‹ Saint Vincent de Paul;Chapitre 5 sur 113 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

LA PEÉPARATION ET LES DEBUTS d'uNE GRANDE ENTREPRISE (1611-1632) (1)

Après la retraite de 1611, Vincent de Paul est décidé à se donner tout entier à l'apostolat. La forme la meilleure de cet apostolat ne lui apparaît pas encore avec clarté. De plus, mal détaché encore de ses vues personnelles, il n'est pas sans agitation ni sans impatience. Ce n'est qu'après la retraite de 1622 qu'il aura la vision nette de ce qu'il doit faire et qu'il s'abandonnera aux mains de la Providence, pour être un instrument docile. Il sera prêt alors à remplir sa mission et il sera un saint, c'est-à-dire un homme complètement détaché de soi, un homme qui a tué Fégoïsme, tout entier aux hommes et à Dieu.

J'indique rapidement les étapes de cette seconde préparation et des premières entreprises.

Le 13 octobre 1611, Vincent de Paul acceptait, sur les instances de BéruUe, la cure de Clichy. Clichy était alors une modeste bourgade, habitée par des paysans pauvres ; mais le voisinage de Paris permettait à un curé zélé d'intéresser à ses œuvres rurales les grandes dames de la ville. Vincent de Paul commença à y pratiquer cet art, qui sera le sien, de persuader à tous les principes d'une solidarité efficace qui fait des riches les économes des pauvi'es. Quelques mois lui suffirent pom' commen3erla construc-

(1) 1632, date de la bulle d'Urbain VIII érigeant la Congrégation de la Mission.

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tion crime église, pour transformer les âmes et pour o-agiier raffection « des bonnes gens de Clichy ».

Brusquement Bérulle, qui semble avoir eu à ce moment tout pouvoir sur lui, le rappela pour lui confier l'éducation des. enfants de M. de Gondi, général des galères. Nous serions tentés de voir ici une contradiction, si nous ne savions pas que, par des expériences successives, Vincent doit se préparer à remplir un rôle difficile. La famille de Gondi était à ce moment-là une des plus importantes du royaume. Vincent de Paul y rencontra les dames les plus illustres qu'attii'aient l'esprit et la piété de la générale des galères, Marguerite de Silly ; il s'imposa à elles par sa sainteté, et plus tard, quand il tenta ses grandes entreprises, il les retrouva à côté de lui, confiantes, prêtes à l'aider de leur bourse et de leur crédit. De plus, en même temps qu'il apprenait à traiter avec les grands, à perfectionner sa langue et ses manières, il pouvait observer les vices et les qualités de la noblesse, et connaître pour plus tard ses besoins et les ressources qu'elle pouvait fom^nir. Il sentait que, pour renouveler ses forces, elle devait se tourner vers le peuple.

L'éducation des enfants de Gondi n'absorbait pas toute l'activité de Vincent de Paul. Il dirigeait Mme de Gondi et, de cette femme scrupuleuse qui n'osait pas « faire un compliment dans une lettre » sans consulter son directeur, de cette mystique tournée vers la contemplation, il faisait « une femme d'œuvres », la véritable fondatrice de la Mission. Il s'initiait ainsi à la direction des âmes compliquées et tourmentées, et il se fixait dans ces principes qu'il devait appliquer plus tard avec tant de succès à Mlle Le Gras, à la présidente Goussault, à MUe du Fay et à tant d'autres.

Auprès du général des galères, gentilhomme élégant, emporté mais profondément croyant, son influence, sans être aussi constante, était aussi forte. Il racontait luimême plus tard à ses missionnaires comment un jour il avait empêché M. de Gondi de se battre en duel. Il avait appris qu'il en avait l'intention ; et à la messe qu'il célébrait, il demandait à Dieu des moyens pour empêcher ce

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