LA LISTE DES BÉNÉFICES
viens vous supplier humblement de me le dire, afm que je répare ma faute. » Devant tant de franchise et d'humilité, le seigneur n'osa se plaindre et revint à sa première amitié.
Ainsi fit le saint envers un religieux qui lui gardait rancune. Il s'habillait aux Bons -Enfants pour dire la messe, lorsque lui vint à l'esprit le mot de l'Évangile (Math,, \, 23) : « Si, offrant votre don à l'autel, vous vous souvenez que votre frère a quelque chose contre vous, laissez votre don, et allez d'abord vous réconcilier avec lui. » Soudain, il quitte les ornements sacrés, se rend auprès du religieux , se répand devant lui en excuses, en professions d'estime pour sa personne et pour son ordre, et revient à l'autel offrir le sacrifice de réconciliation et d'amour.
S'il ne réussissait pas du premier coup, son ingénieuse charité finissait toujours par trouver quelque moyen de désarmer la haine. S'étant jeté aux pieds d'un supérieur de communauté religieuse pour lui demander pardon d'une offense chimérique, il s'était vu repoussé avec mépris et injures^ et s'était retiré joyeux d'avoir été maltraité pour l'amour de la justice. A quelques jours de là, quelques ornements manquant à Saint-Lazare, c'est à ce supérieur même, comme à son meilleur ami, qu'il en envoie emprunter. A une telle requête, le supérieur, confus et touché» s'écrie : « C'est à ce coup que je reconnais l'hompiç de Dieu! )) Les oniements. partent, il les suit, et bientôt lui et le saint prêtre sont aux pieds et dans les bras l'un de l'autre.
Vincent de Paul ne trouvait pas toujours des âmes aussi accessibles aux sentiments chrétiens. Rarement surtout il voyait accepter ses invitations de renoncer à l'ambition des dignités ecclésiastiques. Alors, s'il le pouvait, il gardait le ûlence et ne portait pas les sollicitations au conseil. C'est ainsi qu'un jeune homme, ayant pris la tonsure et l'habit ecclésiastique uniquement pour succéder à un de ses parents dans une riche abbaye, il refusa pendant deux ans d'en parler à la reine. Le jeune homme finit par lui donner
bl2 SAINT VINCENT DE PàUL.
raison, car il entra dans le monde et avoua qu'il n'avait eu d'autre vocation pour l'Église que le désir d'en toucher les revenus*.
Il ne s'en tirait pas ordinairement à si bon marché, particulièrement avec les grandes dames. L'une d'elles l'ayant prié d'obtenir du roi un bénéfice pour un de ses enfants : « Excusez-moi, Madame, lui répondit-il, si je ne me mêle pas de cette affaire* » Étonnée d'abord d'être moins favorablement accueillie d'un pauvre prêtre que des plus grands seigneurs, puis emportée par l'orgueil et la passion : « Yrai^ ment. Monsieur, lui dit-elle, on se peut passer de vous, et je saurai bien arriver par d'autres voies. Je vous faisûs trop d'honneur de m'adresser à vous, et on voit bien que vous ne savez pas encore de quelle façon il faut agir avec les femmes de ma qualité! )> Vincent ne répondit plus que par un silence dont les injures mêmes ne le purent tirer. En cas semblable, s'il ajoutait quelque chose, c'étaient ces simples mots : n Madame, nos règles et ma conscience ne me permettent pas de vous obéir en cela; c'est pourquoi je vous supplie très-humblement de m'en excuser. » Ou bien c'était un argument personnel qu'il opposait au solliciteur, comme à ce magistrat d'une cour souveraine qui, l'ayant rencontré dans la rue, le voulut mettre dans ses intérêts : à l'amitié feinte et à la colère, aux caresses et aux injures, il se contenta de répoudre : u Monsieur, vous tâchez, comme je crois, de faire dignement votre charge, et moi je dois tâcher de faire la mienne. » Quelquefois il effrayait et mettait en fuite les importuns par un acte inattendu de profonde humilité. Maltraité publiquemait à la porte de Saint-Lazare par un seigneur dont il refusait de recommander le fils : u Vous avez raison , Monsieur, lui dit-il, en se jetant à ses pieds, je suis un misérable et un pécheur. » Et le seigneur de se jeter aussitôt dans son carrosse. Mais il ne put échapper si facilement à l'humble