‹ Saint Vincent de Paul;Chapitre 56 sur 113 · A Monseigneur de Caliors · texte numérisé non relu

A Monseigneur de Caliors

Il lui annonce la condamnation des cinq propositions, les bonnes dispositions des chefs du parti, la joie des catholiques. — Il le prie de remercier Dieu de cette grâce.

De Paris, ce 5 juillet 1653.

Monseigneur,

Je vous envoie une nouvelle qui vous sera fort agréable, c'est la condamnation des Jansénistes, de qui les cinq propositions ont été déclarées hérétiques dès le 9 juin. La bulle (2) en fut publiée dans Rome le même jour, et arriva en cette ville la fête de Saint-Pierre ; et ayant été présentée au roi et à la reine par Mgr le nonce. Leurs Majestés l'ont fort bien reçue, et Mgr le cardinal a promis de tenir la main à l'exécution. Tout Paris en a tressailh de joie, au moins ceux du bon parti, et les autres témoignent de s'y vouloir soumettre. M. Singhn (3), qui en

(1) L'original de cette lettre se trouve à Turin chez les Prêtres de la Mission. La signature seule est de la main du saint.

(2) La bulle d'Innocent X condamnait cinq propositions extraites de VAugustinus.

(3) M.Singlin, élevé d'abord par saint Vincent, avait été attiré dans le jansénisme par l'abbé de Saint-Cyran.

est le patriarche avec M. Arnault, a dit qu'il fallait obéir au Saint-Siège; et M. du Haniel, curé de Saint-Merry, Fun des arcs-boutants de cette nouvelle doctrine, est dans cette disposition, et s'est offert de publier lui-même la bulle en son église. Plusieurs des principaux d'entre eux, comme M. et Mme de Liancourt, disent qu'ils ne sont plus ce qu'ils étaient (1 ) ; bref, on espère que tous acquiesceront. Ce n'est pas que quelquesuns n'aient peine d'avaler la pilule, et disent môme que, quoique les sentiments de Jansénius soient condamnés, les leurs ne le sont pas ; mais ceci je ne l'ai ouï dire qu'à une personne. Tant y a, monseigneur, que cette décision est une grâce de Dieu si grande que tout le monde en fait fête ici ; et ceux qui savent le mal que ces agitations passées ont fait, ne peuvent assez reconnaître un tel bien. J'espère, monseigneur, que comme vous avez contribué à l'obtenir par la signature de la lettre écrite à Sa Sainteté, vous serez aussi des plus fervents à en remercier Dieu et à le prier qu'il achève de réunir les esprits : ce que fera aussi Mgr de Sarlat, s'il vous plaît de lui envoyer une copie de la bulle ci-jointe, laquelle n'a pas encore été imprimée. On attend Mgr de Paris, qui est absent, pour la faire mettre en français et la faire afficher. C'est un arrêt contradictoire du Saint-Siège, qui a usé de toutes les précautions imaginables pour ôter tout prétexte à nos parties de s'en plaindre. Il les a ouïs plusieurs fois en particuHer et en public, non seulement les premiers docteurs envoyés pour empêcher que Sa Sainteté prononçât, mais les seconds qui étaient allés au secours, qui ont parlé trois ou quatre heures durant en sa présence, Hsant un grand cahier qu'ils avaient apporté de Paris, tout dressé. Béni soit Dieu de ce que tous leurs efforts ont été inutiles, et que les âmes jouissent de la paix par la connaissance de la vérité que ces gens-là ont voulu obscurcir ; plaise à sa divine bonté, monseigneur, de vous conserver pour sa gloire ; c'est un de mes plus grands souhaits, qui suis en amour, etc.

(1) Ces sentiments durèrent peu, et l'esprit d'intrigue eut le dessus sur l'apparente soumission manifestée d'abord, M. de Liancourt se plaignit à saint Vincent de son confesseur, qui lui refusait l'absolution : le parti en tira occasion pour faire du scandale.

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