A Monseigneur Ingoli
Annonce d'un missionnaire pour la coadjutorerie de Babylone (1).
Paris, 15 mars 1647.
Monseigneur,
J'ai reçu la lettre de laquelle il a plu à votre Seigneurie illustrissime m'honorer, avec le respect et la dévotion que Notre-
(1) Lambert-aux-Couteaux, très cher à samt Vincent par ses
7(; = SAINT VINCENT DE PAUE — ClIAP. TV =
Seigneur me donne ponr l'un des prélats de l'Eglise qni travaillent le plus à Fexteusion de l'empire de Jésus-Christ par toute la terre, et me suis donné à Dieu pour lui obéir à l'égard du commandement que votre Seignenrie illustrissime me fait de destiner quelqu'un de la Compagnie pour la coadjutorerie de Babylone. N'aj^ant pu trouver aucun externe en qui les qualités requises me paraissaient, qui ait voulu ou pu entreprendi'e cette bonne œuvi'e, celui que je destine à cet effet, monseigneur, est l'un des deux assistants que la Compagnie m'a donnés pour me servir de conseiller en la direction d'icelle, en qui il a plu à la di\dne bonté mettre à peu près les qualités requises à ce saint ministère, ce me semble. Je vous avoue, monseigneur, que la privation de cette personne est m'arracher un œil et me couper moi-même un bras ; mais la dévotion que j'ai vers le pouvoir que Notre-Seigneur a donné à son Église, et qui réside en la personne de notre Saint -Père, qui est d'envoyer ad génies, et à l'obligation qu'ont par conséquent les ecclésiastiques de lui obéir tous de l'Eglise en ce cas-là et la pensée qu'Abraham s'est n.is en état de sacrifier son fils unique et que le Père éternel nous a donné son propre Fils, cela ensemble m'a fait résoudre à destiner ce bon missionnaire pour une telle œuvre, et à m'offrir moi-même, si j'en étais digne.
Voilà, monseigneur, la disposition en laquelle nous sommes pour cette affaire, de laquelle j'espère parler au premier jour à la reine et à Mgr le cardinal, pour savoir l'intention de Sa Majesté sur cela, dont je donnerai avis à Votre Seigneurie illustrissime, à laquelle j'offi^e l'obéissance de notre petite Compagnie et la mienne, etc.