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llih SAINT VINCENT DE PAUL.
de VOUS en écrire ellô-même, et je l'ai voulu faire'par avance, afin que vous preniez la peine de le voir, et que vous lui donniez lés instructions et les luitaiëres que vous jugerez lui être nécessaires pour se bien acquitter de cette fonction. •• »
Or, Vincent connaissait l'indignité du sujet! Sans doute, ni devant Dieu ni devant les hommes, il n'était responsable d^une nomination à laquelle il n'avait aucunement participé, et il pouvait, sans engager davantage sa conscience, suivre passivement les instructions de Mazarin. Mais l'honneur et le bien de l'Église! mais les besoins d'un grand diocèse longtemps négligé par les évêques précédents, et qui allait tomber en des mains si incapables! La douleur dans l'âme, l'homme de Dieu tournait ses yeux de toutes parts. Toute voie de recours lui était fermée du côté de la régente qui , pressée par Mazarin , et afin qu'il n'y eût plus à revenir, avait fait expédier sur-le-champ le brevet de nomination. Obtenir une renonciation des intéressés euxmêmes, telle était la seule ressource qui restât ; mais quelle chimère! Le saint le voulut tenter pourtant. Il alla donc trouver le père de l'évêque nommé, un ancien ami, et, comparant avec franchise devant lui les vertus requises pour l'épiscopat et la disette où en était son fils, il conclut de ces prémisses : « Vous êtes obligé de renvoyer à la cour le brevet que vous en avez reçu , si vous ne voulez vous exposer, avec votre fils et peut-être toute votre famille, à l'indignation de Dieu. »
Le père avait écouté avec toute l'attention que lui commandait sa propre piété et l'estime qu'il avait pour la vertu du saint homme, mais ces derniers mots lui furent comme un coup de foudre. Atterré , il demanda grâce pour quelques jours et promit de réfléchir. Quand le saint retourna auprès de lui, il en fut accueilli par ces paroles : « Oh! monsieur, monsieur Vincent, que vous m'avez fait passer de mauvaises nuits! » Mais l'état de sa maison et de ses affaires, son âge avancé, le nombre de ses enfants, la né-
LA LISTE DES BÉNÉFICES. ftl'S
cessité où il était de les pourvoir avant que de mourir : hélas ! autant de raisons humaines qui balançaient dans son esprit les considérations religieuses qui l'avaient jant effrayé. D'ailleurs, son fils ne pouvait-il pas prendre avec lui de vertueux et savants ecclésiastiques, qui l'aideraient à faire sa charge? Bref,, il était impossible de perdre une telle occasion de l'établir.
Vincent n'avait plus qu'à laisser faire la Providence. Elle agit terriblement : peu de temps après sa consécration , le nouvel évêque mourait, laissant au père le regret de sa perte à joindre au remords d'avoir favorisé son élévation contre les règles de l'Église.
Un dernier trait, le plus frappant de tous, très-bien raconté par Maury, dans une note de son Panégyrique de saint Vincent de Paul, d'après des papiers, aujourd'hui perdus, des archives de Saint-Lazare.
Le siège épiscopal de Poitiers était vacant. La duchesse de N..., dame du palais de la reine, désira de l'obtenir pour son fils. Persuadée avec raison que Vincent n'entrerait point dans ses vues, elle le demanda directement à la régente, en lui disant que le revenu en était très-peu considérable, mais que c'était un établissement de convenance pour sa famille, dont les principales terres étaient en Poitou. Anne d'Autriche le lui promit, et la chargea d'avertir de sa part Vincent qu'elle l'attendrait le lendemain, à l'heure ordinaire, pour signer la nomination.
La duchesse se rendit à Saint-Lazare, et, pour éviter toute explication, elle feignit d'être fort pressée et signifia l'ordre de la reine dans la forme la plus laconique et la plus absolue. Vainement Vincent de Paul essaya de la retenir, et la supplia de lui accorder quelques moments d'entretien sur l'objet de sa visite : elle ne voulut rien entendre, répétant qu'elle ne pouvait rien ajouter aux ordres de sa Majesté.
Le lendemain, Vincent se rendit au palais royal, un rouleau de papier à la main : « Ah ! lui dit la reine, c'est la no^ mination à l'évèché de Poitiers que vous m'apportez à
signer? » Et elle prit le papier: il était blanc. «Gomment I reprit là régente étonnée, n'avez- vous pas rédigé la nomination? — Pardonnez -moi, Madame, répondit modestement le saint; si Votre Majesté est déterminée à ce choix,ge la prie d'écrire elle-même sa volonté, à laquelle je ne puis, en conscience, prendre aucune part. -^ Que je regrette, Monsieur Vincent, de ne vous avoir pas parlé avant de prendre un premier engagement I Mais on dit le sujet édifiant, quoique borné, et suffisant à la place ; le nom m'a décidée ; j'ai pris la demande au mot, dans la crainte que la famille ne se ravisât et ne se voulût plus contenter d'un si mince revenu : aussi j'espérais de vous trouver aussi content que moi-même d'en être quitte à si bon marché. »
A ces paroles, qui n'annonçaient pas un intérêt insurmontable, Vincent respira, car il se pouvait flatter qu'en éclairant la religion de la reine , il parviendrait à sauver l'honneur de l'épiscopat. Il répondit donc avec respect, modération et déférence : « Il est vrai. Madame, qu'humainement parlant, une telle demande devait paraître modeste à Votre Majesté, et que, lorsque M. l'abbé N... aura une conduite digne de sa naissance et de son état, il pourra prétendre aux premiers sièges du royaume; mais, malheureusement, il ne paraît pas en être encore là. » Après avoir ainsi surmonté l'obstacle que sa charité faisait à sa religion, il poursuivit : « Hier, j'ai voulu soumettre quelques observations respectueuses à Madame la duchesse de N..., dans l'espérance d'obtenir de sa piété le désistement d'une demande si périlleuse pour son âme ; mais n'ayant pu lui faire entendre la vérité, c'est un devoir sacré pour moi de la dire, avec beaucoup de regret, mais sans déguisement, à Votre Majesté elle-même, dans le double intérêt de son salut et de sa gloire. — Je vois bien que j'ai été surprise, dit douloureusement la reine ; mais j'ai donné ma parole, et ce n'est pas vous qui me conseilleriez jamais d'y manquer. — Madame, selon toutes les règles de la morale, la réserve de la révocation est non-seulement de droit, mais de devoir, contre