DES 16 ET 23 OCTOBRE
Ensuite M. Vincent, notre très honoré Père, conclut cette conférence en la manière qui suit :
n apporta, pour premier motif de garder la pauvreté, ce passage de saint Mathieu : Vendez tout ce que vous avez et le donnez aux pauvres, etc. (1).
Le second motif est que nous l'avons promis à Dieu. Jephté ayant un jour fait vœu à Dieu que, s'il gagnait la bataille, il lui offrirait en sacrifice la première créature qui se présenterait à lui à son retour, et sa fiUe sachant que son père s'en revenait triomphant, lui voulut aller au-devant pour le congratuler de sa victoire et s'en réjouir avec lui ; mais lui la voyant, s'écria : « Oh ! Dieu ! faut-il que ce soit ma propre fille 1 » et alors de grandes transes le prennent, considérant d'un côté ce qu'il avait promis à Dieu par vœu ; et de l'autre la mort de sa fille, et peut-être était-elle sa fille unique ; et lui ayant dit qu'il fallait qu'elle mourût parce qu'il l'avait promis à Dieu, elle lui demanda du temps pour pleurer sa virginité, ce qu'il lui octroya ;
(1) Saint Mcitthien, tliap. xix, v. 21.
puis, ensuite, au bout de ce peu de temps, il la fit mourir, plutôt que de manquer de parole à Dieu. Mais Abraham, que ne fit-il pas plutôt que de manquer à obéir à Dieu?
L'on a vu des anciens philosophes qui ont méprisé les richesses en un très haut point, quoique païens, témoin un certain dont je ne me souviens pas. Ne vous en ressouvenez-vous point, monsieur de La Fosse? — Et ledit sieur de La Fosse lui ayant répondu que c'était Diogène, — Diogène soit, si tant est que ce soit lui, repartit M. Vincent, auquel Alexandre ayant un jour envoyé une grosse somme d'argent, il pensa en lui-même : Alexandre m'envoie cela parce que je suis un homme de bien, c'est pourquoi, dit-il à ceux qui la lui avaient apportée : « Dites à Alexandre qu'il me laisse comme je suis. »
Saint Grégoire voulut qu'un certain rehgieux, auquel l'on avait trouvé dix sols en sa chambre, fût privé de la visite et conversation des autres rehgieux, et le même saint ordonna qu'après sa mort son corps fût jeté à la voirie. Voyez, messieurs, qu'est-ce que cela, dix sols seulement?
Lorsque vous êtes venus pour entrer en la Compagnie, l'on vous a dit qu'il fallait faire et garder le vœu de pauvreté, et vous avez répondu que vous le vouhez bien ; au bout de l'an, vous avez fait le bon propos ; au bout de deux ans, vous avez fait les vœux; et ensuite de cela, y contrevenir, s'en repentir, et dire que, si on était à refaire, on ne le ferait pas ! Oh ! messieurs ! Oh ! mes frères, quel état déplorable ! voire même travailler à s'en faire dispenser, c'est être marri d'avoir bien fait et être en un état bien déplorable. 0 mon Sauveur! 0 mon Sauveur et mon Dieu !
L'état des missionnaires est un état apostohque qui consiste, comme les apôtres, à tout quitter et abandonner pour suivre Jésus-Christ et se rendre vrais cln'étiens ; et c'est ce qu'ont fait plusieurs de la Compagnie qui ont quitté leurs biens pour venir ici vivre en pauvreté et par conséquent chrétiennement ; et, comme me disait un jour une certaine persoime, il n'y a que le diable qui puisse trouver à redire à la mission ; s'en aUer par exemple de viUage en village pour aider le pauvre peuple à se sauver et à aher en paradis comme vous voyez que l'on fait...