PREMIÈRE FORMATION
un moment à la tête d'un véritable collège. Ces nouvelles études dmôrent plusieurs années ; après quoi, ayant été reçu bachelier, il eut le pouvoir d'expliquer et il expliqua en effet, dans un cours de l'Université, le second livre du Maître des Sentences, Pierre Lombard. On voit la sage lenteur, la solidité de cette formation, et ce qu'il faut penser des jansénistes qui accuseront plus tard Vincent d'être un pauvi'e prêtre qui ne sait pas les éléments de la théologie. Vincent de Paul fut ordonné prêtre le 23 septembre 1600 par François de Bom^deilles, évêque de Périgueux.
Un petit hérit<ige à recueille, une créance à faire valoii*, l'obligent à partir pour Marseille. Dans un voyage en mer, il est fait prisonnier par les corsakes tmxs et amené « captif en Alger ». Ce n'est pas le cas de dire avec le personnage de Molière : « Que diable allait-il faire dans cette galère? » Vincent, en effet, ne perd pas son temps à Alger. Non seulement il convertit son maître au catholicisme, mais il étudie l'organisation du gouvernement barbaresque et il se rend compte des intérêts français en Afrique. Plus tard, il organisera d'une manière pratique les consulats d'Axger et de Tunis qiù seront occupés par des frères de sa communauté ; il protégera sur toute la côte africaine le commerce français et il délivrera à prix d'argent un grand nombre de captifs.
Vincent avait eu à Alger des occupations moins graves : il avait appris de son maître, homme fort docte, maints secrets très précieux de chirurgie et, je crois même, un peu d'alchimie. Ces sciences, rares alors, qu'il faisait valok d'ailleurs avec beaucoup de verve, lui gagnèrent, après sa déh\T:ance, la confiance du prélat Montorio qui se rendait à Rome et qui l'amena avec lui en quahté de secrétaire. 11 eut vite fait de conquérir les bonnes grâces des cardinaux par son esprit, par sa bonté, par les merveilleuses histoires qu'il racontait et par ses nou moins merveilleux secrets. 11 connut à fond la cour romaine, et plus tard, (juand il devra négocier avec le pape des affau'es délicates, il sam"a les présenter sous le jour qui convient, dire les mots qui plaisent et compter avec une patience inlassable
i SAINT VINCENT DE PAUL. — CIIAP. I"
sur le temps qui est un des grands facteurs de la politique romaine.
Le pape dut voir en ce jeune Gascon un diplomate d'avenu-, puisque, laissant de côté ambassadeurs et légats, il le chargea d'une mission confidentielle auprès du roi de France, nouvellement converti. Vincent partit pour Paris et il s'acquitta de sa mission avec tant d'habileté qu'il réussit à contenter à la fois le roi et le pape. Il est possible que cette mission de Vincent ait eu quelque rapport avec l'annulation du premier mariage de Henri IV et son second mariage. Et ce qui rendrait cette hypothèse très piquante, c'est que Vincent, son rôle de légat une fois rempli, devint l'aumônier de la première reine, Marguerite de Valois. Cette femme plus qu'étrange, dont la vie avait été remplie d'aventures scandaleuses, se décidait sur le tard à revenir à Dieu et à occuper son esprit de dévotion, de belles -lettres et de métaphysique. Dans son palais du faubom^g Saint- Germain comme dans son château d'Issy, elle donnait des fêtes somptueuses où on déshait fort être admis. « Combien que ces dîners et soupers fussent principalement dédiés à la nourriture du corps, )> comme dit Etienne Pasquier, la reine Margot, qui aimait 1" esprit et la discussion, savait donner à ces réunions un cachet littéraire. Elle avait d'ailleurs une sorte d'académie dont les séances se tenaient en sa présence. Coeffeteau s'y trouvait avec les poètes Eégnier et Maynard, avec Palma Cayet, avec Scipion Dupleix. On discutait des sujets choisis à l'avance par Antoine Le Clerc de la Forêt, maître des requêtes de la reine, qui se chargeait aussi de rédiger le compte rendu des débats. De 1610 à 1612, Vincent, aumônier de la reine, fut de ces réunions. De ces conversations avec une société choisie, un esprit hn comme le sien garda un sens précis et exquis de la langue. Il le conserva en enseignant et en fréquentant longtemps encore chez les Gondi la société la plus distinguée du temps. Par sa langue, il restera toute sa vie de cette génération du commencement du siècle qui n'avait |}as cojiiui les Précieuses ou qui avait échappé à leur influence ; il parlera l'idiome savoureux et pittoresque du