Archives impériales S. 6157 et 6608, original et copie
Nantes, apprenant les services qu'elles rendaient à Angers, en demanda pour son hôpital, et mademoiselle Le Gras dut se remettre en route pour y conduire huit de ses sœurs. Après avoir pris, comme toujours, les instructions de Vincent, qui ne manquait jamais, en pareil cas, de réunir la petite colonie et de lui adresser une touchante allocution, elle partit le 26 juillet et arriva à Nantes le 8 août. Cette fois encore, elle écrivit à son directeur le journal de son voyage, où nous trouverions les mêmes détails que dans celui plus haut analysé. Au gré de cette vraie chiétienne, ce voyage fut plus heureux encore que le précédent, puisqu'elle eut davantage à souffrir. Elle écrit : « Nous eûmes l'honneur au Pont-de-Cé d'être chassées de Thôtelleiie, où nous arrivâmes un jeudi fort tard ; mais, au sortir de cette chère maison, nous trouvâmes une bonne dame qui nous~ recueillit bénignement. »
Quoiqu'elle eût caché le jour de son arrivée pour échapper à Tovation accoutumée, on se porta au-devant d'elle. De la ville et même des champs, toutes les dames la vinrent visiter, ainsi que quantité de supérieurs de religions réformées, et elle dut se transporter dans plusieurs communautés religieuses pour satisfaire au désir qu'elles avaient de voir ses sœurs et leur habit.
Dès le lendemain, les Filles de la Charité entraient en fonctions, et, au bout de peu de jours, il s'opéra à l'hôpital an tel changement, que tout le monde s'y transportait par curiosité. 11 y avait aux repas des pauvres si grande affluence, (ju'on ne pouvait presque approcher des tables, ni des lits des malades.
M"' Le Gras établit parmi les dames de Nantes la charité ijui se pratiquait à l'Hôtel-Dieu de Paris; elle régla toutes choses avec les administrateurs, laissa ses sœurs dans les naeilleures dispositions, et revint encore pleine de consolation et d'espérance.
Commencé sous de si heureux auspices, l'établissement de Nantes eut néanmoins à souffrir des tracasseries des
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administrateurs, qui voulurent même substituer aux Fillft de la Charité des religieuses hospitalières. Toujours désin*téressé, Vincent leur écrivit aussitôt qu'il savait beaucoup de bien de ces religieuses, et que, s'ils voulaient congédier tes Filles de M'^' Le Gras, il les priait très- humblement de le faire sans façon. Au moyen de soeurs nouvelles qui furent envoyées en 1653, l'établissement se put soutenir. Il d'aï fut pas ainsi de l'hôpital du Mans, dont les Filles delà Gbi^ rite avaient pris possession vers 1645 : il les fallut retirer au bout de quelques années, pour les arracher aux tracas séries d'une administration peu bienveillante.
Du reste, outre que Vincent avait pour principe de ne chercher aucun établissement pour ses filles comme poor ses Missionnaires, et de ne contester jamais pour les maintenir là où on les avait placées, il les rappelait d'autant plus volontiers, qu'il ne pouvait suffire aux demandes qui lui en étaient faites de toutes parts. Ce n'était pas assez de leurs hôpitaux, de leurs écoles, de leurs msûsons paroissiales': ei 165&, 1656 et 1658, la reine les appela pour soigner les soldats blessés et malades. L'année 1658 fut particulièrement mémorable. Après la prise de Dunkerque et la bataille des Dunes qui l'avait amenée, on transporta à Calais six à sept cents soldats, les uns couverts de blessures, les autres é{)uisés par les travaux du siège et les émanations fétides qu'ils avaient respirées. Louis XIV lui-même, posté à Mardick pour veiller sur les opérations militaires, avait contracté, en visitant les fortifications de cette place, une maladie dangereuse. Anne d'Autriche, qui était sur te lieux, eut pitié de ces braves soldats, dont la victoire mettait fin en ïnême temps à la guerre de la Fronde et à la guerre avec sa chère Espagne, et, pour leur conserver la vie, elle demanda à Vincent des Filles de la Charité. Vincent en choisit quatre, et, au moment de leur départ, il leur adressa ce discours : « Voilà que la reine vous demande pour aller à Calais panser les pauvres soldats blessés. Eh ! quel sujet de vous humilier, mes sœurs, voyant que Dieu veut se servir
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devons pour de si grandes choses! Oh! Sauveur! Les hommes vont à la guerre pour tuer les hommes, et vous, mes Filles, vous y allez pour réparer le mal qu'ils font. Oh ! quelle bénédiction de Dieu ! Les hommes tuent le corps et bien souvent l'âme; et vous, vous allez pour redonner la vie, ou pour le moins aider à la conserver en ceux qui resteront, par le soin que vous en aurez, tâchant, par vos botïs exemples comme, par vos instructions, de leur faire concevoir qu'ils doivent se conformer à la volonté de Dieu dans leur état... Lorsque vous serez au milieu des armées, ne craignez pas qu'il vous arrive aucun mal. En est-il arrivé à celles qui s'y sont déjà trouvées? Quelqu'une y en a-t-elle reçu, ou bien y est-elle morte? Et quand elle y eût perdu la vie, ohl ce serait un bien pour elle, puisqu'elle serait morte les armes à la main... J'ai à vous dire que j'ai appris que ces pauvres soldats ont une si grande reconnaissance delà grâce que Dieu leur fait, que, voyant et considérant que Vous allez parmi eux pour les assister, sans autre intétêt que l'amour de Dieu, ils disent qu'ils voient bien que Dieu est le protecteur des malheureux. Or, maintenant, toyez, mes Filles, quel bien vous faites, puisque vous aidez ces braves gens à reconnaître la bonté de Dieu et à penser que c'est lui qui leur fait rendre ce service. Entrant alors dans de grands sentiments de piété, ils s'écrient : « Mon Dieu, voilà que nous reconnaissons ce que nous avons autrefois ouï prêcher, que vous vous souvenez de tous ceux qui ont besoin de secours, et que vous n'abandonnez jamais quand on est dans le danger, puisque vous avez soin de tious, pauvres misérables qui avons taAt offensé votre bonté...» Des filles avoir le courage d'aller aux armées, d'aller visiter de pauvres blessés, non -seulement dans la France, mais jusque dans la Pologne ! Ah 1 mes Filles, y a-t-il rien de pareil à cela? Avez- vous jamais ouï dire qu'il se soit fait chose pareille ? Pour moi, je n'ai jamais vu cela, et ne sache pas qu'il se soit trouvé aucune compagnie qui ait fait les œuvres que Dieu fait par la vôti*e. »
372 Saint vîNCÊNt de pacl.
Une de ces filles, Claude Muset, a déposé, au procès de canonisation, qu'elle avait d'abord grande répugnance pour cet office ; mais qu'après ce discours de Vincent, elle sentit sa répugnance se changer en attrait, et que, munie delà bénédiction du saint, elle partit joyeuse de Paris. Toutes les quatre étaient des plus fortes de leur compagnie. Au bout de quelques jours, deux avaient succombé à d'excessives fatigues. A la prière du curé et aux frais de la reine, une tombe leur fut élevée, sur laquelle on inscrivit leur nom et celui de Vincent de Paul, leur père, pour être l'un et l'autre en perpétuelle mémoire *.
Deux venaient de mourir sur la brèche ; à la voix de la reine et de Vincent de Paul, vingt se présentèrent pour les remplacer. Touché de tant d'héroïsme, Vincent, à la prochaine conférence, dit à ses prêtres : « Je recommandée vos prières les Filles de la Charité que nous avons envoyées à Calais pour assister les pauvres soldats blessés. De quatre qu'elles étaient, il y en a deux décédées, qui étaient des plus fortes et robustes de leur compagnie; cependant les voila qui ont succombé sous le faix. Imaginez-vous, Messieurs, ce que c'est quatre pauvres filles à l'entour de cinq ou six cents soldats blessés et malades. Voyez un peu la conduite et la bonté de Dieu, de s'être suscité en ce temps une compagnie de la sorte. Pourquoi faire? Pour assister les pauvres corporellement, et même spirituellement, en leur disant quelques bonnes paroles qui les portent à penser à leur salut; particulièrement aux moribonds, pour les aider à bien mourir, leur faisant faire des actes de contrition et de confiance en Dieu. En vérité, Messieurs, cela est touchant. Ne vous semble-t-il pas que c'est une action de grand mérite devant Dieu, que des filles s'en aillent avec tant de courage et de résolution parmi des soldats, les soulager en leurs besoins et contribuer à les sauver? qu'elles aillent s'exposer à de si grands travaux, et même à de fà»
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cheoses maladies, et enfin à la mort, pour ces gens qui se soDt exposés aux périls de la guerre pour le bien de TÉtat. a Nous voyons donc combien ces pauvres filles sont pleines du zèle de sa gloire et de l'assistance du prochain. La reine nous a fait l'honneur de nous écrire, pour nous mander d'en envoyer d'autres à Calais, aûn d'assister ces pauvres soldats. Et voilà que quatre s'en vont partir aujourd'hui pour cela. One d'entre elles, âgée d'environ cinquante ans, me vint trouver vendredi dernier à FHôtel-Dieu où j'étais, pour me dire qu'elle avait appris que deux de ses sœurs étaient mortes à Calais, et qu'elle venait s'offrir à moi pour y eue envoyée à leur place, si je le trouvais bon. Je lui dis : Ma sœur, j'y penserai. Et hier elle vint ici pour savoir la réponse que j'avais à lui faire. Voyez, Messieurs et mes frères, le courage de ces filles à s'offrir de la sorte, et s'offrir d'aller exposer leur vie, comme des victimes, pour Tamour de Jésus-Christ et le bien du prochain ! Cela n'est-il pas admirable? Pour moi, je ne sais que dire à cela, sinon que ces filles seront mes juges au jour du jugement. Oui, elles seront nos juges, si nous ne sommes disposés comme elles à exposer nos vies pour Dieu. Mais avec quelle sainte confiance parailront-elles au jour du jugement, après tant de saintes œuvres de charité qu'elles auront exercées! Certainement il me semble que les couronnes et les empires de la terre ne sont que de la boue, en comparaison du mérite et de ia gloire dont il y a sujet d'espérer qu'elles seront un jbur couronnées. Comme notre congrégation a quelque relation à leur compagnie, et que Notre-Seigneur s'est voulu servir de celle dç la Mission pour donner commencement à celle de ces pauvres filles, nous avons aussi obligation de remercier Dieu de toutes les grâces qu'il leur a faites, et de le prier qu'il leur continue par sa bonté infinie les mêmes béaédictions à l'avenir. »
Telles furent les premières armes des Filles de la Charité au service des soldats. Depuis et jusqu'à nos jours, les camps et les ambulances ont été leur poste d'honneur.
m. Il
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Pendant Texpédition de Crimée, on les à vues desservît à la fois jusqu'à dix hôpitaux militaires, sans compter dçux hôpitaux de la marine, trop peu nombreuses encore parmi tant de victimes du choléra et de la guerre. Mais la présence et l'exemple de ces filles est un stimulant pour les hommes à qui le prix du mercenaire n'a pas fait vaincre le dégoût d'un tel emploi. A Fera, à Dolma Bachtché, à l'École polytechnique^ à Levend et à Rami Tchiflik, à Maltépé, à Daoud-Pacha, à Gulhané, à Kaulidjé, au Palais de Russie, à Kalkis, à l'École préparatoire : partout c'est un héroïsme de dévouement qui étonne ces braves eux-mêmes. Ni les rigueurs de l'hiver, ni le choléra et le typhus, ni les plaies gangrenées, ni un service au-dessus des forces humaines, rieii ne les effraie, rien ne les rebute. Elles bravent tout, même la flamme, à laquelle, dans l'incendie de l'École polytechnique, elles arrachent tous leur chers malades et jusqu'à leurs pauvres morts de la veille.
Avant de desservir ces grandes ambulances, elles avaient été appelées dans les hôpitaux du Pirée, de Gallipoli et de Varna, encombrés de cholériques. Les infirmiers, décimés eux-mêmes par le fléau, n'osaient plus aborder les malades. A peine a-t-on vu les sœurs s'avancer vers l'hôpital, le visage gai, le cœur ferme et content, qu'aussitôt renaît le courage et l'espérance.
Au service des ambulances et des hôpitaux , elles joignirent encore la visite fréquente des prisonniers de toutes nations, et la visite de bienvenue, en attendant le débarquement, aux navires chargés de malades et de blessés arrivant de Grimée. Qu'on juge de la joie de ces malheureux, entassés encore dans l'entrepont, brisés par une dure traversée, à la vue de cette sœur se présentant à eux, un peu de bouillon ou quelques gouttes de vin à la main, le sourire aux lèvres , et la charité au cœur. La côte étrangère leur semble déjà la patrie, et, à l'hôpital, ils croient revoir la famille sous la figure de cette sœur qui leur rappelle tout ce qui les a le plus aimés. Tous auraient pu dire avec
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Tun d'eux : « Ma sœur, venez me visiter souvent; quand vous venez, je crois voir la France et ma mère! » Dans la . sœur ils voyaient heureusement bien plus : ils voyaient un ange, une apparition de la douce Providence, qui presque toujours les ramenait à la foi, aux pratiques religieuses, et par là souvent à la santé. L'âme guérie et fortifiée réagissait sur le corps; une prière, dictée par la sœur, faisait plus qu'une ordonnance médicale, et pas un pansement ne valait une médaille de la Vierge. Aussi, dans les trois armées turque, anglaise et russe, dépourvues de la vraie foi et de la vraie prière, les guérisons étaient aussi rares qu'elles étaient fréquentes dans la nôtre. Ainsi en était-il chez les pauvres Irlandais catholiques, si peu privilégiés pourtant de la part de l'administration protestante de leur pays. Que d'hommes ont dû à ces saintes filles la santé et la patrie ! Que d'autres, plus nombreux encore , leur devront le ciel ! A la fois jaloux et aveugle, le protestantisme anglais voulut avoir aussi ses sœurs de charité. Louable de la part de celles qui l'entreprirent, cet essai ne fut, comme on sait, qu'une parodie impuissante. Cette fois encore, le protestantisme n'avait pu répondre au jdéfi que le catholicisme lui jette depuis trois siècles, de faire une Fille de la Charité, et il ne comprend pas qu'il lui manque pour cela deux choses qu'il n'aura jamais, un vœu et une pratique, la chasteté et la communion !
Jusqu'à nos jours, il n'avait pas été donné aux Filles de la Charité d'apparaître et d'exercer leur zèle en même temps dans les deux camps ennemis. Ce spectacle, elles viennent de le donner en Italie. Pendant que les Filles de la Charité françaises et italiennes se dévouaient au soulagement des blessés français et italiens, les Filles de la Charité autrichiennes exerçaient le même dévouement auprès des blessés autrichiens. Celles-ci furent sublimes de désintéressement et d'humilité. Comme on venait annoncer à la sœur Rafaela Herschitsch, sœur servante de Vérone, que l'empereur d'Autriche lui avait décerné la décoratioB de la
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croix en or : « Je vous en prie, ne me parlez pas de cela^ dit-elle au major de Thôpital qui la félicitait ; car je ne l'accepterai à aucun prix. Je serais honteuse de recevoir une semblable récompense. Il n'y a que Dieu qui puisse payer les services d'une Fille de la Charité qui donne sa vie pour ses semblables. — Mais l'empereur sera fâché, si vous ne l'acceptez pas. — Je doute fort. Monsieur le major, que l'empereur se fâche, lorsqu'il apprendra que nous sacrifions notre vie au soulagement deses soldats par amour pour Dieu, sans prétendre à une récompense quelconque. En renonçant au monde pour nous consacrer au service du Seigneur, nous avons par là même renoncé à ces sortes d'honneur. En les acceptant , ce serait comme nous replacer sous son joug. Nos supérieures, du reste, sauront bien le remercier de sa bienveillante attention pour la communauté. — Mais ces Messieurs vont venir vous l'apporter. — ^ Je vous en prie. Monsieur le major, dites-leur qu'ils m'épargnent la douleur d'un refus. » Le major parti, la bonne sœur se mil en prière avec ses deux compagnes malades , et elle resta ainsi toute la journée, afin, disait-elle, qu'on ne vînt plus l'ennuyer avec cette chose-là^ Humble prière qui fut exaucée, car on ne fit plus d'instances pour la soumettre à ce nouveau supplice de la croix.
Dans le même temps, les Filles de la Charité donnaient ce beau spectacle au Mexique et au Chili, où elles secouraient et consolaient indistinctement les blessés des partis qui sans cesse s'y combattent. Et à l'heure qu'il est, elles font en quelque sorte la vigie de la charité sur le littoral de l'Espagne, attendant les blessés et les malades qui doivent leur être amenés dé la guerre du Maroc.
Dans l'allocution adressée plus haut par Vincent aux sœurs partant pour Calais, on a remarqué une allusion aux sœurs de Pologne. En eflèt, la reine Louise, qui avait fait partie, à Paris, de l'assemblée des Dames, qui avait vu à l'œuvre mademoiselle Le Gras et ses filles,, en demanda dès Tannée 1652. Trois partirent d'abord avec une commission
de Vincent du 6 septembre. Elle traversèrent TAllemagne et les pays protestants, respectées partout dans leur vertu, leur courap:e et leur habit. La reine les accueillit avec joie. Elle les laissa quelques jours prendre Tair du pays et étudier un peu la langue, puis elle leur dit : « Allons, mes sœurs, il est temps de commencer à travailler. Vous voilà trois ; j'en veux retenir une auprès de moi, et c'est vous, ma sœur Marguerite; les deux autres iront à Krakovie servir les pauvres. — Ah! Madame, répondit la sœur, que dites-vous ? Nous ne sommes que trois pour servir les pauvres, et vous avez dans votre royaume tant d'autres personnes plus capables que nous pour servir Votre Majesté ! Permeftez-nous, Madame, de faire ici ce que Dieu demande de nous, et ce que nous faisons ailleurs. » La reine insista; la sœur ne répondit cette fois que par ses larmes ; ce que voyant la reine : « Quoi, ma sœur, dit-elle, vous refusez donc de me servir! — Pardonnez-moi, Madame, mais c'est que nous nous sommes données à Dieu pour le service des pauvres. »
La sœur Marguerite Moreau et ses deux compagnes avaient mieux à faire qu'à servir la reine : elles avaient à servir les malades de la peste qui désolait alors Warsowie, et la sœur Marguerite avait à mourir dans cette œuvre d'héroïqUe charité. La reine Louise fut entraînée par leur exemple. Elle visita les hôpitaux, soigna les malades cfe ses mains, et paya de ses aumônes quand elle ne pouvait payer de sa personne. Sur sa demande, trois nouvelles sœurs partirent de France, munies d'une lettre de mademoiselle Le Gras pour leurs sœurs de Pologne : « Nous les laissons partir avec douleur, disait la sainte institutrice, nous séparant d'elles; et avec joie, pour l'assurance que nous avons qu'elles vont faire la volonté de Dieu, et s'unir à vous pour l'accomplissement de ses saints desseins dans le royaume de Pologne. 0 mes chères sœurs, qu'ils sont de grande importance! Je supplie la bonté de Dieu de vous les faire connaître, m'assurant que cette connaissance opérera en vous une grande humilité et
une juste confusion de vous voir choisies pour un tel emploi, et qu'elle vous donnera la volonté de ne vous en rendre point indignes. »
Ces nouvelles sœurs durent interrompre leur voyj^e et retourner en France, à la nouvelle que la reine avait été obligée de chercher contre la guerre un refuge en Allemagne avec les sœurs polonaises. Dans cet exH, la reine employa les Filles de la Charité au service des soldats malades. De retour à Warsowie, elle les mit à la tête d'un hôpital d'orphelines, auprès duquel elle ménagea un .bâtiment pour les serviteurs malades et les pauvres passagers.
Nous retrouverons les Sœurs de la Charité dans les hôpitaux fondés par saint Vincent de Paul, dans les provinces désolées par la guerre qu'il soulagea pendant tant d'années. Elles furent toujours les zélées coadjutrices de toutes ses œuvres. Partout, malgré leur zèle, leur trop petit nombre les mettait au-dessous de leur tâche. « Monsieur, lui écrivait l'une d'entre elles, nous sommes accablées de travail et nous y succomberons, si nous ne sommes secourues. Je suis contrainte de vous écrire ce peu de lignes la nuit en veillant nos malades, n'ayant aucun relâche le jour; et en vous écrivant il faut que j'exhorte deux moribonds! levais tantôt à l'un lui dire : « Mon ami, élevez votre cœur à Dieu, demandez-lui miséricorde ; » cela fait, je reviens écrire une ou deux lignes, et puis je cours à l'autre lui crier : « Jésus Maria! mon Dieu, j'espère en vous; » et puis, je retourneencore à ma lettre; et ainsi je vais et viens, et je vous écris à diverses reprises et ayant l'esprit tout divisé. C'est pour vous supplier très-humblement de nous envoyé» encore une sœur. ))
Envoyer une sœur de plus était chose souvent bien difficile, car, disait Vincent à ses prêtres : « Vous ne sauriez croire combien Dieu bénit partout ces bonnes Filles, et en combien de lieux elles sont désirées. Un évêque en demande pour trois hôpitaux, un autre pour deux, un troisième en demande aussi, dont on me parla encore il n'y a que trois
ours, et on me pressa de lui en envoyer. Maïs quoi ! il n'y L pas moyen, nous n'en avons pas assez. Je demandais 'autre jour à un curé de cette ville, qui en a dans sa pa- 'oîsse, comment elles faisaient. Je n'oserais vous rapporter e bien qu'il m'en dit. Il en va ainsi des autres, qui plus, jui moins. Ce n'est pas qu'elles n'aient des défauts : hélas! iui est-ce qui n'en a point? Mais elles ne laissent pas d'exercer la miséricorde, qui est cette belle vertu de laquelle il est dit que le propre de Dieu est la miséricorde. Nous autres, nous l'exerçons aussi, et nous la devons exercer toute notre vie : miséricorde corporelle, miséricorde spirituelle; miséricorde aux champs dans les Missions, miséricorde au dedans à l'égard des exercitants et des pauvres; enfin nous devons toujours être gens de miséricorde, si lïous voulons faire en tout et partout la volonté de Dieu. » Malgré sa pénurie de sujets, Vincent put, de son vivant, Q^re, en dehors de Paris, vingt-huit établissements de •œurs : hôpitaux, maisons d'école ou de charité. Après lui, accroissement du grain de sénevé et sa multiplication fu- ^Tit bien plus prodigieux encore. Établies dès 16â9, à la limande de la reine, dans la maison royale de Fontaineleau, elles furent appelées au nombre de trente, le 15 féi*îer 1676, à l'hôtel royal des Invalides. Cuisine, apothî- ^îrerie, lingerie, vestiaire, infirmerie et soin des malades >xjr et nuit, soin des fous, elles furent chargées de tout ti ne reculèrent devant rien. L'acte de fondation fut fait, - 7 mars suivant, entre le marquis de Louvois, gouver- ^^.ur des Invalides, et Nicole Haron, supérieure générale, •t ses officîères, du consentement de Jolly, troisième général de la Mission. Renouvelée en 1769 entre le duc de Choiîeul-Amboise et les supérieurs des Filles de la (Iharité, la Convention reçut up échec en 1772, par suite d'un brevet établissant aux Invalides un apothicaire -major et évinçant les sœurs de l'apothicairerîe. Mais, dans un mémoire adressé 1 madame Adélaïde, les sœurs n'eurent pas de peine à dénontrer que les griefs intentés contre elles n'avaient defon-
dément que dans la jalousie et la cupidité, et qu'une telle mesure porterait un tort immense aux quatre cents établissements qu'elles possédaient alors en France. Aussi, le 3i décembre 1774, intervint un décret royal qui, rendant hommage aux soins, à la vigilance, à l'exactitude, au zèle des sœurs, et reconnaissant que l'établissement d'un apotbicaire-major était une nouveauté aussi contraire aux engaments passés envers elles qu'inutile au bien du senice, rétablissait toutes choses sur l'ancien pied,
Los Filles de la Charité après la mort de saint Vincent.
Il ne saurait entrer dans notre pensée de raconter l'histoire, d'indiquer même la fondation ni de tous ni des principaux établissements des Filles de la Charité à Paris et en France, en Europe et au delà des mers, depuis plus de deux siècles. Du vivant de saint Vincent de Paul, elles n'étaient sorties de France que pour aller en Pologne; mais comme le saint parlait souvent de les envoyer partout à la suite de ses Missionnaires, en Europe, et jusqu'en Afrique et aux Indes, peut-être est-il bon d'indiquer en peu de mots comment ces vœux divers s'accomplirent.
Deux jeunes filles, encouragées par leur curé, étaient venues s'établir près de Montanaro en Piémont, pour y faire l'école aux pauvres enfants de leur sexe. En 1778, ayant gagné quelques compagnes et s'étant mises sous la conduite d'un Missionnaire, elles formèrent à Montanaro une petite communauté, et prirent les règles, l'habit, le nom et les fonctions des Filles de la Charité. Autorisées en 1779 par les lettres patentes d'Amédée III, elles demandèrent et obtinrent d'être agrégées à la communauté de France. Elles traversèrent comme elles purent les mauvais jours, et renouvelèrent leur agrégation en 1822, quand les Missionnaires furent rétablis à Turin. En 1831, elles ouvrirent un séminaire qui put fournir des sœurs aux petits hôpitaux de
Rîvarola , d'Ivrea, de Santo-Benîgno et de Sommariva, en attendant cpi'un séminaire fût établi à Turin, ce qui eut lieu en 1833, avec les aumônes de Charles-Albert et le concours de sœurs françaises. Dès lors elles furent mises à la tête des hôpitaux de Turin', de Carignan , de Gênes et d'Oneglia, où elles fondèrent aussi des écoles ainsi qu'à Castellamonte. Leur conduite héroïque pendant le choléra de 1835 leur valut de nouveaux établissements, hôpitaux pour malades ou enfants trouvés, écoles, ouvroirs, asiles, à Turin, à Nice, à Racconis, à Gênes, à Savone, à Plaisance, à Acqui, à Grugliasco, à Sienne, à Parme, à Mondovi, à Alexandrie, à Saluées, à Lugano, à Florence, à Fermo, à Chieri, à Rondisson. Elles sortaient ainsi du Piémont pour se répandre dans les duchés et remplir l'Italie comme la France. Elles s'établissaient à Naples en 1843; à Macerata, dans les États pontificaux, en 1846, et à Rome en
Ainsi était accompli, quoique un peu tard, un vœu du vénérable Pie VII. Dans une audience de congé qu'il avait accordée, le 26 novembre 1816, à M. Artaud, nommé premier secrétaire d'ambassade à Vienne, la conversation tomba sur les religieuses hospitalières. Le saint pontife lui dit : <( Vous nous aviez parlé des rejîgieuses de France, et surtout de ces filles de Y Ave Maria^ qui allèrent à la mort en chantant le Veni Creator. On entendait moins de voix à mesure que les victimes tombaient. Nous accorderions toy tes les faveurs qu'on solliciterait pour un ordre semblable. Mais parlons aussi des sœurs grises. Écoutez ; voici ce que nous avons fait : nous avons cherché à les introduire dans toute la catholicité, et particulièrement en Italie, en Allemagne et en Irlande. On nous a dit : a Devant les malades, la femme italienne n'a pas tout à fait assez de courage et de force morale pour se soumettre à tant de fatigues; l'Allemande a quelque chose de trop soumis et de trop facile; l'Anglaise ne manque ni d'humanité, ni d'exaltation, mais elle estiro^ sostenuta (trop prude). La femme fran-
çaise possède l'adresse, l'assurance, la résolution, le ccm^ mandement doux^ la piété sévère, indispensables à un tel état. » Cependant nous ne renonçons pas au désir d'améliorer en cela le service de nos hôpitaux *. »
Cette estime, cette affection pour les Filles de la Charité est, en quelque sorte, traditionnelle sur le siège apostolique. Dans sa bulle du 18 des calendes de septembre 1840, le pape Grégoire XVI, énumérant les douleurs et les joies de l'Église, ses craintes et ses espérances, a dit : « C'est, entre autres, un consolant spectacle pour le monde catholique, et c'est pour les non -catholiques eux-mêmes un sujet d'étonnement, que ces sociétés si multipliées et si répandues de pieuses femmes qui, vivant en commun sous la règle de saint Vincent de Paul ou sous celle d'autres instituts approuvés, et remarquables par leurs vertus chrétiennes, se dévouent tout entières avec allégresse ou à retirer les femmes égarées du sentier de la perdition, ou à former les jeunes filles à la religion, à une piété solide et aux travaux de leur état, ou à soulager de toutes les manières possibles les infortunes du prochain, sans être détournées ni par la faiblesse naturelle de leur sexe, ni par la crainte d'aucun péril. »
Les fatals événements de 1848 chassèrent les Filles de la Charité, tout juste avec la vie sauve, de Gênes, de Sienne, de Parme et de Florence où elles sont depuis retournées.
En 1790, six sœurs partirent de Paris pour l'Espagne.
En 1810, les Filles de la Charité s'établirent à Genève; elle# étaient en Suisse, à.Saconen, depuis 1750. Elles entrèrent en Belgique, à Namur, en 1834, et, en 1852, elles s'introduisirent dans les provinces Rhénanes.
En 1851, une communauté de religieuses hospitalières de Gratz se sentit inspirée de demander son incorporation aux Filles de la Charité de Paris. La fondatrice et supérieure se trouvait, par sa famille, avoir des liens qui l'unis-
1. Hist. du pape Pie VU, par M. leChev. Artaud, 2 vol. in-8, Paris, 1836, t. Il, p. 460.
LES FILLES DE LA CHARITÉ, ETC. 28â
went à celle de saînt Vincent : sa grand'tante, la comtesse e Brandis, avait été, au siècle dernier, une bienfaitrice Qsigne de la maison principale de Naples, où, en cette ualité, elle avait obtenu sa sépulture. La sœur de Brandis int elle-même, avec une de ses compagnes, passer près de leux années dans la maison mère de Paris. A son retour à iratz, toutes ses sœurs revêtirent avec elle le costume et .doptèrent les règles des Filles de la Charité, et, du consentement de l'ordinaire, se mirent sous la direction et autorité du supérieur, général de la Mission. Ce fut l'introâuction de la double famille de saint Vincent de Paul en Autriche. Les Missionnaires devaient bientôt suivre les Filles de la Charité. Dès 1857, la maison de Gratz s'était tellement développée, .que trois cents sœurs en étaient séries déjà pour se répandre dans les différentes parties de Empire, avec l'autorisation du gouvernement qui désire eur confier tous ses établissements charitables.
Depuis longtemps les Missionnaires des Iles-Britanniques éclamaient leurs sœurs de la Charité. Quatre sont envoyées
Drogheda en 1855. En 1857, M. Etienne, supérieur généal, en conduit lui-même dix à Dublin pour y former deux tablîssements. Dans ces deux villes, elles circulent librenent avec leur blanrhe cornette, visitent les malades et lîrigent des écoles. Elles ont conquis l'admiration des proestants eux-mêmes. A Sheffield, en Angleterre, où elles 'établissent encore en 1 857, même liberté, mêmes soins, ^émes sympathies.
Lisbonne avait été cruellement éprouvée par le choléra H 1856. ïbus les orphelins faits par l'épidémie avaient été Onfiés aux soins de la société consolatrice des affligés qui, e pouvant les recueillir tous, appela à son aide les sœurs e la Charité. Des informations sont prises, l'autorité atriarcale est consultée, et, en février 1857, est signé un écret royal qui approuve et autorise l'entrée en Portugal es sœurs de la Charité et de deux Missionnaires, qui seront hjarg^s de la direction spirituelle des sœurs et se mettront
eux-mêmes au service de Tassociation. Eh juîti 1857, suivant le vœu exprimé dans l'ordonnance royale, M. Etienne, supérieur pjénéral, part pour Lisbonne afin d'y tout préparer. Logé dans le palais même de la tante du roi, promotrice de l'œuvre, bien accueilli du roi, des ministres et du cardinalarchevêque, il est plein d'espérance. Pour comble de joie, il a incorporé à la maison mère une communauté de vingt et une sœurs, dernier débris de la Révolution, qui, séparée depuis trente-huit ans, était demeurée stérile. Il repasse en France. Soudain, la fièvre jaune éclate à Lisbonne et multiplie le nombre des orphelins. On appelle les sœurs à grands cris. Elles n'hésitent pas, et, au mois d'octobre 1857, cinq d'entre elles, conduites par les Missionnaires Sipolis et Miel, arrivent à Lisbonne au milieu des morts et des mourants. « En voilà qui n'ont pas peur! » dit le peuple à la vue de leur courage. Elles se mettent aussitôt à l'œuvre, et payent leur bienvenue et inaugurent leur ministère charitable par la mort de l'une d'entre elles. Six nouvelles sœurs arrivent au mois de décembre. L'infante Isabelle leur donne son palais d'Ajuda pour servir d'hospice aux orphelins. Le roi, la reine, les infantes, l'élite de la noblesse et du peuple, les visitent, les admirent et les soutiennent de leurs aumônes et de leur protection. Neuf mois s'écoulent ainsi. Tout à coup, à un mot d'ordre parti probablement d'Angleterre, c'est un concert de déclamations dans la presse libérale qui feint de voir partout le monstre de la réaction religieuse, du jésuitisme, de l'inquisition, etc., sous la blanche cornette des sœurs de la Charité; c'est, dans les rues, une lâche conspiration d'outrages et d'infâmes traitements contre ces saintes filles. Cependant les interpellations, les pétitions en sens contraire se croisent à la tribune des chambres. Le gouvernement du ministre franc-maçon Loulé se tait, ou même protège ces infamies ; puis il recourt à une de ces misérables transactions qui ne satisfont personne et sacrifient toujours le bon droit. Un décret du 3 septembre 1858 enlève aux sœurs l'enseignement littéraire et reli-
gieux, pour ne leur laisser dérisoirement que leurs exercices pieux et charitables. Ce n'est pas assez pour le libéralisme impie : il faut encore les arracher à leurs orphelius d'Ajuda. Vains efforts 1 Les institutions chrétiennes se multiplient toujours sous la persécution, et bientôt les sœurs comptent en Portugal une maison de plus : augure peutêtre du rétablissement définitif de la double famille de saint Vincent dans ce royaume !
Lâche vengeance de l'Angleterre I de Téchec de ses armes en Crimée, et surtout de ses parodies des institutions charitables du catholicisûie I
L'Afrique devenue française, T Afrique, ce premier théâtre de la charité de Vincent de Paul, devait de bonne heure attirer ses filles. En 1842, à la demande de Tévêque et du gouvernement français, deux établissements de Filles de la Charité se firent à Alger : elles prirent la direction de l'hôpital civil, et ouvrirent une maison pour l'assistance des malades à domicile, l'instruction des jeunes filles pauvres et l'éducation des orphelines.
Depuis longtemps les Missionnaires du Levant, impuissants à désarmer la haine farouche du Turc et à démontrer à l'hérétique la véritable Église, appelaient à leur secours les Filles de saint Vincent de Paul, pour faire aimer à l'un le christianisme dans une de ses plus aimables personnifications, et montrer à l'autre la charité active, caractère exclusif du catholicisme. On songeait à répondre à cet appel, lorsque deux protestantes converties, mesdemoiselles Tournier et Oppermann, qui sollicitaient, malgré leur âge trop avancé, leur admission dans la compagnie des Filles de la Charité, reçurent la promesse d'une dispense en leur faveur, à la condition qu'elles iraient ouvrir, sous la direction des Missionnaires, une école de filles à Constantinople. La condition acceptée avec empressement, elles partirent le 1'' juillet 1839, et leur succès fut tel, que, le 21 novembre de la même année, des sœurs s'embarquaient pour aller former deux maisons de Filles de la Charité, l'une à Cou-
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statttînopîe, l'autre à Smyrne. Arrivées le 4 décembre, les sœurs de Smyrne parcouraient, dès le lendemain, les rues pour la visite des malades à domicile, et étaient reçues parles Turcs , les hérétiques et les schismatiques avec les mêmes démonstrations d'étonnement et de reconnaissance que par les catholiques. Le 21 janvier suivant, leurs classes et leurs ouvroirs étaient en pleine activité et contenaient plus de cent jeunes filles^ Les sœurs de Gonstantinople, arrivées le 8 décembre, commencèrent à donner aux demoiselles Tournier et Oppermann la récompense promise, à savoir rhabit des Filles de la Charité, puis recueillirent leurs orphelines et leurs jeunes écolières. Grâce aux nombreux renforts qui leur furent envoyés de France, les sœurs de Smyrne et de Gonstantinople purent, dans les années suivantes, donner à leurs œuvres un développement meneilleux. A Gonstantinople seulement, dans l'espace d'une seule année, les Filles de la Gharité ont secouru plus de vingt mille pauvres, pansé ou visité plus de quarante mille malades, quelquefois jusqu'à cinq cents par jour, habillé plus de cent cinquante petites filles pauvres, et dépensé, de compte fait, plus de soixante-cinq mille piastres turques. Au mois d'avril 1841, elles envoyèrent même une colonie de cinq d'entre elles en Grèce, dans l'île de Santorin, à l'entrée de l'archipel, où furent fondées les premières écoles catholiques du royaume grec. A ces écoles accoururent des jeunes filles de tout l'archipel. Bientôt les sœurs purent ouvrir un orphelinat, un ouvroir, tout en se livrant, comme partout, au soin des malades chez elles et à domicile. Les
1. C'est à Sinyroe qu'a été élevée la petite-fille de Hussein, dirnier dey d*Alger. Admirable coup de cette Providence qui, dit Bossuet (Or. fun. d'Henriette d'Angleterre), ébranle tout un État pour affranchir ses élus des lois de Terreur, car elle met les âmes à ce prix! Le renversement de l'État paternel jette cette jeune fille à Smyrne, où elle est faite chrétienne, et delà, au lieu d'aller habiter un harem oriental , elle vient à Paris, où eUe est encore expjer, dans une maison et sous Thabit des Filles de la Charité, les crimes de sa race, dont elle est peut-être appelée à être la rédemptrice! Optimampor* tem elegit !
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conquêtes morales que leur valut tant de charité excitèrent contre elles la persécution du schisme; mais, défendues par M. de Lagrenée, notre ministre plénipotentiaire en Grèce, elles furent officiellement autorisées par le gouvernement grec.
Il est à Alexandrie d'Egypte un hôpital fondé par les nations européennes. En l8ââ, sept Filles de la Charité en allèrent prendre la direction. Elles organisèrent encore des classes pour les jeunes filles, en attendant qu'on leur construisit une maison vaste et appropriée à leurs diverses fonctions charitables.
Depuis quelques années, elles ont pénétré en Perse. En 1856, quelques-unes d'entre elles se sont établies à Khosrova.
Le 23 octobre 18â7, douze Filles de la Charité s'embarquaient à Marseille pour la Chine. Le clergé et le peuple de la ville donnaient les marques du plus pieux intérêt à ces Missionnaires de nouvelle sorte et saluaient leur départ. Une solennelle messe pontificale était célébrée dans le port et sur le bâtiment. Le 21 juin de l'année suivante, la sainte colonie abordait à Macao. Encore un vœu deux fois séculaire de saint Vincent d'accompli ! — Vœu semblable du saint et de nos héroïques Missionnaires de Madagascar réalisé en 1859 : des Filles de la Charité sont parties pour Bourbon où elles sont à peine arrivées.
En 1844, dix Filles de la Charité partaient d'Espagne, et le 4 novembre elles arrivaient sur la terre de Vera-Cruz. Le 15, elles étaient à Mexico. Elles se mettent immédiatement à l'œuvre, et commencent par une école de petites filles. La sœur Agnès Cabre meurt aussitôt pour inaugurer la mission, et en accomplissement de l'off'rande qu'elle a faite $ur mer de sa vie pour la conservation de celle de ses compagnes. Voilà celles-ci aguerries. Éclate alors la révolte de i^areden. Elles se rendent sur le champ de bataille de Pue- )la, leur premier champ de bataille. Au blocus de Puebîa, ovilées par Santa-Anna à soigner les blessés, elle acceptent
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à la condition de soigner les blessés des deux partis. La condition est agréée. Mais, cette fois, elles ne payent que de bonne volonté : avant leur arrivée à Puebla, le siège était levé. Elles retournent alors à leurs fonctions ordinaires. Vers la fin de janvier 1855, elles ouvrent un séminaire interne à Mexico et s'installent à l'hôpital de Saint- Jean -de -Dieu. Elles ont bientôt cinq établissemenis à Mexico : leur maison centrale (séminaire et pensionnat), trois hôpitaux et une maison de femmes aliénées. Hors de la capitale, elles s'établissent successivement à Lilâoetà Lagos, où elles dirigent hôpitaux et écoles; à Guanaxuato et à la Colonie des Anges , pour le soin des hôpitaux de Notre-Dame- de -Belen et de Saint-Pierre; enfin, à Monterey» où elles tiennent une maison de charité. — Le 3 décembre 1847, six sœurs s'embarquaient à Cadix, et, le 8 janvier suivant, elles prenaient possession de l'hospice de la Havane, où elles ont aujourd'hui huit maisons, tant hôpitaux qu'écoles et orphelinats.
En 1849 et 1850, la Compagnie conquérait en un seul jour tout le territoire des États-Unis, en s' adjoignant plus de quatre cents religieuses de Saint- Joseph, fondées à Baltimore, au commencement de ce siècle, par une Américaine, madame Seton.
Déjà, en 1847, elle s'était établie à Marianna, au Brésil, pour y tenir un pensionnat et un petit hôpital, et désormais elle sera associée à l'œuvre des Missionnaires.
En 1853, à Rio-de-Janeiro , elle prenait possession du grand hôpital de la xMiséricorde , le plus beau du monde; de l'hôpital moins considérable, quoique magnifique encore, de Pedro-Segundo ; de l'asile des aliénés; de celuide la Saude, pour maladies contagieuses; puis de diverses, maisons d'éducation : le collège de l'Immaculée-Gonception, la Maison-Française, la Providence et l'Orphelinat,
En entrant à l'hôpital de Rio-Janeiro, elles sont accueillies par la fièvre jaune, et lui payent de six d'entre elles une terrible bienvenue. La sœur Despiau se hâte d'écrire à
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supérieure à Paris : « Vive la croix et la belle Mission de ^-Janeiro, où l'on gagne sitôt la couronne de la vie éterle ! Six de vos filles, ma bonne mère, ont déjà reçu la ompense de leur dévouement; une septième est à la •te du Paradis, et probablement, avant le départ de ma re, j'aurai à vous dire qu'elle a rejoint ses compagnes. » veut les forcer à quitter l'hôpital et à se retirer à la npagne. Toutes répondent qu'elles veulent être prises armes à la main, et mourir avec honneur sur le champ bataille. On insiste. Alors la sœur Despiau invoque le ité qui leur donne quatre mois pour exécuter leur retraite rës la signification donnée, et, au nom de ce traité, elle ilame pour elle et pour ses sœurs le droit de mourir à son sle!
Toujours en 1853, les Filles de la Charité s'établissent à hia, où elles ouvrent un pensionnat, avant d'être charîs d'un orphelinat et d'un hôpital.
En 1856, sept Sœurs sont mises à la tête de l'hôpital de tre-Dame-de-l'Exil, capitale de l'île et province de nte-Catherine. Enfin, en 1857, une quinzaine sont appes à l'hôpital de Pernambouc, au poste que la charité proétique de leur père leur avait désigné depuis deux cent -sept ans I
Le 17 novembre 1857, les premières Sœurs chiliennes, nombre de trente, partaient de Bordeaux, et, après une gue navigation de quatre mois, le 16 mars 1858, elles ardaient à Valparaiso. Le 29, elles étaient reçues en graphe à Santiago, et, bientôt après, huit d'entre elles raient à Thôpital des femmes de San-Francisco-de-Borja, es autres se partageaient entre l'hôpital des hommes de i-Juan-de-Dios, l'hospice des enfants trouvés et la maison traie ou séminaire interne.
/année dernière, à l'occasion d'une de ces révolutions réquentes au Chili, les Sœurs de Santiago, sur l'invitâi du gouvernement, se rendirent quatre à Saint-Philippe, { à la Serena, sous la conduite de M. Benech, leur direc-
teur, pour y prodiguer leurs soins aux victimes de la guerre, sans acception de parti. Â toutes les époques et sous tous les climats, les Sœurs de la Charité sont fidèles à la belle Mission inaugurée, il y a près de deux cent cinquante ans, par les quatre pauvres filles envoyées à Arras par saint Vincent de Paul.
Cette même année 1857, le gouvernement du Pérou et Tarchevôque de Lima demandèrent une maison de Missionnaires et trois de Filles de la Charité; et, le 16 septembre, un navire décoré du nom de Saint'Vincmt'de-Paul partait de Bordeaux, emportant cinquante Sœurs et deux Missionnaires. Cinq Sœurs devaient être déposées à Valparaiso, pour le service de l'hôpital ; le reste était destiné pour Lima.
Enfin, deux ans après» les Filles de la Charité achevaient par la Plata leur charitable conquête de TAmérique du Sud, et s'établissaient à Buenos-Ayres.
Les voilà donc presque aussi étendues que le catholicisme lui-même. Elles remplissent la France et l'Algérie. Elles sont en Belgique et en Suisse ; dans tous les États italiens; en Espagne et en Portugal; en Angleterre et en Irlande; dans la Pologne russe, prussienne ou autrichienne; en Prusse et en Autriche ; en Turquie, en Grèce, en Egypte et en Perse; elles se sont répandues en quelques années dans presque* tous les États de l'Amérique du Nord et du Sud; enfin, on les trouve postées aux deux extrémités de l'Afrique et de l'Asie, en Chine et à Bourbon.
Elles se dénombrent par milliers, et leurs établissements par centaines. Aussi variés que nombreux, ces établissements embrassent tous les âges, tous les besoins, toutes les misères de la vie humaine. 11 y a des crèches pour le nouveau-né, des hospices pour le vieillard; des asiles pour l'enfance, pour les domestiques, pour les aveugles, pour les aliénés, et dernièrement, à la Teppe, près Tain (Drôme), il s'est formé, grâce à la généreuse initiative du comte de. Larnage, un asile pour les épileptiques ; il y a des maisons d'enfants trouvés, des orphelinats de filles et de garçons;
des écoles de jeunes filles, d'adultes et de sourds-muets; des ouvroirs et des maisons de patronage ; il y a des consei'vatoires où les filles du peuple sont élevées jusqu'à leur mariage, comme les filles de la pauvre noblesse l'étaient autrefois à Saînt-Cyr, et des dispensaires où le pauvre vient chercher, d'où les Sœurs portent au pauvre remèdes et secours; il y a ces innombrables postes où la charité veille, et d*où, après ou sans appel, elle va visiter et secourir la maladie et la pauvreté à domicile. On trouve les Filles de la Charité dans les colonies agricoles, dans les dépôts de mendicité, dans les prisons ; elles sont à la tête de toutes les maisons hospitalières, hospices, hôpitaux civils ou militaires. Le soldat, nous l'avons vu, depuis leur origine, elles le suivent et le soignent partout, au milieu et hors de la bataille : aussi, dans les infirmeries des écoles, aux Invalides, c'est elles encore qui sont là.
Toutes ces fonctions bénies des hommes, Dieu lui-même semble avoir voulu les autoriser et les consacrer par des grâces privilégiées, par des visions miraculeuses qui, récompense d'abord de tant de charité, ont ensuite puissamment influé de nos jours sur le développement de la piété catholique.
En septembre 1830, une jeune Sœur du séminaire des Filles de la Charité vit, pendant l'oraison, un tableau représentant la sainte Vierge, telle qu'on la dépeint communément sous le titre d'immaculée, en pied, revêtue d'une robe blanche et d'un manteau bleu argenté, avec un voile aurore, les bras entr'ouverts et étendus vers la terre. Ses mains étaient chargées de diamants d'où s'échappaient, comme par faisceaux, des rayons éclatants qui se dirigeaient vers^le globe, et sur un certain point avec plus d'abondance. Elle entendit en même temps une voix qui lui disait: « Ces •ayons sont le symbole des grâces que Marie obtient aux lommes ; et le point du globe sur lequel ils découlent plus tboodamment, c'est la France. » Autour du tableau elle lut 'invocation suivante, écrite en caractères d'or « 0 Marie
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conçue sans péché, priez pour nous, qui avoiis recours & vous ! » Quelques moments après, le tableau se retourna, et sur le revers, elle vit la lettfe M surmontée d'une petite croix, et au-dessous les saints cœurs de Jésus et de Marie. Et elle entendit la même voix qui lui disait : « Il faut faire frapper une médaille sur ce modèle, et les personnes qui la porteront indulgenciée et qui feront avec piété cette courte prière, jouiront de la protection toute spéciale de la Mère de Dieu. » Elle raconta cette vision à son directeur qui n*y vit d'abord qu'une illusion pieuse. Mais la vision s'étaot reproduite deux autres fois, à quelques mois d'intervalle, accompagnée de tendres reproches de Marie, le directeur y soupçonna une réalité, et, encouragé par Mgr de Quéleo, archevêque de Paris, si dévot à la sainte Vierge, il fit frapper la médaille en juin 1832. Depuis, cette médaille s'est propagée par milliers et par milliers, et les nombreux prodiges dont elle a été l'instrument lui ont valu le titre de miraculeuse. C'est elle qui, en 1842, à Rome, a converti Alphonse 'Ratisbonne. C'est elle qui' se voit aujourd'hui, comme un signe d'honneur et une sainte cuirasse, sur toutes les poitrines chrétiennes, et que nos soldats naguère se faisaient, gloire de porter sur les champs de bataille. Nulle dévotion n'a mieux préparé le monde catholique à la proclamation du dogme de l'Immaculée Conception, et nulle famille religieuse, par conséquent, n'a plus contribué que les Filles de la Charité à cette nouvelle gloire de Marie. Ce culte de la Vierge Immaculée, elles l'avaient reçu de saint Vincent de Paul qui se plaisait, comme nous l'avons remarqué plus d'une fois, à saluer Marie sous ce titre, si longtemps avant la définition dogmatique. Et depuis leur origine, elles étaient dans l'usage de se consacrer solennellement à la sainte Vierge le 8 décembre, et de réciter chaque jour, à toutes les dizaines du chapelet, cette profession de foi : « Très- sainte Vierge, je crois et confesse votre sainte et immaculée Conception pure et sans tache. 0 très-pure Vierge, par votre pureté virginale, par votre Conception immaculée et votre glorieuse
qualité de Mère de Dieu, obtenez -moi de votre cher Fils l'humilité, la charité, une grande pureté de cœur, de corps et d'esprit, la persévérance dans le bien, le don d'oraison, une bonne vie et une bonne mort !» A ce touchant appel d'une piété plus de âeux fois séculaire, la sainte Vierge a d'abord répondu elle-même en se proclamant conçue sans péché y puis l'Église, en décrétant la confession de cette glorieuse prérogative, et en mentionnant l'apparition de la médaille miraculeuse dans la bulle de défmition ^
Le soir de l'octave de saint Vincent de Paul, 26 juillet 18A6, une Sœur de la Charité, étant montée à la chapelle de son vénéré Père, crut voir Notre-Seigneur tenant à la main droite un scapulaire écarlate, suspendu par deux rubans de laine de la même couleur. D'un côté, il était représenté cru* ciflé, avec les instruments de la Passion et cette légende : « Sainte Passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ, sauveznous! » A l'autre extrémité du ruban, la même étoffe étailr recouverte de l'image des sacrés cœurs de Jésus et de Marie, du milieu desquels semblait s'échapper une croix avec cette légende : u Sacrés cœurs de Jésus et de Marie, protégeznous! » Cette apparition se renouvela plusieurs fois, et la Sœur crut entendre ces paroles : « Tous ceux qui porteront ce scapulaire recevront tous les vendredis une grande augmentation de foi, d'espérance et de charité. » Sur l'exposé qui lui fut fait, le souverain Pontife Pie IX autorisa tous les prêtres de la Mission à bénir et à distribuer le scapulaire de la Passion de Jésus-Christ, et enrichit cette dévotion d'un grand nombre de privilèges et d'indulgences '.
C'est ainsi qu'il a plu à la Providence de se servir des Filles de la Charité pour promouvoir et répandre la piété catholique dans ses deux grands objets : la Vierge immaculée et Jésus souffrant. C'est ainsi encore qu'elle les a
1. Notice historique sur Vorigine et les effets de la nouvelle médaille.,, connue sous le nom de médaille miraadeuse. „,^a,T W**, prêtre de la congrégation de la Mission de Saint-Lazare^ 8« éd., in-18, Paris 1842.
2. Le scapulaire de la Passion de Jésus-Christ, etc.; in-18^ Paris^ 1853.
associées à Tœuvre des MissioDDaires, qu'elle les a faites Missionnaires elles-mêmes, en ajoutant une sorte d'apostolat dogmatique à r apostolat d'action et de charité qu'elles exerçaient depuis plus de deux siècles.
Celui-ci néanmoins demeure toujours leur propre et véritable apanage. C'est par là qu'elles ont envahi la terre, par ce feu divin qu'elles l'ont embrasée. C'est par là qu'elles ont résisté à toutes les révolutions, survécu à tant de morts de familles religieuses, qu'elles sont sorties plus jeunes, plus fortes que jamais de tant de ruines où tant de choses sont . restées ensevelies. C'est par là, enfin, qu'elles commandent respect et amour à notre siècle sensuel et cupide, trop souvent incapable de comprendre la religion autrement que dans les services rendus aux misères et aux douleurs physiques. (( Saint Vincent, a dit le cardinal Wiseman, avait compris que les femmes seules pourraient suppléer les mères et les sœurs auprès des malades et des mourants, qu'elles seules pouvaient remplacer la famille pour les pauvres •orphelins et pour les vieillards qui ont perdu leurs amis et leurs enfants. Voilà plus de deux siècles que cette institution a été établie, et elle a toujours été en se répandant de plus en plus dans le monde catholique. La France, où elle a pris naissance, a vu depuis cette époque bien des révolutions; la religion a été persécutée, et pourtant, aussitôt qu'il se faisait un peu de calme, les Sœurs de la Charité reprenaient leurs œuvres charitables, et les peuples s'empressaient de les accueillir et de les honorer ^ » Les communautés livrées à la prière et à la contemplation, ces paratonnerres mystérieux de la colère céleste, ces mines cachées d'où se répand sur le monde l'or de la grâce, le siècle n'en a ni l'intelligence ni le goût. Le prêtre, trop souvent, il le craint plus qu'il ne l'aime, il le persécute plus qu'il ne le pratique. Ces religieux mêmes qui sont comme la sainte démocratie de l'Église, voués comme le bas peuple