‹ Saint Vincent de Paul, sa vie, son temps, ses œuvres, son influenceChapitre 45 sur 87 · LES CONSTITUTIONS · texte numérisé non relu

LES CONSTITUTIONS

diction dans le travail, bénédiction dans le repos; bénédiction en entrant, bénédiction en sortant; bénédiction en ce qixe vous ferez, bénédiction en ce que vous ne ferez pas, et tout sera rempli de bénédictions pour vous. Que si, — ce qu'à Dieu ne plaise ! — il y en avait quelqu'une qui ne fût pas dans ce dessein, je lui dis ce que Moiise dit à ceux qui n'accompliraient pas la loi qu'il leur enseignait de la part de Dieu : Vous aurez malédiction dans la maison, malédiction dehors ; malédiction en ce que vous ferez, malédiction en ce que vous ne ferez pas ; bref, tout sera rempli de malédictions pour vous. * .

« Je vous ai dit autrefois, mes filles, que celui qui entre dans un vaisseau pour faire un long voyage doit s'assujettir à toutes les lois de la navigation ; autrement il est en grand danger de périr. Il en est de même des personnes qui sont appelées de Dieu pour vivre en communauté : elles courent grand risque de se perdre, si elles n'en observent pas les règles. Par la miséricorde de Dieu, je crois qu'il n'y en a pas une parmi vous qui ne soit dans le dessein de les pra- ^^quer. Mais cela est-il bien vrai, êtes-vous toutes dans ^^tte disposition?

« — Oui, mon père.

u Quand Moïse donna la loi au peuple d'Israël, ce peuple ^^^it à genoux comme je vous y voî#à présent. J'espère que ^^ miséricorde infinie secondera vos désirs en vous donnant *^ grâce d'accomplir ce qu'il demande de vous. Mes fdles, ^^ vous donnez-vous pas de bon cœur à lui pour vivre dans * observance des saintes règles qu'il a voulu vous être ^oiinées?

ce — Oui, mon père.

u Ne voulez-vous pas de tout voire cœur y vivre et y Courir?

c( — Oui, mon Père.

u Je prie la souveraine bonté de Dieu qu'il lui plaise, par ^On infinie miséricorde , de verser abondamment toutes Sortes de grâces et bénédictions sur vous, à ce que vou^

puissiez accomplir 'paifaitement en toutes choses le boa plaisir da sa très-sainte volonté dans la pratiqua de vo& règles. Je prie la sainte Vierge de demander à son cber Fils pour nous tous qu'il nous donne les grâces nécessaires pour cela. Sainte Vierge, qui parlez pour ceux qui n*ont point de langue et ne peuvent parler, nous vous supplions, ces bonaea filles et moi, d* assister cette petite Compagnie. Continuezet achevez une œuvre qui est la plus grande du monde. Je vous le demande pour les présentes et pour les absentes; et à vous, mon Dieu, je fais cette demande par les mériter de; votre Fils Notre-Seigneur Jésus-Christ. Achevez l'œuviu que vous avez commencée; continuez votre sainte protection sur cette petite Compagnie, et ne cessez de répandre sur elle les bénédictions dont il vous a plu la combler jusqu'à présent. Donnez, s'il vous plaît, à toutes ces boQoes filles la grâce de la persévérance finale, sans kquelle elles ne pourront jamais jouir du mérite que j'espère, mon I)ieu,v que voire bonté donnera à celles qui seront fidèles à leur vocation. »

A^ors plusieurs sœurs demandèrent pardon des fautes qu'elles avaient commises contre les règles; après quoik saint ajouta :

« Je prie Notre-Seigneur de tout mon cœur, mes filles, qu'il vous pardonne tout les manquements que vous y avez faits. Et luji misérable qui ne garde point les miennes, je lui en demande pardon aussi, et à vous, mes filles. Que de fautes j'ai faites à votre égard en ce qui concerne votre œuvre! Je vous prie de prier Dieu qu'il me pardonne. Et pour cela, jeprierai Notre-Seigneur Jésus-Christ qu'il vous donae lui-même sa sainte bénédiction, et n'en prononcerai point les paroles aujourd'hui, parce que les fautes que j'ai faites à votre égard m'en rendent indigne. Je prie donc Notre-Seigneur que ce soit lui. »

Ici, le saint se prosterna et baisa la terre. A ces paroles et à cette vue , mademoiselle Le Gras et toutes les sœurs, vivement affligées de ce que leur Père se refusait à leur

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donner sa bénédiction, s* unirent pour la lui arracher par une sainte violence. Après avoir persisté dans son refus longtemps encore, Vincent dit enfin : « Vous le voulez, mes filles. Priez donc IMeu qu'il ne regarde point à mon indignité ni aux péchés dont je suis coupable, mais que, me faisant miséricorde, il veuille verser ses saintes bénédiclions sur vous en même tjemps que j'en prononcerai les paroles : Benedictio Bei Patris^ etc. ».

Cette grande scène, digne pendant de celle que nous ivons rapport?ée en racontant la remise des règles aux prères de la Mission, le 17 mai 1658, nous fait assister aux coor îrences etttre saint Vincen^t et les Filles de laGharité, dans îaquelles Fabandon ne nuisait en rien au respect, la famia. rite au sublime, le drame, le dialogue, à l'autorité et à la' >iiduite du vénéré directeur. On voit aussi quelle était k ature de ces réunions et Tordre qui y était observé. Vin- ^Bt indiquait à l'avance le sujet qu'on y devait traiter. Otttes y pensaient dans Toraison. Le jour venu, il commençait par en interroger un grand nombre : chacune réondait avec simplicité, quelquefois avec cett« élévation de ensées que Dieu se plaît à communiquer aux simples. Vin- ^nt louait, commentait les réponses; purs il prenait la pac^leen son nom, et dans un discours suivi iltraitait le sujet ^ta jour. Ces filles accouraient de tous ks points de Paris N>ur l'entendre, l'écoutaient avec avidité et recueillaient Outes ses paroles. C'est ainsi que nous ont été conservées ►lus de cent de ces conférences qui sont encore aujourk^'hui, après les saintes Écritures, la Bible des Filles de la Parité.

Explication des règles.

A partir des mémorables séances des 1 et 8 août 1655, jusqu'à la veille de sa mort, Vincent, déjà octogénaire, explk}iia ces règles presque toutes les setnsiMs cims kur

ensemble et dans leurs détsdls, dans leur portée générale et dans chacun de leurs articles.

Déjà bien des fois, dès l'année 163i et jusqu'à cette année 1655, il en avait donné des explications sommaires, en attendant de les rédiger par écrit et de les remettre à chaque maison pour servir de continuelle lecture et de sujet ordinaire de méditation. Il reprit ces entretiens d'une manière plus suivie et plus détaillée à partir de leur rédaction définitive.

Il parla d'abord de la nécessité des règle3, besoin-de toute compagnie, moyen de plaire à Dieu; et il exposa les motifs d'y être fidèles. De cette fidélité, gardée ou violée, dépend le salut ou la damnation, non-seulement des sœurs, mais d'un grand nombre de pauvres au service desquels elles seront attachées, dépend aussi l'avenir de la Compagnie, Les premières sœurs sont le commencement d'un grand bien qui s'augmentera et durera à perpétuité, et au contraire déclinera et finira par s'anéantir suivant qu'elles donneront l'exemple et la forme à celles qui viendront après elles. Tel le fondement, tel l'édifice. « Lorsque Salomon voulut bâtir le temple de Dieu, il mit dans les fondements des pierres précieuses , pour témoigner que ce qu'il voulait faire était très-excellent. La bonté de Dieu veuille vous faire la grâce, à vous qui êtes le fondement de cette Compagnie, d'être éminentes en vertus, car je ne saurais me persuader que vous voulussiez faire tort à celles qui vous suivront; et comme les arbres ne portent des fruits que selon leur espèce, il y a toute apparence que celles qui viendront après vous ne prétendront pas à une plus grande vertu que celle que vous aurez pratiquée. S'il plaît donc à Dieu de donner sa bénédiction à ce commencement de bien, soyez aussi plus vertueuses. »

Ces règles d'ailleurs sont de Dieu, puisque c'est lui qui a fait la Compagnie. « Quelle œuvre, mes filles, y a-t-il qu'il ait plus faite que la vôtre? Qui, parmi le monde, eût su la faire comme il Ta faite 7 et comment Dieu lui-même

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eùt-îl pu la faire mieux? D'abord il a pris de pauvres filles de la campagne, et s'il en eût pris de riches, eussent-elles fait ce que vous faites? eussent-elles servi les malades dans les services les plus bas et les plus pénibles? eussent-elles été porter une marmite par la ville et une hotte au marché pour les provisions? et, quoique, par la g:rice de Dieu, il y en ait parmi vous d'assez bonne condition, est-il bien croyable qu'elles eussent pris votre manière de vie dans le commencement? Après cela, Dieu pouvait- il mieux fnîre que de mettre parmi vous la frugalité qui y est observée? N'est-elle pas une marque sensible qu'il a fait votre œuvre? Car, mes filles, si vous eussiez été bien nourries et que vous eussiez été traitées avec des viandes délicates, oh I la nature, qui toujours recherche ses aises, ne se fût guère souciée d'aller secourir les autres; vous vous fussiez aflaî- Déanties dans la bonne chère, et puis on ne vous aurait ni désirées ni voulues dans aucun endroit. Voyez-vous, mes filles, comme il fallait que vous fissiez peu de dépense pour n'être pas à charge aux lieux qui vous demanderaient, il a fallu nécessairement que vous eussiez cette frugalité de vie qui vous est une marque très-assurée que votre œuvre est celle daDieu... »

a ... Oh I que vous avez grand sujet de vous humilier à la vue des desseins qu'il paraît avoir sur vousl Si vous saviez... vous le dirai-je, mes filles? Je doute que je doive le faire, crainte que quelques-unes ne s'enorgueillissent; c'est cependant bien propre à vous encourager, car c'est pour sa gloire. Oui, mes chères filles, les desseins que Dieu paraît avoir sur vous sont tous pour sa gloire.

« Je parlais donc un de ces jours à un grand serviteur de Dieu, et il me dit qu'il ne voyait rien de plus utile en l'Église que votre Compagnie. Or, que pensez- vous qui vous ait acquis en l'esprit du monde cette grande réputation loQt vous jouissez? C'est, mes filles, U pratique de vos règles, et c'est elle seule qui pourra vous la conserver. Tenez-vous y donc fermes, et n'en manquez pas un seul

point;; toal relâchement à cet égard voue ecn^tit tpès^réjudiciable.

<( Sans doute que vous avez entendu parler de la conduite qu'observerït les nautoniers lorsqu'ils sont en pleine mer, et quelquefois à plus de cinq cents lieues loin de !a terre. Eh bien! ils sont en parfaite assurance tant qu*ils observent les règles de la navigation; mais s'ils y man^ quaient, ou que les voiles fussent à contre-temps, alors ils courraient grand risque de se perdre. Il en est de même, mes niles, de toutes les communautés, et particulièrement de la vôtre. C'est un petit vaisseau qui vogue en pleine mer, mais sur une mer très^périlleuse et où les dangers sont multipliés. Votre fidélité à votre vocation, votre bonne conduite et la pratique soutenue de vos règles -y font toute votre assurance. Ne craignez donc pas : vous êtes dans le vaisseau même où Dieu vous a fait entrer par son inspiration ; un bon pilote vous est nécessaire afin qu'il veille pour vous pendant que vous dormez.

« Et quels pensez-vous que soient les pilotes si nécessaires pour conduire votre vaisseau? Vos supérieurs, mes filles, qui doivent vous avertir de tout ce que vous avez à faire pour arriver heureusement au port. Vous ^urez ce bonheur, si vous leur obéissez ponctuellement, et si vous êtes fidèles à la pratique de vos règles. »

Autres motifs de fidélité, c'est qu'elles sont conformes à l'Évangile, puisque, comme lui, elles reposent sur la pauvreté, le détachement, le mépris de soi-même; qu'il est difficile de peisévérer dans sa vocation quand on a le malheur de les négliger; qu'elles sont à la fois méritoires et satisfactoires ; qu'elles sont faciles soit dans l'emploi de la journée, soit dans la pratique de leurs avis; faciles dans ce qu'elles ont de précepte, dans ce qu'elles ont de conseil; faciles surtout en comparaison des règles bien plus dures des Carmélites ou des Filles de Sainte -Marie; c'est enfin qu'elles sont nécessaires pour arriver à la perfection, aussi nécessaires qu'à l'oiseau les ailes pour voler.

u ^marquez bien ceci, mes Filles, que tos règles vous serviront d'ailes pour voler à Bieu, comme les oiseaux se servent des leurs pour voler sans en être surchar-gés. Il en est de même des Filles de la Charité : elles ont leurs règles, et ces règles sont les ailes dont elles se servent pour voler à Dieu quand elles ont le bonheur de les pratiquer avec fidélité, ^i donc une Fille de la Charité n'a pas ses ailes, c'est^ à-dire ses règles toujours devant les yeux pour les pratiquer exactement, oh ! on peut bien dire que c'est une fille perdue. Bt [partant, il est bien à désirer que vous et moi, mes Filles, ayons toujours les pensées et les sentiments du bienheureux Jean Berckmans que je' tiens pour un saint : « Ou mourir, ou garder mes règles, » disait-il ; tant il les avait en recommandation. »

•Les moyens d'observer les règles sont la prière, la résolution ferme, leur lecture méditée : « Tout ainsi que l'on prend plaisir à considérer un beau jardin rempli de toutes sortes de fleurs, de même devez-vous aimer à penser souvent à vos règles, qui sont autant de fleurs dans le jardin de Notre -Seigneur, votre Époux; il vous invite à les cueillir, et c'est ce qui se fait par la pensée; car, comme une personne qui se délecte à considérer les fleurs d'un jardin les transfère en elle-même, ainsi les Filles de la Charité qui prendront plaisir à considérer leurs règles feront que leurs pensées à ce sujet seront autant de belles fleurs qu'elles transféreront en elles-mêmes, qui les rendront agréables à Dieu, et leur faciliteront les moyens de les garder, w Ces moyens sont encore la retraite annuelle et mensuelle, et particulièrement l'amour de la correction, le désir d'être avertie de tous ses manquements. « Pour moi, disait le saint, je suis à la charge de M. d'Horgny, et c'est à lui de m'avertir des fautes que je puis faire. » Et il citait une bonne Fille de la Charité qui avait prié une de ses sœurs de dire toutéfe ses fautes à Mademoiselle (M"* Le Gras, comme on l'appelait), au nom d'une petite image de la Vierge qu'elle lui envoyait ; puis il ajoutait : « Tels sont, mes Filles, les senti-

SliO Saîî^t ViNCei^t Dte PkvL

ments d*uhe d'entre vous. Ah! que vous en semble? Peutelle demander une chose qu'elle croit lui être très-utile avec plus d'instance? Dites toutes mes fautes à Mademoiselle! et pour vous y obliger, voilà, dit-elle, une petite image de la Vierge que je vous envoie et qui vous y conviera parles mérites de son Fils. Mais remarquez surtout qu'elle donne pour obliger une personne à dire ses fautes, et qu'elle donne une petite image de la Vierge à laquelle peut-être elle était bien attachée, afin que, si sa sœur oubliait sa demande, cette image au moins l'en fît souvenir. Oh ! Dieu la bénisse! »

Après ces avis généraux, le saint entama l'explicationdétaillée des règles :

« D'abord on a jugé à propos, mes filles, que le nom de confrérie ou société vous demeurât, et, comme vous venez de l'entendre lire. Monseigneur l'archevêque l'a ainsi ordonné, ipar la crainte que, si on vous eût donné à la place le nom de congrégation, il ne s'en trouvât parmi Vous, dans le temps à venir,' qui voulussent changer la maison en cloître et se faire religieuses, comme ont fait les Filles de Sainte-Marie. »

Ici interrompons un instant le saint pour expliquer ses perpétuelles allusions aux Filles de Sainte-Marie. La première pensée des Filles de la Charité était venue à saint François de Sales. Lorsqu'il songeait à jeter, avec sainte Chantai, les fondements de son ordre de la Visitation, il voulait que ses Filles ne fussent point assujetties à la clôture, qu'elles sortissent au dehors, pour le service des malades et des. pauvres, alliant ainsi la vie de Marthe à celle de Marie, les œuvres extérieures de la charité au repos de la contemplation. « Mon dessein, disait-il plus tard, avait toujours été d'unir ces deux choses par un tempérament si juste, qu'au lieu de se détruire elles s'aidassent mutuellement, que l'une soutînt l'autre, et que les sœurs, en travaillant à leur propre sanctification, procurassent en même temps le soulagement et le salut du prochain. » Mais son ami de Mar^ quemont, archevêque de Lyon, crut que, pour établir le

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nouvel institut sur des fondements solides, il fallait absolument ordonner la clôture, prescrire des vœux solennels, et ériger la congrégation en ordre religieux. « Actuellement, disait- il, on ne saurait désirer plus de ferveur; mais telle est la faiblesse et l'inconstance humaines, qu'on ne peut espérer une persévérance durable dans un état où la nature souffre et est mal à l'aise; qu'il y a, au contraire, tout à craindre que la liberté de sortir n'introduise la dissipation et le relâchement, peut-être même la licence et le désordre, et que les vœux simples ne soient pas des liens assez forts pour arrêter le penchant naturel vers le changement. » François, le plus doux et le plus docile des hommes, sacrifia son premier plan aux conseils de l'archevêque, ce qui, dans la suite, lui faisait dire avec son agrément ordinaire : « On m'appelle le fondateur de la Visitation : est- il rien de moins raisonnable? J'ai fait ce que je ne voulais pas faire, et j'ai défait ce que je voulais faire ^ »

Mais l'Église devait s'enrichir ainsi d'un nouvel ordre religieux, sans que les pauvres y perdissent rien. Admirable économie de la Providence! C'est Vincent que François de Sales chargea, nous le verrons, de diriger la Visitation de Paris, et c'est Vincent qui reprit le projet de François de Sales — et avec quel succcès ! — dans l'institution des Filles de la Charité I

On comprendra désormais pourquoi Vincent appelle toujours celles-ci les héritières des Filles de Sainte-Marie. Reprenons la suite de son discours :

« Dieu a permis que de pauvres filles succédassent à ces dames; et comme il est à craindre qu'avec le temps il ne se trouve quelque esprit mal fait qui voulût apporter du changement en votre Compagnie, soit dans vos habits ou dans votre manière de vie, dans votre coiffure, par exemple, lisant : « Quoi! être coiffée de la sorte pour aller voir les

i« Vie de saint François de SaleSt par M. (Hamon), curé de Saint-Sulpice,

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pativres! en vérité, c'est ridicule; il nous faudrait une autre coiffe et un mouchoir de cou pour nous mieux couvrir! » 0 mes filles, si on voulait jamais vous persuader semblables choses, rejetez-les bien loin de vous, et répondez hardiment que vous voulez avoir la couronne que Dieu avait promise aux Filles de Sain tlB- Marie. Ne consentez jamais à changement quelconque, et regardez toute proposition qu'on vous en ferait comme un poison capable de vous perdre. Dites toujours, et aimez à le dire, que le nom de Société ou de Confrérie vous est demeuré, afin que vou§ soyez stables dans le premier esprit que Dieu vous a donné dès son berceau. Oh! je vous en conjure par toutes les affections de mon cœur. Dans les commencements, les religieux de saint François faisaient comme vous et gagnaient leur vie. Un certain jour, saint François ravi d'admiratioû des grandes bénédictions que Dieu répandait sur son ordre, le diable lui apparut et lui dit : « Je renverserai ton ordre, j'y mettrai des gens de condition et des gens savants qui le renverseront et y aboliront toutes les bonnes maximes qui y sont observées ; » et, en effet, il a fallu toujours réformer cet ordre. C'est ce qui vous fait voir, mes filles, que là où doit s'observer une véritable pauvreté, les gens de coddition sont très-dangereux, parce que cette pauvreté est trèscontraire à leur naissance.

« Je sais cependant qu'il y en a déjà parmi vous quelques-unes de cette extraction, mais je sais aussi qu elles remplissent très-bien leur devoir. Dieu en soit béni! Du reste, mes filles, n'en recevez jamais, si elles n'ont bonne volonté de vivre selon les règles et maximes de votre Compagnie.

« Vos statuts disent encore que vous serez une confrérie qui portera le nom de Sœurs de la Charité, servantes des pauvres malades... Oh! le beau titre, mon Dieu, le beau titre, la belle qualité! 0 mes filles, qu'avez -vous donc fait pour Dîeù , pour mériter le titre glorieux dé servantes des pauvres? Oh ! c'est autant^que si l'on disait ser-

KXPI.ÎCATION DES REGLES. iti%

vantes de Jésus-Christ, puisqu'il répute fait^ lui-miêiiie tout ce qui est fait à ses meirîtres. 11 n'a d*ail|eurs fait autre chose que de servir les pauvres. Conservez donc, nie§ filles» conservez avec soin le beau titre qu'il vous donne; il est le plus beau' et le plus avantageux que vous puissiez jamais avoir,

« Je ne sais si je vous ai dit quel est le titre ou la qualité que prend le pape : la plus belle ^t plus vénéraLble dont il se sert dans l'expédition dçs affaires importantes, est celle de serviteur des serviteurs de Dieu. Il signe Clément ou Urbain... serviteur des serviteurs de.Dieu; et vous, mes filles, vous signerez : servantes des pauvres malades, qui sont les bien-aimé^ de Jésus-Christ.

« Lorsque saint François donna sa règle, il prit le nom de Mineur qui veut dire petit. Or, si ce grand patriarche s'est dit petit, ne devez-vous pas tenir à grand honneur de l'imiter et de vous dire les servantes des pauvres?

« ... Oh! que vous êtes heureuses, mes filles, que Dieu vous ait destinées à lin si grand et si saint emploi? Les grands du monde se croient heureux lorsqu'ils peuvent y employer une partie de leur temps, et vous êtes témoins, vous particulièrement, nos sœurs de Saint-Sulpice , avec quel zèle et quelle ferveur servent les pauvres ces bonnes princesses et ces grandes dames que vous accompagnez. 0 mes filles, que vous devez estimer votre condition, puisque tous les jours et à toutes les heures vous avez l'occasion de pratiquer les œuvres de charité, qui sonf les moyens dont Dieu s'est servi pour sanctifier plusieurs âmes ! Un saint Louis, mes filles, avec une humilité vraiment exemplaire, il'a-t-il pas exercé le service des pauvres dans THôtel-Dieu de Paris, ce qui a beaucoup contribué à sa sanctification? Tous les saints n'ont-ils pas recherché et tenu à bonne œuvre de rendre le même service aux pauvres? Humiliez-vous donc quand vous l'exercez cette même charité, et pensez souvent, mes filles, que Dieu vous a fait une grâce au-dessus de vos mérites. Si c'est pour cette raison que le monde vous

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chérit et vous honore, combien plus devez-vous admirer ce que Dieu fait pour vous! Je viens de voir la reine qui m'a parlé de vous très-avantageusement ; sur quoi j'observe, mes filles, comme vous avez sujet de craindre d'être infidèles à Dieu et à ses grâces, si vous ne faites tous vos efforts pour pratiquer les règles qu'il vous fait donner.»

De là, le saint passe à l'explication de la fin de la Gom^ pagnie :

c( Or, il faut que vous sachiez, mes filles, qu'entre toutes les compagnies qui servent Dieu plus particulièrement, chacune a sa fin principale, comme dans un royaume chaque profession a son office particulier.

« Les chartreux, par exemple, ont pour fin principale une grande solitude... une continuelle prison pour l'amour de Jésus-Christ; les capucins, la pauvreté de Notre-Seigneur qu'ils pratiquent dans leurs habits, leur chaussure et le reste ; les carmélites , une grande mortification , pour plaire à Dieu, pour faire pénitence et pour prier pour l'Église; les Filles de l'Hôtel-Dieu, le salut des pauvres malades.

c( Vous, mes filles, vous vous êtes données à Dieu principalement pour être bonnes chrétiennes, pour être bonnes Filles de la Charité, pour assister les pauvres malades, non quelques-uns et en une maison seulement, comme celles de l'Hôtel-Dieu, mais les allant trouver en leur maison et les assistant tous avec grand soin, comme faisait Notre-Seigneur, sans acception, car il assistait tous ceux qui avaient recours à lui. Ce que Dieu voyant, il a dit : « Ces filles me plaisent, elles se sont bien acquittées de cet emploi, je veux leur en donner un second, » et c'est celui de ces pauvres enfants abandonnés, qui n'avaient personne pour prendre soin d'eux. Et comme il a vu que vous aviez embrassé ce second emploi avec charité, il à dit : « Je veux leur en donner encore un autre; » oui, mes filles, et Dieu vous l'a donné sans que vous y eussiez pensé, ni mademoiselle Le Gras, non plus que moi. Mais quel est

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