LA XI8TB DBS BÉNÉFICES
dire votre sentiment, et, s'il m'est favorable, de m'aider i obtenir la nomination du roi, auprès de qui je suis sûr d'être appuyé p^ des pei*sonnes qui ont à la cour crédit et autorité. »
Le sourire qui nait à la lecture de cette lettre est une suffisante réponse aux illusions de ce bon religieux. Voici celle que lui fit Vincent. Il lui témoigna d'abord, selon sa coutume, toute sorte d'estime et d'afiection pour sa personne et pour son ordre, le félicita de ses talents et de ses vertus; et il ajouta : a Je ne doute point que Votre Révérence ne fit merveille dans la prélature, si elle y était appelée de Dieu ; mais ayant fait voir qu'il vous voulait en la charge où vous êtes, par le bon succès qu'il a donné i vos emplois et à vos conduites, il n'y a pas d'apparence qu'il vous en veuille tirer : car , si la Providence vous appelait à l'épiscopat, elle ne s'adresserait pas à vous pour vous le faire rechercher ; elle inspirerait plutôt & ceux en qui réside le pouvoir de nommer aux charges et dignités ecclésiastiques de vous choisir pour celle-là , sans que vous en fissiez aucune avance, et alors votre vocation serait pure et assurée. Mais de vous produire vous-même, il semble qu'il y aurait quelque chose à redire, et que vous n'auriez pas sujet d'espérer les bénédictions de Dieu dans un tel changement, qui ne peut être ni désiré ni poursuivi par une âme véritablement humble comme la vôtre. Et puis, mon Révérend Père, quel tort feriez-vous à votre saint ordre, de le' priver x d'une de ses principales colonnes, qui le soutient et qui l'accrédite par sa doctrine et par ses exemples I Si vous Ouvriez cette porte, vous donneriez sujet à d'autres d'en sor^r après vous, ou pour le moins de se dégoûter des exercices de la pénitence : ils ne manqueraient pas de prétexte pour les adoucir et diminuer, au préjudice de la règle : car la nature se lasse des austérités; et, si on la consulte, elle dira que c'est trop, qu'il se faut épargner pour vivre longtemps et pour servir Dieu davantage; au lieu que Notre- Seigneur a dit : « Qui aime son âme la perdra, et qui la hait
blO SAINT VINCENT DE PAUL.
la sauvera. » Vous savez mieux que moi tout ce qui se peut dire sur cela, et je n'entreprendrais pas de vous en écrire ma pensée, si vous ne me l'aviez ordonné. .Mais peut-être que vous ne prenez pas garde à la couronne qui vous attend: 0 Dieu, qu'elle sera belle! Vous avez déjà tant fcdt, mon Révérend Père, pour l'emporter heureusement ; et peu^êt^e ne vous reste-t-il plus que peu de chose à faire : il faut la persévérance dans le chemin étroit où vous êtes entré, lequel conduit à la vie. Vous avez déjà surmonté les plus grandes difficultés : vous devez donc prendre courage et espérer que Dieu vous fera la grâce de vaincre les moindres. Si vous m'en croyez, vous cesserez pour un temps les travaux de la prédication, afin de rétablir votre santé. Vous êtes pour rendre encore beaucoup de services à Dieu et à votre religion, qui est une des plus saintes et des plus édifiantes qui soient en l'Église de Jésus-Christ. »
Auprès des laïques eux-mêmes, les conseils si sagement chrétiens de Vincent triomphaient quelquefois de l'ambition et de la cupidité. Le secrétaire d'État Chavigny ayant. perdu son second fils, pourvu d'une bonne abbaye, la famille s'employa pour la faire passer au troisième, âgé seulement de cinq ou six ans. Dieu donna à Vincent la force de résister à toute sollicitation. Édifié d'une telle conduite et revenu à de meilleurs sentiments, Chavigny luimême l'alla trouver et lui dit : « Je ne vous en veux pas de votre résistance; au contraire, si vous aviez consenti . aux désirs de ma femme, vous m'auriez scandalisé, je vous aurais tenu à mépris et j'aurais refusé le brevet de nomination ^ ))
Une fois, ayant remarqué qu'un seigneur, d'abord son ami, ne lui témoignait plus qu'aversion, il l'alla trouver: « Monsieur, lui dit-il avec un visage serein , je suis assez misérable pour vous avoir donné quelque mécontentement, sans en avoir eu aucun dessein; et, ne sachant en quoi, je
i. Lettre de Vincent à d'Horgny, à Rome, du 6 juillet iBk^ysumm., p. 123.