MO«T DE LOUIS XIII. S
infligé à sa mère; le Père Dinet insiste sur la nécessité. dp faire la paix et de soulager le peuple. » : I
Ce n'est pas, on le voit, par répulsion pour le P. Din^^ (pie Louis XIII, dans ce moment suprême, voulut appeler d'autres prêtres, mais seulement pour multiplier autour de loi les consolations et les encouragements de la religion. Outre Cospéan, évêque de Lisieux, et Tévêquë de Meaux^ 3on premier aumônier, il demanda Vincent de Paul. Anne 1* Autriche, admirable en ces derniers jours pour un épouxjui l'avait souvent dédaignée, et pleine de vénération et de confiance pour le saint prêtre, lui avait, sans doute, suggéré ce dernier choix. C'était vers la fin d'avril. Vincent se rendit à Saint-Germain, et, abordant le roi, il le salua par ces paroles de l'Écriture (Eccli., i, 13) : Timenti Dominum bene erit in extremis; et le pieux monarque, nourri de la lecture du livre divin, acheva lui-même le verset : Et in die defunctionis suœ benedicetur, A cette époque, il y eut dans l'état du roi ce mieux trompeur qui précède toujours la mort, et Vincent, que ses affaires avaient rappelé à Paris, ne retourna pas le jour suivant à Saint-Germain. Mais trois jours avant sa mort, le roi le fit rappeler, et Vincent resta auprès du prince jusqu'à son dernier soupir. Malgré la certitude de sa fin prochaine, Louis XIII faisait des plans de gouvernement chrétien. 11 voulait surtout travailler à la conversion des protestants et bien pourvoir les bénéfices ecclésiastiques : « Oh 1 monsieur Vincent, disait-il alors, si Keu me rend la santé, je ne nommerai personne à l'épis- Copat qui n'ait passé trois ans avec vous. »
Mais il revenait bientôt à la pensée de la mort, et il deinandait à Vincent quelle était la meilleure manière de s'y préparer. « Sire, répondit le saint, c'est d'imiter celle dont Jésus-Christ se prépara à la sienne, et de se soumettre entièrement et parfaitement, comme il fit, à la volonté du Père céleste \ Non mea voluntasy sed tua fiât! — 0 Jésus, r^renait le religieux monarque, je le veux aussi de tout mon cœur. Oui, mon Dieu, je le dis et le veux dire jusqu'au
dernier soupir de ma vie : Fiat voluntas tua ! » Puis il parlait gaiement de son dernier voyage. Il faisait ouvrir les fenêtres de sa chambre du côté de Saint-Denis, et, à la vue des tours de la basilique, il disait en souriant : a Voilà où je serai bientôt et où je demeurerai longtemps. Mon corps sera bien ballotté, car les chemins sont mauvais. » Et, sûr de sa fin prochaine, il ne crut plus devoir surmonter son dégoût pour la nourriture. Néanmoins, il en eut desscru- •pules, et, faisant signe à notre saint : « Monsieur Vincent, lui dit-il, les médecins me pressent de prendre de la nour-* riture; j'ai refusé, car aussi bien il faut que je meure: que me conseillez-vous? — Sire, répondit Vincent, les médecins ont toujours entre eux cette maxime de faire prendre de la nourriture aux malades tant qu'il leur Yeste quelque souffle de vie, espérant toujours un retour de santé. Voilà pourquoi, s'il plaît à Votre Majesté, vous ferez l?ien d'en prendre. » Et le roi, appelant Seguin, se fit apporter un bouillon. Mais, aussitôt après, tendant son bras au médecin: (( Seguin, lui dit-il d'une voix ferme, tâtez mon pouls, et dites-moi, je vous prie, combien j'ai encore d*héuresà vivre; mais tâtez bien, car je serai bien aise de le savoir au vrai. » Seguin tâta quelques instants en silence; puis il répondit froidement : « Sire, votre Majesté peut avoir encore deux ou trois heures tout au plus. » Alors, joignant les mains et regardant le ciel, le prince s'écria sans montrer d'altération : « Eh bien, mon Dieu, j'y consens, et de bon cœur ! » Et, tendant de nouveau du côté de Vincent son bras faible et amaigri : « Voyez, monsieur Vincent, lui dit-il, est-ce là le bras d'im roi? Vous voyez ce que c'est que des i:ois aussi bien que des autres hommes ! » Bouvart lui prit le bras à son tour et lui dit : « Sire, si ma conjecture ne me trompe pas, Tâmé de votre Majesté sera bientôt délivrée des liens du corps, car je ne lui trouve plus de pouls. — Mon Dieu, s'écria le monarque, recevez-moi à miséricorde ! )) Et les prières des agonisants commencèrent, auxquelles il répondit d'une voix faible et mourante. Quelques
MORT DE Inouïs }iIII. ' 38^
instants après, il expiiait entre Jies bras du P. Dinet et de Vincent de Paul.
On venait de faire retirer la reine qui, jusqu'à ce djernier moment, était restée dans la. ruelle à prier Dieu. Vincent falla consoler, et il revint à Paris ordonner des prières pour elle et pour le roi défunt. Dès le lendemain, un service soleonel était célébré dans l'église de Saint-Lazare, et tous les prêtres de la Mission , reconnaissants des aumônes que le prince leur avait léguées par testament pour les pauvres gens de la campagne, offraient le saint sacrifice pour le repos de son âme. Après quoi, le même jour, vendredi 16 mai 16&3, lendemain de l'Ascension , \incent écrivait à Godoing, supérieur de la Mission à Rome : u 11 a plu hier à Dieu de disposer de notre bon roi, le jour même où il a commencé son règne il y a trente-trois ans. Sa Majesté a désiré que j'assistasse à sa mort avec Messeigneurs les évêques de Lisieux et de Meaux, sou premier aumônier, et le R. Pèi*e Dinet, son confesseur. Depuis que je suis sur la terre, je n'ai vu mourir personne plus chrétiennement. Il y a environ quinze jours qu'il m'a fait commander de l'aller voir, et, comme il allsdt mieux, je n'y suis pas retourné le jour suivant. 11 m'a fait réclamer il y a trois jours, pendant lesquels I^otre-Seigneur m'a fait la grâce de rester auprès de loi» Je n'ai jamais vu une plus grande élévation à Dieu, une plus grande tranquillité, une plus grande crainte des moindres actions qui peuvent être péchés, une plus grande bonté ni un plus grand jugement en une personne d'un tel état. Avant-hier, les médecins, l'ayant vu endormi et les yeux tournés, craignirent qu'il n'allât expirer et le dirent au père confesseur, qui l'éveilla tout à coup, et lui dit que les médecins estimaient que l'heure était venue, et qu'il fallait fÛFe la recommandation de l'âme. Au même instant, l'esprit rempli de celui de Dieu, il embrasse ce bon père et lui rend grâces de la bonne nouvelle qu'il lui donne. Tout à coup, élevant les yeux et les bras vers le ciel, il dit le Te Deum laudamusy et le finit avec une ferveur si grande, que
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le seul souvenir m'attendrit dans cet instant que je vous parle. Et comme la cloche m'appelle et m'empêche de vous en dire davantage, je finis en le recommandant à vos prières et à celles de la Compagnie ^ »
Louis Xlll n'avait jamais bien traité la reine, et celle-ci, blessée de ses froideurs et de ses négligences, s'était fait le centre d'une opposition sourde au* gouvernement de Richelieu. S' appuyant sur l'Espagne au dehors, et, au dedans, sur le duc d'Orléans, le parti de la reine mère et de tous les mécontents, de tous ceux qui , soit par vengeance et intérêt personnel, soit par principe de conscience, condamnaient la politique ,du cardinal ; elle s'était engagée dans diverses entreprises qui n'avaient compromis qu'elle et ses amis. Louis XIII s'en souvenait sur son lit de mort, et, ne pouvant ni exclure de la régence son frère et la mère de son fils, ni la confier entière à l'un ou à l'autre, il était dans d'étranges perplexités. 11 consultait sans cesse Mazario et Ghavigny, sans pouvoir se fixer entre des impossibilités et des répugnances invincibles. Enfin le cardinal Mazarin lui proposa de faire enregistrer au Parlement une déclaration signée de la reine et de Monsieur, par laquelle, tout en donriant à cette princesse le titre de régente, on limiterait tellement son pouvoir qu'elle aurait les mains liées. Cette proposition fut agréée, et, le 20 avril, une députation se rendit à Saint-Germain pour recevoir la déclaration, qui fut enregistrée dès le lendemain à Paris. La reine y était nommée régente, et Monsieur, chef du conseil et lieutenant général du roi mineur sous l'autorité de la reine; mais un conseil leur était adjoint, composé du prince de Gondé, du cardi-
1. Summ., p. 264. — L'original de cette lettre est perdu. Nous Tavons ramenée en français de l'italien du procès de canonisation. — On doit regretter une autre lettre que le saint avait écrite à un vicaire général de Chartres, chargé de composer une oraison funèbre de Louis XHL — Sur la mort de ce prince^ voir, outres les conférences de saint Vincent et quelques papiers des archives delà Mission, les Mémoires de madame de MottevUle, dans la collection Michaud, 2* série, t. X, p. 44, et l'Histoire du règne de Louis XIU, par le P. Griffet, 3 vol. in-4% Paris, 1758; t. III, pp. 609 et suivantes.