Vie de M. Olier, 1. 1, pp. 543 et suivantes
SERVICES RENDUS AUX ORDRES RELIGIEUX. l\l\i
dans laquelle vous êtes plongés par la mort de votre cher père, vous le rendre pour essuyer vos larmes. Mais, ne pouvant vous donner son corps vivant, j'ai cru devoir vous présenter son esprit, qui est la meilleure partie de lui-même. La terre conserve son corps, le ciel son âme, son esprit est pour vous; et, si Dieu l'a jugé digne d'être mis dans son paradis avec les anges, vous ne devez pas le trouver indigne d'avoir place aussi dans vos cœurs. Il aura volontiers quitté son corps, pourvu que son esprit puisse habiter en vous : c'a été tout son désir et son souhait pendant sa vie ; après sa mort vous pouvez le rendre content. Il était dit dans la loi que, si un frère mourait sans enfants, son autre frère devait mscitaresemen. Votre père, que je peux aussi appeler votre frère, à cause de son âge(01ier avait moins de quaranteneuf ans), est mort, pour ainsi dire, sans enfants; vu le désir qu'il avait de convertir tout le monde et de sanctifier Je clergé. Il vous a laissé son épouse, qui est cette maison sainte, qu'il a acquise par son sang, par sa mort, étant mort en lui voulant donner la viel Suscitez-lui des enfants, faisant connaître Jésus, et lui assurant, s'il y a moyen, autant de serviteurs qu'il y a d'hommes, et lui donnant autant de saints sacrificateurs qu'il y a de prêtres dans l'Église : Fac secundum exemplar quod tibi in monte monstratum est. )>
Il ne s'en tint pas à ces Consolations et à ces pieux conseils. Il s'associa plusieurs fois aux prêtres de Saint-Sulpice, pour aviser avec eux aux moyens de maintenir et de perpétuer l'œuvre de leur instituteur. Il les fortifia dans le dessein de ne pas abandonner le séminaire, et il présida l'assemblée du 13 avril 1657, pour le choix du successeur d'Olîer. Il y assistait au nom et de l'autorité de Henri de Bourbon, évêque de Metz et abbé de Saint-Germain, supérieur de la communauté de Saint-Sulpice. Le prélat lui avait écrit : « J'ai été averti de la perte de M. Olier, supérieur du séminaire du faubourg Saint-Germain , et comme ces Messieurs n'ont point voulu procéder à une nouvelle élection
Uh2 SAINT VINCENT DE PAUL.
sans me le faire savoir, et m'ont fail^ l'ouverture de vous prier de vouloir les assister dans cette occasion, et autoriser de votre présence une action qui n'a d'autre but que la plus grande gloire de Dieu, je vous conjure, pour l'amour de moi, de ne leur point refuser ce secours, espérant que Dieu favorisera leur dessein, et que vous serez le moyen dont il se servira pour y parvenir. » Non-seulement saint \incent de Paul assista à Télection de Bretonvilliers, désigné, du reste, par Tabbé Olier avant sa mort, mais il signa le premier l'acte qui en fut dressé par les notaires, selon la coutume du temps * .
Services rendus aux communautés de femmes.
La Visitation.
Ce qu'il fit pour les religieux, il le fit en même temps pour les communautés de filles.
Il était rentré, à son retour de Châtillon, dans la maison de Gondi, lorsqu'il connut saint François de Sales, venu à Paris pour accompagner le cardinal de Savoie. Ces deux hommes se devinèrent aussitôt, et une estime, une charité réciproque les unit désormais jusqu'à la mort. Pour Vincent, la douceur, la modestie, la majesté de François de Sales lui retraçaient une vive image de Jésus-Glirist conversant parmi les hommes; et François de Sales publiait à son tour qu'il n'avait pas connu de plus digne, de plus saint prêtre que M. Vincent. Il s'établit entre eux une aimable familiarité. C'était à Vincent que François aimait à ouvrir son âme, et il lui racontait ses démarches, ses succès, et aussi les saintes ruses de son humilité. Dès son arrivée à Paris, où sa réputation d'éloquence l'avait précédé, on était venu l'inviter à prêcher pour le 11 novembre, fête de saint Martin, dans l'église des prêtres de l'Oratoire. A cette nou-