HÔPITAL DE SAINTE-REINE
^interdire à celui qui souffre de crier au secourd et d'im^ poser aiûsi au passant des privations faciles et légères, plua utiles à qui donne qu'à qui reçoit. Puis , comment Tinter'^ di^e? La pauvreté et la charité conjureront toujours contre la loi, avec la complicité de ses agents eux-mêmes. Enfin* interdire la mendicité^ n'est-ce pas proclamer le droit au travail ou le droit au secours? n'est-ce pas l'engagement pris par la société de nourrir tous les misérables? n'est-ce pas aller droit à la taxe des pauvres?
Tout cela serait vrai, si la mendicité était le seul moyen de faire connaître et de secourir la misère dans les libres conditions de la charité chrétienne. Mais il n'en est rien ; et la mendicité demeurant toujours mortelle au pauvre luimême et funeste à l'État, il faut y trouver des remèdes qui B^iftient de danger ni pour l'un ni pour l'autre, qui réhabilîletit l'âme du pauvre au lieu de la dégrader, qui délivrent la société sans lui imposer d'engagements, qui excitent la charité, la provoquent sans l'imposer. Or, qui ne trouve tout cela dans les institutions de saint Vincent de Paul, surtout dans l'organisation du secours à domicile, le plus moral, le plus utile de tous pour le pauvre et pour le riche ? Dès lors, le pauvre n'a plus besoin d'aller au-devant de la charité; c'est la charité qui va au-devant du pauvre.
Hôpital de Sainte-Reine.
Ytncent avait pourvu aux misères ordinaires de tous les âges de U vie humaine ; mais il en est d'exceptionnelles que sa charité ne pouvait oublier.
A Alise, la petite ville immortalisée par la défaite de la Gaule coalisée et la victoire de César, sont des eaux thermales et un tombeau qui, depuis de longs siècles, attirent un grand nombre de pauvres et de pèlerins, non-seulement de la Bourgogne, mais de plusieurs autres provinces : ce sont les eaux et le tombeau de sainte Reine, vierge et mar-
tyre. Un bourgeois de Paris, nommé des Noyers, y fit un pèlerinage avec sa femme, vers Tannée 1658. Il ne faut pas confondre ce des Noyers avec le secrétaire d'État dont nous avons parlé plus d'une fois : celui-ci, devenu veuf, entra dans la Congrégation de la Mission, en qualité de frère coadjuteur, et mourut à Tréguier en Bretagne, en 1690 *.
Des Noyers, étant donc allé chercher la santé aux eaux de Sainte-Reine, fut douloureusement surpris d'y voir un tas de malheureux qui, après les fatigues du voyage, étaient réduits, faute d'hôtellerie chrétienne, à coucher sur la terre nue, soit dans quelque grange, soit même dans les rues du village où les injures de l'air leur causaient quelquefois des maladies plus funestes que celles dont ils étaient venus demander la guérison aux eaux médicinales et à la sainte patronne. Mais, chose plus triste, ils n'étaient pas moins abandonnés pour l'âme que pour le corps, et, dans leurs souffrances, à leur dernière heure, ils étaient privés de toute consolation religieuse. Ainsi, à nul point de vue, ils ne trouvaient' là V homme de l'Évangile qui les plongeât dans la piscine où ils auraient recouvré la santé physique ou la santé morale. Aussi, en grand nombre, ils périssaient misérablement, en quelque sorte abandonnés de Dieu et des hommes.
De retour à Paris, des Noyers raconta son voyage à un prêtre de la Doctrine chrétienne, son directeur, et lui soumit son pieux dessein d'aller s'établir avec sa femme à Sainte- Reine, et d'y mettre leur bourse et leur personne au service des pèlerins les plus malades et les plus pauvres. Leur exemple toucha quelques personnes charitables qui s'unirent à eux de corps et de biens, et commencèrent la bonne œuvre. Mais ils ne tardèrent pas à reconnaître qu'elle dépassait leurs forces. Où loger tant d'infirmes, tant de mendiants? Il fallait une maison vaste et commode, et ils n'étaient pas assez riches pour la bâtir.
1, Sumrtu, p. ils.