‹ Saint Vincent de Paul;Chapitre 57 sur 113 · Au frère Barreau, consul d'Alger, à Alger · texte numérisé non relu

Au frère Barreau, consul d'Alger, à Alger

Il lui donne des avis pleins de sagesse pour la position délicate qu'il Occupe à Alger.

De Paris, ce 6 septembre 1646.

Monsieur,

n n'y a que Dieu seul qui vous puisse faire comprendre la consolation que nous avons de votre heureux voyage, du commenceraent et du progrès de votre ai:rivée. J'en rends grâces à la -bonté infinie de Jésus-Christ, qui vous a fait ceci, et le prie qu'il sanctifie votre chère âme de plus en plus, afin que vous agissiez toujours saintement et en toutes choses.

Voici les petits avis que je pense vous devoir donner, c'est qu'il semble que vous vous êtes un peu trop hâté à promettre l'argent du droit de la poste : 1^ pour ce qu'il pouvait arriver que vous ne vous trouveriez pas cet argent dans le temps préfixé ; 2° en ce qu'il se pouvait faire qu'empruntant cette somme de delà aux marchands pour leur rendre à Marseille, il pouvait arriver que l'a-rgent ne serait pas prêt à leur arrivée à Marseille, ce qui apporterait du décri de votre personne et de votre ministère. Le contraire est néanmoins, parce que la Providence a fait trouver du crédit aux Mathurins réformés (1) pour fournir douze mille livres dans dix ou douze jours à Marseille à celui auquel vous auriez envoyé l'ordre de le prendre.

Le second avis est de ne jamais écrire ni parler des conver-

(1) On appelait ainsi les membres de l'ordre de la Sainte-Trinité, fondé, au'"douzième siècle, par Jean de Matha et Félix de Valois, et approuvé par le pape Innocent III, en 1198. Le nom de Mathurins vient de ce que Félix avait réussi à établir, à Paris, les membres de l'ordre dans un endroit où était une chapelle dédiée à saint Mathurin. Ces rehgieux avaient établi des comptoirs à Alger, à Bougie, à Oran et à Mostaganem.

sions de delà et, qui plus est, de ne pas tenir la main à celles qui se font contre la loi du pays. Vous avez sujet de craindre que quelqu'un ne feigne cela pour exciter une avanie. Eessouvenez-vous, s'il vous plaît, monsieur, de ce que je vous ai dit que les jésuites ont fait d'autres fois à Péra sur pareille rencontre. H est bien à souhaiter que nous ayons un chiffre, si vous en avez l'usage, ou je vous en enverrai un.

L'âme de votre affaire est l'intention de la pure gloire de Dieu; l'état continuel d'humiliation intériem'e (ne nous pouvant pas beaucoup employer aux extérieures); la soumission intérieure du jugement et de la volonté à celui qui vous a été donné pour vous conseiDer ; et autant que vous le pourrez, ne rien faire sans lui proposer, si vous n'êtes obhgé de répondre sur-le-champ. Jésus-Christ était le souverain seigneur de Marie et de saint Joseph, et cependant il ne faisait rien que de leur avis. C'est, monsieur, ce mystère que vous devez honorer d'une manière particuhère à ce qu'il plaise à son infinie bonté de vous conduire dans l'état auquel vous êtes.

Je vous ai écrit que j'ai vu votre bonne tante, et rédiiication que j'en ai eue, qui suis, monsieur, en l'amour de Notre-Seigneur, etc.

P.-8. — Je minute à vous envoyer une personne pour servir de chanceKer. Nous pressons les pères de la Merci (1), mais le désordre est si grand entre eux, à ce qu'ils m'ont dit, qu'il n'y a point apparence de rien faire avec eux. Le roi a commis M. de Morangis pour en connaître. Cela va... Nous verrons à y faire ce que nous pourrons. Je loue Dieu de ce que vous avez retiré ce Père chez vous.

(1) L'ordre des Frères de la Merci fut fondé à Barcelone, le 19 août 1223, par PieiTe Nolasque. Il avait pour but, comme celui des Mathurins, le rachat des captifs.

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