JOUR DE LA FÊTE-PIEU
Il les engage à insister beaucoup plus, dans l'oraison, sur les affections cjue sur les considérations.
Mes frères, je remarque que, dans toutes les oraisons que vous faites tous, un chacun s'efforce de rapporter quantité de raisons, et raisons sur raisons ; cela se remarque, mais vous ne vous affectionnez pas assez ; le raisonnement est quelque chose, mais ce n'est point encore assez, il faut d'autres choses, il faut que la volonté agisse et non pas seulement l'entendement ; car toutes nos raisons sont sans fruit, si nous ne venons aux affections ; l'on ne va pas assez à la fin pour laquelle la chose est instituée : par exemple, aujourd'hui sur la fête du très saint Sacrement de l'autel, il fallait dire : Oh sus, pourquoi est-ce que cette fête a été instituée? C'est pour rendre grâces à Dieu de l'institution du très saint Sacrement de l'autel que Notre- Seigneur Jésus-Christ, le jour avant sa Passion, institua pour le bien de tous les fidèles ; et ensuite s'exciter à des actions de grâces de ce grand et incomparable bienfait du fils de Dieu, lui en rendre des actions de grâces, d'adoration, d'humifiation, de reconnaissance ; prier les anges de nous aider à le remercier, nous n'étant pas dignes de le fake comme il faut ; de s'exclamer continuellement à Dieu : 0 Seigneur! soyez loué et remercié à jamais de m'avoir donné pour viande et pour breuvage votre chair et votre sang 1 ô mon Seigneur ! comment vous en pourraije dignement remercier ! et ainsi s'entretenir en des actes fervents de la volonté vers son Dieu ; car voyez-vous, mes frères, le raisonnement nous fait, à la vérité, voir la beauté de la chose, mais il ne nous la donne pas pom' cela. Par exemple : je vois une pomme sur un pommier, et encore bien que je la voie fort bien et que, la considérant, je la trouve fort belle, je ne la tiens pas pour cela, je n'en jouis pas, je ne l'ai pas en ma possession ; car autre chose est de voir une chose, et autre chose de l'avoir et de la posséder, autre chose est de voir et considérer la beauté de la vertu, et autre chose de l'avoir. Or, le raisonnement nous fait bien voir la vertu, mais il ne nous la donne pas ; comme
quand une personne dit à une autre : Tiens, la voilà, cette pomme, regarde qu'elle est belle ; mais pour cela elle ne la lui donne ])as en sa possession. Or c'est ainsi, mes frères, que fait le raisonnement en nos méditations. Pour ce qui est à cette heure des raisons pour nous faire voir la réalité du corps et du sang de Notre-Seigneur en ce sacrement, il ne faut que considérer ce qui est cité dans saint Jean : Ceci est mon corps, ceci est mon sang; le pain que je donne, c'est mon corps; le vin que je donne, c'est mon sang. Personne ne doute de cette vérité, excepté les hérétiques qui le veulent faire entendre en un autre sens. Notre-Seigneur lui-même nous en assure, même par jurement ; car il dit que celui qui ne mangera sa chair et ne boira son sang, n'aura point la vie éternelle • et ainsi il n'y a rien à examiner ni à éplucher pour ce regard. Mais ce que nous avons à faire en cette méditation, c'est de nous exclamer à Dieu par des actes de foi que nous devons faire ; d'espérance, oui, d'espérance en ce di^in mystère, de charité, d'humihté, de reconnaissance, d'adoration et de dépendance. Oh sus, demandons bien pardon à Dieu des fautes que nous avons commises à l'égard de ce sacrement...