A Mademoiselle Le Gras
Il trace le sujet d'une méditation à donner à une jeune personne pour la préparer à son mariage.
Samedi matin (1640?)
Mademoiselle,
Il sera bon que vous continuiez les oraisons ordinaires, et que vous en donniez une particulière à cette bonne fiUe pour l'entrée en son mariage :
10 Des raisons qu'a une femme de bien vivre avec son mari. Sur quoi vous lui donnerez trois autorités. La première, ce que dit saint Paul, que le mari est le chef de la femme, et par conséquent que c'est à elle d'avoii' la même dépendance de son mari, qu'ont les membres à l'égard du chef ; 2° ce que dit le même saint Paul aux femmes, qui est qu'elles obéissent à leurs maris ; 3° que Dieu dit qu'il faut que la femme quitte père et mère pour suivre son mari.
Le second point est à savoir en quoi consiste la bonne vie d'une femme avec son mari. Or, elle consiste à aimer son mari plus que toutes choses, après Dieu. En second lieu, à lui complaire et obéir en toutes choses qui ne sont pas péché.
Le troisième point est des moyens pour obtenir la grâce à une femme pour bien vivre avec son mari : 1° c'est de le demander à Dieu ; 2° de ne souffrir dans son cœur aucune pensée de moindre estime de lui ; 3° de ne dire ni faire jamais aucune chose qui lui puisse déplaire ; 4° se proposer l'imitation de quelque femme mariée qui vit bien avec son mari ; 5^ d'avoir dévotion à honorer le mariage de saint Joseph et de la sainte Vierge.
Vous avez Pesprit trop défiant. Ayez confiance que Notre- Seigneur fera son bon plaisir en monsieur votre fils.
11 faut accomphr pour Angers ce que vous avez promis, ores que contre votre sentiment.
Si je le puis, j'irai demain à La Chapelle ou y enverrai. Bonjour, mademoiselle. Je suis, en Notre-Seigneur, etc.
= LETTRES A DIVERS, 1625-J6i3 = 61
22. — A Monsieur Du Ccudray, à Rome (1). Il le félicite d.'être dans la ville sainte.
20 juillet IG31.
Monsieur,
Vous voilà donc enfin arrivé à Rome, où est le chef visible de l'Église militante, où sont les corps de saint Pierre et de saint Paul, et de tant d'autres martyrs et saints personnages, qui ont autres fois donné leur sang et employé toute leur vie pour Jésus-Chiist. Oh ! monsieur, que vous êtes heureux de marcher sur la terre où ont marché tant de gTands et saints personnages ! Cette considération m'émut tellement lorsque je fus à Rome, il y a trente ans, que, quoique je fusse chargé de péchés, je ne laissai pas de m'attendrir, même jusqu'aux larmes, ce me semble. Je pense, monsieur, que c'est cette même considération qui vous fortifia et conserva la nuit que vous arrivâtes à Rome, là où, après avoir été bien harassé par le chemin de trente milles que vous fîtes à pied, vous fûtes contraint de coucher sur la dure et de travailler tout le lendemain avec l'ardeur du soleil pour entrer dans la ville. Oh ! que de mérites vous vous êtes acquis par ce moyen !
(1) M. Du Coudray avait été envoyé à. Rome au mois de mai 1631, pour négocier l'approbation de la Compagnie auprès du pape Urbain VIII.
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