‹ Saint Vincent de Paul;Chapitre 2 sur 113 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

LA PREMIERE FORMATION DE l'hOMME d'aCTION

ET DE l'homme DE FOI

Saint Vincent de Paul est du peuple et il est Gascon. Né le 24 avril 1576 (1) dans une famille de pauvres cultivateurs, il partagea pendant son enfance la vie des paysans faite de dur labeur et de patience, et il en garda pour toujours une impression profonde. Ké au fond d'un village des Landes, — Pouy, près de Dax, — il semble qu'il ait cherché à développer en lui smtout les qualités de sa race : une vue nette des choses, un bon sens très droit et un peu gros, un certain don de l'ironie amusante, dont il use volontiers pom' désarmer ses adversau'es. Il a, en outre, comme les Cadets de Gascogne, un peu de fantaisie aventureuse et audacieuse, cjui le fera courir dans sa jeunesse de Toulouse à Alger, de Marseille à Rome, de Rome à Paris, et qui le poussera dans sa vieillesse à envoyer des missionnah'es jusqu'en Hibernie et jusqu'à Madagascar, voire même à organiser, avec l'aide d'un soldat d'aventure, le c i-pitaine Paul, une expédition contre les pkates barba-

(1; C'est la date communément adoptée. Mais il semble résulter des affirmations de saint Vincent lui-même qu'il serait né quatre ans plus tard, en 1580.

resqiies. Le peintre Simon François, clans le portrait qn'il nous a laissé de lui, a réussi à mettre dans sa figure un })eu grimaçante et narquoise, et dans ses yeux pétillants d'un feu vif, ce bon sens, cette douce malice et cette audace qu'il avait apportés à Paris du fond de sa Gascogne, et qui rendaient sa parole si savoureuse, son action si originale et si efficace.

L'éducation et l'expérience développèrent en lui ses qualités natives. Son père, qui l'avait destiné d'abord à la garde des troupeaux, eut le sentiment que cet enfant à rintelligence alerte pourrait s'élever, devenir un jour l'appui de sa famille et qu'il valait la peine de tenter avec lui la fortune. îl se décida donc à faire tous les sacrifices pour ses études. A douze ans, Vincent entrait chez les Cordeliers de Dax, qui se chargèrent de l'instruire poiir la somme de soixante livres par an. Au bout de quatre ans, l'élève était jugé suffisarament formé pour devenir maître à son tour, et, tout en continuant à étudier, il surveillait l'éducation des enfants de M. de Comet, avocat célèbre de la ville de Dax.

C'est sur les conseils de M. de Comet que Vincent de Paul se décida à vaincre son humilité et à obéii' à la voix intérieure qui le poussait vers le sacerdoce. A vingt ans, il recevait la tonsure et il partait pour aller étudier la théologie.

La célébrité de Saragosse l'attira d'abord, mais ne le retint pas longtemps. Ce Gascon à l'esprit clair, à la volonté pratique ne put s'accommoder des subtilités des docteurs espagnols, qui passaient leur temps à discuter sur la prémotion physique. Tel nous le voyons au début de ses études théologiques, tel il sera toujours, ennemi de tout raffinement, de toute discussion vaine et des arguties où l'esprit se perd sans profit.

Vincent repassa les monts et alla étudier à l'Université de Toulouse. A Toulouse comme à Dax, il était à la fois professeur et élève ; sa réputation s'établit et se répandit si vite que les familles nobles des environs lui envoyaient leurs enfants et que le jeune étudiant en théologie se trouva

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