III
Institution des Filles de la Charité.
Dans le Mémoire adressé, en 1646, à Jean-François de Condi, à l'effet d'obtenir l'érection des Filles de la Charité en confrérie, ^Vincent rappelle d'abord à l'archevêque les confréries de la Charité si nombreuses, établies, sous son autorité, dans les paroisses soit de Paris , soit des autres lieux de son diocèse. Mais les dames qui les composent, étant la plupart de condition, n'en peuvent faire convenablement les fonctions les plus basses et les plus viles. Elles ont donc pris (pielques bonnes filles des champs à qui Dieu a donné le désir d'assister les pauvres malades, et se les sont substituées. Ces filles ont d'abord été dressées à cet emploi par une vertueuse veuve, mademoiselle Le Gras, qui les a entretenues dans sa maison par les aumônes de dames charitables. Et depuis treize ou quatorze ans que l'œuvre est commencée. Dieu l'a si bien bénie, qu'il y a dans
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chaque paroisse deux ou trois filles, occupées soit à Tassis» tance des malades, soit même à l'instruction des filles pauvres. Elles y vivent aux dépens des confréries des paroisses, mais si frugalement, que 100 livres, et quelquefois 25 écos, leur suffisent par an pour leur nourriture et leur vétemeat Trois sont employées par les Dames de la Charité deTHôtd- Dleu ; dix ou douze à l'hôpital des Enfants trouvés; deux ou trois à l'assistance des forçats; sans compter celles qui ont été envoyées, pour remplir les mêmes fonctions, à Angers, à Richelieu, à Saint-Germain-en-Laye, à Saint-Denis, , et en d'autres lieux de la campagne. Et comme on en de^ mande de toutes parts, mademoiselle Le Gras en élève d'au* très chez elle, ordinairement au nombre de plus de trente, qu'elle occupe, en attendant, les unes à instruire lespetitei filles pauvres qui y viennent à l'école , les autres à l'amtance des malades soit au dedans, soit au dehors ; celles-d à s'instruire elles-mêmes, celles-là aux différents offices ,de la maison. Elle les entretient sur le gain du travail de leuri^ loisirs, sur les aumônes des dames et autres personnes charitables, « particulièrement par Je revenu notable que le roi et la reine, comme aussi madame la duchesse d'Aiguillon, leur ont charitablement donné à perpétuité, qui S3 monte à plus de deux mille livres par an. »
Ce qui recommande encore ces filles, c'est, outre l'assistance corporelle, l'assistance spirituelle qu'elles donnent aux malades et aux mourants; « et Notre- Seigneur bénit tellement ce petit secours qu'elles apportent dans leur simplicité, qu'il y a sujet de le remercier pour les effets qui i en réussissent, en sorte qu'on voit évidemment acconoplir en elles le dire de l'Écriture, que Dieu se plaît à se communiquer aux simples et humbles, et à se servir des plus petites et basses pour en faire de grandes et de relevées. » C'est lui qui les a appelées, approuvées et inspirées , comme le proclame la voix du peuple qui est la voix de Dieu. D'ailleurs, elles n'ont rien fait qu'en vertu du consentement et de la permission du prélat, « marque
SL plus certaine d'une vraie vocation et du bon œuvre. » « Mais parce que les œuvres qui regardent le service de Meu finissent d'ordinaire en ceux qui les commencent, s*il i*y a quelque liaison spirituelle entre les personnes qui ify emploient, » il est à souhaiter que le prélat érige ces fiUes en confrérie, et approuve-le règlement selon lequel dles ont vécu jusqu'à présent et se proposent de vivre à f avenir, sous le nom de filles et veuves servantes des 'pauvres de la Charité.
Suivait ce règlement, que nous ferons tout à Theure con- Mttre. Jean-François de Gondi fit droit à cette requête le 80 octobre 1646, et le roi accorda ses lettres patentes. Mais le secrétaire de Méliand, procureur du Parlement, ayant égaré ces pièces constitutives de l'établissement, une tiequête nouvelle dut être adressée à l'archevêque de Paris, qui alors était Jean-François-de-Paule de Gondi, le fameux cardinal de Retz.
Dans l'intervalle, mademoiselle Le Gras avait réfléchi sur le sens de la première requête et de la première approbation. On se rappelle avec quelle insistance, dans ss^ lettre plus haut citée de 1646, elle réclamait, comme fondement essentiel de la Compagnie, la dépendance et la direction du supérieur général de la Mission. Or, dans le projet de statuts et de règlement qu'il avait proposé à l'approbation de l'archevêque de Paris, Vincent, toujours humble, toujours entièrement soumis aux prélats de l'Église, avait remis la conduite de la compagnie qu'il avait fondée et dirigée seul jusqu'à ce jour avec mademoiselle Le Gras, à là discrétion de l'archevêque. En effet, il y était dit que l'assemblée pour l'élection de la supérieure serait présidée par un ecclésiastique « député de Mgr de Paris pour la direction desdites filles et veuves; » que la supérieure aurait l'entière direction de la confrérie « avec le susdit ecclésiastique; » que, pour admettre ou envoyer des sœurs, elle levrait prendre son avis et en conférer avec lui; que x)utes enfin seraient tenues de « rendre obéissance, en ce
qui regarderait leur conduite, à recclésiastique dépmê^ pour la direction de la Compagnie. »
Jean-François de Gondi, ou plutôt le cardinal de Reti; qui avait donné la première approbation comme coadjuteur et vicaire général de son oncle, avait naturellement nommi le saint fondateur directeur de la Compagnie sa vie durant Mais, si la nomination du directeur demeurait abandonnée à la volonté de l'archevêque de Paris, celui-ci ne pouvadt-9 pas, après la mort de Vincent, briser sa famille spirituelle,^ séparer les sœurs des frères ^ en un mot, soustraire tes Filles de la Charité à la conduite du supérieur de la Mis* sion? Et alors, arrachées au berceau où elles avaient pris naissance, où elles avaient si longtemps puisé la vie, ne | finiraient -elles pas, comme un ruisseau détourné de sa source, par se dessécher, ou, du moins, par prendre d'autres eaux et une direction différente, au grand détriment d'elles-mêmes et des pauvres?
Mademoiselle Le Gras le craignit, et elle réclama aussitôt dans ses fréquentes conférences avec Vincent. Dès le miHS de novembre 1647, elle lui écrivait : « Il m'a semblé que Dieu a mis mon âme dans une grande paix et simplicité i Toraison très -imparfaite de ma part que j'ai faite sur le sujet de la nécessité que la Compagnie des Filles de la Charité soit toujours successivement sous la conduite que la divine Providence leur a donnée, tant pour le spiritud que temporel, en laquelle je pense avoir vu qu'il serait plus, avantageux à sa gloire que la Compagnie vînt à manquer entièrement que d'être en une autre conduite, puisqu'il semble que ce serait contre la volonté de Dieu. Les marques sont qu'il y a sujet de croire que Dieu inspire et fait connaître sa volonté pour la perfection des œuvres que sa bonté veut faire au commencement qu'il fait connaître ses desseins; et vous savez. Monsieur, qu'au commencement de celui-ci, il a été proposé que le temporel de ladite Compagnie, si elle venait à manquer par malversation, retournerait à la Mission, à ce qu'il fût employé pour l'instmction
la peuple des champs. Il me semble que si votre charité a mtendu ce qu'il me semble vous avoir dit en la personne le saint Pierre, que c'était sur elle qu'il voulait édifier IBtte Compagnie, qu'elle persévérera au service qu'elle lui demande pour l'instruction des petits, et le soulagement des malades. »
. Quelques années plus tard, en 1651, quand il fut questioD d'adresser une seconde requête, mademoiselle Le Gras mint à la charge et écrivit encore : « Le terme si absolu de dépendance de Monseigneur ne nous peut-il point nuire i l'avenir, donnant liberté de nous tirer de la direction du lapérieur général de la Mission? N'est-il pas nécessaire, Ifonsieur, que, par cet établissement, votre charité nous açût donnée pour directeur perpétuel? Et ces règlements ^ nous doivent être donnés, est-ce l'intention de Monseigpneur que ce soit ceux marqués en suite la requête? Cela requiert-il un acte à part, ou bien en veut-on former d'autres, puisqu'il en fait mention séparément? Au nom de Weu, Monsieur, ne permettez pas qu'il se passe rien qui donne tant soit peu de jour de tirer la Compagnie de la direction que Dieu lui a donnée, car vous êtes assuré qu'aussitôt ce ne serait plus ce que c'est, et les pauvres msdades ne seraient plus secourus, et ainsi je crois que la volonté de Dieu ne serait plus parmi nous. »
Frappé de la sagesse de ces observations, Vincent va rédiger en ce sens sa seconde requête. Mais notons d'abord k service immense, ignoré des Filles de la Charité ellesmêmes, que leur rendit mademoiselle Le Gras à leur origine. Par là seulement, indépendamment de ses leçons, de ses exemples et de sa longue direction, elle mériterait d'être regardée par elles comme leur vraie fondatrice; ou, du moins, puisque le premier honneur appartient toujours à Vincent, comme la seconde fondatrice de cette Rome de la charité.
Donc, Vincent, dans sa seconde requête*, demanda au
1. On n'a plus cette requête qui ne nous est connue que par la mention qui m est faite dans rapprobation du cardinal de Retz.
cardinal de Retz, avec une approbation nouvelle de la Compagnie et de ses statuts et règlements, de lui donner pouvoir, à lui et à ses successeurs, généraux de la congrégation de la Mission, de la diriger, sous l'autorité des archevêques de Paris*.
1 . Une des raisons , peut-être, qui avaient porté d'abord Vincent à ne pas retenir, pour lui et pour ses successeurs, la direction des Filles de la Charité, c'est qu'il avait pour principe, comme nous le verrons, de ne se pas charger de la conduite des religieuses, et de ne pas souffrir que les siens s'en chargeassent. Or, il craignait que Tinfraction à ce principe ne vint précisément d'une exception faite en faveur des Filles de la Charité. Ce qui arriva en effet, comme nous l'apprenons par une lettre au Missionnaire de la Fosse, du l^ï" février 1660. A la défense qui lui avait été faite de confesser les religieuses,de la Fosse objectait les Filles de la Charité. Vincent lui répond d'abord que ces Filles ne sont pas religieuses, mais des filles séculières, des personnes de paroisses sous la conduite des curés, dans tous les lieux où elles sont établies. « Et si nous avons, poursuit^il, la direction de la maison où elles sont élevées, c'est parce que la conduite de Dieu pour donner naissance à lenr petite compagnie s'est servie de la nôtre, et vous savez que des mêmes choses que Dieu emploie pour donner Tètre aux choses, il s'en sert pour les conserver. 2° Notre petite Compagnie s'est donnée à Dieu pour servir le pauvre peuple corporellement et spirituellement, et cela dès son commencement; en sorte qu'à même temps qu'elle a travaillé au salut des âmes par les Missions, elle a établi un moyen de soulager les malades par les confréries de Charité, ce que le Saint-Siège a approuvé par les bulles de notre institution. Or, la vertu de miséricorde ayant diverses opérations, elleaporté la Compagnie à différentes manières d'assister les pauvres ; témoin le service qu'elle rend aux forçats des galères et aux esclaves de Barbarie; témoin ce qu'elle a fait pour la Lorraine en sa grande désolation, et depuis pour les frontières ruinées de Champagne et de Picardie, où nous avons encore (1660) un frère incessamment appliqoé à la distribution des aumônes. Vous êtes vous-même témoin. Monsieur, des secours qu'elle a portés aux peuples des environs de Paris, accablés de famine et de jnalddie, en suite du séjour des armées. Vous avez eu votre part à ce grand travail , et vous en avez pensé mourir ainsi que beaucoup d'autres qui ont donné leurs vies pour la conserver aux membres souffrants de Jésus-Christ, lequel en est maintenant leur récompense et sera la vôtre. Les Dames de la Charité de Paris sont encore autant de témoins de la grâce de notre vocation pour contribuer avec elles à quantité de bonnes œuvres qu'elles font et dedans et dehors la ville.
« Cela posé, les Filles de la Charité étant entrées dans Tordre de la Providence comme un moyen que Dieu nous donne de faire par leurs mains caque nous ne pouvons pas faire par les nôtres en l'assistance corporelle des pauvres malades, et de leur dire par leur bouche quelques mots d'instruction et d'encouragement pour le salut, nous avons aussi obligation de les aidera
INSTITUTION DES FILLES DE LA GRâRITI 209
En conséquence, le 18 janvier 1655, le cardinal de Retz, lors à Rome, « voulant donner moyen aux bonnes Dames le la Charité et aux pauvres veuves et filles servantes des Miuvres malades de faire une bonne œuvre qui est à la gloire le Dieu et à l'édification du peuple, » érige les Filles de la Charité en confrérie, approuve leurs règlements, à la confilion que la confrérie sera et demeurera à perpétuité sous son autorité et dépendance, et de ses successeurs archevêques de Paris. Mais il ajoute : « Et d'autant que Dieu a J)éni le soin^et travail que notre dit cher et bien aimé Vincent de Paul a pris pour faire réussir ce pieux dessein, nous lui avons derechef confié et commis, et par ces présentes conGons et commettons la conduite et direction de la sus-
Jeur propre avancement en la vertu, poui" se bien acquitter de leurs exercices diaritables.
«Il y a donc cette différence entre elles et les religieuses^ que les religieuses n'ont pour fin que leur propre perfection, au lieu que ces filles sont appliquées comme nous au salut et soulagement du prochain; et si je dis avec nous^ i«ne dirai rien de contraire à TËvangile, mais fort conforme à Tusage de la primitive Église; car Noire-Seigneur prenait soin de quelques femmes qui le BBiTaieiit,et nous voyons, dans le canon des Apôtres, qu'elles administraient les vivres aux fidèles, et qu'elles avaient relation aux fonctions apostoliques.
f Si Ton dit qu'il y a danger pour nous de converser avec ces filles, je refonds que nous avons pourvu à cela autant qu'il* se pouvait faire, en établisnnt cet ordre en la Compagnie de ne les visiter jamais chez elles dans les paroisses; et elles-mêmes ont pour règle de faire leur clôture de leur chamîre, et de n'y laisser jamais entrer les hommes, singulièrement les^Missionlaires; en sorte que si moi-même je me présente pour y entrer, qu'elles me inment la porte, ce qui s'observe exactement de part et d'autre, grâce à Iliea.
«Que si eUes viennent ici dans leur maison, tous les mois, rendre compte 4e leur intérieur et se confesser à un de nos prêtres, vous savez qu'il y en a eux ou trois destinés pour les entendre, de qui Tàge et la vertu sont au-desnsde toute crainte, et si nous en envoyons d'autres aux deux hôpitaux prodies d*ici, 6e n'est pas tant à. cause de ces filles qui y sont employées que des entres personnes quiles habitent,lesquelles Dieu a confiées aux soins de la Compagnie pbur Tâme et pour le corps. » Il fallait citer toute cette lettre qui jette m nouveau jour sur la nature et les œuvres tant de la Mission que des Filles te la Charité. Une fois décidé à garder pour lui et pour les siens, à perpé- Qité» la direction de ces filles, saint Vincent prit toutes les mesures pour que Bt ordre ne se changeât plus. C'est ainsi qu'au chapitre XI, article xi de ses %les oommnnffl, il recommanda cette direction aux Missionnaires comme ne de leurs obUgations principales.
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dtte- sàèiété et confrérie sa. vie durant, et B^ës hii k ses Éaccc^sëûts généraux de ladite congr^ation de la Mis- 8it)n. »
Au mois de novembre 1667, le roi, désirant approuver de m)u autorité toutes les bonnes œuvres et tous les établilssMients de son royaume pour la gloire dé Dieu, « et ptxrtir culïërement celui de ladite société et confrérie, ÎBquét a eu un commencement si rempli de bénédictions et un j^rogrès si abondant en charité, tant à Tendroit des pauVrés malades que (Ses pauvres enfants trouvés, pativres forçerfis et petites filles, et même des pauvres filles qui se présentent pour les servir, lesiqfuelles, par ce moyen, ont une befte et sainte occasion de se donner à Dieu et le servir en la personne des pauvres , )> approuva, dans les mêmes termes, la soiciété, 1* autorisa à s'étendre dans tous les États de spp obéissance pour y faire les mêmes fonctions qu'à Paris, la prit, elle et ses biens, sous sa sauvegarde et protectîbn spi^ci^e et de ses successeurs rois, lui permit de recevpif tous legs et donations, et enfin lui accorda les exemptioin et les privilèges les plus larges.
Ces lettres patentes furent enregistrées en ParlieioeiU le 16 décembre 1658; et, dix ans après, le 8 juin 1668^ ils requête de la supérieure, des officières et de toute la communauté, la Congrégation des Filles de la Charité reçut approbation et confirmation de l'autorité apostolique en vertu de lettres délivrées par Louis de Vendôme , légat ai Saiçt-Siége en France. Anne d'Autriche, suivant une 1^ d'elle qui nous a été conservée S était intervenue auprès dtf Saînt-Siégé pour faire nommer les supérieurs généraux dé 1^ Mis3ion directeurs perpétuels de la Ôoippagnije <îé3 Fâli^ de la Charité.
i. ÀrchiYes de la Missioa.
STikTUTS tf BEGLBMeirrS 08 LA OOMPAGNIE. %H
ÏV
Statuts et règlements de la Compagnie.
Voîcî les statuts et règlements (te la Cottt^agnie, tels qfa'ils furent approovéâ par l'archevêque, le roî et le Saint-Siège; tels eûcoré qu'ils furent reconnus par décret impérial du 8 novembre 1809, lors de son rétablissement en Fi*aàfee :
« La Confrérie de la Charité des Servantes des pauvres Éaalades des paroisses a été instituée pour honorer la charité de Notre-Seigneur patron d'icelle, en assistant les pauvres malades des paroi^es et des hôpitaux, les forçats et lès pauvres enfants trouvés , corporellement et spirituelle^ iwent : corporellement, en leur administrant la nôui'riture et les médicaments; et spirituellement, en procurant que les pauvres malades qui tendront à la mort partent de ée iiionde en bon état, et que ceux qui guérissent fassent réso- Itttion de ne jamais oflfenser Dieu moyennaM sa grâce, et que les enfants tronvés soient instruits des^ choses nécessaires à salut. Elle est composée de filles et de veuves, lesquelles éliront une supérieure d'entre elles de trois ans en freîà ans, à la pluralité des voix \ le lendemain de la Pew-
t. Vincent hésita longtem|)s, et jusqu'à là Ûa de 1654, sur la directrice à donner aux Filles de la Charité. Serait-ce une d'entre elles ou une des Dames de THÔtel-Dieu? Après avoir pesé les raisons des deux côtés, il se décida à Aiire diriger la Compagnie par Tune des sœurs, comme nous l'apprend la letti^ isWafite, écrite à Ozenne en Pologne, le 20 novembre 1654 :
c Quant à la difficulté que l'on fait qu'aucune d'elles soit capable de diriger les autres, je vous dirai, Monsieur, qu'il y a longtemps que je pense à cette affaire, et que j'ai mis eu question savoir quelle direction sera la meilleure, BQît une de la même Compagnie, ou celle des Dames de la Charité, ou de quelqu'une d'entre les Dames. Or, il m*a paru difficulté en Tune et l'autre manière : en la première, qui est celle d'une Fille de la Charité, à cause de leur simplicité à l'égard des Dames en général, à cause de la diversité des esprits qui s'y rencontrent; et pour une d'entre les Dames, elle ne pourra pas continuer l'esprit que Notre-Seigneur a mis en ladite Compagnie, pour ne l'avoir pas reçu elle-même ; de sorte que, toutes choses pesées et considérées, nous avons estmé (jle iàire de la terre le fossé^ c'est-à-dire de faire choix, à la piuraùté des roix^de celle que la Compagnie jugera être la plus propre d'iceiles à
âlS SAINt VlNCËKf ce PktiU
tecôte, en la présence du supérieur général de la Mission, ou d'un prêtre de ladite Mission qui sera député de sa part pour leur direction ; laquelle pourra être continuée pour autres trois années seulement; elles éliront de plus trois .autres officiëres tous les ans à pareil jour, dont l'une sera assistante, l'autre trésorière et l'autre dépensière.
<( La supérieure aura la direction de ladite confrérie avec le supérieur général ou celui qui sera député de sa part; elle sera comme l'âme qui animera le corps, fera observer le présent règlement, recevra en ladite confrérie celles qu'elle trouvera à propos de l'avis dudit directeur et de celui des autres officières, et les dressera en tout ce qui regarde leurs emplois, mais particulièrement en la pratique des vertus chrétiennes et propres à leur état, les instruisant plutôt par son exemple que par ses paroles ; les enverra, retiendra, rappellera et emploiera en tout ce qui regarde la fin de ladite confrérie, non -seulement en la paroisse où ladite confrérie sera établie, mais encore en tous les lieux où elle les enverra, le tout de l'avis dudit directeur. . (( La seconde officie re sera assistante de ladite supérieure, lui servira de conseil, et la représentera en son absence ; et toutes lui obéiront comme à la supérieure en l'absence d'icelle.
« La troisième servira de trésorière, fera la recette et gardera l'argent dans un coffre à deux serrures différentes, dont la supérieure tiendra une clef, et elle l'autre, excepté qu'elle pourra tenir entre ses mains la somme de cent livres, pour fournir au courant de la dépense, et rendra compte
cet effet, laquelle étant aidée et dirigée par le supérieur général de la Compa* gnie, il y a sujet d'espérer que Dieu bénira la chose, et qu'il s'en constituera lui-môme le directeur; ce qui semble absolument nécessaire à cause de Textension de leur Compagnie en quantité d'endroits de ce royaume, que ce sont ces raisons et beaucoup d'autres que je vous rapporte brièvement et confusément qui ont fait qu'en suite de beaucoup de prières et de conseils qu'on a pris, et d'assemblées qu'on a faites pour cela, on a estimé qull valait mieux élire une Fille de la Charité pour diriger les autres, de l'avis que j'ai dit, que d'en donner la conduite à d'autres personnes qui ne sont pas du corpe. •