‹ Saint Vincent de Paul, sa vie, son temps, ses œuvres, son influenceChapitre 49 sur 87 · EXPLICATION DES RÈGJ.ES · texte numérisé non relu

EXPLICATION DES RÈGJ.ES

uel! Ce sera à eux d'en ouvrir la porte, comme il est dit lans l'Évangile. Voilà ce qui vous oblige à les servir avec ■espect, conime vos maîtres, et avec dévotion, comme représentant la personne de Notre-Seigneur. Vous ne devez pas >ubUer non plus de leur dire quelques bons mots, par exemple ceux-ci : « Eh bien ! mon frère, comment pensez-vous k faire le voyage de l'autre monde? » puis à un autre : « Eh bien, mon enfant, ne voulez-vous pas bien aller voir Notre- Seigneur? » et autres semblables. Il ne faut pourtant pas leur àiré beaucoup à la fois, mais leur donner peu à peu l'înstructîon qui leur est nécessaire, comme vous voyez qu'on né donne à boire quepeu à peu à la fois aux petits enfants ^ui sont à la manielle. Or, encore que vos malades soient 3e grandes personnes, ils rie sont cependant que des enfants dans la dévotion : un bon mot qui part du cœur et qui est dit dans l'esprit qu'il faut, leur suffira pour les porter à hieu.

« Voyez-vous, mes sœurs, c'est bien quelque chose que d'assister les pauvres quant à leur corpis, mais en vérité ça n'a jamais été le dessein de Dieu, en faisant votre Compagnie, que vous ayez soin du corps seulement, car il ne manquera pas de personnes pour cela ; mais l'intention de Îlotre-Seigneur est que vous assistiez Tâme des pauvres ialades. Voilà votre Ibelle vocation. Quoi! quitter tout ce <ïu*on a au monde, père, mère, frères, sœurs, parents, |inis, lésl)îens, sî on en a, ainsi que son pays, et pourvoi? pour servir les pauvres, pour les instruire et les ^der à aller en paradis! Y a-t-il rien de plus beau et de plus estimable? Si nous voyions une iille ainsi faite, nous ^errions son âme reluire comme un soleil ; nous ne pour- Ions eu envisager la beauté sans en être éblouis. Donnez- 'ous donc à Dieu pour le salut des pauvres que vous Brvez. »

Le service des pauvres est tellement la vocation princiale de la Compagnie, que lé saint veut qu'on laisse tout àur éùxV s*il est nécessaire, tous les points de la règle, et

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même l'oraison et la messe; car, comme il répétait saoi cesse, « c'est quitter Dieu pour Dieu. » — « Penseriez-vom donc, disait-il, que Dieu fût moins raisonnable qu'un mattre qui, après avoir commandé de faire telle chose, et avant qu'elle soit faite, lui en commande une autre qu'il exige i l'heure même? Oh ! ce maître ne peut trouver mauvais qœ^ son valet laisse la première; au contraire, il doit en êtm plus content. Il en est de même de Dieu : il vous a appelées en une Compagnie pour le service des pauvres, et, pour lui rendre votre service agréable, il vous a fait donner des règles ; mais si, au temps de les pratiquer, il vous appelle ! ailleurs, allez-y à^ l'heure même, et ne doutez point alon i que vous ne fassiez sa très-sainte volonté... Oh! quellecon. j solation pour une bonne Fille de la Charité, de penser et de se dire à elle-même : « Au lieu de faire mon oraison, ma leo* ture, je vais assister mes pauvres malades qui pressent, et je sais que Dieu aura pour agréable mon action. » Oh! avec cette pensée, une fille va gaiement partout où Dieu l'appelle, i Dans ces admirables conférences, le saint jetait tous les enseignements que les circonstances lui pouvaient suggérer. Il excitait ses filles par les exemples de dévouement qu'elles se donnaient les unes aux autres; et, tout en les ramenant sans cesse à l'humilité, il ne craignait pas de leur citer les traits d'héroïsme qu'elles trouvaient dans leur propre famille. C'est ainsi qu'un jour il leur parla de leur bonne sœur Andrée, qu'il venait d'assister à la mort. La sœur An- I drée était sur le point d'expirer. Il lui demanda : « N'avez- • vous point, ma sœur, de peine ni de remords de conscience? : — Non, mon père, sinon que j'ai pris trop de plaisir à ser- j vir les pauvres. — Quoi! ma fille, rien que cela? — Riea du tout que cela, mon père. J'y ai pris trop de satisfaction. Car, quand j'allais par les villages voir ces bonnes gens, il semblait que je ne marchais pas, mais que j'avais des ailes et que je volais, tant j'avais de joie à les servir! — Mourez en paix, ma sœur ! » — « Oh ! s'écria une des dames présentes, a-t-on ouï dire de pareilles choses d'aucun saint? »

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tin autre jour , c'était une protection particulière de la rovidence sur quelqu'une d'entre elles qui lui servait de nèoie d'instruction. Ainsi une sœur était sortie saine et Mive des ruines d'une maison croulée. Dans la conférence ta 13 février 1646, il interrogea cette sœur même qui venait l'échapper miraculeusement à la mort. « Le dernier samedi ia carnaval, dit-elle, je montais dans une maison avec ma narmite pour porter la portion à un malade, et j'étais sur les degrés entre le premier et le second étages, lorsqu'un porteur d'eau, qui me devançait, s'écria : « Nous sommes perdus! » et à l'instant la maison' croula. Tout effrayée, je me rangeai dans un coin du degré. Cependant les voiilns, effrayés comme moi, coururent aux sacrements, pour ks faire administrer à ceux qui en seraient capables ; mais .tous se trouvèrent morts, jusqu'au nombre de trente-cinq ou de quarante, sous les ruines de la maison, à l'exception d'un enfant et de moi, qui demeurai sur le degré avec ma marmite. Je mis la marmite dans un crochet à une jaule qu'on me tendit de la rue, et ensuite, m' abandonnant il la merci de la Providence, je me jetai sur des manteaux (ju'on tenait suspendus, et me trouvai hors de danger dans la rue sans savoir comment. Mais, quoique je fusse saisie de frayeur et toute tremblante, je ne laissai pas de continuer d'aller servir les malades qui me restaient. )>

A ce récit, le saint, portant d'abord sa pensée sur les pauvres victimes, leva les mains au ciel et s'écria : « 0 Dieu, fii la chute d'une seule maison cause tant de frayeur, que sera-ce au jour du jugement! au jour du jugement, mes .filles, où l'on verra un nombre innombrable d'âmes être précipitées, pour une éternité, dans les enfers! 0 Dieu! que sera-ce ! Oh ! Dieu soit béni ! » Et, tirant de là une leçon 8urla confiance en la Providence, il ajouta : « Dieu peut-il ttiieux vous faire voir qu'il agrée le service que vous lui rendez en la personne des pauvres ? ï a-t-il rien de plus évident que cela? Une maison neuve tombe, trente-cinq à quarante personnes se trouvent écrasées sous ses ruines, et

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il n'arrive aucun mal à cette fille qui était dans la même maison, avec sa marmite, sur un coin des degrés que la Providence semble conserver exprès pour la soutenir, et elle sort de ce danger saine et sauve ! Il faut croire que ce sont ; les auges qui l'ont tirée de là; car, quelle apparence que c'eïissent été les hommes? Us y prêtèrent bien les mains. mais il a fallu que les anges l'aient soutenue. Oh ! quelle protection ! Pensez-vous, mes filles, que c'ait été sans dessein que Dieu ait permis que cette maison toute neuve soit ainsi tombée? Pensez-vous que ce soît par hasard qu'elle soit tombée dans le temps que notre sœur y était? Pensezvous encore que ce soit par bonne fortune qu'elle en soit sortie sans aucun mal? Ohl nennî, tout cela est miracu^ lèiix; Cieu avait ordonné tout cela^ pour faire connaître ai vôtre Gonipagnie le soin qu'il prend d'elle. »

Et il renforça cet exeiiiple en rappelant un plancher qiii, Tannée précédente, s'était ronifiu dans la maison des sœurs, précisément alors qu'il n'y avait personne ni dessus ni dessous. Quelques minutes auparavant, mademoiselle Le Gras était dans l'appartement, lorsqu'une sœur vint l'avertir du craquement de la poutre. Elle n'en tint d'abord coinpte; mais une sœur plus ancienne étant venue renouveler l'avertissement, elle déféra à son âge et sortit. Elle n'était pas à trois pas, que tout s'elfondra. Or, par un surcroît de bonheur tout providentiel, Viricent aurait dû se trouver dans cette même salle,' au inomeiit de la chuté, pour y tenir une assemblée dés Dàiiiès. Mais une affaire soudaine, etévidemnient suscitée par Dieu, l'en avait empêché. « Rendonslui grâce de tout cela, mes filles, ajouta le saint. Que votre première communion soit à cette intention. J'ai déjà dit là messe pour cela incontinent que la nouvelle m'en a été apportée ; et à présent que je le sais plus particulièrement, je la dirai bien encore, s'il plaît a Dieu. Oh! son saint nom soit béni à jamais ! »

Ces enseignements paternels, mademoiselle Le Gras les l'épétait, les commentait, les multipliait avec sa parole dé

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to^re, soit dans ses conférences particulières, soit dans ses adieux aux sœurs qui partaient pour quelques missions, soit dans ses innombrables lettres. La Compagnie ainsi formée, ainsi pourvue d'instructions, de vertu et de charité évangélique, Vincent la mit au service de toutes ses oeuvres.

Fonctions et établissements des Filles de la Charité du vivant de saint Vincent de Paul.

^ Ce fut d'abord l'assistance des pauvres et des malades à domicile, premier but, en date comme en importance, de son msiitution. Grâce à elle, l'Hôtel-Dieu se trouva bientôt (Jechargé des deux tiers de ses pauvres : la supputation eh fut faite. L Hôtel-Dieu, multiplié à l'infini, était dès lors dans toute pauvre mansarde où pénétrait une Fille de la Chanté.

Presque en même temps, les sœurs étaient apipeléès, comme il sera dit bientôt plus amplement, à servir de mères aux enfants trouvés. Le père des orphelins usait de son langage le plus tendre pour inspirer à ces mères vierges des sentiments dignes de leur douce vocation. « Jésus-Christ a aimé les enfants, leur disait-il. il a promis son royaume

4 ceux qui leur seraient semblables, et il a dit que leurs bons anges voient toujours la face dé Dieu son Père dans le ciel. » Il les leur recommandait tous en général, quelquefois en particulier, lorsqu'un de ces malheureux enfants lui était apporté à lui-même. Un jour il écrivait à mademoiselle Le Gras :

« Prendriez-vous bien un enfant trouvé qui fut apporté hier céans par des gens de qualité qui le trouvèrent dans un champ qui dépend de céans? Il n'a que deux ou trois jours; il fut baptisé hier au soir à Saint-Laurent. Étant de la qualité des enfants trouvés, je n y ai rien à redire, sinon que vous ne le prenez point à lai Couché ni à l'Hôtél- Dieu. Si l'on jugé qu'il soit expédient de faire cette céré-

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monie, Ton le fera. Je vous supplie cependant de le rece^ voir, Mademoiselle, et de le recommander à la nourrice. Bonjour, Mademoiselle. »

Avec les enfants, les Filles de la Charité adoptèrent encore une famille qui leur demandait plus de dévouement et de courage : la famille des pauvres forçats*. Et toutefois, avec quel empressement et quel cœur elles la servirent, on en peut juger par la lettre suivante de mademoiselle Le Gras à saint Vincent de Paul; jamais mère n'exprima de plus tendres inquiétudes pour ses propres enfants :

« Notre sœur des galériens vint hier me trouver tout éplorée pour ne plus avoir de pain pour ses . pauvres hommes, tant à cause qu'il est beaucoup dû au boulanger que pour la cherté du pain. Elle emprunte et quête partout pour cela avec grande peine, et, pour comble de sa douleur, madame la duchesse d'Aiguillon veut qu'elle lui fasse un mémoire de ceux qu'elle croit que l'on peut mettre dehors, à quoi je trouve trois grandes difficultés : l'une qu'elle ne peut avoir connaissance que par le traitement qu'ils lui font, soit ceux qui leur disent des injures ou des louanges, et cela étant, elle peut commettre injustice. Une autre difficulté est que quelques-uns offrent de l'argent à leur capitaine et au concierge, lesquels déjà ont commencé à la quereller et l'accuser d'être la cause de leur désordre; — et la troisième difficulté est que ceux qui demeureront à la chaîne croiront qu'elle en sera cause ; vous savez, mon très-honoré Père, ce que ces personnes pourront dire et faire. J'ai dit à notre sœur de différer de faire ce mémoire, à ce que j'aie eu l'ordre de votre charité de ce qu'elle aura à faire. »

Gomme les Missionnaires à Saint-Lazare et aux Bons-Enfants, elles admirent les personnes de leur sexe à faire dans leur maison les exercices spirituels. Mademoiselle Le Gras en était la directrice habile et zélée , mais suivant les

1. Elles s'en occupèrent sartoat à partir de 1639 , sur la prière de mademoiselle Cornuel, dont le père avait légué par testament une somme cousidérable pour être employée au soulagement de ces malheureux.

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instructions de son vénéré père. Celui-ci lui écrivait un jour : (( Madame la présidente Goussault et mademoiselle Lamy s'en vont faire chez vous leur petite retraite. Je vous prie de les servir en cela, de leur donner le département du temps que je vous ai mis en maiû, de leur marquer les sujets de leurs oraisons, d'écouter le rapport qu'elles vous feront de leurs bonnes pensées en présence Tune de l'autre, et faire faire lecture de table pendant leur repas, au sortir duquel elles se pourront divertir d'une manière gaie et modeste. Le sujet pourra être des choses qui leur seront arrivées pendant leur solitude, ou qu'elles auront lues des histoires saintes. Et s'il fait beau après le dîner, elles se pourront promener un peu; hors de ces deux temps, elles observeront le silence. Il sera bon qu'elles écrivent les principaux sentiments qu'elles auront eu en l'oraison, et qu'elles disposent leur confession générale... La lecture spirituelle pourra être de Y Imitation de Jésus- Christ de Thomas à Kempîs, en s' arrêtant un peu à considérer sur chaque période ; comme aussi quelque chose de Grenade, rapportant au sujet de leur méditation. Elles pourront encore lire quelques chapitres des Évangiles. Mais il sera bon que, le jour de leur confession générale, vous leur donniez l'oraison du Mémorial de Grenade, qui est pour exciter à la contrition. Au reste, vous veillerez à ce qu'elles ne se pressent pas trop âprement en ces exercices. Je prie Notre-Seigneur qu'il vous donne son esprit pour cela. » ,

Aux femmes comme aux hommes, Vincent recommandait les résolutions particulières, les générales lui paraissant peu utiles. Il écrivait encore à mademoiselle Le Gras : « Je vous renvoie les résolutions de madame N... qui sont bonnes; mais elles me sembleraient encore meilleures, si elle descendait un peu au particulier. Il sera bon d'exercer à cela celles qui feront les exercices de la retraite chez vous. Le reste n'est que production de l'esprit, lequel ayant trouvé quelque facilité et même quelque douceur en la

nu tT

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considération d'une vertu, se flatte en la pensée d'être Ineo vertaenx ; néanmoins, pour le derenir solidement, Q est expédient de faire des bonnes résolutions de pratique sur les actes particuliers des vertus, et être après fidèle à les accomplir; sans cela, on ne Test souvent que par imagiosHtion. »

Le chapitre troisième de ce livre racontera ce que les Filles de la Charité firent pour les hôpitaux de Paris. INsons seulement ici, l'occasion ne s'en devant plus représenter, .|u*elles ne reculèrent pas devant le service rebutant ei dangereux des fous. En 16A5, à la prière du grand bureau des pauvres, elles entrèrent à l'hôpital des Petites-Maisofis, où, avec les aliénés, elles soignèrent encore dans leurs maladies les nombreux vieillards qui y étaient entretenus. La renommée de leur dévouement, de leurs soins habiles et désintéressés se répandit bientôt dans les provinces, et plusieurs villes de France en demandèrent à leur saint instituteur.

Leur premier établissement hors de la capitale fut i Saint- Jean d'Angers, un des trois hôpitaux superbes bâtis par Henri II en expiation du meurtre de saint Thomas de Cantorbery. Dès 16S3, dans une de ses courses charitables, mademoiselle Le Gras était allée à Angers. On possède encore en original la lettre ou le journal de voyage qu'elle écrivit alors, suivant sa coutume, à saint Vincent de Paul*. Partie de Paris avec quelques-unes de ses filles, un laquais et un de ses fermiers, elle fit de ce voyage long et pénible un pèlerinage de piété et de charité. Tous les jours elle entendait la messe. A peine en carrosse, elle disait Yln viam padê, et ses filles lui répondaient. Puis elle leur remettait en mémoire les points de l'oraison, donnés de la veille an soir, après quoi elle disait YAngelun. Ce premier exercice

i. Cette lettre, datée d'Angers, dn 16 avril 1633, a été pubUéepoEr la première fois en 1854 dans la hevuê de VAnéou. L'original est à la bibliothèque Sainte- (ieneviève de Paris, cabinet des manuscrits, collection de lettres adressées ao rérérend Père Faiire (année 163$).

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terminé, elles s* entretenaient des pensées que Dieu ava^t dcmnées à chacune en son oraison, et, en quelque discours plus récréatif, de leurs distractions ou de leurs songes. L'entretien était gai, et on ne craignait pas de plaisanter celle qui avait dit quelque chose de travers. Suivait une demi -heure de pieuse lecture et le chant des litanies dn saint Nom de Jésus. La récréation durait bien autant que les prières. On jouait à ne dire ni oui ni non, et celle qui prononçait le mot défendu payait un Ave à sa compagne qui l'avait pu prendre. On chantait Alléluia et d'autres hymnes, tout cela si gaiement, que le fermier, qui était à cheval, était ravi de voir et d'entendre. Mademoiselle Le Gras voulait montrer à la sœur Catherine à bien lire et à bien prononcer; mais Catherine « faisait des réponses et des discours à rire jusques aux larmes; eniin, mon Père, ajoute mademoiselle Le Gras, il est bien aisé de servir Dieu à ce prix-là. » Toutes les heures que la montre de mademoiselle Le Gras sonnait, on disait un Ave Maria pour se remettre en la présence de Dieu, et demander l'accomplissement de sa sainte volonté. Dans l'après-dîner, on récitait le chapelet en deux chœurs et Ton chantait les litanies de la sainte Vierge.

Quand on passait en quelque village, on en saluait l'ange gardien. Si l'on s'y devait arrêter, la première visite était à l'église, la seconde à l'Hôtel-Dieu, si la localité possédait un hospice. Dieu et les pauvres toujours et partout!

A Etrechy, leur première dînée, mademoiselle Le Gras trouva quelques petits enfants avec lesquels elle raisonna, et il lui vint en pensée qu'ils étaient enfants de Dieu» « Je ressentis, dit- elle, une joie avec eux en leur faisant dire leur Pater ^ qui me fit passer la petite tristesse que j'avais eue la matinée de mon départ. »

A Étaropes, première couchée, et théâtre futur de l'hé- Toïsme de ses filles, elle envoya son laquais acheter quelque chose pour donner aux malades de l'Hôtel-Dieu; et, en attendant, elle s'entretint avec la jeune supérieure. « J'étais

fiée Î5AHÎT VINCENT DE PAOt.

faite, écrit-elle, avec un collet bas sans vertugadîn, côrame une servante ; elle me dit : « Quelle femme êtes-vous? êtesvous mariée? J'ai tant ouï parier d'une mademoiselle AcarieM mais je pense que vous en êtes une autre. » Le soir, à rhôtellerie, elle passa toute l'après-soupée à entretenir l'hôtesse , qui avait une grande affliction de son fils.

Le lendemain, à Angerville, n'ayant point d'Hôtel-Dieu à visiter, elle se rendit à l'église où elle trouva quantité de pauvres et d'enfants qui l'attendaient. Elle leur apprit à faire le signe de la croix, que la plupart ignoraient, ce dont elle eut grand'pitié. A Artbenay, elle fit le grand catéchisme à l'église. A Oriéans, elle visita THôtel-Dieu, riche à ce qu'on lui dit; mais les malades n'en étaieirt pas mieux, parce que les religieuses, en trop petit nombre, se reposaient de leur soin sur des servantes.

Elle s'était proposé de faire quelque séjour à Orléans : logée chez des huguenots, elle s'y déplut si fort qu'elle repartit dès le jour même. A Blois, elle trouva beaucoup de dévotion, mais THôtel-Dieu point visité et mal en ordre. Les Pères jésuites exhortaient pourtant les dames à la visite des malades; mais, comme le lui dit une de ses cousines, Dieu attendait sa venue pour leur montrer qu'à Paris les femmes de qualité pratiquaient cette œuvre charitable, et pour les porter à suivre un tel exemple.

Ainsi se poursuivit et s'acheva ce voyage, où Dieu et la

1. Barbe Avrillat, née à Paris le i^^ février 1566 d'un maître des comptes, épousa, en 1582, Pierre Acarie de Viliemor, aussi maître des comptes, dont elle eut plusieurs enfants. Épouse et mère incomparable, elle rétablit les affaires de sa maison, ruinée par la part que son mari avait prise à la Ligue, et trouva toutefois le moyen, pendant le siège de Paris de 1590, de nourrir chaque jour im grand nombre de pauvres. Livrée à toutes les œuvres de charité et de religion, plus que toute 'autre elle préluda aux travaux de saint Vincent de Paul. C'est elle qui introduisit en France les carmélites, auxquelles elle donna ses trois filles et se donna elle-même, après la mort de son mari, sous le nom de Marie de rincarnation. Moite à Pontoise, le 18 avril 1618, elle a été béatifiée par Pie VI, le U mai 1781. (Voir sa Vte, par Boucher, in-S"*, Paris, 1800.)

charité eurent tout, sans qu'il restât rien à la curiosité ni à la dissipation.

A son arrivée à Angers, deux messieurs vinrent au-devant d'elle, et rempéchèrent ce jour-là de faire sa première visite à l'église et à THôtel-Dieu. 11 lui fallut subir un souper magnifique, une réception splendide ; « on la traita du grand. » Le lendemain, visite de messieurs de la justice et des principaux de la ville : elle a grand'peine à se dérober pour se rendre à l'Hôtel-Dieu, qu'elle trouve en assez bon ordre. Pendant son séjour à Angers, elle visite les prisons, dans la pensée que Notre-Seigneur a dit en l'Évangile : J'ai été prisonnier. Elle distribue des aumônes, des images et chapelets; elle délivre de pauvres faux-saulniers qui lui ' faisaient grand'pitié. a Ce qui est déplaisant, ajoute- t-elle, c'est que tout est su dans la ville; et toujours l'on en dit plus qu'il n'y en a. »

Elle fait le catéchisme en présence des demoiselles d'Angers pour leur en apprendre la méthode, et l'une d'elles lui dit : « L'on voit bien que vous aimez bien les pauvres, et que vous êtes à la joie de votre cœur parmi eux. Vous paraissez deux fois plus belle en leur parlant. » Un prêtre même lui dit qu'il « s'estimerait bien heureux de pouvoir finir ses jours auprès d'elle sans gages ni récompense, mais seulement pour ouïr les paroles qui sortiraient de sa bouche. » — « Or sus, mon Père, se hâte d'ajouter l'humble femme effrayée, c'est à vous que j'écris, et dans la confiance que vous louerez Dieu et l'aimerez pour sa miséricorde infinie... Mon Père, priez -le qu'il rabaisse mon orgueil par quel moyen il lui plaira : je suis prête à tout perdre et à tout quitter, préférant l'humilité à toutes les consolations et biens. »

Dès lors les demoiselles venaient prier Dieu et s'instruire avec elle. « Si vous étiez ici un an, lui dît une bonne femme, vous convertiriez toute la ville. » Ce qui plaisait en mademoiselle Le Gras, c'était sa simplicité, sa condescendance jointe à sa vertu. Elle ne faisait point la réformée,

vivait à bon escient et allait à sa paroisse. Elle jouait yo« lontlers une heure au trictrac, résolue d'obéir et de condescendre en tout ce qui n'était pas péché. Aussi, de son séjour à Angers, elle ne garda qu'un remords : ce fut d'avoir refusé de se faire peindre. « C'est la coutume, écrit-elle : il n'y a pas si petite bourgeoise qui ne le soit, et, après leur mort, on met leur portrait à l'église auprès de leur tombe. Or, je leur refusai et m'en suis repentie, car il me semble que c'était par une fausse humilité de ne vouloir pas paraître si vaine que de se faire peindre, et qu'il y a plus de vertu à le faire par coû<k^ cendance. »

Le souvenir que mademoiselle Le Gras avait laissé à Angers l'y fit rappeler six ans après pour conduire et installer ses Filles à l'hôpital Saint-Jean. C'était au mois de décembre 1639. La saison était rigoureuse et sa santé fort délabrée. Elle partit néanmoins. Mais, à peine arrivée chez l'abbé de .Vaux , grand vicaire du diocèse, qui lui avait offert sa maison, elle tomba malade. A cette nouvelle, Vincent alarmé lui écrivit le 81 décembre : a Vous voilà malade. Mademoiselle, par Tordre de la Providen^ce de Dieu. Son saint nom soit béni! J'espère de sa bonté qu'elle se glorifiera encore en cette maladie, coùime elle a fait en toutes les autres; et c'est ce que je lui fais demander incessamment, et ici et ailleurs où je me trouve. Oh ! que je voudrais que Notre-Seigneur vous fît voir de quel cœur chacun le fait, et la tendresse des oflicières de l'Hôtel-Dieu pour cela ! »

Le même jour il écrivait à l'abbé de Vaux, dont il avait appris les bons soins pour sa chère malade : « Je ne puis vous remercier assez afiectionnément ni humblement, au gré de mademoiselle Le Gras et au mien, de la charité, la non pareille, que vous exercez vers elle et vers ses filles; je vous en remercie en la manière que je puis, Monsieur, et prie Notre-Seigneur, pour l'amour duquel vous faites tout cela, qu'il soit lui-même votre remercîment et votre ré-

compense, et vous offre tout ce que je puis en la terre pour le ciel, et toutes les reconnaissances qui me sont possibles devant Dieu et devant le monde. La voilà donc tombée malade cette bonne demoiselle ! hi nomine Dominil U faut adorer la sagesse de la Providence divine là-dedans. Je ne vous la recommande pas, Monsieur; votre lettre me fait voir combien elle vous tient au cœur, et celle qu'elle m'écrit aussi. Je voudrais être en lieu pour vous libérer du soin que votre bonté en a et de la peine qu'elle en prencj. Notre-Seigneur veut ajouter le fleuron de ce mérite à la couronne que Notre-Seigneur vous va façonnant. Je lui écris un mot. Je vous supplie, Monsieur, de lui envoyer ma lettre, et de me regarder comme une personne que Notre- Seigneur vous a donnée, et qui est en son amour et celui de sa sainte Mère, etc. ^ »

Venue en convalescence dans le courant de janvier J.6A0, ipademoiselle Le Gras fit l'établissement de ses Filles dans l'hôpital Saint-Jean, suivant la forme que le saint venait (Je lui prescrire. Puis, reprenant l'enseignement de ses exemples de 1633, et y joignant des instructions plus directes, elle proposa aux dames, assemblées à ce^t effet, la métjbode et les règlements suivis à l'Hôtel-Dieu par les Dames de l'assemblée de Paris , et les exhorta d'en^ntro- (Juire la pratique dans l'hôpital d'Angers.

Le 1" février suivant, un acte fut arrêté et signé, sous le bon plaisir réservé de Vincent de Paul, entre elle et les ;§,(inainistrateurs de l'Hôtel-Dieu. Comme ce règlement, le premier de tous, devint la forme presque invariable de tous les établissements de Filles de la Charité dans les hôpitaux, il est bon d'en donner l'analyse.

Les Filles de la Charité, y est-il dit, seront toujours eu la dépendance du supérieur général de la Mission ou de son député, et les administrateurs leur donneront toute li-

1. L'original de cette lettre est aux mains des sœurs de l'Hôtel-Dieu d'Augecs. Ette a été publiée pour la {Hremière fois^ en 1854, dans la Hwue de

berté de vivre selon leur règle, laquelle néanmoins les oblige de tout quitter quand la nécessité et le service des pauvres le requiert, cela étant leur première et principale obligation.

Pour ce qui est du temporel, elles seront entièrement sous Tautorité des administrateurs, à qui elles obéiront exactement.

Elles auront seules, et sans qu'on leur puisse associer aucune femme ni fille, la charge des pauvres, afin que, par l'union et rapport qui est entre eiles, ils soient mieux servis.

Elles seront nourries et entretenues, en santé et en maladie, aux dépens de l'hôpital, sans qu'on puisse changer Tétofie, la couleur et la forme de leurs habits; en tout elles seront tenues comme filles de la maison, et non comme mercenaires.

Elles ne seront point obligées de veiller les malades hois les salles de l'hôpital, sinon les femmes qui résideraient dans Tenclos.

Elles ne rendront compte de leur service qu'aux administrateurs. Ceux-ci, considérant que si elles ne sont appuyées d'eux, tant envers les officiers et serviteurs de la maison qu'envers les pauvres, elles ne pourront faire le bien, •les soutiendront de leur autorité, les avertiront en particulier, et jamais tout haut ni en public, de leurs manquements, dont elles se corrigeront moyennant la grâce de Dieu.

Le décès d'une sœur arrivant, les administrateurs, ayant égard qu'elle est consacrée au service de Dieu et des pauvres, permettront à ses sœurs de l'ensevelir décemment en leur manière ordinaire.

Le supérieur général de Paris pourra, quand bon lui semblera, retirer et remplacer celles des filles qu'il jugera nécessaire, comme pareillement les administrateurs pourront renvoyer celles qu'ils ne trouveraient pas propres, après toutefois en avoir essayé un an ou deux, et en demander d'autres; le tout aux dépens de l'hôpital, et avis de ce

préalablement donné au supérieur général, afin qu*il ait le temps d'en envoyer en leur place.

Suit le règlement spirituel des Filles.

Elles demeureront en l'hôpital de Saint-Jean-rÉvangéliste d'Angers, pour y honorer Notre- Seigneur, père des pauvres ttialades, corporelleinent et spirituellement. *

La première chose que Notre-Seigneur demande d'elles, o'est^qu' elles l'aiment souverainement et fassent toutes leurs actions pour l'amour de lui ; et la seconde, qu'elles s'enlrechérissent entre elles comme des sœurs qu'il a liées du lien t3e son amour, et les pauvres malades comme leurs seigneurs, puisque Notre-Seigneur est en eux, et eux en ^otre-Seigneur.

Elles seront infiniment reconnaissantes delà grâce d'avoir été tirées de la vie des filles et des veuves, et appelées de Dieu en un état divin, lequel les rois et les reines ont cherché et où ils ont trouvé leur satisfaction.

Elles s'étudieront à avoir à mépris ce que le monde estime, et estimeront ce que le monde méprise, préférant les emplois vils et abjects aux honorables, et renonçant à l'afl'ection charnelle de leurs parents et de leur pays.

Elles seront fidèles à l'observance de leur règlement et à la façon de vivre propre à leur petite compagnie.

Elles garderont exactement la pauvreté, choisissant chacune pour soi ce qui sera le plus pauvre, n'ayant ni argôiit ni rien en propre, ne recevant et ne donnant aucun présent, se contentant du vivre, du vêtir et du coucher qui leur sera donné; bref, elles se ressouviendront qu'elles sont nées [pauvres et qu'elles doivent vivre en pauvres, pour l'amour du père des pauvres Jésus-Christ Notre-Seigneur.

Elles useront de toutes les précautions imaginables pour conserver leur chasteté.

Elles obéiront à leurs supérieurs de Paris pour leur conduite et discipline intérieure, aux administrateur» pour l'assistance des pauvres, à la supérieure d'entre elles pour l'exécudon de leurs règlements, et leur obéissance sera

prompte, gaie, entière, constante et persévérante» aveesoumission de leur jugement et de leur volonté.

Elles seront contentes que leur supérieure soit avertie de leurs manquements, et elles-mêmes diront tous les soirs leurs fautes de la journée, bonnement, humblement et simplement,»et en recevront la pénitence.

Leurs exercices de piété seront ceux de la communauté.

Levées à quatre heures, à six heures elles seront à la salle des malades pour leur rendre les premiers services tant corporels que spirituels. Elles auront grand soin qu'Usaient tout ce qui leur sera nécessaire, leurs repas aux heures ordinaires, à boire quand ils en auront besoin, et parfois quelque petite douceur à la bouche. En tout, elles se conformeront à leur état de santé et aux prescriptions des médecins.

Elles se relèveront tour à tour auprès des malades, ne les laissant jamais seuls, et toutes celles qui n'auront rien qui presse, demeureront à Tinfirmerie pour instruire les ignorants, disposer les nouveaux venus aux sacrements, les consoler, les égayer tous par la conformité au bon plaisir de Dieu.

Et ainsi jusqu'au soir, jusqu'à l'heure de leur reti'aite. Elles laisseront alors une d'entre elles à l'infirmerie pour veiller et assister les plus malades, et aider les moribonds à bien mourir.

Et afin qu'il plaise à Dieu leur faire la grâce d'accomplir toutes ces choses, elles le lui demanderont souvent, se confesseront et communieront à cette intention, marcheront en sa présence, prendront pour leurs patrons et intercesseurs devant lui la sainte Vierge, saint Joseph, saint Louis, sainte Geneviève, sainte Marguerite reine, saint Jean l'Évan^éliste, patron de l'hôpital, et, enfin, se représenteront le bonheur de leur condition : qu'elles servent Notre- Seigneur en la personne des pauvres, qu'il reconnaîtra comme fait à lui-même le service qu'elles leur rendent, qu'elles accomplissent entièrement la loi de Dieu en faisant

leur office, et qu'elles seront toujours en Dieu et Dieu en elles tant qu'elles demeureront en la charité *.

Cet acte arrêté et signé, mademoiselle Le Gras resta encore quelque temps à Angers pour réformer les abus, les pilleries, les désordres constatés dans un rapport des admiaistrateurs, et mettre toutes choses sur un bon pied. Son séjour se prolongea trois mois. Dès le 17 janvier, Vincent liii écrivait, pour hâter son retour : « Oh ! que votre présence est nécessaire ici , Mademoiselle , non-seulement pour vos filles, mais aussi pour les affaires générales de la charité! L'assemblée générale des Dames de THôtel-Dieu se fit jeudi passé. Madame la Princesse et madame la duchesse d'Aiguillon l'honorèrent de leur présence ; jamais je n'ai vu la Compagnie si grande, ni tant de modestie ensemble. L'on y résolut de prendre tous les enfants trouvés. Vous pouvez penser, Mademoiselle, que vous n'y lûtes pas oubliée. »

fille quitta enfin ses filles d'Angers pour retourner à Paris; mais elle les quitta instruites et formées à leur saint emploi jusqu'à l'héroïsme. La peste ayant éclaté l'année suivante, elles la bravèrent, et soignèrent les pestiférés avec la même facilité que ceux qui avaient des maladies ordinaires. << Il semble, racontait Vincent dans la conférence du i6 août 1641 ; il semble que ce mal les respectât. Béni soit Dieu, mes filles, béni soit Dieu ! Comme c'est bien faire état de la charité que le Saint-Esprit nous enseigne, quand il dit qu'il n'y a point de plus grande charité que de mettre son âme, c'est-à-dire de donner sa vie pour l'amour et le soulagement de son prochain ! 0 mes chères filles, que votre condition est sainte ! Car n'est-il pas vrai que le plus grand bonheur que nous puissions avoir, c'est d'être aimé de IXeu? Or, rien ne nous assure autant, mes filles, que l'exer^ sice que requiert votre condition, et que vous pratiquais ivec zèle et courage ; et puisqu'il ne peut y avoir de plu* j^ande charité que d'exposer sa vie pour son procbêil^

i> Archives impériales, S. 6160.

n'est-ce pas ce que vous faites tous les jours par votre travail? Oh! que vous êtes heureuses! Soyez donc, mes filles, bien reconnaissantes de cette grâce, et bien soigneuses de la conserver. »

A peine de retour à Paris, mademoiselle Le Gras songea à quitter La Chapelle, qu'elle habitait depuis le mois de mai de Tannée 1636. Là, dans Tintervalle de ses missions, elle s'était appliquée, les dimanches et les fêtes, à faire le catéchisme aux personnes de son sexe, et à instruire dans sa maison les jeunes filles qu'elle avait soustraites, moyennant dédommagement, à la conduite dangereuse d'unmdtre. Ce séjour de La Chapelle lui avait plu d'abord, parce que dans ce village elle pouvait former ses filles à la vie humble, simple et laborieuse des campagnes. Mais quoique plus rapprochée alors de son directeur qu'elle ne l'était à Saint- Victor, elle s'en trouvait encore trop éloignée, et en 1641 elle vint s'établir avec sa communauté vis-à-vis de l'église SaintrLazare dans une maison qu'elle prît d'abord à loyer, puis qu'elle acheta des Missionnaires eux-mêmes, au prix de 18,400 livres reçues de la présidente Goussault. Le contrat passé entre Vincent de Paul et ses prêtres, d'un côté, et mademoiselle Le Gras et ses sœurs, de l'autre, existe encore : il est du premier avril 1653*.

Logées en quelque sorte sous la tente jusqu'à ce jour, comme les enfants d'Israël, les filles de mademoiselle Le Gras avaient enfin trouvé une demeure stable et la Sien de la charité. Là, en eflet, affluèrent toutes les aumônes et toutes les misères de Paris. Médicaments, nourriture y furent constamment distribués aux pauvres, souvent sur la subsistance même de la communauté. Là encore fut établi un séminaire où étaient élevées les filles destinées à une foule de maisons de Paris, de la province et de l'étranger. Depuis cet établissement, il en fallut donner à presque toutes les paroisses de Paris, et aux hôpitaux et aux prisons. En 1646,

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