‹ Saint Vincent de Paul, sa vie, son temps, ses œuvres, son influenceChapitre 70 sur 87 · I.Ck>nf.daS4aoûtl · texte numérisé non relu

I.Ck>nf.daS4aoûtl

^. Summ,, 824.

litatur komOf répliqua le prince; d'ailleurs, Monsieur Vincent, ce n'est pas d'aujourd'hui que l'on connaît votre mérite. » Et, pour en mieux juger, il fit tomber la conversation -sur quelque point de controverse. Vincent le traita avec tant de netteté et de précision, que le prince s'écria : « £b quoi! Monsieur Vincent, vous dites, vous prêchez partout que vous êtes un ignorant, et voilà que vous venez de résoudre en deux mots une des plus grandes difficultés qui nous soient proposées par les religionnaires I » De là le prince passa à quelques questions de droit canonique, et, charmé de plus en plus des réponses de Y écolier de quatrième ^ il se leva sans mot dire, et courut féliciter la reine du choix d'un homme si versé dans ce qui regardait les biens et les matières ecclésiastiques.

Dès les premières séances du conseil, Vincent fit adopter un programme, dont voici les principales dispositions :

1* La reine n'accordera aucune pension sur les évéchés ou archevêchés, sinon dans le seul cas permis par le droit; c'est-à-dire lorsque le titulaire, après avoir longtemps servi l'Église, se démettra volontairement de sa charge pour infirmité, vieillesse ou autres raisons pertinentes.

2« Elle n'ordonnera aucune expédition de brevet pour les abbayes, sinon pour ceux qui, outre les autres qualités requises, auront dix-huit ans accomplis, seize pour les prieurés et canonicats des églises cathédrales, et quatorze pour les collégiales.

S*» Elle n'accordera aucun brevet pour les dévolus que l'on n'ait examiné, et les pièces dont prétendent se servir les dévolutaires, et les certificats de vie, mœurs et capacité, qu'ils seront obligés de produire ; et, en cas qu'ils ne puissent justifier des qualités nécessaires, on donnera à d'autres, qui en seront pourvus, le droit et les moyens de poursuivre le dévolu.

A» Elle n'accordera ni coadjutorerie, ni réserves pour les abbayes commendataires.

5° Elle ne fera expédier aucun brevet d'évêché par mort,

coadj utorerie ou autrement, sinon pour ceux qui auront au moins un an de {prêtrise.

6* Enfin, elle n'accordera aucune coadj utorerie des abbayes de filles, sinon après connaissance certaine que la règle y est observée, et à la condition que les religieuses proposées aient vingt- trois ans d'âge et cinq de profession.

Le remède, par la douceur même de quelques-unes de se^ dispositions, indique toute l'étendue du mal que l'on voulait guérir. Les bénéfices étaient souvent donnés à des enfants dont la vocation était, partant, incertaine, et qui continuaient à en percevoir les fruits sans entrer dans l'état ecclésiastique; les évêchés eux-mêmes étaient ainsi pourvus quelquefois : témoin, dans notre histoire même, l'évêcbé de Metz, dont il a été pjus haut parlé ; plus souvent encore les .abbayes de femmes : aipsi l'abbaye de Port-Royal fut donnée, par tromperie, il est vrai, à celle qui devînt la trop jfweuse Angélique, alors qu'elle n'avait que six ans; on ;accordait des coadj utoreries pour les abbayes decommende qui n'étaient; que viagères et ne donnaient, par conséquent, pas lieu à succession. Mais l'abus lé plus criant peut-être .concernait les dévolus. Des ecclésiastiques, sans autre titre* ;^leur avidité, étonnaient par leur crédit et leurs chicanes 4^ titulaires légitimes des bénéfices , et les forçaient ainsi ;«oià les .leur céder par dévolu, ou à se rédimer à prix d'ar- 4;eDt d'injustes ye^çations. Ce fut Vincent que le conseil <hçirgea d'examiner si les motifs présentés par les dévolu- ,4aires étaient légitimes, et il agit avec tant de justice, qu'il jBl rendre gorge à un grand nombre, et maintint dans ïéurs ])énéfîces beaucoup de bons ecclésiastiques qui, de guerre lusa» ou par violence, en allaient être évincés; enfin il litooffa une infinité de procès, toujours scandaleux par leur objet, ruineux souvent pour le bon droit par leur longueur stleuriçsue. ,

bQ& SAINT VINGEIIT DE FAUL.

UI

Retranchement des abus.

Armé de ces principes, Vincent commença par retrancher divers abus. Ainsi, en Normandie, pendant la minorité des patrons, le roi avait droit de pourvoir aux cures qui étaient en patronage laïque. Jusqu'alors, ces bénéfices n'avaient été distribués que par faveur ou par intrigue. Vincent représenta au conseil que les coliateurs aussi bien' que les patrons étaient responsables devant Dieu des maux fûts par un mauvais pasteur ou du moindre bien fait par un iûoins digne, et il le porta à ne donner les bénéfices de Normandie qu'aux plus capables.

Des pensions sur les bénéfices étaient souvent la récompense de gentilshommes estropiés à la guerre. Vincent recommandait volontiers ceux-ci à la faveur de la reine et de son ministre ; mais il ne put jamais souffrir que les biras ecclésiastiques devinssent un fonds de dotation et de retraite pour des services profanes.

Quand les bénéfices étaient conférés à la seule naissance, ce n'étaient pas les âmes seulement qui en souffraient, msds le temporel même des abbayes , dont on se contentait de percevoir les revenus, et dont on laissait tomber en ruines les bâtiments et les églises. Vincent obtint du conseil qu'on écrivît de la part du roi à tous les procureurs généraux des parlements qu'ils eussent à se rendre parties contre ces bénéficiers injustes, et à les contraindre, par la saisie du temporel, à l'entretien et aux réparations nécessaires.

La simonie et la confidence, renaissant toujours sous les anathèmes de tous les siècles, excitèrent particulièrement son horreur et son zèle. Sollicitations importunes, démissions de grosses abbayes, promesses de pensions, tout était mis en usage par la fureur d'arriver aux prélatures. «Je tremble, disait le saint, qu'un si damnable trafic n'attire la malédiction de Dieu sur ce royaume. » 11 commençait par

RETRANCHEMENT DE^ ÂBU& /|05

donner des avis charitables à ceux qui s*y engageaient par ignorance ou par une cupidité irréfléchie; mais, s'ils résistaient à sa charité, ils tombaient sous son inflexible justice. Dès lors, il poursuivit la simonie dans ses routes les plus tortueuses ; il examinait avec un soin scrupuleux les permutations, les résignations, les autres traités où se glissaient la duplicité et la fraude : avait-il enfin découvert le vice infâme, ni respect humain, ni promesses, ni menaces, rien ne Tarrétait jusqu'à ce qu'il l'eût banni du sanctuaire. Plus d'une fois il fut en butte aux railleries amères, aux plus noires calomnies. On tâcha de le perdre dans l'esprit de la reine, du ministre et des gens de bien : ce lui était un bonheur et une récompense de son zèle, a Vous êtes un vieux fou, n lui dit une fois un jeune gentilhomme, qu'il avait sans doute frustré de ses espérances coupables. — « Vous avea raison, mon fils, » repondit le saint vieillard en tombant à gwoux, « et je vous demande pardon de l'occasion que je puis vous avoir donnée de me dire de telles paroles. » — t Savez-vous bien. Monsieur Vincent, ce qu'on dit de vous? » lui demanda un jour la reine en riant. — <( Madame, je suis on grand pécheur ! — Mais vous devriez vous justifier. — On eo a bien dit d'autres contre Notre - Seigneur, et il ne /est jamais justifié. »

Jamais il ne se justifia lui-même. Un mauvais ecclésiastique, qu'il avait écarté d'un bénéfice, voulut s'en venger ea répandant contre lui des bruits déshonorants. <( Si !!• Vincent, colporta-t-il chez des personnes de condition, n'a pas été pour moi, c'est que je n'ai pas voulu l'acheter. Mais cet homme» si ennemi de la simonie dans les autres, w^ea accommode parfaitement pour lui-même; et je sais quelqu'un à qui il vient de procurer un bénéfice au prix ffune bibliothèque et d'une bonne somme d'argent. » — jfidtte fois le saint fut ému, et, dans son premier mouvemeiit) il prit la plume pour écrire une lettre de justification» .Usas à peine avait-il tracé quelques mots : u 0 misérable I M dil-il à lui-même, à quoi penses- tu 7 Quoi ! tu veux te jus-

tbl5 SAINT VINCENT DE PAOL,

tifier ! et voilà que nous venons d'apprendre qu'un chrélie»,* faussement accusé à Tunis, a demeuré trois jours dans les tourments, et enfin est mort sans proférer une parole de plainte, quoiqu'il fût innocent du crime qu'on lui imposait; et toi, tu te veux excuser ! Oh ! non, il n'en sera pas ainsi! » Et il déchira la lettre commencée. A quelques jours de là, le calomniateur mourait misérablement, et tout le monde y vit une vengeance de Dieu.

Dans ce temps même, des faits de notoriété publique justifiaient assez le plus désintéressé des hommes. Sa maison était épuisée par ses aumônes, et non-seulement il nedemandait rien à'ia cour, mais il ne faisait et ne permettait aucune démarche pour rentrer en possession de ce qui lui avait été injustement ravi; bien moins eût-il marché vers la fortuné par des voies simoniaques. Un magistrat en grand crédit se donnait alors beaucoup de mouvement pour procurer une abbaye à son fils qui en était indigne, et il redoutait surtout l'opposition de Vincent. N'osant le tenter Itiî-mêiiie, il s'adressa à un de ses prêtres, 'et lui dît: « Que M. Vincent me fasse accorder cette abbaye, et je m'engage, sans dé^ marche de sa part ni d'aucun de. Sa congrégation, à le faire rentrer dans tous les beaux droits et les bfeaux reVeflu^ dont on a privé Saint-Lazare : je sais parfaitement la voie â suivre pour cela. Que M. Vincent n'ait pas de scrupule^ et gu'il ne perde ni le temps de sa faveur, ni cette occasion pour accommoder sa Compagnie. Est-ce que les autres communautés, celle-ci, celle-là,' s'en font faute ? » A ce beaUi discours, quand il lui fut rapporté, le saint se contenta de répondre : « Pour tous les biens de la terre, je ne ferai jamais rien contre Dieu ni contre ma conscience. La Compagnie ne périra point par la pauvreté ; c'est par manque dé pauvreté plutôt qu'il est à craindre qu'elle ne vienne à périr. »

Le gouverneur d'une ville considérable le pria de lui rendre un bon office à la cour, et lui proniit, en récompense, de soutenir les Missionnaires du lieu/ dont deis personnes puissantes traversaient rétablissement : « Je'voBS

hk LISTE DES BÉNÉFICES. 407

servirai si je puis» répondit- il; mais pour ce qui regarde l'affaire des prêtres de la Mission, je vous prie de la laisser entre les mains de Dieu et de la justice. J'aime mieux qu'ils ne soient pas en votre ville, que de les y voir par la faveur et l'autorité des hommes. »

La liste des bénéfices.

Les abus retranchés suivant son pouvoir, Vincent dressa la liste des bénéfices. Il mit en tête, pour les bénéfices inférieurs qui étaient à peu près à sa seule nomination, les ecclésiastiques de la maison du roi et de la reine, et les aumôniers des troupes qui avaient bien fait leur devoir. La régularité dans des lieux et des fonctions si remplis de dangers lui était un gage d'une vertu solide. Sur sa liste étsdt inarqué ce que chacun possédait déjà ; puis, selon les besoins et les vacances, il partageait entre eux en consultant leur mérite et une exacte justice distributive.

Quant aux bénéfices supérieurs et aux prélatures , qu'on s'adressât à lui ou qu'on voulût lui imposer des choix, il ne consentit jamais à admettre des indignes.

Un aumônier du roi, d'ailleurs fort homme de bien, était sollicité par sa famille de faire valoir ses longs services à l'effet d'obtenir un évêché. Il s'y résolut d'abord; mais, se rappelant que s'ingérer de soi-même dans l'épiscopat était une marque d'indignité, il eut des scrupules et en écrivit à Vincent. Celui-ci lui répondit :

« J'ai reçu, Monsieur, votre lettre avec tout le respect que je vous dois, et avec toute l'estime et la reconnaissance que mérite la grâce que Dieu a mise en votre aimable cœur. Gomme il n'y a que Dieu seul qui, dans l'inclination naturelle que les hommes ont de s'élever, ait pu vous donner les vues et les mouvements que vous avez ressentis de faire le contraire, il vous donnera aussi la force de les mettre en * eiécution et d'accomplir en cela ce qui lui est le plus

ir68 SAINT VINGEJNT DE PAUL,

agréable : en quoi, Monsieur, vous suivrez la règle de rÉglise^qui ne permet pas qu'on se pousse 3oi-mêiiie aux dignités ecclésiastiques, et particulièrement à la prélature ; et vous imiterez le Fils de Dieu qui, étant prêtre étemel, n'est pas néanmoins venu exercer cet office par lui-même, mais il a attendu que son Père l'ait envoyé, quoiqu'il fût attendu depuis un si long temps, comme le désiré de tout^ les nations. Vous donnerez une grande édification au siècle présent, où par malheur il se trouve peu de personnes qui ne passent par-dessus cette règle et cet exemple. Vous aurez la consolation. Monsieur, s'il platt à Dieu de vous appeler à ce divin emploi, d'avoir une vocation certaine, parce que vous ne vous y serez pas introduit par des moyens humains. Vous y serez secouru de spéciales grâces de Dieu, qui sont attachées à une légitime vocation, et qui vous feront porter des fruits d'une vie apostolique, digne de la bienheureuse . éternité, ainsi que l'expérience le fait voir dans les prélats qui n'ont fait aucune avance pour se faire évêques, lesquels Dieu bénit manifestement en leurs personnes et en leurs conduites. Enfm, Monsieur, vous n'aurez point de regret à l'heure de la mort de vous être chargé vous-même du poids d'un diocèse, qui pour lors paraît insupportable. Certes, je ne puis écrire ceci qu'avec action de grâces à Dieu, de vous avoir éloigné de la recherche dangereuse d'un tel fardeau, et donné la disposition de n'aller pas seulement au-devant : c'est une grâce qui ne se peut assez priser ni chérir. »

Voici un exemple semblable. Un religieux très-célèbre au dedans de son ordre par sa régularité, au dehors par son éloquence, lui écrivit un jour pour lui représenter ses longs travaux, l'austérité de sa règle, la diminution de ses forces et la crainte de ne pouvoir pltis continuer longtemps ses services à Dieu et à l'Église, a Mais, ajoutait-il, si la cour me faisait sufiragant de l'archevêché de Reims, dispepsé, comme évêque, du jeûne et des autres austérités religieuses, je pourrais prêcher longtemps encore avec vigueur et fruit. Je vous prie, comme mon ami, de m'en

Page 1