‹ Saint Vincent de Paul;Chapitre 104 sur 113 · RÉPÉTITION D'ORAISON · texte numérisé non relu

RÉPÉTITION D'ORAISON

24 août 1657.

Je vis Mer, une fille qui est malade depuis plusieurs mois, laquelle souffre son mal avec une patience si grande, qu'à la voir, à son visage, vous diriez qu'elle ne souffre rien, tant elle paraît contente ; et cependant son mal est bien grand et elle a un mal de tête continuel ; c'est une fille qui est sortie de la rehgion à cause de quelque infirmité. Mais je vous promets, messieurs, qu'il me semblait voir sur ce visage un je ne sais quel brillant qui me faisait connaître que Dieu résidait en cette âme souffrante. Pensez-vous combien cet état est agréable à Dieu, puisque son propre Fils a voulu que toutes les actions saintes et héroïques qu'il a pratiquées pendant le cours de sa vie fussent couronnées de celles de la souffrance, c'est-à-dire en donnant sa vie pour tous les hommes. Oh ! l'heureux état que celui de souffrir pour Dieu 1

J'étais, il y a trois, quatre ou cinq jours, chez quelque personne oïl il y a une chambre qui est tout entourée de miroirs ; en sorte que, de quelque côté que ce soit que l'on se tourne, on ne voit que miroirs, et l'on ne saurait faire aucune action qu'on ne la voie et qu'elle ne se représente dans ces miroirs, pas même jusqu'à remuer un doigt qu'on ne l'aperçoive ; ces miroirs faisant voir jusqu'à la moindre plus petite action qui se passe : voyant cela, je disais en moi-même : 0 mon Dieu ! si par le moyen de ce verre qui ne provient que de terre (car le

verre se fait avec du sable et des cailloux que l'on fait dissoudre par le moyen d'une certaine racine) ; si, dis-je, cela est ainsi, que nous voyons par le moyen de ces glaces jusqu'à la moindre action qui se fait dans la chambre, qu'est-ce que ne voient pas les bienheureux en Dieu qui rempht tout et en qui toutes choses sont renfermées? Et ainsi toutes les bonnes œuvres des fidèles, tous ces actes de patience, de conformité au bon plaisir de Dieu, et tant d'autres actions de vertu, tout cela, dis-je, jusqu'à la moindre action, est vu en Dieu par les bienheureux, principalement les actes de vertu ; et de là vient que saint Augustin dit qu'une des consolations que Dieu donne là-haut au ciel aux bienheureux qui ont des parents et amis ici-bas en terre, c'est de leur faire voir les actions de vertu qu'ils y .pratiquent : par exemple, l'intention que nous avons en faisant l'oraison, la ferveur d'esprit, la composition du corps, et ainsi jusqu'à la moindre action de vertu que nous faisons ; et ils regardent ainsi ces âmes souffrantes attachées à la croix des douleurs qu'elles souffrent pour l'amour de Dieu, comme autant de brillants qui donnent un certain éclat.

KÉPÉTITION D'OKAISON

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