‹ Saint Vincent de Paul;Chapitre 99 sur 113 · RÉPÉTITION D'ORAISON DU 25 OCTOBRE · texte numérisé non relu

RÉPÉTITION D'ORAISON DU 25 OCTOBRE

Il insiste sur l'obligation que nous avons de nous livrer aux Missions, continuant ainsi l'œuvre de Notre-Seigneur, et réfute les prétextes qu'on pourrait alléguer pour l'en dispenser.

Or, de travailler au salut des pauvres gens des champs, c'est là le capital de notre vocation, et tout le reste n'est qu'accessoire ; car nous n'eussions jamais travaillé aux ordinations, aux séminaires des ecclésiastiques, si nous n'eussions jugé que cela était nécessaire pour maintenir le peuple et conserver le fruit que font les luissions ; imitant en cela les grands conquérants qui laissent des garnisons dans les places qu'ils prennent, de peur de perdre ce qu'ils ont acquis avec tant de peine. Ne sommes-nous pas bienheureux, mes frères, d'exprimer au naïf la vocation de Jésus-Christ? Car qui est-ce qui exprime mieux la manière de vie que Jésus-Christ a tenue sur la terre, que les missionnaires? Je ne dis pas seulement nous, mais les missionnaires de l'Oratoire, de la doctrine chrétienne, les missionnaires capucins, les missionnaires jésuites. Oh ! mes frères, ce sont là les grands missionnaires, et desquels nous ne sommes que les ombres. Voyez comme ils se transportent jusqu'aux Indes, au Japon, au Canada, pour achever l'œuvre que Jésus-Christ a commencée sur la terre et qu'il n'a point quittée depuis l'instant de sa vocation. Eic est filius meus dilectus, ipsum audite (1). Depuis ce commandement de son Père, il n'a point discontinué d'un moment jusqu'à sa mort. Imaginons-nous qu'il nous dit : « Sortez, missionnaires, sortez ! Quoi ! êtes-vous encore ici, et voilà des pauvi'es âmes qui vous attendent ! le salut desquelles peut-être dépend' de vos prédications et de vos catéchismes! » Il faut bien considérer ceci, car Dieu nous a destinés en tel

temps, pour telles âmes et non pour d'autres ; et nous voyons même cela dans l'Écriture, où nous hsons que Dieu destinait ses prophètes à teUes personnes et ne voulait pas qu'elles allassent à d'autres. Quoi ! mes frères, que répondrons-nous à Dieu si, par notre faute, quelqu'une de ces âmes venait à mourir

(1) Samt Matthieu, diap. xvii, v. 5.

et se perdre? Ne serait-ce pas nous, pour ainsi dire, qui l'aurions damnée? car, je vous prie, qui répondrait pour cette âme? Cela est aussi vrai, qu'il est vrai que nous sommes ici, que Dieu à notre mort nous en demanderait compte. Mais aussi, si nous correspondons aux obligations de nos emplois, qu'en arrivera-t-il. H arrivera que Dieu augmentera de jour en jour les grâces de la vocation, donnera à la Compagnie des sujets qui auront l'esprit bien fait, pour agir en Esprit de Dieu, et bénira tout ce qui se fait dedans et dehors ; et enfin ces âmes qui se sauveront par notre ministère rendront témoignage à Dieu de notre fidélité et béniront le petit corps de missionnaires qui sont au ciel : M. de La Salle (1), M. de Sergis (2) et tous les auîres, et notre bon frère Desfriches (3) qui mourut dernièrement, lesquels font le petit corps des missionnaires dans le ciel. In nomine Domini. Oh! que ceux-là seront heureux qui pourront dire à l'heure de la mort ces belles paroles de Notre-Seigneur : Evayigelizare paupenius misit me Dominus (4). Voyez, mes frères, comme le principal de Notre-Seigneur était de travailler pour les pauvres ; quand il allait à d'autres, ce n'était que comme en chemin faisant. Mais malheur à nous aussi, si nous nous rendons lâches à nous acquitter des obhgations que nous avons de secourir les pauvres âmes, car nous nous sommes donnés à Dieu pour cela, et Dieu se repose sur nous : déclinantes ab oUigatione adducet Dominus cum operantihus iniquitatem... Quos non pavisti occidisti. Ce passage s'entend de la réfection corporelle, mais il se peut apphquer à la spirituelle avec la même vérité. Jugez, mes frères, combien nous avons sujet de trembler si nous sommes des casaniers ; si pour l'âge, sous prétexte de quelque infirmité, nous nous ralentissons et dégénérons de notre ferveur ! Mais quelqu'un dira peut-être : Si l'on m'emploie aux ordinations, ou auprès de messieurs les séminaristes? Cela est bon quand il plaît à Dieu de nous y employer et. que l'obéissance nous y envoie ; pour lors, à la bonne heure ; encore pour notre égard, nous devrions être, pour ainsi dire, comme en un état violent ; d'autant, comme je vous dis, que ce sont là des accessoires à notre principal. 2. Quelqu'un pourrait peut-être encore s'ex-

(1) M. de La Salle était mort en 1640.

(2) M. Robert de Sergis était né le 2 mars 1608, dans le diocèse de Rouen.

(3) Frère François Desfriches, né à Melun en 1620.

(4) Sa'jit Luc, chap. iv, v. 18.

ciiser sur son âge : pour moi, nonobstant mon âge, devant Dieu je ne me sens point excusé de l'obligation que j'ai de travailler au salut de ces pauvres gens, car qui pourrait m'en empêcher? Si je ne pouvais prêcher tous les jours, eh bien ! je le ferais deux fois la semaine ; si je ne pouvais aller aux grandes chaires, je tâcherais d'avoir les petites ; que si encore on ne m'entendait pas à ces petites, qui m'empêcherait de parler bonnement et famihèrement à ces bonnes gens comme je vous parle à présent, les faisant approcher en rond comme vous êtes? Oh ! mes frères, je sais des vieillards qui, au jour du jugement, s'élèveraient contre nous, entre autres un saint homme, un bon Père jésuite qui avait prêché à la cour pendant près de dix ans ; ayant près de soixante ans, il eut une maladie qui le mena à deux doigts de la mort ; et comme Dieu lui fit connaître la vanité de ses discours relevés et de ses fanfares, qui délectent bien, mais profitent peu, et qu'il lui en donna des remords de conscience, étant revenu en santé, il demanda permission d'aller à la campagne catéchiser et prêcher famihèrement ces bons paysans, et y persévéra pendant vingt ans jusqu'à la mort. Avant de mourir, il demanda qu'on lui fît une faveur après sa mort, savoir d'enten^er avec son corps la baguette avec laquelle il appelait les enfants, comme c'est la coutume de ces paysans-là, pour les faire répondre au catéchisme, afin que cette baguette, disait-il, rendît témoignage comme il avait quitté la cour pour suivre Notre-Seigneur dans la campagne. 3. On pourrait encore alléguer que l'on abrégerait ses jours : ô mes frères, eh quoi ! est-ce un. malheur à une épouse exilée de se réunir à son époux? Est-ce un malheur au voyageur de s'approcher de son pays? à ceux qui naviguent d'approcher du port? Quoi ! a-t-on peur qu'une chose que nous ne samions assez désirer, et qui n'arrive que trop tard, arrive?...

Ce que je dis aux prêtres, je le dis à tous tant que vous êtes, mes frères, ne croyez pas que vous soyez exempts des obhgations de travailler au salut des pauvres, car vous le pouvez faire en votre façon, peut-être aussi bien que les prédicateurs mêmes, et moins dangereusement pour vou^ ; au reste vous y êtes obhgés. La même obhgation qu'avait la tête de Notre- Seigneur de porter la couronne d'épines pour nous racheter, la même avaient les pieds de porter et souffrir les clous avec lesquels ils étaient attachés à la croix ; et de même façon que la tête fut récompensée, les pieds le furent et partagèrent ensemble la gloire également.

Voilà quelle méthode ou plutôt quel cœur saint Vincent de Paul veut qu'on apporte dans la prédication. Et maintenant nous allons donner quelques-unes des plus profondes, des plus chrétiennes et des plus charmantes conférences qui soient sorties de son cœur.

DE

SAINT AaNGENT DE PAUL

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