‹ Saint Vincent de Paul, sa vie, son temps, ses œuvres, son influenceChapitre 61 sur 87 · HÔPITAL DE SAINTE-REINE · texte numérisé non relu

HÔPITAL DE SAINTE-REINE

Dans cet embarras, ils songèrent, comme tant d'autres, au grand intendant des affaires de la Providence^ à Vincent de Paul, et ils lui députèrent des Noyers et quelques-uns d'entre eux pour en conférer avec lui. Arrivés à Paris, ceux-ci lui exposèrent l'état des choses et lui demandèrent l'appui de ses conseils et de son crédit. Le saint vieillard loua leur dessein, mais il en sentit toute la difficulté. Dans des temps meilleurs, un de ses plus illustres et de ses plus dignes coôpérateurs, le baron de Renti, que nous retrouverons plus d'une fois mêlé à ses œuvres de charité, avait eu la même pensée, sans avoir pu réussir à l'exécuter. Néanmoins, il crut que Dieu voulait peut-être la réaliser par des instruments plus faibles et contre toute espérance pour s'en réserver la gloire, et il engagea des Noyers et ses compîTgnons à le consulter dans une retraite spirituelle. De son côté, il pria, et quand la conférence fut reprise après la retraite, il les interrogea de nouveau, et, sur leurs réponses, il leur déclara hardiment que leur dessein était du ciel, et qu'il fallait l'entreprendre.

Restait à déterminer les moyens d'exécution. Une aprèsdinée tout entière fut consacrée à en délibérer. Devait-on commencer jgkvec le petit fonds déjà réuni, ou attendre de plus abondantes ressources? Vincent écouta en silence la discussion ; puis, d'un ton de voix ferme et religieux : « Béni soit Dieu! s'écria-t-il tout à coup; il veut assurément cet ouvrage. Ayez confiance en sa bonté, espérez tout de sa Providence. Mettez promptement la main à l'œuvre et jetez les fondements d'un hôpital, sans vous mettre en peine d'autre chose que de bien servir les pauvres. Dieu fera le reste. Rapportez tout à sa gloire, humiliez-vous beaucoup en la vue de votre néant, et faites bonne provision de patience : car vous aurez plusieurs persécutions à souffrir, et ceux qui devraient vous appuyer de leur protection, seront les premiers à traverser vos desseins. »

Les députés furent moins effrayés de cette prédiction qu'affermis dans leur dessein par les encouragements de

l'hottino de Diea, et ils ne songèrent plus qa'à rMMiner à Sala te« Reine pour y servir en Ja persoaiié éêfR pauyres pèlerins celui qui a paru sur la terre comme uii voyageur (Jérém., xiv), n'ayant ni domicile ni retraite. A leur départ, ils vinrent prendre congé de Vincent et lui demander sa bénédiction. « Allez, mes enfants, leur difï-il au milieu de mille témoignages de tendresse; mettes toute votre confiance en Nôtre-Seigneur; je le prie de tout mon cœurd« vous donner sa sainte bénédiction. » Et ii y ajoalâ la sienne.

De retour à Sainte-Reine le 12 mai 1669^ ils prireot d'abord l'agrément de Tévèque d'Autun de qni dépendait Alise, avant d'appartenir au diocèse de Dijon par seule de la nouvelle circonscription départementale ; puis ik se mirent à servir les pauvres et à leur bâtir un hôpital. Eo attendant que l'hôpital fût construit, ils leur dressèrtrat des lits dans la grange qui leur avait servi jusc^u'à ce jour de retraite, et pourvurent à tous leurs besoins. Alors leur vinrent les contradictions prédites, mais, par cela même, impuissantes à les abattre, car depuis longtemps ils se tenaient fermes contre elles; et d'ailleurs, par la même bouche, le triomphe ne leur avait-il pas été annoncé comme la lutte? Sans s'étonner, sans reculer, ils pressèrent donc l'ouvrage, et, dès l'année suivante, l'hôpital fut en état de recevoir les pauvres pèlerins.

Vincent ne se contenta pas d'avoir fait à l'œuvre nouvelle l'aumône de ses conseils et de ses encouragements. Il lui procura l'appui d'Anne d'Autriche qui le prit sous sa pr(^ tection et lui obtint de grands privilèges, avec des lettres patentes du roi vérifiées plus tard au parlement de Dijon. Malgré la difficulté des temps, la gène de sa maison, il y contribua de ses aumônes ; et quoique ses infirmités le missent dans l'impuissance presque totale de sortir pendant les deux dernières années de sa vie, il fit si bien, par ses charitables requêtes, que l'hôpital de Sainte-Reine, commencé avec dix mille Uvr«d, ptti binniôt poHmt M

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