‹ Saint Vincent de Paul, sa vie, son temps, ses œuvres, son influenceChapitre 42 sur 87 · STATUTS ET RÈGLEMENTS DE LA COMPAGNIE · texte numérisé non relu

STATUTS ET RÈGLEMENTS DE LA COMPAGNIE

tous les mois à la supérieure, et tous les ans au directeur, , en la présence de toutes les officîères. Elle représentera aussi la supérieure et l'assistante en leurs absences, et leur servira de conseil.

« La quatrième fera la dépense et pourvoira aux nécessités communes de la Compagnie, rendra compte toutes les semaines à la supérieure, représentera la même supérieure en l'absence d'icelle et des autres officières, et leur servira pareillement de conseil.

« Tant les filles que les veuves de ladite confrérie seront soumises et obéiront à ladite supérieure, et en son absence aux autres officières, et à toutes celles qui seront députées de sa part, se représentant qu'elles obéissent à Dieu en leurs personnes, et exécuteront volontiers et ponctuellement le présent règlement et les louables coutumes de leur Institut, soit dans les paroisses où elles seront établies, soit ailleurs où elles seront envoyées.

« Elles rendront aussi obéissance en ce qui regarde leur conduite audit directeur et supérieur.

« Celles qui désireront être reçues en ladite Compagnie se présenteront à ladite supérieure, laquelle, après avoir éprouvé leur vocation et conféré avec le directeur, et de l'avis des autres officières, les recevra, les dressera en leurs fonctions quelque temps, et puis après, selon qu'elle les jugera capables, elle les emploiera aux exercices que nous avons dits.

« Étant envoyées en quelques paroisses, elles iront prendre la bénédiction de MM. les curés, qu'elles recevront à genoux, et tandis qu'elles seront dans leurs paroisses, elles leur rendront toute sorte d'honneur, de respect et d'obéissance, à l'égard de l'assistance des malades.

(( Elles rendront ^.ussi obéissance entière aux dames officières de la Charité des paroisses, et aux médecins en ce qui concerne le soin des malades.

« Leur principal soin sera de bien servir les pauvres malades, les traitant avec compassion et cordisdité, et

2\k «AINT VINCENT IME PAUL.

, tftcfaant de les édifier, les consoler et les disposer à là patience, les portant à faire une bonne confession générate, et surtout i nfM)y^iner qu'ils reçoivent leurs sacretnents.

« Outre cela, quand elles seront appelées à leurs a^tlre^ emplois, comme d'assister les pauvres forçats, élever le^ petits enfants trouvés, instruire les pauvres filles, elles s'*^ porteront avec une affection et diligence particulière, a^ représentant qu'en ce faisant elles rendent service à Notre-- Seigneur, comme enfant, comme malade, comme pauvre et comme prisonnier.

« Elles s'entrechériront et respecteront comme sœurs que Jésus-Christ a liées par son amour, assisteront à l'enterrement de celles qui décéderont, communieront à leur intention, feront dire une messe haute pour chacune d'icelles; elles assisteront aussi à l'enterrement des pauvres qu'elles auront servis, si la commodité le leur permet, et priercmt Dieu pour le repos de leurs âmes.

«Et afin que, servant les pauvres, elles ne s'oublient pas elles-mêmes, et que la charité qu'elles exercent en leur endroit soit bien ordonnée, et qu'elles en puissent recevoir les récompenses que Notre- Seigneur leur promet en ce monde et en l'autre, elles auront un soin particulier de se maintenir toujours en état de grâce avec l'aide de Dieu, et pour cet effet elles détesteront et fuiront le péché mortel plus que le démon, et se garderont même, moyennant la grâce de Dieu, d'en faire aucun véniel à leur escient, particulièrement en tout ce qui regarde la chasteté, usant de toutes les précautions possibles pour la conserver.

« Feront leur possible de s'ajuster à l'emploi de la journée qui a été pratiqué jusqu'à présent, nommément pour les heures du lever et du coucher, de l'oraison, des examens tant particuliers que généraux, des lectures spirituelles, confessions et communions, et du silence, notamment avant l'oraison du matin.

« Elles auront soin aussi de garder l'uniformité, autant qu'eUfis le pourront, à l'égard du vivre, du vêtir, du pàrièr,

STATUTS ET ÇLÂGL^MEJ^T^ Pfl LA CjOSTPAGNIE. j^|

.¥ §i js^ ^^^i^ij^ffiimt ie l'ar^g^joit, elles Iç jç^^x^il; fip ^ IflOW^ caiMa^«e, fui ikeur .^ervlra pour l^^r i[waût is^ }i^Us et Au.tres nécessités quand il sera temi^s.

« Et pour mieux honorer Notre-Seigneur leur p^roD, |d}ea aAiroDt en toutes leurs actions une droite inteiMâon i^ im plaire, et tâdieront de conformer leur vie à la sieni^, .p^t" ticuiièrement en sa pauvreté, son humilité, sa doucour, jff^ sio^pUcité et sobriété.

n £t pour obvier à beaucoup d'inconvénients, ^qs dp recevront rien de personne et ïïb donneront aucune ehos^ là ^tti que ce soit, sans en donner avis à 1^ supérieur^. W^^ ne feront aucune visite hors celle des malades, Bt lofi ^.^ffiiront point qu'on en fasse chez elles, particulièremeint ^ bodomies, jiesquels elles ne souffriront entrer dans Iqvu^ cèanf>bres.

f( Allant par la rue, elles marcheront modestem^t ^t |a ^ue basse, ne s'arrêteront pour parler à personne, partimliërement de divers sexe, s'il n'y a grande néc^Mt^t \t encore faudra-t-il qu'elles coupent court et ,exj>^ient iromptement.

<f filles ne sortiront point de la maison sans ila perimsûon de la supérieure ou autre qui sera députée, ôt i^vi reiour elles se représenteront à elle et lui rendront compte Je leur voyage.

u £Ues n'enverront point de lettres, ni ouvriront celjic^ ]U*ûn leur aura écrites sans la permission Ae leur supérieure.

iî Elles ne s'amuseront point à parler à la porte i^yec les ^E^mes, non plus que dans les maisons, sans permi^on*

« £lles seront soigneuses d'aller du moins tous les inoi$ en la maison de la communauté pour communiquer ayçtc la supérieure de tous leurs emplois, et s'y rendront toutes le9 icfis qu'ailes y seront mandées, pourvoyant ftuparOtiiwt 8(9^ «besoins d^ malfade^.

« Elles se souviendront qu'elles * s'appellmt FiUex de Ik Charité 9 c'est-à-dire filles qui font la profession d'aimer Dieu et le prochain, et partant, qu'outre l'amour souverain qu'elles doivent avoir pour Dieu, elles doivent exceller en la dilection du prochain, notamment de leurs compapes; selon cela, elles fuiront toute froideur et aversion à leur égard , comme aussi les amitiés particulières et attaches à quelques-unes d'entre elles, ces deux extrémités vicieuses étant les sources de la division et la ruine d'une compagnie et des particuliers, lesquels s'y entretiennent et s'y amusent; et s'il arrive qu'elles se soient donné sujet de mortification l'une à l'autre, elles s'entredemanderont pardon au plus tard le soir avant se coucher. De plus, elles se re* présenteront que l'on les nomme servantes des pauvres, qui, selon le monde, est une des plus basses conditions, afin de se tenir toujours dans la basse estime d'ellesmêmes, rejetant promptement la moindre pensée de vaine gloire qui leur passerait par l'esprit pour avoir oiu dire du bien de leurs emplois, se persuadant que c'est à Dieu à qui tout l'honneur est dû, puisque lui seul en est l'auteur.

« Et comme leurs emplois sont la plupart fort pénibles, et les pauvres qu'elles servent un peu difficiles, jusque-là que quelquefois elles en peuvent recevoir des reproches, lors même qu'elles ont le mieux fait à leur égard, elles ta- ^ cheront de tout leur possible de faire bonne prpvision de patience, et prieront tous les jours Notre- Seigneur qu'il leur en donne abondamment, et leur fasse part de celle qu'il a exercée envers ceux qui le calomniaient, souffletaient, flagellaient et crucifiaient.

« Elles seront fort fidèles et exactes à observer le présent règlement, et ensemble les louables coutumes en la manière de vivre qu'elles ont gardées jusques à maintenant, particulièrement celles qui regardent leur propre perfection.

M Elles se souviendront néanmoins qu'il faut toujours préférer à leurs pratiques de dévotion le service des pauvres, quand la nécessité ou l'obéissance les y appellent, se

SÉANCE d'Établissement. * 217

représentant qu'en ce faisant elles quittent Dieu pour Dieu. « Et afin qu'il plaise à Dieu leur faire la grâce d'accomplir toutes ces choses, elles se confesseront et communieront tous les dimanches et principales fêtes de l'année, es paroisses ou hôpitaux où elles se trouveront, et feront les exercices spirituels, tous les ans, à la maison de leur communauté, autant qu'elles le pourront. »

A ces statuts il faut ajouter que les Filles de la Charité, Don-seulement ne font pas de-vœux solennels, mais pas même de vœux simples à perpétuité. Voilà pourquoi, indépendamment de la clôture à laquelle leurs fonctions charitables les empêchent de s'astreindre, nous entendrons saint Vincent de Paul si souvent répéter qu'elles ne sont pas reli-- 9^'eiises^ mais des filles unies en compagnie séculière. Leurs vœux ne sont qu'annuels et intérieurs. Elles les font pour la première fois après cinq ans d'épreuve, et les renouvellent le 25 mars, jour où mademoiselle Le Gras prononça sa consécration, sur la proposition de la supérieure générale, et sur ^^ permission du supérieur général de la congrégation de la M^ission. Chaque année, au 25 mars, toutes se lèvent donc libres; mais toutes s'empressent de reprendre le saint joug 4u service de Dieu et des pauvres, et le refus qu'on pour- ^^xt faire à quelques-unes de la permission de renouveler l^Urs vœux serait pour elles la plus cruelle pénitence. Aux ^ï'ois vœux ordinaires de religion, elles ajoutent un qua- ^^ième vœu de stabilité, c'est-à-dire le vœu de rester au ^^rvice des pauvres dans la compagnie à laquelle Dieu les ^ appelées.

Séance d'établissement.

Dès le mois d'août 1655, presque immédiatement après l'érectioû des Filles de la Charité en confrérie et l'approbation par l'ordinaire de leurs statuts et règlement, Vincent jugea à propos de faire acte d'établissement. En consé-

StB SAINT VINCENT DE PAJIL.

({uence, il convoqua en assemblée générale tooli^ lipiSll^ qui se irou viûent à Paris, prit les noms ie ceUiy jqat axiôqit été déjà reçues et ies postuianies; puis il ^lar ^itA à jm près ce discours :

a Mes bonnes filles, la Providence vous a toutes assemblées ici, et ce semble avec le dessein que vous honoriez la vie humaine de Jésus-Christ sur la terre. Oh ! qu'il y a d a?aotage d'être en une communauté! Car chaque particulier participe au bien que fait tout le corps, et reçoit, par ce moyen, une plus abondante grâce. Notre-Seigneur nousl't promis, disant : <( Quand vous serez assemblés deux ou trois en mon nom, je serai au milieu de vous ; » à plus forte raison, quand vous serez plusieurs dans un même dessein de servir Dieu, mon Père et moi viendrons faire notre demeure en .vous. Les personnes qui ont un même esprit se portent les unes les autres à honorer Dieu; et c'est pour cela que son Fils a prié en la dernière oraison qu'il a laite avant sa passion, disant : « Mon Père, je prie pour cein que vous m'avez donnés ; qu'ils soient un comme vous et moi sommes un. »

a Et cependant, quoique assemblées pour vivre m commun, vous n'avez point encore eu de règlement pour votre manière de vie. Et, en cela, la divine Providence vous a conduites comme elle a fait son peuple, qui a été plus de mille ans sans loi. Natre-Seigneur en a fait de même en la primitive Église : car tant qu'il a été sur la terre, il n'y a point eu de loi écrite, et ce sont les Apôtres qui , s^rès lui, ont recueilli ses enseignements et ordonnances.

« Mais il importe que je vous donne une règle avant que je m'en aille. Quelques-uns vous ont dit peut-être que l'on pense bien que, de mon vivant, votre communauté ne manquera pas, mais qu'après il faudra tout quitter*. Je

.1. Mademoiselle Le Gras elle-même, habituée à s*appuyer, elle et sfi Compagnie, sur le saint Directeur comme sur an fondement, treml)lait à cbacane de ses maladies, comme si sa mort devait entraîner la mine de rédiSoe. b'nt pourquoi iliûi écrivit nn jour : a Je vous rois tm^ours un jçm daUis \m:sf»r

SiANCE B*éTÂBLI^SEMBXT. £M

VMS £rBâ, mes cbëres sœurs, xpi'il n'en arrive jamais mosi ^(iMivres de>Diea. Vous auriez ua pauvre appui que celui fane chétive créature ! Votre fermeté doit être en la sainte PfoviâeQce; cslt c'est elle qui a mis votre Compagnie «ar le pied où elle est? Car qui a-ce été, je vous supplie? Je ne saurais me le représenter. Nous n'en eûmes jamais le desgrin. Qui eût pensé qu'il dût y avoir des Filles de la Charité, quand les premières vinrent pour servir les pauvres en quelques paroisses de Paris? J'y pensais encore aujourd'hui, et je me disais : Est-ce toi qui as pensé à faire une compagnie de Filles de la Charité ? Oh ! nenni. Est-ce mademoiselle Le Gras? aussi peu. Et qui eût pu former ce dessein de procurer à l'Église une compagnie de Filles de la Charité en habit séculier? Cela n'aurait pas paru possible, encore qu'il soit vrai que Dieu ait bien voulu se servir de nous pour établir les confréries des paroisses. Oh! mes filles, je n'y pensais pas, votre sœur servante n'y pensait pas, aussi peu M. Portail : c'est donc Dieu qui y pensait pour vous ; c'est donc lui que nous pouvons dire être l'auteur de votre Compagnie, puisque véritablement nous ne saurions en reconnaître un autre. Oh ! béni soit Dieu de ce ^6 vous êtes redevables à sa bonté d'avoir été choisies, laoique pauvres filles de village pour la plupart, pour faire une compagnie qui, moyennant sa grâce, le servira fidëlesient! — Et quel fondement pensez-vous que Notre-Seîgneur ait laissé pour l'établissement de son Église? Il y en aivait quantité qui le suivaient, et sur la fin il n'en demeura que douze qui ont été tous suppliciés. Les œuvres de Dieu ne sont pas comme celles des hommes. Les pères de l'Oratoire étaient de même à la mort du P. de Bérulle ; et aussi

tim<Hits humains, pensant que tout est perdu dès lors que vous me voyez malade. 0 femme de peu de foi ! que n'avez-vous plus de confiance et d'acquiescement à la conduite et à l'exemple de Jésus-Christ! Ce Sauveur du monde se rapportait à Dieu son Père pour Tétat de tonte l'Âglise : et vous, pour une ]^^aée dç filles que .sa .Providence a notoirement suscitéjes eta&Bembues, vôns pensez ({u'il vous manquera! Allez, Mademoiselle, hnmiliez-VDi\s bèiiièbaplèvaiitlHêu. »

les enfants de saint François. Mais où vais-je* misérable pé< cheur? Il n'y a pas de comparaison! Non; mes sœurs, ne craignez point; Dieu ne vous manquera pas, si vous lui étés fidèles. Travaillez donc seulement à vous perfectionner en servant les pauvres.

« Mais c'est une nécessité pour chaque compagnie ou communauté d'avoir une règle ou manière de vie convenable au service que Dieu en veut tirer. Gela est tout clair, et vous voyez aussi que tous les religieux et toutes les autres communautés en ont une qui leur est propre. Et nous qui ne sommes pas religieux et ne le serons jamais, parce que nous ne le méritons pas, nous en avons une. Les pères de rOratoire, que je devais nommer les premiers, en ont une. Et il est difficile et même impossible que les communautés se maintiennent sans cela dans l'uniformité. Et quel désordre serait-ce, que les unes se levassent et se voulussent lever à une heure, les autres à une autre ! Ce serait désunion plutôt qu'union.

« Jusqu'à présent, mes filles, vous avez travaillé par vous-mêmes, et sans autre obligation de la part de Dieu que de satisfaire à l'ordre qui vous était donné. Jusqu'à présent, vous n'avez point été un corps séparé de celui des Dames de la Charité. Mais maintenant, mes filles, Dieu veut que vous soyez un corps particulier qui, sans être séparé de celui des Dames, ne laisse pas d'avoir ses exercices et fonctions particulières.

« Jusques ici vous avez travaillé sans autres obligations que celles-là; et maintenant Dieu vous veut lier plus étroitement par l'approbation qu'il a permis être faite de votre manière de vie et de vos règles par monseigneur l'illustrissime et révérendissime archevêque de Paris. »

Ici Vincent donna lecture des pièces plus haut analysées, puis il procéda à l'élection des oflicières :

(( Le premier article de vos statuts dit donc que la Compagnie sera composée de veuves et de filles qui éliront une d'entre elles pour être leur supérieure pendant trois ans;

SiANCË D'éfABLtSSEBlENT* 221

que cette même pourra encore être continuée trois autres années consécutives, mais non plus. Gela, bien entendu, n'aura lieu qu'après le décès de Mademoiselle. »

Ici, mademoiselle Le Gras se mit à genoux et supplia Vincent que ce fût dès ce moment. « Non, Mademoiselle, répondit le saint. Vos sœurs et moi devons prier Dieu de vous conserver la vie pendant longues années. 11 conserve ordinairement par des moyens extraordinaires ceux qui sont nécessaires à raccomplissement de ses œuvres, et si vous y prenez bien garde. Mademoiselle, il y a plus de dix ans ' que vous ne vivez plus, au moins de la manière ordinaire*. »

Quant aux trois autres officîères, bien qu'en vertu du i*èglement, l'élection dût s'en faire à la pluralité des suffrages; néanmoins, pour la première fois, il crut qu'il appartenait au fondateur de les nommer lui-même. En ^conséquence, il nomma première assistante Julienne Loret, ^résorière Mathurine Guérin, et dépensière Jeanne Gressier* Acte de cette nomination fut aussitôt dressé et signé de tous les membres de l'assemblée. Vincent ne voulut signer que le dernier, et il fit passer avant lui, non-seulement 'ïiQademoiselle Le Gras et les officières, mais toutes les filles présentes.

La première élection régulière, c'est-à-dire conforme aux statuts, ne se fit que le 22 mai 1 657, mardi de la Pentecôte. Après une conférence sur Timpjorlance de choisir de bonnes officières, sur les qualités requises en elles, et sur la manière de bien procéder à l'élection, \incent, se conformant au mode d'élection suivi par les Apôtres pour remplacer Judas, choisit deux noms pour chaque office, qu'il soumit aux voix de toutes les sœurs qui avaient quatre ans au moins de vocation (il exigea huit ans dans la suite). Et avant que chacune vint lui dire tout bas celle qu'elle avait

1. Ces mots seront expliqués plus tard à propos des leitrôs du saint sur ta santé de mademoiselle Le Gras.

Ht fktnt vrircirirt tfr i^tift*

êkoM8v' 'û proBonça cette prière : à 0 Hsamt «Ni^ieiir de nos kme&i qui êtes cehit qtn avès cboist de toute èfeâttté les sœurs qui doivent être vos officières, fqitee-sous h gr-âce de les comiaître. 0 Sauveur I eUès ont été offidères dains votre idée éternelle : ayez agréable de vous souvenir que ce sont vos officiëres que vous vous êtes choisies pour le bien de cette Compagnie. Vous ne vous êtes pa» cont«^ de vous être formé une compagnie pour vous ^ver de$ épouses, mais vous avez inspiré, de plus, de donner às^ officiëres qui, avec votre grâce, coopèrent à leur sanctification. Béni soyez-vous de ce que vous en usez de la sorte! Ayez donc agréable, ô Seigneur! que nous nous adressions à vous, comme autrefois les Apôtres au sujet du cboix d'une personne pour être apôtre; ils vous suppliaient de leur £aire connaître votre volonté en cette sorte : u 0 Seigneur I montrez-nous celui que vous avez choisi pour ce mimstère! » Mes sœurs, élevez-vous à Dieu avec moi pour lui demander la même grâce; donnez-vous toutes à lui pour ne regarder en cette action que sa très-sainte volonté, et pour donner votre voix à celles auxquelles vous voudriez l'avoir donnée à l'heure de la mort. »

Puis il recueillit les voix et proclama le résultat de l'élee-. tion : la sœur Jeanne de Lacroix était assistante, la sœur Geneviève Poisson trésorière, et la sœur Madeleine Mesnage dépensière, u Plaise à la bonté de Dieu, ajouta Vincent, avoir agréable cette élection, et leur faire la grâce de se bien acquitter de leurs obligations pour sa gloire et l'utilité du prochain! »

Ici, une des officiëres sortantes tomba à genoux et demanda pardon des fautes quelle avait commises dans sa charge, et du scandale qu'elle avait donné à la communauté, a Dieu vous bénisse, ma fille ! lui dit Vincent. Mademoiselle Le Gras me vient encore de donner de bons témd- ^ gnages de vous et de votre conduite , comme aussi des deux autres, dont la gloire soit à Dieu I Mais *vous avez ndson de demander pardon à nos sœurs des mauvais

t^ coN#frr»ftoHf. Mft

cx^ssÈÊïfiés qae vous pensait leat avoir doimés ]»ÈàdaDt rtdnûristratiôo de votre cbargé^; car il est fort difficite de si bien fahre, qu'il ne se troave toujours quelcpie cbose à redire. C'est là pratique des filles de Sainte- Marie dl'en user de la sorte envers celles qui sortent de charge; et ro^me on leur donne quelque pénitence ; c'est pourquoi je pense qu'il est à propos de faire de même. Dieu a donné la pensée à ma sœur de faire cet acte pour nous faire souvenir de cela, à quoi je ne pensais pas. Dieu vous bénisse , ma sœur! »

Les deux autres oiEcières sortantes ayant suivi l'exemple de la première, le saint leur enjoignit à toutes pour pénitence, et pour obtenir de Dieu les grâces dont avaient besoin les sœurs nouvellement élues, de dire les litanies du saint Nom de Jésus, et d'entendre le lendemain la sainte messe à la même intention.

Les constitutions.

Revenons aux assemblées du mois d'août 16^5. Les oiBciëres nommées, Vincent de Paul songea à ugminer un directeur aux Filles de la Charité. Certes, il ne voulait pas se décharger entièrement de leur conduite, et nous le verrons, tout le reste de sa vie, s'occuper d'elles comme de son œuvre de prédilection. Mais 3on grand âge et ses occ4ipations toujours croissantes ne lui permettant pas de les^ diriger avec une entière régularité, il donna pour diiecteur ordinaire à ses filles chéries le plus cher et le plus anciçn de ses disciples, Antoine Porlail, le plus rempli de respri.t, de la prudence et de la charité du saint fondateur.

La Compagnie ainsi constituée dans toutes ses parties et dans son gouvernement, il fit lecture des règles, soit communes, soit particulières, dont voici une courte analyse.

Les règles communes des Filles de la Charité sont divi* sées en neuf chapitres ; et d'abord :

224 SAINT VtNCBNt DE PkVU

I. — De la fin et des vertus fondamentales de leur lostitnL Cette fin est d'honorer Notre-Seîgneur Jésus-Christ comme la source et le modèle de toute charité, le servant corporellement et spirituellement en la personne des pauvres, soit malades, soit enfants, soit prisonniers ou autres, qui, par honte, n'osent faire paraître leur nécessité. Pour correspondre dignement à une si sainte vocation et imiter un exemplaire si parfait, elles doivent tâcher de vivre sainte* ment et travailler avec grand soin à leur propre perfection, joignant les exercices intérieurs de la vie spirituelle aux emplois extérieurs de la charité chrétienne.

Encore qu'elles ne soient pas dans une religion, cet état n'étant pas convenable aux emplois de leur vocation, néanmoins, comme elles sont beaucoup plus exposées au dehors que les religieuses, n'ayant ordinairement pour monastère que les maisons des malades, pour cellule qu'une chambre de louage, pour chapelle que l'église de la paroisse, pour cloître que les rues de la ville ou les salles des hôpitaux, pour clôture que l'obéissance, pour grille que la crainte de Dieu, et pour voile que la sainte modestie , elles sont obligées, par cette considération , de mener, au dehors ou au dedans, une vie aussi vertueuse, aussi pure, aussi édifiante, que de vraies religieuses dans leur monastère.

Avant tout, elles feront plus d'estime du salut de leur âme que de toutes les choses de la terre ; elles fuiront le péché mortel plus que la mort, et le péché véniel de toutes leur forces; et, pour mériter la récompense promise par Notre-Seigneur aux ser\'iteurs des pauvres, elles s'appliqueront à acquérir les trois vertus chrétiennes d'humilité, de simplicité et de charité, qui sont comme les trois facultés de l'âme de tout le corps et de chaque membre, et comme l'esprit propre de leur compagnie.

D'ailleurs, horreur des maximes du monde, amour des maximes de Jésus-Christ : par conséquent, amour de la mortification ; mépris de soi-même et des choses de la terre; préférence des emplois bas et répugnants , de la dernière

LES COKSTItUTîONS. • 225

place et du rebut des autres; détachement des lieux, des emplois et des personnes, même des parents et des confesseurs; disposition à tout quitter à la voix de l'obéissance; patienpe amoureuse dans les incommodités, les contradictions, les moqueries et les calomnies; grande confiance en la Providence, abandon à elle comme d'un enfant à sa nourrice.

II. — Servantes des pauvres,- elles honoreront la pauvreté de Notre-Seigneur en vivant elles-mêmes pauvrement. Elles mettront tout en commun à l'exemple des premiers chrétiens, et aucune ne pourra disposer du bien de la communauté, moins encore du bien des pauvres, sans la permission de la supérieure en choses ordinaires, du supérieur en choses exceptionnelles ^ Elles ne demanderont ni ne refuseront rien pour elles, s'en remettant de leurs besoins à la sollicitude des officières. Au près et au loin, elles vivront, se vêtiront d'une manière uniforme et sur le modèle de la maison principale. Malades, elles se contenteront en tout de l'ordinaire des pauvres; car les servantes ne doivent pas être mieux traitées que leurs maîtres.

III. — Elles prendront tous les moyens, tant intérieurs qu'extérieurs, pour mettre leur chasteté à l'abri non-seulement de toute souillure, mais même de tout soupçon , car le soupçon seul, quoique très-mal fondé, serait plus préjudiciable à leur Compagnie et à ses saints emplois que tous les autres crimes qui leur seraient faussement imposés. Donc, grande modestie, yeux baissés, particulièrement au dehors, dans les rues, dans les églises ; grande modestie même au dedans de la maison, dans leurs récréations, dans leurs rapports mutuels; vie occupée même dans leurs moments de loisirs; — nulle visite, active ou passive, qu'en cas de nécessité et avec permission, en compagnie ou sous les yeux d'une de leurs sœurs, après visite à Notre- Seigneur au sortir et au retour; jamais chez des personnes

i. Les biens de famille restent aux famiUes; la communauté n'a aucun droit sur le fonds^ ni 'sur les revenus.

226 S.AINT VINCEKT DE PAOL.

suspectes, même sous prétexte de charité ; jamais à rintérieur de leur maison, ni surtout de leurs proprea chambres, si ce n'est en cas de maladie; jamais visite des confesseurs à elles ni d'elles aux confesseurs, sinon dans le même cas et avec les précautions ordinaires ; toujours grande retenue dans les paroles et dans tout l'extérieur, entretiens courte et édifiants ; — grande sobriété, — jeûnes, excepté pour les infirmes et les servantes des malades, toutes les veilles de fêtes chômées de Notre-Seigneur et de la sainte Vierge, moins le temps pascal ; abstinence tous les mercredis de rAvent,et le lundi et le mardi de laquinquagésime; pas d'autres mortifications extérieures, incompatibles avec leurs travaux, sinon avec permission, mais mortification intérieure toujours.

IV. — Elles obéiront, avec soumission de jugement et de volonté, en toutes choses où l'on ne voit point de péché, aux évêques dans les diocèses desquels elles sont établies; au supérieur général de la Mission, supérieur de leur Compagnie , et à ses députés ; à la supérieure, aux sœurs servantes * et autres ciBcières, tant imparfaites et désagréa-

1 . On appelle sœurs servantes, dans la (Compagnie, les supérietlres des établissements particuliers, le titre de supérieure étant réservé à la seule supérieure générale. Gela remonte au 20 juin 1642. Dans la conférence de ce jour, Vincent se rappela atoir entendu, au monastère des Anhonciaées,fondées par sainte Jeanne de Valois, — appeler la supérieure Ancelle (dn latin ancilla) : « Gela m'a fait penser, dit^il à ses filles, que vous n*appelleriez plus désormais vos supérieures du nom de Supérieures, mais que voirsles appelleriez servantes. Que tous en semble? » Toutes approuTèrent. « C'est le nom que prend le Pape, ajouta Vincent, qui s'appelle le serviteur des serviteurs lie Dieu. Semblablement les supérieures de la Gompagnie de l'Hôtel- Dieu, au commencement de leur établissement, prenaient le nom de ^vàntes, suivant le désir de la bonne madame la Présidente Goussault. » — !>tt reste, en toute, circons»ance, le saint provoquait les sœurs à pratiquer eatie elles la sainte égalité chrétienne. Ainsi, dans un de leurs conseils, il leur dit un jour : a 11 y a longtemps que je souhaite et voudrais bien que nos sœtiîs en fussent venues à ce point de respect entre elles , que le monde du dehors ne pût jamais connaître laquelle sœur est la sœur servante. Car, voyez-voui, mes filles, comme Dieu est un en soi, il y a trois personnes sans qtie le Père soit plus grand que le Fils, ni le Fils que le Saint-Esprit; il fanUe môme que les Filles de la Charité^ qui doivent être l'image de la très-sainte Trinité, encore qu'elles soient plusieurs, ne soient toutefois qu'un cœur et ua

LES COHÔTtTOTtONS. :$27

)>les., qu*agréables et parfaites, Tobéissance s* ad restant moins aux personnes qu'à Jésus-Christ; aux curés, dont elles recevront la bénédiction à genoux ; aux confesseurs et ecclésiastiques de leurs paroisses ; aux administrateurs et aux médecins des hôpitaux ; à tous les points de la règle, au premier son de la cloche, voix deNotre-Seigneur qui les appelle. V. — Filles de la Charité, elles aimeront Dieu et le pro-

esprit, et qae, eomme encore, dans les sacrées personnes de la très-sainte Trinité, les opérations^ quoique diverses et attribuées à chacune en particulier, ont relation Tune à l'autre , sans que, pour attribuer la sagesse au Fils et la bonté au Saint-Esprit, Ton entende que le Père soit privé de ces deux attributs, ni que la troisième personne n'ait point la puissance du Père. ni la sagesse du Fils, de même il faut qu'entre les Filles de la Cliarité , celle qui sert des pauvres ait relation à celle qui sert des enfants, et celle des enfants à celle des pauvres. Et je voudrais encore que nos sœurs se conformassent en cela à la très-sainte Trinité, que comme le Père se donne tout à son Fils et le Fils tout à son Père , d'où procède le Saint-Esprit, de môme qu'elles soient toutes Tune à l'autre pour produire les œuvres de charité qui sont attribuées au Sain^Esprit, afin d'avoir rapport à la très-sainte Trinité. Car, vo7e2-vous , mes filles, qui dit charité dit Dieu; vous êtes Filles de la Charité : donc vous devez, en tout ce qu'il est possible, vous conformer à l'image de Dieu ; c'est à quoi tendent toutes les communautés qui aspirent à la perfection. Et qu'y a-t-il en Dieu? Il y a, mes filles, égalité de personnes et unité d'essence. Eh! que cela vous enseigne -t- il, sinon que vous ne devez toutes tant que vous êtes n'être qu'une et égales. Que s'il faut qu'il y ait une supérieure, une servante, oh ! ce doit être pour donner un exemple de ▼ertu et d'humilité aux autres pour è lie la première à tout faire; la première à se jeter aux pieds de la sœur, la première à demander par«ion et la première \ quitter son opinion pour suivre l'autre. » — On a remarqué encore, dans ce discours, le culte du Saint-Esprit si recommandé par Vincent. C'est encore aujourd'hui une des principales dévotions des Filles de la Charité : comment'iire pratique du texte de saint Paul : « Charitas Dei diffusa est in cordibus nostris per Spiritum Sanctum qui datus est nohis (Rom., V, 15). Avant de la donner aux filles, Vincent Tavait inspirée à la mère : mademoiselle Le Gras avait un culte particulier pour la fête de la Pentecôte, à laquelle elle se préparait chaque année par une retraite de dix jours. « J'ai, disait^-elle, une affection toute particulière pour cette grande fête; son attente m'est trèschère. Il y a quelque temps que j'eus une grande consolation, apprenant d'un prédicateur que ce fut en ce jour-là que Dieu donna sa loi écrite à Moïse, et qu'en la loi de grâce il avait donné en ce même jour à son^ Église la loi de son amour et la puissance de l'effectuer. Et parce qu'en ce même jour il a plu à Dieu de mettre en mon cœur une loi qui n'en est jamais sortie, je sou- ^terais volontiers, s'il m'était permis, qu'en ce même jour sa bonté me fit entendre les moyens d'observer cette loi selon sa sainte parole. »

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chaîn , surtout elles s'entrechérîront et respecteront comm^ sœurs que Notre-Seigneur a unies ensemble pour son ser^ vice: par conséquent, ni sentiments d'aversion et d'envi^ ni paroles rudes et fâcheuses ; support mutuel dans les inc^, perfections, condescendance aux humeurs et sentiments contraires , sauf la loi de Dieu et la règle ; en cas d'of. fense, pardon demandé et reçu à genoux sur-le-champ ou au plus tard le soir ; grand soin des malades, considérées comme servantes de Jésus-Christ en leur qualité de servantes des pauvres, ses membres, comme sœurs en tant que filles d'un même Père qui est Dieu, et d'une même mère qui est leur Compagnie ; assistance aux funérailles des défuntes, et, indépendamment des prières publiques, offrande à leur intention de trois communions et de neuf chapelets.

VI. — Malgré cette charité mutuelle, fuite des amitiés particulières plus que des antipathies; du reste, retranchement delà source ordinaire des murmures par le retranchement de la curiosité sur la conduite de la Compagnie, delà communauté ou des particulières ; horreur de la médisance comme du sifflement d'un serpent; observation rigoureuse du silence dans tous les temps prescrits : moyens efficaces pour garder la charité et l'union.

VII. — Leur principal emploi étant de servir les pauvres malades, elles les serviront comme Jésus-Christ même, avec autant de cordialité, de respect et de dévotion, même les plus fâcheux et les plus répugnants. Ce service ,, elles le préféreront même à leurs exercices spirituels. Elles prendront soin de leur âme comme de leur corps. Pour les soins matériels\et les distributions d'aumônes, elles se conformeront aux prescriptions qui leur auront été données ou à la volonté des donateurs. Elles ne donneront aucuns soins aux riches, sinon en cas d'absolue nécessité, et encore, selon leur institut, elles feront en sorte que les pauvres soient les premiers servis,

VIII. — Elles n'omettront ni ne déplaceront leurs exercices spirituels qu'en faveur du service des pauvres, jamais

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