A Monseigneur Vévéque de Luçcn
Tl annonce l'envoi d'un nouvel exemplaire de la lettre des évêques au Pape, engage à la signer, réfute les allégations des adversaires et montre la nécessité urgente d'une définition.
23 avril 1651,
Monseigneur,
n 3^ a quelque temps que je me donnai la confiance de vous envoyer la copie d'une lettre que la plupart de nosseigneurs les prélats du royaume désireraient envoyer à notre Saint- Père le pape, pour le suppKer de prononcer sur les points de la nouvelle doctrine, afin que, si vous aviez agréable d'êire du nombre, il vous plût de la signer. Et comme je n'ai eu l'honneur d'en recevoir aucune réponse, j'ai sujet de craindre que vous ne l'ayez pas reçue, ou qu'un mauvais écrit que ceux de cette dootrine ont envoyé partout, pour détourner nosdits seigneurs les prélats de ce dessein, ne vous retînt en suspens sur cette proposition. Ce qui fait, monseigneur, que je vous en envoie une seconde copie, et que je vous supplie, au nom de Notre-Seignem-, de considérer la nécessité de cette lettre, par l'étrange division qui se met dans les familles, dans les villes et dans les universités ; c'est un feu qui s'enflamme tous les jours, qui altère les esprits et qui menace FEgiise d'une irréparable désolation, s'il n'y est remédié promptement.
De s'attendre à un concile universel, l'état des affaires présentes ne permet pas qu'il se fasse ; et puis vous savez le temps qu'il faut pour l'assembler, et combien il en a fallu pour le dernier qui s'est fait. Ce remède est trop éloigné pour un mal si pressant.
Qui est-ce donc qui remédiera à ce mal? H faut sans doute que ce soit le Saint-Siège, non seulement à cause que les autres voies manquent, mais parce que le concile de Trente, en sa dernière session, lui renvoie la décision des difficultés qui naîtront touchant ce qu'il a décrété. Or, si l'ÉgHse se trouve dans un concile universel canoniquement assemblé, comme celui-là, et si le Saint-Esprit conduit la même Eghse, comme il n'est pas permis d'en douter, pourquoi ne suivra-t-on pas la lumière
'liO = SAINT VINCENT DE PAUL. — GTTAP. V =
de cet Esprit, qui déclare comme il se faut comporter en ces occasions douteuses, qui est de recourir au Souverain Pontife? Cette seule raison, monseigneur, fait que je vous compte au nombre des soixante prélats qui ont déjà signé cette lettre, sans autre concert qu'une simple proposition, outre plusieurs autres qui la doivent signer.
Si quelqu'un estimait qu'il ne se doit pas déclarer si avant, sur une matière de laquelle il doit être juge, on lui pourrait répondre que, par les raisons ci-dessus, il paraît qu'il n'y doit point avoir de concile, e^ par conséquent qu'il ne peut y être juge. Mais supposons le contraire : le recours au pape ne serait pas un empêchement ; car les saints lui ont autrefois écrit contre les nouvelles doctrines, et n'ont pas laissé d'assister comme juges aux conciles oii elles ont été condamnées.
Si d'aventure il repartait que les papes imposent silence sur cette matière, ne voulant qu'on en parle, qu'on en dispute, ni qu'on en écrive; on leur pourrait dire aussi que cela^ne se doit pas entendre à l'égard du pape, qui est le chef de l'Église, auquel tous les membres doivent avoir rapport, mais que c'est à lui que nous devons recourir pour être assurés dans les doutes et les agitations. A qui donc se pourrait-on adresser? et comment saurait Sa Sainteté les troubles qui s'élèvent, si on ne les lui mande pour y remédier?
Si un autre craignait, monseigneur, qu'une réponse tardive ou moins décisive de notre Saint-Père augmenterait la hardiesse des adversaires, je pourrais l'assurer que Mgr le nonce a dit avoir nouvelle de Rome que, dès que Sa Sainteté verra une lettre du roi, et une autre d'une bonne partie de nosseigneurs nos prélats de France, elle prononcera sur cette doctrine. Or, il y a résolution prise de la part de Sa Majesté pour écrire ; et M. le premier président a dit aussi que, pourvu que la bulle du Saint-Siège ne porte pas avoir été donnée par l'avis de Finquisition de Rome, elle sera reçue et vérifiée au parlement.
Mais que gagnera-t-on, dira un troisième, quand le pape aura prononcé, puisque ceux qui soutiennent ces nouveautés ne se soumettront i5as? Cela peut être vrai de quelques-uns, qui ont été de la cabale de feu M. de Saint-Cyran, qui non seulemenc n'avait pas disposition de se soumettre aux décisions du pape, mais même ne croyait pas aux conciles. Je le sais, monseigneur, pour l'avoir fort pratiqué, et ceux-là se pourront obstiner comme lui, aveuglés de leur propre sens ; mais pour les
autres qui ne le suivent que par l'attrait qu'ils ont aux choses nouvelles, ou par quelque liaison d'amitié ou de famille, ou parce qu'ils pensent bien faire, il y en aura peu qui ne s'en retirent, plutôt que de se rebeller contre leur propre et légitime Père. Nous avons vu l'expérience en ceci au sujet du livre des Deux Chefs et du Catéchisme de la grâce; car sitôt qu'on a su qu'ils étaient censm'és, on n'en a plus parlé.
Et poiu'tant, monseigneur, il est gTandement à désirer que tant d'âmes soient désabusées du reste, comme elles sont de cela, et que l'on empêche de bonne heure que d'autres n'entrent dans une faction si dangereuse que ceUe-ci. L'exemple d'un nommé Labadie est une preuve de la mahgnité de cette doctrine. C'est un prêtre apostat qui passait pouf gTand prédicateur, lequel, après avoir fait beaucoup de dégâts en Picardie et depuis en Gascogne, s'est fait huguenot à Montauban ; et, par un livre qu'il a fait de 3a prétendue conversion, il déclare qu'ayant été janséniste, il a trouvé que la doctrine qu'on y tient est la même créance qu'il a embrassée. Et en effet, monseigneur, les ministres se vantent dans leurs prêches, parlant de ces gens-là, que la plupart des cathohques sont de lem^ côté, et que bientôt ils auront le reste. Cela étant, que ne doit-on pas faire pour éteindre ce feu qui donne de l'avantage aux ennemis jurés de notre rehgion?
Pui ne se jettera sur ce petit monstre qui commence à ravager rEghse, et qui enfin la désolera, si on ne l'étouffé en sa naissance? Que ne voudi'aient avoir fait tant de braves et saints évêques qui sont à cette hem'e, s'ils avaient été du temps de Calvin? On voit maintenant la faute de ceux de ce temps-là, qui ne s'opposèrent pas fortement à une doctrine qui devait causer tant de guerres et de divisions. Aussi y avait-il bien de l'ignorance pom* lors ; mais à présent que nosseignem^s les prélats sont plus savants, ils se montrent aussi plus zélés. Tel est Mgi' de Cahors, qui m'écrivit dernièrement qu'on lui avait acU-essé un hbeUe diffamatoire contre ladite lettre. « C'est, dit-il, l'esprit de l'hérésie, qui ne peut souffrir les justes corrections et réprimandes, et se jette incontinent avec violence dans les calomnies. Nous voici aux mains où j'ai toujours cru qu'il en fallait venir. » Et parce que je l'avais prié de se conserver, au sujet d'un accident qui lui est amvé : « Je vous assure (me dit-il) que je le ferai, quand ce ne serait que pour me trouver dans le combat que je prévois qu'il nous faudra avoir ; et j'espère qu'avec l'aide de Dieu nous les vaincrons, » Voilà les sentiments de ce
bon prélat. On n'en attend pas d'autres de vous, monseigneur, qui annoncez et faites annoncer en votre diocèse les opinions communes de l'Église, et qui, sans doute, serez bien aise de requérir que notre Saint-Père fasse faire le même partout, pour réprimer ces opinions nouvelles qui sympathisent tant avec les erreurs de Calvin. H y va certes de la gloire de Dieu, du repos de PÉglise et (j'ose le dire) de celui de l'État; ce que nous voyons plus clairement à Paris qu'on ne peut se l'imaginer ailleurs. Sans cela, monseigneur, je n'eusse eu garde de vous importuner d'un si long discours. Je supplie très humblement votre bonté de me pardonner, puisque c'est elle qui m'a fait prendre cette confiance, etc.
20. — A Messeigneurs Pavillon, évêque d'Alet, et Caulet, évêque de Pamiers.
Il les presse de se joindre aux évêques qui sollicitent du pape la condamnation des nouvelles erreurs : on attendrait en vaiii que ceux qiû les sèment s'accordent avec les défenseurs de la doctrine de l'Église ; l'union ne doit pas être déshée au détriment de la vérité ; c'est toujours au pape qu'on a recouru dans les difficultés sur la foi. Prévoir que quelques-uns n'acquiesceront pas ne doit pas arrêter : cela discernera les enfants de l'Église d'avec les opiniâtres.
(Jum 1651 ?)
Messeigneurs,
J'ai reçu avec le respect que je dois à voire vertu et à votre dignité la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m' écrire sur la fin du .mois de mai (1), pour réponse aux miennes, sur le sujet des questions du temps, oii je vois beaucoup de pensées, dignes du rang que vous tenez dans l'Éghse, lesquelles semblent vous faire incliner à tenir le parti du silence dans les contentions
(1) La lettre écrite en commun })ar les deux évêquos est datée d'Àlet, le 22 avril 1651. Le saint ne la reçut que vers la fin du mois de mai.
présentes. Mais je ne laisserai pas de prendi'e la liberté de vous représenter quelques raisons qui pourront peut-être vous porter à d'autres sentiments : et je vous supplie, messeigneurs, prosterné en esprit à vos pieds, de l'avoir pour agi'éable.
Et premièrement, sm* ce que vous témoignez appréhender, que le jugement qu'on désire de Sa Sainteté ne soit pas reçu avec la soumission et l'obéissance que tous les clirétiens doivent à la voix du souverain Pasteur, et que l'esprit de Dieu ne trouve pas assez de docilité dans les cœm's pour y opérer une vraie réunion ; je vous représenterais volontiers que, quand les hérésies de Luther et de Calvin, par exemple, ont commencé à paraître, si on avait attendu à les condamner jusqu'à ce que leurs sectateurs eussent paru chsposés à se soumettre et à se réunir, ces hérésies seraient encore du nombre des choses indifférentes à suivre ou à laisser, et elles auraient infesté plus de personnes qu'elles n'ont fait. Si donc ces opinions dont nous voyons les effets pernicieux dans les consciences sont de cette nature, nous attendrons en vain que ceux qui les sèment s'accordent avec les défenseurs de la doctrine de l'Éghse ; car c'est ce qu'il ne faut point espérer, et ce qui ne sera jamais : et de différer d'en obtenir la condamnation du Saint-Siège, c'est leur donner le temps de répandre leur venin, et c'est aussi dérober à plusieurs personnes de condition et de grande piété ' le mérite de l'obéissance qu'ils ont protesté de rendre aux décrets du Saint-Père, aussitôt qu'ils les verront : ils ne désirent que savoir la vérité, et, en attendant l'effet de ce désir, ils demeurent toujours de bonne foi dan ce parti qu'ils gTOSsissent et fortifient par ce moyen, s'y étant attachés par l'apparence du bien, et de la réformation qu'ils prêchent, et qui est la peau de brebis, dont les véritables loups se sont toujours couverts pour abuser et séduire les âmes.
Secondement, ce que vous dites, messeigneurs, que la chaleur des deux partis à soutenir chacun son opinion laisse peu d'espérance d'une parfaite réunion, à laquelle néanmoins il faudrait butter, m'oblige de vous remontrer qu'il n'y a point de réunion à faire dans la diversité et contrariété de sentiment en matière de foi et de rehgion, qu'en se rapportant à un tiers qui ne peut être que le pape au défaut des conciles ; et que celui qui ne se veut point réunir en cette matière n'est point capable d'aucune réunion, laquelle, hors de là, n'est pas même à désirer ; car les lois ne doivent jamais se réconciher avec les crimes, non plus que le mensonge s'accorder avec la vérité.
Troisièmement, cette uniformité que vous désirez entre les prélats serait bien à désirer, pourvu que ce fût sans préjudice de la foi ; car il ne faut point d'union dans le mal et dans Terreur ; mais quand cette réunion se devrait faire, ce serait à la moindre partie de revenir à la plus grande, et aux membres de se réunir au chef, qui est ce qu'on propose, y en ayant au moins de six parts les cinq, qui ont offert de s'en tenir à ce qu'en dira le pape, au défaut du Concile, qui ne se peut assembler à cause des guerres ; et quand, après cela, il resterait de la division, et, si vous voulez, du schisme, il s'en faudrait prendre à ceux qui ne veulent point de juge, ni se rendre à la plurahté des évêques, auxquels ils ne défèrent non plus qu'au pape.
Et de là se forme une quatrième raison, qui sert de réponse à ce qu'il vous plaît de me dire, messeigneurs, que Tun et l'autre parti croit que la raison et la vérité sont de son côté, ce que j'avoue ; mais vous savez bien que tous les hérétiques en ont dit autant, et que cela ne les a point garantis de la condamnation et des anathèmes . dont ils ont été frappés par les papes et par les conciles : on n'a point trouvé que la réunion avec eux fût un moyen de guérir le mal ; au contraire, on y a apphqué le fer et le feu, et quelquefois trop tard, comme il pourrait arriver ici. H est vrai qu'une partie accuse l'autre ; mais il y a cette différence, que Tune demande des juges et que l'autre n'en veut pas, ce qui est un mauvais signe. Il ne veut point de remède, dis-je, de la part du pape, parce qu'il sait qu'il est possible, et fait semblant de demander celui du Concile, parce qu'il le croit impossible en Tétat présent des choses ; et s'il pensait qu'il fût possible, il le rejetterait comme il rejette l'autre. Et ce ne sera point, à mon avis, un sujet de risée aux Hbertins et aux hérétiques, non plus que de scandale aux bons, de voir les évêques divisés : car, outre que le nombre de ceux qui n'auront pas voulu souscrire aux lettres écrites au pape sur ce sujet sera très petit, ce n'est pas chose extraordinaire dans les anciens conciles, qu'ils n'aient pas été tous d'un même sentiment ; et c'est ce qui montre aussi le besoin qu'il y a que le pape en connaisse, pmsque, comme vicaire de Jésus-Christ, il est le chef de toute TEghse, et par conséquent le supérieur des évêques.
Cinquièmement, on ne voit point que la guerre, pour être allumée presque par toute la chrétienté, empêche que le pape ne juge avec toutes les conditions et formahtés nécessaires, et prescrites par le concile de Trente, du choix desquelles il
se rapporte pleinement à Sa Sainteté, laquelle plusieurs saints et anciens prélats ont ordinaii'ement consultée et réclamée dans les doutes de la foi, et même étant assemblés, comme on voit chez les anciens Pères et dans les annales ecclésiastiques. Or, de prévoir qu'on n'acquiescera pas à son jugement, tant s'en faut que cela se doive présumer ou craindi^e, ^que plutôt c'est un moyen de discerner par là les enfants de l'Église d'avec les opiniâtres.
Quant au remède que vous proposez, messeignem's, de défendre à l'un et à l'autre parti de dogmatiser, je vous supplie très humblement de considérer qu'il a déjà été essayé inutilement, et que cela n'a servi qu'à donner pied à l'erreur; car voyant qu'elle était traitée de pair avec la vérité, eUe a pris ce temps pour se provigner, et on n'a que trop tardé à la déraciner, vu que cette doctrine n'est pas seulement dans la théorie, mais que, consistant aussi dans la pratique, les consciences ne peuvent plus supporter le trouble et l'inquiétude qui naît de ce doute, lequel se forme dans le cœm^ de chacun ; savoir, si Jésus-Chiist est mort pom' lui, ou non, et autres semblables. Il s'est trouvé ici des personnes, lesqueUes entendant que d'autres disaient à des moribonds, pour les consoler, qu'ils eussent confiance en la bonté de Notre-Seignem*, qui était mort pour eux, disaient aux malades qu'ils ne se fiassent pas à cela, parce que Notre- Seigneur n'était pas mort poiu: tous.
Permettez-moi aussi, messeigneurs, d'ajouter à ces considérations, que ceux qui font profession de la nouveauté, voyant qu'on craint leurs menaces, les augmentent et se préparent à une forte rébelUon ; ils se servent de votre silence pour un puissant argument en leiu* faveur; et même se vantent, par un imprimé qu'ils pubhent, que vous êtes de leur opinion ; et au contraire, ceux qui se tiennent dans la simphcité de l'ancienne créance s'affaibhssent et se découragent, voyant qu'ils ne sont pas universellement soutenus. Et ne seriez-vous pas un jour bien marris, messeigneurs, que votre nom eiit servi, quoique contre vos intentions, qui sont toutes saintes, à confirmer les uns dans lem* opiniâtreté, et à ébranler les autres dans leur créance?
De remettre la chose à un concile universel, quel moyen d'en convoquer un pendant ces guerres? Il se passa environ quarante ans, depuis que Luther et Calvin commencèrent à troubler l'Église, jusqu'à la tenue du concile de Trente. Suivant cela, il n'y a point de plus prompt remède que celui de recourir au
pape, auquel le concile de Trente même nous renvoie en sa dernière session, au chapitre dernier, dont je vous envoie un extrait.
Derechef, messeigneurs, il ne faut pas craindre que le pape ne soit pas obéi, comme il est bien juste, quand il aura prononcé ; car, outre que cette raison de craindre la désobéissance aurait Heu en toutes les hérésies, lesquelles par conséquent il faudrait laisser régner impunément, nous avons un exemple tout récent dans la fausse doctrine des deux prétendus chefs de l'Éghse, qui était sortie de la même boutique, laquelle a\ant été condamnée par le pape, on a obéi à son jugement, et il ne se parle plus de cette nouvelle opinion.
Certes, messeigneurs, toutes ces raisons et plusieurs autres que vous savez mieux que moi, qui voudrais les apprendre de vous, que je révère comme mes pères et les docteurs de FÉgUse, ont fait qu'il reste à présent peu de prélats en France qui n'aient signé la lettre qui vous a été ci-devant proposée, ou bien une autre qui a été depuis dictée par un de ces mêmes prélats, que l'on a fort goûtée, et dont, à cet effet, je vous renvoie la copie, parce qu'elle vous plaira peut-être davantage.
2. — A Messieurs Lagault et Edlier, docteurs de Sorlonne, à Rome (1).
Il les engage à se ménager pour conserver leurs forces. — Les esprits sont détournés des questions théologiques par le fléau de la guerre ; cependant le parti a fait circuler une lettre de saint Prosper qu'il a falsifiée dans son sens. — On a descendu la châsse de sainte Geneviève, et, avant le huitième jour, le duc de Lorraine est parti avec son armée. — Détresse extrême dans Paris.
21 juin 1652.
Monsieur,
J'ai été grandement consolé d'apprendre par votre lettre que vous êtes heureusement arrivés à Rome avec ces bons
(1) M. Jérôme Lagault, né à Paris, docteur de la maison et société de Sorbonne, mourut en Suisse, à son retour de Rome, en 1653. Il
messieurs qui sont avec vous ; j'en rends grâces à Dieu et le prie qu'il vous conserve une parfaite santé : à quoi je vous prie aussi de contribuer, monsieur, vous et eux, en tout ce qui dépend de vos soins, puisqu'il y va de l'intérêt de Dieu en la conservation de trois de ses meilleurs ser\âteurs employés à la négociation d'une affaire grandement importante. Ne vous pressez pas, s'il vous plaît, et n'allez point pendant la chaleur du jour ; Kotre-Seigneur aura fort agréable que, pour le mieux servir, vous ménagiez vos forces. Nous tâcherons ici de vous aider de nos prières et de nos petites soUicitudes autant que nous pourrons ; et déjà l'on soIHcite à la cour pour avoir d'autres lettres, afin de vous les envoyer. On parle fort peu maintenant de ces questions ; c'est peut-être à cause que les agitations de la guerre occupent les esprits et que les misères du temps commencent à se faire sentir. Il est pourtant arrivé une petite rencontre qui a fait remettre ces matières sur le tapis ; c'est que ces gens-là ont fait comir une lettre imprimée sous cette inscription : Lettre d\m évêque à un prêtre, dç laquelle ils ont envoyé des copies à plusieurs personnes dont j'en suis une ; mais on a découvert que ce n'est pas une pièce de lem' boutique, mais une lettre do saint Prosper, qu'ils ont traduite et accommodée à leur façon. Je ne doute pas que vous ne soyez avertis de toutes choses. Je vous dirai seulement au sujet de la descente solennelle de la châsse de sainte Geneviève et des processions générales qu'on a faites pour demander à Dieu la cessation des souffrances pubhques, par l'intercession de cette sainte, qu'il ne s'est jamais vu à Paris plus de concours de peuple, ni de dévotion extérieure. L'effet de cela a été qu'avant le huitième jour le duc de Lorraine, qui avait son armée aux portes de Paris et qui était lui-même dans la ville, a décampé pour s'en retourner en son pays, ayant pris cette résolution sur le point que l'armée du roi allait fondre sm' la sienne. On continue aussi depuis à traiter de la paix avec les princes, et l'on espère de la bonté de Dieu qu'elle se fera, d'autant plus qu'on tâche d'apaiser sa justice par de grands biens qui se font à présent à Paris à l'égard des pauvres honteux et des pauvres gens de la campagne qui s'y sont réfugiés. On donne chaque
avait été à Kome avec François Hallier, docteur de Sorbonne et syndic de la Faculté de théologie. Ces deux prêtres, amis de saint Vmcent, étaient allés combattre les menées des Jansénistes. M. HaUier fut sacré, en 1657, évêque de Cavaillon, où il mourut le 22 juillet 1659.
jour du potage à quatorze ou quinze mille qui mourraient de faim sans ce secours. Et, en outre, on a retiré les filles en des maisons particulières, au nombre de huit ou neuf cents ; et l'on va enfermer toutes les religieuses réfugiées qui logent par la ville (et quelques-unes, dit-on, en des lieux de soupçon) dans un monastère préparé à cet effet, où elles seront gouvernées par des filles de Sainte-Marie.
Voilà bien des nouvelles, monsieur, contre la petite maxime 011 nous sommes de n'en écrire point ; mais qui pourrait s'empêcher de pubHer la grandeur de Dieu et ses miséricordes? C'est en lui que je suis, monsieur, votre, etc.