son zèle ni sa parole ne furent enchaînés, et, pendant un quart de siècle, il fit un bien immense. A Canton, il se dévoua à tous les Européens; il se fit le serviteur de tous les Missionnaires de la Chine, leur agent et leur commissionnaire. En même temps, ne perdant pas de vue le principal objet de sa mission, il travailla, par lui-même ou par ses catéchistes, à la conversion d'un grand nombre de Chinois.
Théodore Pedrini paraissait mieux partagé. Bien traité de l'empereur pour ses connaissances musicales et mathématiques, il vivait à la cour, qu'il accompagnait partout. 11 était même chargé de l'éducation de trois princes, fils de l'empereur, dont l'un était héritier présomptif de la couronne. Mais le fidèle Missionnaire aurait échangé volontiers sa fortune et sa faveur pour les fers et l'exil de ses confrères, auxquels il portait une sainte envie. Au moins usait-il de sa position et de son crédit pour le bien de la religion. En 1722, il fut enfin traité en apôtre, c'est-à-dire persécuté, battu de verges et jeté en prison. Deux ans après, la mort de l'empereur et l'avènement de son élève au trône le délivrèrent et le rétablirent à la cour. Il profita des bonnes dispositions du jeune empereur pour le christianisme et bâtit à Pékin, près du palais impérial, une petite cathédrale, où il faisait librement toutes les cérémonies du culte catholique.
Nos trois Missionnaires réclamaient sans cesse des compagnons qui les aidassent à prêcher l'Évangile et qui recueillissent le trésor de sciences et de découvertes qu'ils avaient amassé. Mais, avant de se rendre à leurs vœux, on atten-
dait en France la décision qui serait donnée à Rome touchant le débat des cérémonies chinoises. D'ailleurs, une nouvelle persécution éclata, et tous les Missionnaires reçurent ordre de sortir de TEmpire. Trois Lazaristes, récemment envoyés de France, ne purent aborder à Canton. Appiani venait d'y mourir après un apostolat de trentecinq ans.' Jean MuUetier mourut aussi en 1744, et la mort de Pedrini, arrivée deux ans après, fut la mort même de la Mission de Chine. Nos trois premiers Missionnaires n'y laissaient, pour les remplacer, que deux prêtres chinois, Paul et Etienne Su, élèves de Mullener, qui eux-mêmes ne tardèrent pas à les rejoindre à la Mission du ciel.
Les choses restèrent ainsi jusque vers la fin du siècle. Après bien des essais demeurés sans effet, le gouvernement français songea, en 1782, à substituer les Lazaristes aux jésuites dans les Missions de la Chine comme du Levant. Sur Tordre du roi, transmis par le marquis de Castries, ministre de la marine, le supérieur général accepta, et un décret conforme de Pie VI étant intervenu le 7 décembre 1783, les deux Missionnaires Raux et Ghislain, accompagnés de deux frères, s'embarquèrent le 10 février de l'année suivante*. Les nouveaux venus vécurent en chrétienne intelligence avec les jésuites restés comme savants au palais impérial, lesquels favorisèrent leurs travaux. Euxmêmes, d'ailleurs, bien reçus de l'empereur, grâce aux riches présents que leur avaient donnés les Dames de, Sain.t-Cyr, s'acquirent un crédit personnel par leur propre science. Raux, en particulier, doué d'une aptitude prodigieuse pour l'étude des langues, put bientôt devenir membre du tribunal de rtiathématiques et d'astronomie, et mandarin à Pékin. En même temps, le frère Joseph Paris était nommé horloger de la cour, et fabriquait de très-belles pièces pour le palais de l'empereur, où plusieurs existent
1. Rapport Mss. intitulé : Clergé de la manne (1782). Archives de l'Algérie et des colonies.
encore. Les arts et les sciences, voilà, désormsds, quel était pour les Missionnaires le seul titre d'admission en Chine. Mais ce qui était le tout de l'empereur n'était pour eux qu'un moyen. Pendant que deux confrères, venus de 6oa, fondaient, avec le concours de la reine de Portugal, ud séminaire à Macao, Raux établissait un séminsure interne à Pékin même, avec un petit séminaire pour les jeunes Chinois, afin de recruter la Mission de prêtres indigènes, tant il était difficile de faire admettre en Chine des prêtres européens. Deux nouveaux Missionnaires y furent néanmoins envoyés en 1788, et trois autres en 1791. L'un de ces derniers mourut en prison le 1*' août 1795 ; le second, Clet, fut martyrisé en 1820, et le troisième, Lamiot, banni de l'Empire, se retira au séminaire de Macao. Lamiot avait été professeur de mathématiques à Pékin et interprète de l'empereur, et lui aussi il avait fait tourner sa faveur au bien de la cause de Dieu. Il ne rendit pas de moindres services au séminaire de Macao qui, au moment de sa mort, avait produit vingt Missionnaires indigènes. Â Macao seulement, pendant seize années, purent se maintenir les Missionnaires français, et ce n'est qu'en 1835 qu'ils purent retourner à Pékin. Mais, dès 1828, on avait repris l'envoi des Missionnaires d'Europe. Lamiot, mort seulement en 1832, vivait encore au séminaire de Macao. Ce séminaire, où étaient élevés communément une vingtaine de jeunes Chinois, dura jusqu'au mois de mai 1846. Alors les élèves des provinces du Nord furent dirigés sur Si-Wan, en Mongolie, et ceux des autres provinces se rendirent dans le Kiang-Si. Quelques années plus tard, des séminaires furent établis dans chacune des huit provinces que la Congrégation possède aujourd'hui en Chine. Ces provinces ou établissements ont été arrosés déjà et fécondés par le sang de plusieurs martyrs. En ce moment même s'instruit à Rome la cause du vénérable Jean-Gabriel Perboyre, étranglé pour la foi en 1839, et ses précieux restes viennent d'arriver à la maison mère de Paris, qui possédait déjà des reliques du
vénérable Clet, et qui, comme une autre mère des Macchabées, est heureuse et fière de tels enfants. Les provinces ou établissements de la Mission en Chine sont ceux de Kiang-Si, du Tchely (septentrional et sud- ouest), qui remontent à 1783; ceux du Tche-Kiang, du Ho-Nan, de Mongolie, de Ning-Po, de Ghang-Hai, qui ne datent que de 1839 à 1857. Tous , moins les deux derniers , ont à leur tête un vicaire apostolique, évêque in partibus, et sont desservis par des Hissionnaires soit européens , soit indigènes^.
Mnsi, pas plus au delà des mers qu'en France et en Europe, la Mission n'a déchu depuis deux siècles. Ses progrès, au contraire, ont été immenses. A la mort de son saint fondateur, elle n'était établie qu'à Alger et à Madagascar. Aujourd'hui elle a quatre établissements en Algérie; l'Abyssinie compense Madagascar où, du reste, elle va peut-être rentrer par Bourbon. De ce qui n'était qu'un rêve et un projet chez saint Vincent de Paul, les deux Missions de Perse, les dix-sept du Levant, ont fait une grande réalité. De même,, nous le venons de voir, pour la Chine; de même surtout
1. Une note curieuse, relative à la Chine, fut envoyée de Saint-Pétersbourg, yers 1802 ou 1803, au supérieur de la Mission, alors résidant à Rome : « Trois on quatre personnes de la plus haute naissance, occupant de grandes places et i)ouvant, par leur influence seule, rendre des services signalés à la religion, «e proposent de faire passer tous les ans huit ou neuf cents livres de France, environna la maison de Pékin, pour être employées par elle à Tentretien d'im certain nombre de catéchistes, qui n'auront d'autre occupation, le matin, que de baptiser (d'après les usages et les règles de prudence établis dans la Mission) les enfants exposés dans les rues de cette ville.
« Si la somme ne suffit pas, on tâchera d'envoyer le supplément nécessaire.
« La Société fera passer cette année, à l'adresse qu'on lui désignera dans la réponse à cette note, la somme de 750 livres de France, et en enverra une seconde beaucoup plus forte, dès qu'elle aura reçu de Chine quelques renseignements sur l'état de la religion dans ces contrées.
« Le rédacteur de cette note est M. Jean-Joseph-Dominique N. M. Raux se souviendra sans effort d'un militaire, ami de M. Charles de Belincourt, qu'il a vu en 1775 à Saint-Lazare. Le militaire, poussé par la Révolution au bout de l'Europe, est devenu conseiller d'État de S. M. l'Empereur de Russie, et n'a jamais oublié les trop courts instants qu'il a passés dans la maison de Paris avec M. Jacquier et M. Raux. »
pour rÂmérique, témoin ses onze établissements des États- Unis, ses six du Mexique et de Cuba, ses douze du Brésil, de la Plata, du Chili et du Pérou. De toutes les parties du monde, l'Océanie seule lui est encore fermée, pour peu de temps peut-être. Elle est donc toujours fidèle à l'esprit de son saint fondateur, qui désirait si ardemment étendre partout la connaissance et le règne de Jésus-Christ. Du haut du ciel, saint Vincent de Paul continue à lui inspirer son souffle apostolique ; il sourit à ses travaux, les bénit et les féconde.