‹ Saint Vincent de Paul, sa vie, son temps, ses œuvres, son influenceChapitre 69 sur 87 · Summ.f p · texte numérisé non relu

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Tels étaient les principes généraux de conduite que Vincent apporta au conseil de conscience, principes si opposés à ceux de Mazarin. Bientôt devaient éclater la contradiction et la lutte; mais, en attendant, le saint prêtre réussit à pourvoir l'Église de bons ministres, et même, lorsqu'il fat évincé du conseil. M"* de Motteville nous apprend qu'il put encore, grâce à la pieuse confiance de la reine, diriger les nominations épiscopales. C'était le complément et le coaronnement des services que Dieu l'avait destiné à rendre à l'Église de France.

Obligé de courber les épaules sous le fardeau, au moins fit-il agréer d'Anne d'Autriche qu'il ne vînt à la cour que lorsque Sa Majesté l'y ferait appeler. Par là il se réservait pour la conduite de sa congrégation et de ses œuvres, et il se débarrassait d'une bonne part des importunités de l'ambition.

Il se rendait à la cour dans le même équipage qu'à ses Missions des champs, avec la soutane qu'on peut voiren* core, soutane de grosse étoffe, râpée, rapiécée. Jamsdsil n'en voulut changer, même pour aller au Louvre. Lui en mettait-on une neuve dans sa chambre, il reprenait sa vieille, et, s'il ne la retrouvait plus, il tâchait d'en aviser une semblable sur le dos d'un de ses prêtres à peu près de sa taille, et opérait secrètement un échange qu'il achevait de dissimuler par quelque rajustement. Pauvre, son costume était en même temps très- propre : « sans tache et sans trou , » disait-il lui-même en répondant soit aux compliments soit aux plaisanteries qu'il lui valait. Ainsi répondit-il un jour à Mazarin qui, le prenant par sa méchante ceinture, le montrait à la reine en disant : « Voyez donc, Madame, comme M. Vincent vient habillé à la cour, et la belle ceinture qu'il porte! » Par cette propreté, il croyait suffisamment concilier les devoirs de la bienséance avec ses habitudes de simplicité et de pauvreté. L'éclat du Louvre ne l'éblouissait pas, et si les glaces lui renvoyaient son image : « 0 le gros maroufle ! » s'écriait-il , comparant,

SAINT VINCENT AU CONSEIL DE CONSCIENCE, ETC. ftOl

sans doute, dans sa mémoire les appartements rô]f aux avec la chaumière de son enfance; puis, s'élevant à des pensées plus hautes, il se disait : « Oh mon Dieu I si, par le moyen de ce verre, qui ne provient que de terre, nous voyons jus- ^'à la moindre action qui se fait dans la chambre, qu'estce que ne voient pas les bienheureux dans ce grand miroir de la divinité qui remplit tout, et en qui toutes choses sont renfermées * ! »

Mais ce n'était pas seulement au dedans de lui-même, c'était devant tous qu'il se plaisait à s'humilier, à expier une grandeur involontaire , des distinctions qui lui étaient un martyre. « J'étais bien jeune encore, déposa au procès de canonisation le ministre Le Pelletier^, quand je vis au Louvre le serviteur de Dieu, et je l'y ai vu bien des fois. Il y paraissait avec une modestie et une prudence pleine de dignité. Les courtisans, les prélats , les ecclésiastiques et autres personnes lui rendaient par estime de grands honneurs : il les recevait avec beaucoup d'humilité. I^orti du conseil, où il avait décidé du sort de ce qu'il y avait de plus grand dans le royaume, il était aussi commode, aussi familier avec le dernier des hommes que parmi les esclaves de Tums ou sur le banc des forçats. Un vertueux évêque, qui ne l'avait pas vu depuis son entrée à la cour, l'ayant trouvé ensuite aussi humble, aussi affable, aussi disposé à rendre service qu'auparavant, ne put s'empêcher de lui dire : « Monsieur Vincent est toujours monsieur Vincent. »

Dans les commencements de sa faveur, le prince de ^ondé voulut un jour le. faire asseoir auprès de lui : a Quoi! Monseigneur, répondit en reculant l'humble prêtre; c'est déjà trop d'honneur que Votre Altesse veuille bien me souffrir en sa présence. Mais me faire asseoir auprès d'elle I îgnore-t-elle donc que je suis le fils d'un pauvre villageois ! » — C'était sa défense, son mot d'ordre contre toutes lès attaques faites à son humilité ! — a Moribus et vita nobi-

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