Voir ces actes, arch. impér., S
Ces riches fondations, dont les beaux considérants ont été évidemment inspirés par Vincent de Paul, puisqu'ils expriment les objets particuliers de sa dévotion, mirent la Mission de Rome en état de se livrer à tous ses exercices.
Elle avait commencé, vers 1638, avons-nous dit, par des Missions dans la campagne romaine. On connaît la campagne romaine, sa solitude peuplée seulement de souvenirs, ou , pendant l'hiver , des troupeaux que Ton conduit dans ses abondants pâturages. Sans demeure fixe, les pâtres y mènent une vie toute primitive et nomade. Us errent tout le jour, et le soir, après avoir parqué leurs troupeaux, ils s'entassent dix ou douze dans des cabanes portatives. Sans Dieu et sans loi, au moins pendant six mois de l'année, sans secours religieux, ils partagent, à tous égards, la vie bestiale de leurs troupeaux : tout va bien pour eux quand le troupeau va bien.
C'est à cette espèce d'hommes que Le Breton et les premiers Missionnaires de Vincent voulurent, sur son ordre, consacrer les prémices de leur apostolat en Italie. Gomment les atteindre et les assembler? C'était impossible le jour; mais, le soir, ne pouvait-on pas faire autant de missions que de cabanes? Ils le tentèrent. « Nous ne vous demandons rien, dirent-ils aux pâtres; nous ne voulons que vous rendre service. Trouvez bon que nous passions la nuit auprès de vous, car nous avons à vous entretenir de votre plus grande affaire, de votre salut éternel; du reste, nous prendrons le moins possible sur votre sommeil. »
La proposition acceptée, les prêtres ouvrirent aussitôt leur singulière mission. Pendant que ces pauvres gens apprêtaient leur souper, ils les entretenaient des grandes vérités et des pratiques essentielles de la religion ; après quoi, on faisait en commun la prière du soir; puis on s'arrangeait pour passer le reste de la nuit, les pâtres dans leurs huttes, les Missionnaires à la belle étoile," sur
quelques -peâux de brebis, et souvent sur la terre nue.
Ainsi faisaient les Missionnaires pendant plusieurs jours, quelquefois pendant tout un carême. Une cabane suffisam* ment instruite et réconciliée à Dieu par la confession gêné* raie, ils passaient à une autre, puis, à une autre encore; et quand ils les avaient toutes parcourues, ils en réunissaient les pâtres dans la chapelle la plus voisine, leur disaient la messe, leur adressaient une dernière exhortation et les admettaient à la sainte table. Ces pauvres gens s'en retournaient ensuite chantant les louanges de Dieu : on eût dit des bergers revenant d'adorer le Sauveur dans sa crèche.
Tout en continuant à évangéliser ces premiers appelés du Dieu de Bethléem que personne ne disputait à leur zèle, les Missionnaires se répandirent dans les bourgs voisins de Rome et gravirent jusqu'aux sommets de l'Apennin, ayant beaucoup à souffrir de l'ignorance et des désordres des peuples, quelquefois de la jalousie des curés qui les regardaient comme des espions chargés d'observer leur conduite, mais triomphant de tous les obstacles, à force d'humilité, de désintéressement, de patience et de persévérance. Ici, par leur fermeté dans la prédication et au saint tribunal, ils faisaient cesser l'usage de liaisons dangereuses, bientôt coupables, parmi la jeunesse des deux sexes; là, la Providence, à la fois terrible et miséricordieuse, semblait leur venir en aide pour ramener les prêtres débordés, lorsque l'un d'eux, après s'être vanté publiquement de n'avoir pas assisté à un seul des exercices de la Mission, tombait sous le poignard d'un autre malheureux prêtre.
Ainsi débutèrent les fils de Vincent de Paul, et par ces humbles travaux ils s'attirèrent la bénédiction de Dieu et la confiance des hommes. L'un d'eux, pour se rendre ceux-ci favorables, avait eu la pensée de commencer les Missions par les terres des cardinaux.
« 0 Jésus ! Monsieur, lui répondit Vincent à qui il l'avait communiquée, Dieu nous garde^de faire jamais aucune
MISSION DE ROMB. 7
chose par des vues si basses I Sa divine bonté demande de nous que nous ne fassions jamais du bien en aucun lieu pour nous rendre considérables, mais que nous la regardions toujours directement, immédiatement et sans milieu en toutes nos actions. Gela me donne occasion de vous demander deux choses, prosterné en esprit à vos pieds, et pour Tamour de Notre- Seigneur Jésus -Christ : la première, que vous fuyiez, autant qu'il vous sera possible, de paraître; et la seconde, que vous lîe fassiez jamais rien par respect humain. Selon cela, il est juste en toute manière que vous honoriez pour quelque temps la vie cachée de Notre-Seigneur; il y a quelque trésor renfermé là-dedans, puisque le Fils de Dieu a demeuré trente ans sur la terre comme un pauvre artisan, avant que de se manifester. Il bénit aussi toujours beaucoup mieux le9 commencements humbles, que ceux qui ont de l'éclat. Vous me direz peut-être : Quel sentiment aura de nous cette cour, et que dira-t-on de nous à Paris? Laissez, Monsieur, penser et dire tout ce qu'on voudra, et assurezvous que les maximes de Jésus-Christ et les exemples de sa vie ne portent point à faux ; qu'elles donnent leur fruit en leur temps; que ce qui ne leur est pas conforme est vain, et que tout réussit mal à celui qui agit dans les maximes contraires. Telle est ma foi, et telle est mon expérience. Au nom de Dieu, Monsieur, tenez cela pour infaillible, et vous cachez très-bien*. »
Infaillible était la pensée de Vincent, infaillible sa prédiction. En effet, plus touchés de ces débuts si humbles et si chrétiens, qu'ils ne l'eussent été d'un apostolat de courtisans, tous les évoques des États romains appelèrent bien-
1. A Rome, comme partout ailleurs, le* détachement de Vincent fut le même jusqu'au bout et eu toutes circonstances. Le 25 mars 1656, alors que la Mission n'avait pas encore de demeure fixe et assurée à Rome^ il écrivait à Edme Jolly : « Je vois le grand besoin que vous avez d'un logement à Rome; mais je le vois toujours à travers la maxime de Notre-Seigneur^ qui n'eut jamais aucune maison et n'en voulut pas avoir. »
tôt les Missionnaires dans leurs diocèses. En 1651, le cardinal Spada remercia Vincent des services qu'il en avait reçus dans sa ville et dans tout son diocèse d'Albano. — En 1653, ils se mettaient aux ordres du cardinal Brancaccio, évêque de Viterbe ; en 1657, ils évangélisaient le diocèse de Palestrina. Partout c'étaient des restitutions merveilleuses, dépassant quelquefois au quadruple la somme primitivement due ; c'étaient des écoles fondées, des montsde-piété établis de toutes parts, greniers où le pauvre d'Italie trouve en tout temps des ressources assurées; c'étaient des protecteurs des pauvres, institués pour les défendre contre les exactions des fermiers du seigneur, pour garder leurs meubles, auparavant saisis pour toujours, et les leur rendre après payement, pour empêcher qu'on ne les soumît à des contributions injustes; c'étaient surtout, dans ce pays des haines et des vengeances contagieuses et héréditaires, des réconciliations héroïquement chrétiennes. Il suffisait qu'un Missionnaire, avant la communion, rappelât le précepte de l'Évangile : « Si offrant votre don à l'autel, vous vous souvenez que votre frère a quelque chose contre vous, laissez votre don et allez d'abord vous réconcilier avec lui, )) pour qu'aussitôt, à l'église, dans une procession, sur les places publiques, les ennemis se jetassent dans les bras les uns des autres. Le père pardonnait au meurtrier de son fils, la veuve à l'assassin de son époux; bien plus, la victime allait jusqu'à se jeter aux pieds du bourreau, et lui demandait en quelque sorte pardon au lieu de faire simplement grâce. Dans certains lieux , ces réconciliations devenaient saintement épidémiques, commecruellementl' avaient été les haines. Que devaient-elles être, eh effet, lorsque, dans tel bourg de quelques milliers d'âmes, on comptait en trois ans jusqu'à soixante-dix meurtres? Dans les lettres des Missionnaires, d'où tous ces détails sont tirés, on retrouve à chaque instant l'histoire des Montaigu et des Capulet, immortalisée par la poésie. Presque dans chaque village les deux plus puissantes familles étaient divisées par des
haines mortelles. Un membre était-il tué ou blessé, que la vengeance aussitôt s'immolait dix victimes innocentes, et menaçait de ne s'éteindre que dans le sang de la famille entière. Féroce et armée en guerre, elle échappait le jour à la justice en errant dans la campagne, et ne rentrait que le soir pour poursuivre le cours de ses sanglantes exécutions.
Mais, inaccessible à la justice, elle ne Tétait pas à la miséricorde. Un Missionnaire réussit à découvrir dans sa • retraite un de ces hommes de sang, et au nom de Jésus- Christ, il lui ordonna de déposer les armes et de faire la paix. Au nom qui fait tout fléchir jusque dans les enfers, le meurtrier tomba à genoux, et levant au ciel des yeux mouillés de larmes : « Je promets la paix, s'écria-t-il, à Dieu et à votre révérence. » Hélas! le lendemain, le démon sanguinaire avait repris cet homme, et les négociations pacifiques étaient rompues. Le Missionnaire revint à la charge, et, cette fois, la paix fut conclue à la face de l'autel. « Je veux, dit un vieillard à un jeune homme de la famille ennemie, je veux désormais vous regarder et vous aimer comme mon fils. — Et moi, répondit le jeune homme, vous aimer et vous honorer comme mon père. »
Coup plus prodigieux de la grâce I les prêtres scandaleux eux-mêmes faisaient des conversions publiques. A la fin d'une prédication, l'un d'eux s'avança vers le grand autel, et, prosterné la face contre terre, il demanda pardon à Dieu et au peuple de sa vie licencieuse. Aussitôt, d'un bout de l'église à l'autre, les cris de « miséricorde, miséricorde ! » partis de la bouche du prêtre et de la bouche du peuple, se firent écho, montèrent au ciel et ramenèrent la grâce d'une conversion générale sur la terre.
Tels seraient, si nous pouvions les raconter, les résultats de plus de deux cents Missions faites dans le voisinage de Rome pendant la vie de Vincent de Paul. A ces nouvelles, Vincent écrivait au supérieur EdmeJolly, le 25 janvier 1658, fête de la conversion de saint Paul et jour anniversaire de
la fondation de la Mission : « Je rends grâces à Dieu de la bénédiction qu'il donne à vos travaux. Le tendre sentiment que M. le cardinal de Bagny a témoigné des fruits qu'ils font me donne sujet de craindre pour moi qui suis si insensible, que rien ne me touche. Je prie Dieu de me rendre participant de la piété de ce bon* seigneur , et de vouloir continuer à vos ouvriers les forces du corps et les grâces de l'esprit dont ils ont besoin pour leur emploi, et surtout la vue de leur propre infirmité , pour s'humilier beaucoup dans les biens qu'il plaît à Dieu de faire par eux. Je ne doute pas, Monsieur, que vous ne soyez le premier à lui en rapporter la gloire, et à vous imputer les fautes qu'ils y font. )) •
Ces travaux , ces succès , ne furent troublés , pendant ces longues années, que par deux épreuves. Tune venue de la politique, l'autre d'une peste qui ravagea toute ritalie.
Arrêté au Louvre et conduit à Vincennes, le cardinal de Retz avait été, sur sa demande, transféré au château de Nantes, après avoir abdiqué son titre d'archevêque de Paris, dont la mort de son oncle (21 mars 1654) venait de le mettre en possession. Là, parla connivence du maréchal de La Meilleraye, son gardien et son parent, avec le concours de son frère le duc de Retz et de ses plus intimes amis, il se fit descendre par une corde du haut d'un bastion sur le sable de la rivière, s'enfuit, révoqua sa démission et se réfugia à Rome, a auprès de son juge, » disait-il, d'où il , adressa au roi , à la reine, aux prélats du royaume, toute sorte de lettres et de circulaires. Irrité, le roi voulut lui faire faire son procès à Rome comme en France, procès qui fut suspendu à Rome par la mort d'Innocent X. A peine Alexandre VII eut-il été élu, que le roi renouvela à tous ses sujets, ecclésiastiques et autres, la défense d'avoir aucun commerce avec le cardinal et de demeurer plus longtemps auprès de lui. Puis il ordonna la reprise des poursuites que Rome n'était pas disposée à seconder pour sa part, nous
râlions voir, parce qu'elles violaient TimmuDité ecclésiastique.
Fils du général des galères, élève de Vincent de Paul, Retz, même au milieu de ses intrigues et de ses escapades politiques, galantes, religieuses, s'était toujours montré le protecteur de Saint-Lazare, et Saint- Lazare , reconnaissant comme son fondateur, était porté à soutenir Retz dans sa disgrâce. Vincent de Paul, sans argent dans l'état où étaient alors sa Compagnie et la France , emprunta 300 pistoles pour le soulager. Retz, qui connaissait la fâcheuse situation de Saint-Lazare, ayant refusé de les accepter, on lui offrit ' au moins des services personnels. Les Missionnaires de Rome reçurent donc dans leur maison* le proscrit ; mais sur quel ordre, dans des circonstances combien atténuantes, et avec quel dommage pour eux, c'est ce que va nous apprendre une lettre de Vincent écrite à Ozenne, à Gênes, le 12 mars 1655 : a Notre maison de Rome est dans un état souffrant, ainsi que vous avez appris par la Gazette de cette -cour-là; c'est pour avoir reçu chez elle Monseigneur le cardinal de Retz, par commandement du pape, avant que d'avoir connaissance de la défense que le roi avait faite de le communiquer, lequel ayant trouvé mauvais cet acte d'obéissance vers Sa Sainteté et de reconnaissance vers notre archevêque et bienfaiteur, a fait faire commandement à M. Berthe et à nos prêtres français de sortir de Rome et de s'en revenir en France, comme ils ont fait; en sorte que le même M. Berthe est maintenant en France ou sur le point d'y arriver, par pure obéissance. 11 en arrivera ce qu'il plaira à Dieu; mais il vaut mieux tout perdre que de perdre la vertu de reconnaissance. »
Les Missionnaires français ne purent retourner à Rome que l'année suivante, lorsque le cardinal de Retz en partit (juin) pour reprendre le cours de ses aventures. Ils allaient s'y trouver en lutte, non plus contre la puissance ombrageuse de Louis XIV, mais contre la peste qui, au moins, ne les devait enlever à leurs travaux que pour leur en donne»
12 SAWT TI!fCE!rT DE PAUL.
an ciel la récoTTipense. La contagion fat bientôt telle à Rome, et dans d'autres villes d'Italie, qu'elle y fit vaquer tous les tribunaux, mais non les chaires ni les confessionnaux des fils de Vincent de Paul. Loin de là, ils prièrent leur père de trouver bon qu'ils se sacrifiassent au service des pestiférés, les supérieurs en tète de leurs troupes. Consolé et ravi d'un tel dévouement , Vincent de Paul leur prescrivit d'abord les précautions dont leur zèle ardent ne se serait pas muni; puis il défendit aux supérieurs de s'exposer, si ce n'est au défaut de leurs confrères et sur l'ordre des évèques.
Mais comme nous devons retrouver la peste plus cruelle encore à Gênes, où la suite du récit nous conduira bientôt, il sera temps alors de reprendre ces faits.
Pendant leurs missions dans la campagne romaine et les États de l'Église, les Missionnaires s'occupaient à Rome même de la sanctification du clergé. Dès 1643, un certain nombre d'ecclésiastiques allèrent d'eux-mêmes se préparer aux saints ordres dans leur maison de Monte- Citorio. Bientôt, soit diminution de zèle chez les jeunes ecclésiastiques, soit opposition des parents dont plusieurs voyaient avec peine qu'on eût détourné leurs fils d'un état auquel ils n'étaient pas appelés, le mouvement se ralentit. Mais le cardinal-vicaire, témoin des fruits déjà opérés par les exercices des ordinands, enjoignit, par un mandement, à tous ceux qui aspiraient aux ordres sacrés, de faire la retraite de dix jours chez les prêtres de la Mission, et Alexandre VII, informé des heureux résultats de cette préparation, confirma le mandement du cardinal-vicaire et fit de ces saints exercices une condition indispensable de la réception des ordres. La retraite des ordinands passa donc en usage et en honneur à Rome. Alors, soit jalousie, soit émulation, une communauté religieuse, voyant avec peine tous les ordinands dirigés par le Pape sur Mon te -Citorio, voulut ou les attirer chez elle ou en partager la direction avec les Missionnaires ; mais le Pape maintint ses premières dispositions. Vincent prit, comme toujours, l'affaire sous son bon côté, et il écri-
vit : « Il s'est trouvé une Compagnie à Rome, qui, voyant que le Pape envoyait les ordinands aux pauvres prêtres de la Mission, comme on a fait à Paris, a demandé qu'on les lui envoyât à elle, s' offrant de leur faire faire ces exercices, ce qu'elle aurait fait sans doute avec succès, si Sa Sainteté l'avait jugé à propos. Il y a sujet de louer Dieu du zèle qu'il excite en plusieurs pour l'avancement de sa gloire et le salut des âmes. » Il est impossible de savoir toute la vérité au sujet de cette opposition, sur laquelle heureusement les détails nous manquent. Toujours est-il que le cardinalvicaire rejeta la proposition rivale, et que le Pape fit publier un nouveau bVef , par lequel il approuvait et confirmait de son propre mouvement tout ce qu'il avait d'abord statué; et allant plus loin encore, il obligea, sous peine de suspense, non-seulement les sujets de la ville de Rome, mais encore ceux des six évêchés suburbicaires qui voudraient être ordonnés dans leurs diocèses, de faire la retraite des dix jours à Monte-Citorio avant de prendre les saints ordres, se réservant à lui seul le droit de dispense, dont il n'usa jamais tout le temps de son pontificat, même lorsqu'il admettait à recevoir les ordres hors des temps ordinaires. Innocent XI confirma par des lettres circulaires les ordonnances d'Alexandre VU, et Innocent XII voulut même qu'on refusât ou qu'on retirât le pouvoir de confesser à tous ceux qui, préalablement, n'auraient pas fait pendant huit jours les exercices spirituels dans la maison des Missionnaires. Innocent XII ordonna de plus les mêmes exercices tous les trois ans pour les curés de Rome, et tous les ans pour leurs vicaires. Quant aux ecclésiastiques sans emploi ou à bénéfices simples, il les exhorta vivement à recourir aussi à cette source de grâce sacerdotale.
Alexandre VII avait témoigné plus expressément encore son estime aux Missionnaires. Après avoir forcé leur supérieur Edme Jolly à faire des missions dans l'église de Saint- Jean-de-Latran, il voulut lui confier l'éducation des écoliers de la Propagande, et, dans ce dessein, lui donner la direc-
ik SAINT VINCENT DE PAUL.
tion d'un séminaire. Vincent, qui en fut informé par le nonce, y vit des chances de succès, car les sujets ne devaient pas manquer, attirés par le séjour de Rome. Mais il voyait des inconvénients à ce que le séminaire fût confié à la Compagnie, à cause de la nationalité: les Français, disait-il, se reposeraient sur la protection du roi, et les autres nations seraient jalouses*. Ses objections devinrent plus fortes, lorsqu'on parla de loger le séminaire au palais même de Saint- Jean-de-Latran, lieu qui n'allait pas à la modestie de sa congrégation ; et pour y consentir, il lui aurait fallu la certitude d'un grand bien et l'ordre du Papa^. Le projet n'eut pas de suite.
Du reste, les exercices des ordinands produisirent à Rome leurs fruits accoutumés. Il en dey ait être ainsi, puisque là, comme ailleurs, on n'avait rien fait pour s'ingérer dans cette œuvre, qu'on ne savait pas môme quel en était le promoteur, et que, par conséquent, suivant l'expression de Vincent de Paul, Dieu, qui l'avait commencée, s'était en quelque sorte engagé à la conduire à bonne fin. D'un autre côté, on y suivait les mêmes règlements qu'à Paris, et on devait arriver aux mêmes résultats.
La retraite et l'ordination de 1659 furent particulièrement fructueuses, et Vincent, dans son humilité, en renvoya l'honneur et le mérite aux deux frères de Ghandenier qui se trouvaient alors à Rome. 11 écrivit à d'Horgny le 11 janvier 1660 : « Il a plu à Dieu et à notre saint-père le Pape d'envoyer les ordinands aux pauvres gueux de la Mission de Rome aux Quatre-Temps derniers. MM. les abbés de Ghandenier s'y sont trouvés par une providence spéciale de Dieu, qui a voulu édifier par leur modestie, leur piété, leur recueillement et les autres vertus qu'ils pratiquent. » Ges deux ecclésiastiques, d'un si grand nom et d'une vertu plus grande encore, édifièrent, en effet, beaucoup les ordi-