‹ Saint Vincent de Paul, sa vie, son temps, ses œuvres, son influenceChapitre 40 sur 87 · III · texte numérisé non relu

III

VOUS avoue, Mademoiselle, que d'abord cela m'a si fort attendri le cœur, que, s'il n'eût été nuit, je fusse parti à l'heure même pour vous aller^voir. Mais la bonté de Dieu sur les personnes qui se donnent à lui pour le service des pauvres dans la confrérie de la Charité, en laquelle jusques à présent aucune n'a été frappée de la peste, me fait avoir une très-parfaite confiance en lui que vous n'en aurez point de mal. Croiriez- vous. Mademoiselle, que non-seulement je visitai M. le sous-prieur de Saint-Lazare qui mourut de la peste, mais même que je sentis son haleine? Et néanmoins, ni moi, ni nos gens qui l'assistèrent jusqu'à Textrémité, n'en avons point eu de mal. Non, Mademoiselle, ne craignez point, Notre-Seigneur veut se servir de vous pour quelque chose qui regarde sa gloire, et j'estime qu'il vous conservera pour cela. »

Dieu la conserva, en effet; elle sortit de ce danger comme le soldat du champ de bataille, plus brave et plus généreuse. Aussitôt elle reprit ses voyages charitables, et visita successivement les confréries de Saint-Cloud, de \illepreux, de Villiers-le-Bel, de Beauvais, etc. Bien portante, Vincent louait Dieu de la santé qu'il lui donnait pour le salut de tant de personnes; malade, il lui écrivait: « Votre cœur. Mademoiselle, n'est-il pas bien réjoui de voir qu'il a été trouvé digne devant Dieu de souffrir en le servant? Certes, vous lui en devez un remerciment particulier. Faites votre possible pour en faire un bon usage, et lui en demandez la grâce. » Cependant, il l'engageait toujours à ménager sa santé pour Va^nour de Noire-Seigneur et de ses pantrès membres, « Prenez garde, lui écrivait-il alors, de n'en pas faire trop. C'est une ruse du diable, dont il trompe les bonnes âmes, que de les inciter à faire plus qu'elles ne peuvent, afin qu'elles ne puissent rien faire, et res()rit de Dieu incite doucement à faire le bien que raisonnablement l'on peut faire, afin que l'on le fasse persévéramnieni et longuement. Faites donc ainsi. Mademoiselle, et vous agirez selon l'esprit de Dieu. » — Et, une autre fois, il lui écrivait

encore : « Il me semble que vous êtes meurtrière de vousmême, par le peu de soin que vous avez de votre santé. Soyez bien gaie, je vous en supplie. Oh ! que les personnes de bonne volonté en ont grand sujet! J'ai de la peine de ce que vous me mandez. 0 Jésus ! Mademoiselle ; il n'est pas temps (sans doute de mourir) ! Seigneur Dieu ! faites votre possible pour vous bien porter, et traitez-vous mieux. »

Mais il la prémunissait contre les atteintes de la vanité plus encore que contre les dangers de la maladie, quand il apprenait les honneurs qu'on avait rendus à sa vertu : u Unissez votre esprit aux moqueries, aux mépris et au mauvais traitement que le Fils de Dieu a souifferts. Lorsque vous serez estimée et honorée, ayez, Mademoiselle, un esprit vraiment humble et humilié autant dans les honneurs que dans les mépris ; et faites comme la mouthe à miel qui fait son miel aussi bien de la rosée qui tombe sur l'absinthe que de celle qui tombe sur la rose, m Ainsi il lui écrivait, en décembre 1630, à Beauvais, où elle avait reçu, en effet, pour prix de dix-huit Charités établies, des applaudissements extraordinaires, non-seulement des dames, mais encore des hommes qui venaient écouter furtivement ses entretiens. Dieu lui-même sembla vouloir autoriser ces honneurs par une faveur qui tient du miracle. Comme elle partait de Beauvais pour revenir à Paris au milieu du concours et des bénédictions de tout le peuple, un enfant tomba sous une roue de sa carriole qui lui passa sur le milieu du corps. Avertie par le cri de la foule, elle fait une prière : aussitôt l'enfant se relève sans blessure et marche en liberté.

L'année 1631 se passa en Champagne, dans les terres du R. P. de Gondi, l'ancien général des galères, entré alors à l'Oratoire. Sur le conseil de son Directeur, elle alla saluer d'abord Tévêque de Châlons pour s'abandonner à sa conduite. « C'est là l'esprit de Dieu, lui avait écrit Vincent; je ne trouve de bénédiction qu'en cela. Vous devez le regarder comme interprète de la volonté du Seigneur au fait qui se présente. Que s'il trouve bon que vous changiez quelque

chose de votre manière de faire, soyez-y exacte, s'il vous plaît; s'il trouve bon que vous vous en reveniez, fsdtes-le tranquillement et gaiment , puisque vous faites la volonté de Dieu. »

Telles furent les premières armes de M"^ Le Gras dans les saints combats de la charité, sous la conduite et sous les ordres de Vincent de Paul ; elle était mûre désormais, et capable, tout en continuant à être dirigée et à obéir, de former et de commander toute une armée charitable.

Origine des Filles de la Chanté.

Tant que les Confréries de la Charité s'étaient renfermées dans les villages, elles étaient, en général, composées de femmes qui, vouées par leur naissance et leurs habitudes à toutes sortes de travaux, servaient elles-mêmes les malades et faisaient auprès d'eux tous les offices de miséricorde.

Mais quand elles entrèrent dans les villes, et surtout qu'elles s'établirent à Paris, elles se remplirent de dames de condition qui avaient cédé soit à l'entraînement de la mode, soit à des motifs plus purs. Au commencement, suivant les règles de l'association, toutes servirent les pauvres en personne. Mais bientôt, les unes et les autres, quelle qu'eût été la cause première de leur enrôlement, cessèrent de contribuer à leur assistance autrement que de leurs deniers. Tantôt c'étaient les maris qui, craignant l'introduction chez eux du mauvais air et de la maladie, s'opposaient au commerce de leurs femmes avec les malades; tantôt c'étaient les femmes elles-mêmes qui, élevées dans la délicatesse, dans l'horreur du mal et de la mort, ne voulaient pas s'exposer à la contagion. Car, parmi les personnes mêmes faisant profession de piété, elles n'étaient pas rares les femmes qui, comme la marquise de Sablé, redoutaient le mauvais air, et, bien loin d'aller s'en imprégner parmi les pauvres, cherchaient à s'en garantir chez elles parles

plus minutieuses précautions. Puis plusieurs trouvaient au-dessus de leurs forces ou de leur courage de monter les marches innombrables qui les devaient conduire au galetas du pauvre ; presque aucune ne regardait comme convenable à son rang et à sa dignité de s'abaisser auprès de lui à certains offices vils et répugnants dont se compose toutefois presque exclusivement le service des malades.

Elles songèrent donc à se faire remplacer auprès d'eux. D'abord elles envoyèrent leurs domestiques. Mais les domestiques ne pouvaient-ils pas rapporter eux-mêmes la contagion? Puis, âmes vénales pour la plupart, personnages grossiers , ils n'avaient ni l'affection , ni l'habileté ni la délicatesse nécessaires à cet emploi chrétien. Faute de serviteurs, cet admirable service des pauvres, organisé dans les Confréries de la Charité, souffrait déjà, bientôt allait disparaître.

On jugea alors qu'il fallait des servantes consacrées par profession au soin des pauvres malades. Mais, ces servantes, où les prendre? et une fois trouvées, comment les former à des fonctions qui demandent tant de capacité et de vertu?

Consulté sur cette affaire, saint Vincent y pensa devant Dieu. Alors il se rappela que, dans le cours de ses missions, il avait rencontré quelquefois de bonnes filles pleines de dévouement, une entre autres, dont il a parlé à plusieurs reprises dans ses conférences. Cette pauvre fille s'était appris à lire presque toute seule en gardant les vaches : elle priait les passants de lui montrer ses lettres et de l'aider à les assembler, puis, en même temps que son troupeau paissait l'herbe de la prairie, elle ruminait sa leçon. Quand elle sut lire, elle se donna à Dieu pour instruire à son tour les enfants du village. C'était à Villepreux. Vincent y vint faire la Mission. La bonne fille lui raconta son histoire et lui demanda si elle plairait à Dieu en continuant à instruire les petites, villageoises. Le saint prêtre la confirma dans son dessein. Mais voici que la Confrérie de la Charité est établie à Villepreux : la bonne fille se sent prise du désir de servir

les pauvres malades et déjà s'y exerce. Bientôt après, la Confrérie est établie sur la paroisse de Saint- Sauveur à Paris. Cette fille l'apprend, et que les dames associées cherchent des servantes pour remplir auprès des malades les plus grossiers emplois. Elle désire en être une et trouve moyen de le faire savoir à Vincent. Celui-ci la fait venir et la donne à M"' Le Gras, qui lui enseigne vite le plus nécessaire et la met dans la paroisse Saint-Sauveur sous la conduite des Dames de la Confrérie. Elle y fait merveille. De là elle est envoyée à Saint-Nicolas-du-Chardonnet. Elle y pousse la charité jusqu'à partager son lit avec une pauvre pestiférée. La contagion la gagne, et elle meurt à l'hôpital Saint-Louis. Telle fut la première Fille de la Charité, fille de village comme presque toutes, surtout dans les commencements de la Compagnie, fille héroïque comme presque toutes encore, et qui inaugura par une sorte de martyre le saint apostolat du service des pauvres. Ici, une fois de plus. Dieu choisissait ce qu'il y avait de plus faible pour arriver à des miracles de force. Vincent se rappela quelques autres filles qui, n'ayant ni attrait pour le mariage, ni assez de bien pour entrer en religion, lui avaient paru disposées à se consacrer, pour l'amour de Dieu, au service des pauvres malades. 11 n'étsdt plus temps peut-être de les retrouver. Mais les Missions qui suivirent immédiatement en procurèrent deux remplies de bonne volonté. Elles furent placées quelque temps sous la conduite de M"' Le Gras qui, d'elle-même, et sans pouvoir consulter son directeur malade, rédigea aussitôt un règlement de ^ie qu'elles devaient suivre en commun. Elle l'envoya ensuite à Vincent, qui lui répondit: « Béni soit Dieu de tout ce qu'il lui a plu faire de vous dans votre règlement, et de ce qu'il m'a privé de la consolation de vous y voir ! Je me porte assez bien , Dieu merci ! et en état de vous offrir demain à Notre-Seigneur dans le nouvel état intérieur et extérieur auquel le divin amour vous a disposée. II supplée et fait divinement ce que les hoounes ne peuvent faire humainement Peut-être a-t-il permis exprès

que je ne vous aie pas vue, pour né pas mettre ma faulx en sa moisson. Je le prie qu'il vous anime tout de son esprit, et vos deux filles aussi, ensemble vos malades. »

Les deux filles furent promptement exercées au service des pauvres : Tune fut placée dans la paroisse de Saint- Sauveur, l'autre dans celle de Saint-Benoît. Bientôt d'autres accoururent et furent distribuées soit à Saint-Nicolas-du- Ghardonnet, soit en différentes paroisses.

Mais, sans liaison, sans correspondance entre elles, sans noviciat préalable, sans supérieure qui dirigeât leur conduite, munies seulement de quelques avis passagers de Vincent ou de M"* Le Gras, ces filles manquaient et de capacité et de piété. Ni règle, ni uniformité ni recrutement possibles. Tout allait au hasard , et, quand il fallait en changer quelques-unes, on n'en avait plus sous la main à leur substituer pour le service des pauvres. Un nombre suffisant de filles, formées d'abord au soin des malades et aux exercices de la vie spirituelle, puis liées à leur œuvre et entre elles par l'élément religieux, sans cesse surveillées et conduites, voilà ce que l'on reconnut bientôt nécessaire.

M"* Le Gras s'offrit aussitôt pour cette œuvre. Elle voulut même s'y engager par un vœu irrévocable. Mais Vincent, toujours fidèle à la lenteur du Dieu étemel, enchaîna son zèle pendant deux années. « Je vous prie une fois pour toutes, lui écrivait-il, de ne point penser à cet emploi, jusqu'à ce que Nôtre-Seigneur fasse paraître qu'il le veut; car on désire souvent plusieurs bonnes choses d'un désir qui semble être selon Dieu, et néanmoins il ne l'est pas toujours. Mais Dieu permet ces désirs pour la préparation de l'esprit à être selon ce que sa Providence même désire. Saûl cherchait des ânesses, et il trouva un royaume ; saint Louis préjtendait à la conquête de la Terre- Sainte, et il obtint la conquête dé soi-même et de la couronne du ciel. Vous cherchez à devenir la servante de ces pauvres filles, et Dieu veut que vous soyez la sienne, et peut-être de plus de personnes que vous ne seriez en cette façon. Pour Dieu, Made-

moiselle, que votre cœur honore la tranquillité de celui de Notre-Seigneur, et il sera en état de le servir. Le royaume de Dieu est la paix au Saint-Esprit : il régnera en vous, si vous êtes en paix. Soyez-y donc, s'il vous plaît, et honorez souverainement le Dieu de paix et de dilection. »

Enfin, en 1633, le 29 novembre, veille de Saint-André, Vincent, parmi un certain nombre de filles qui s'étaient présentées, en choisit trois ou quatre qu'il remit aux mains de mademoiselle Le Gras. Celle-ci les reçut, les logea, les entretint dans sa maison, et les forma au grand art de la cha* rite, dans lequel elle était maîtresse consommée. Dieu procède lentement pour l'ordinaire; mais quelquefois il fait en un instant son œuvre. Au bout de peu de mois, ces filles, que les besoins pressants des pauvres ne permettaient pas de garder davantage, étaient déjà pourvues de toutes les aptitudes et de toutes les vertus de leur charitable état. Attirées par leur exemple, d'autres filles, plus nombreuses, vinrent les remplacer au noviciat de Saint-Nicolas. Évidemment, Dieu le voulait, et mademoiselle Le Gras avait enfin trouvé la vocation qui lui avait été depuis si longtemps et tant de fois annoncée. Aussi reprit-elle son premier dessein de s'y engager par un vœu irrévocable et de renouveler en même temps son vœu de viduité. L'heure de Dieu était venue : cette fois, Vincent, loin de s'opposer, encouragea, et, le 25 mars 1634, mademoiselle Le Gras prononça la formule de sa consécration.

Le 25 mars, fête de l'Annonciation de la sainte Vierge, sera désormais, pour les Filles de la Charité, ce qu'était déjà, pour les prêtres de la Mission, le 25 janvier, fête de la Conversion de saint Paul : jour de fondation et de naissance, jour de rénovation et de consécration répétée. Depuis cet heureux jour, mademoiselle Le Gras ofl^rit, chaque mois, à Dieu une de ses communions pour lui rendre grâce de ce qu'il avait daigné l'appeler à un état où tous les moments de sa vie étaient consacrés à sa gloire et à son amour.

. Les choses marchèrent ainsi pendant une douzaine d'anlées. Les Filles de la Charité s'accrurent, comme aussi leurs emplois. Elles étaient trois ou quatre d'abord : on les compta bientôt par centaines et par milliers. De cette humble maison de la paroisse de Saint-Nicolas, de La Chapelle ensuite, ou du faubourg Saint-Denis, comme d'une ruche intarissable, elles se répandirent par essaims chargés du plus pur miel de la charité dans toute la France, dans toute l'Europe, dans tout le monde. Elles n'étaient primitivement destinées qu'à soigner à domicile, au nom des Charités des paroisses, les pauvres à qui le trop-plein ou la répugnance fermait l'entrée des hôpitaux : bientôt, par droit de charitable conquête, elles s'emparèrent des hôpitaux euxmêmes ; elles servirent de mères aux enfants trouvés , de maîtresses aux pauvres filles, d'anges consolateurs aux forçats et aux prisonniers , de providence à toutes les misères.

Et cependant, elles ne formaient point encore de confrérie proprement dite et n'avaient point de règles arrêtées. Fidèle à la maxime qu'il avait apprise de Jésus-Christ et que nous lui avons vu appliquer à sa Congrégation de Missionnaires, Vincent voulut faire avant d'enseigner; avant de formuler des règles par écrit, il voulut qu'elles prissent corps et vie dans la pratique et dans l'expérience. Et ici, plus encore que pour les Missionnaires, les faits lui donnèrent raison. Qui pouvait prévoir, au commencement, un tel progrès, une telle multiplicité d'emplois? et si l'on eût aussitôt donné des règles, ces règles, applicables seulement au Service des paroisses, ne l'eussent pas été au service des écoles, des prisons et des hôpitaux. Car bientôt ce n'était plus une congrégation homogène, appliquée à un seul objet, à constituer, mais plusieurs congrégations dans une à ramener vers un centre vital et à faire rayonner aux divers points d'une circonférence vaste comme la charité et la misère humaine; c'est-à-dire qu'à des règles communes destinées à lier tous les membres en un même corpa et à les

faire vivre d'une même vie, il fallait ajouter , sans rompre le concert, des règles particulières, aussi nombreuses et aussi diverses que leurs occupations. Encore un coup, une longue pratique, des expériences multipliées, pouvai^t seules conduire à bonne fin de telles constitutions.

Quand Vincent se crut suffisamment instruit et préparé, il attendit encore pour agir un signal extérieur. Il lui vint de mademoiselle Le Gras qui lui écrivit la lettre suivante * :

« Mon très-honoré Père, la manière dont la divine Providence m'a fait vous parler en toutes occasions fait que, ea celle-ci où il s'agit des sentiments que je crois que Dieu m'a donnés pour l'accomplissement de sa très- sainte volonté, je vous parle tout simplement et véritablement sur les besoins, que l'expérience nous a fait connaître pour raffermissement de la Compagnie des Filles de la Charité, si tant est que Dieu ne vous ait pas fait entendre en vouloir la destruction entière, pour les fautes générales et particulières qui y paraissent plus clairement depuis quelques années, dont je crois, en vérité et devant Dieu, être la principale ^ cause, tant par mes mauvais exemples que par mes négligences et peu de zèle pour la fidélité à m'acquitter de mon devoir. Et voilà un des principaux besoins : de pourvoir pour l'avenir d'une personne de meilleur exemple. » Un second besoin lui paraissait être la rédaction par écrit de leur ma- . nière de vie; un troisième, leur érection en confrérie sous la direction de Vincent : « Il est à croire, disait-elle, que la faiblesse et légèreté d'esprit des filles aurait besoin d'être aidée par la vue de quelque établissement, pour surmonter les tentations qui leur arrivent contre la vocation à faute de cela. Et le fondement de cet établissement, sans lequel il est impossible qu'il puisse subsister, ni que Dieu en tire la gloire qu'il témoigne en vouloir tirer, est la nécessité que ladite Compagnie a d'être érigée soit sous le titre de Com-

1. Celte lettre, dont on possède encore Toriginal, n'a pas de date; mais 1rs faits qui vont être racontés démontrent qu'elle est du commencement de

pagnie, ou celui de Confrérie, entièrement soumise et dépendante de la conduite vénérable du très-honoré général de Messieurs les prêtres de la Mission, du consentement de la Compagnie, pour, y étant agrégées, être participantes du bien qui s'y fait, à ce que la divine bonté leur faisant part du mérite de leurs actions , sacrifices et prières , unies à celles de son Fils, il leur fasse miséricorde. Voilà, mon très-honoré Père, ce que j'avais pensé proposer à de nos Sœurs avant que vous le dire; mais je puis assurer que ce serait la très-humble requête que fait la plus indigne de toutes les Sœurs de la Charité. »

Telle était précisément la pensée de Vincent lui-même, iussi il rédigea incontinentMn Mémoire pour l'archevêque de Paris, qu'il envoya d'abord à mademoiselle Le Gras en lui disant : « J'ai supprimé quantité de choses que j'eusse pu dire à votre sujet : réservons à Notre- Seigneur à le dire à tout le monde, et cachons-nous cependant. »

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