A un missionvjiire
Il lui donne des conseils sur la manière de prêcher.
Monsieur,
On m'a averti que vous faites de trop grands efforts en parlant au peuple, et que cela vous affaiblit beaucoup. Au nom de Dieu, monsieur, ménagez votre santé et modérez votre parole et vos sentiments. Je vous ai dit autrefois que Notre- Seigneur bénit les discours qu'on fait en parlant d'un ton commun et familier, parce qu'il a lui-même enseigné et prêché de la sorte, et que cette manière de parler étant naturelle, elle est aussi plus aisée que l'autre qui est forcée, et le peuple la goûte mieux et en profite davantage. Croiriez-vous, monsieur, que les comédiens ayant reconnu cela ont changé leur manière de parler, et ne récitent plus leurs vers avec un ton élevé, comme ils faisaient autrefois ; mais ils le font avec une voix médiocre, et comme parlant famihèrement à ceux qui les écoutent? C'était un personnage, qui a été de cette condition, leciuel me le disait ces jours passés. Or si le désir de plaire davantage au monde a pu gagner cela sur l'esprit de ces acteurs de théâtre, quel sujet de confusion serait-ce aux prédicateurs de Jésus-Christ si l'affection et le zèle de procurer le salut des âmes n'avaient pas le même pouvoir sur eux? Au reste, j'ai été bien contristé de ce qu'au lieu de faire le gi'and catéchisme le soir, vous avez fait des prédications dans votre mission, ce qui ne se doit pas : lo parce que le prédicateur du matin peut avoir peine de cette seconde prédication ; 2° parce que le peuple a plus besoin de ce catéclrisme, et qu'il en profite davantage; 3° parce qu'en faisant ce catéclrisme, il semble qu'il y a en ciuelque façon plus de sujet d'honorer la manière que Notre-Seigneur Jésus- CMst a tenue pour instruire et pour convertir le monde ; 4<^ parce
7i = SAINT VINCENT DE PAUE.— (AÏA[\ IV ^
que c'est notre usage, et qu'il a plu à Notre-Seigueur de donner de grandes bénédictions à cette pratique, en laquelle il se trouve plus de moyen d'exercer l'humilité.