‹ Saint Vincent de Paul;Chapitre 58 sur 113 · A Monsieur d''Horgny, supérieur, à Rome · texte numérisé non relu

A Monsieur d''Horgny, supérieur, à Rome

Impossibilité d'augmenter le nombre des missionnaires de sa maison. — Le Saint-Siège presse la Compagnie de se charger de la mission de Perse.

1er i^ars 1647.

Monsieur,

Dieu vous fournira d'autres ouvriers quand il en sera temps : le besoin ne vous a pas pressé jusqu'à maintenant, puisque vous n'avez pas fait d'ordination, et que vous en avez passablement pour les Missions, quoique non pas à souhait. Nous faisons ici et ailleurs comme nous pouvons : serait-il raisonnable que nous fussions dans l'abondance des hommes, laquelle les rend inutiles, une partie du temps, pendant que Dieu en manque en d'autres Meux où il nous appelle? Saint Ignace ne fit-il pas cent étabhssements a,vant sa mort, de deux ou trois personnes chacun? Ce n'était pas sans beaucoup d'inconvénients, puisqu'il y envoyait des novices, et que, parfois, il était obUgé de les étabhr supérieurs ; mais ce n'était pas aussi sans fruit ni sans providence. Si nous en avons entrepris quelques-uns, ce n'a pas été. Dieu merci, par aucun désir de nous étendre (sa divine bonté le sait), mais seulement de correspondre à ses desseins. Ce n'a pas été non plus de notre choix, ni par notre sollicitation, mais par la seule disposition d'en haut, que notre indifférence nous a donné loisir d'éprouver et de reconnaître. Qui nous assurera que Dieu ne nous appeUe point présentement en Perse (1)? H ne le faut pas conjecturer de ce que nos maisons ne sont pas remphes; car celles qui le sont davantage ne font pas le plus de fruit : n'avons-nous pas occasion de croire plutôt le contraire? Même de craindre que Dieu n'abandonne l'Europe à la merci des hérésies qui combattent l'Éghse depuis un siècle, et qui ont fait de si grands ravages, qu'elles l'ont réduite comme à un petit point : et par un surcroît de malheur, ce qui reste

(1) La Propagande demandait à saint Vmcent de lui désigner un sujet propre à l'épiscopat pour l'envoyer en Perse.

semble se disposer à une division par les nouvelles opinions qui pullulent tous les jours. Que ^savons-nous, dis-je, si Dieu ne veut pas transférer la même Église chez les infidèles, lesquels gardent peut-être plus d'innocence dans lem's mœurs que la plupart des clirétiens, qui n'ont rien moins à cœur que les saints mystères de notre religion. Pour moi, je sais que ce sentiment me demem'e depuis longtemps. Mais quand Dieu n'aurait pas ce dessein, ne devons-nous pas contribuer à l'extension de l'Église? oui, sans doute et cela étant, en qui réside le pouvoir d'envoyer ad génies? H faut que ce soit au pape, ou aux conciles, ou aux évêques. Or, ceux-ci n'ont de juridiction que dans leurs diocèse ; des conciles, il n'en est point dans ce temps. E faut donc que ce soit en la personne du premier. Si donc il a droit de nous envoyer, nous avons aussi obligation d'aller ; autrement son pouvoir serait vain. Vous savez, monsieur, depuis quel temps la sacrée CongTégation a jeté les yeux sur nous ; combien de fois elle nous a fait solliciter ; combien peu nous nous sommes hâtés, pour ne mêler rien d'humain dans la résolution de cette sainte entreprise ; mais comme nous sommes de nouveau pressés, et par lettres et par MgT le nonce (1), je ne doute plus qu'il n'en faille venir à l'exécution. J'avais disposé pour Babylone M. Ferret (2) ; mais Mgr de Paris le voulant avoir pour Saint-Nicolas -du-Chardonn et m'a fait plainte de ce que je voulais le lui cter. Je vous ai mandé que (ne sachant à qui m'adresser hors la Compagnie) j'avais pensé à M. GiUes (3), à ce trouvé convenable. J'en ai sondé d'autres parmi ces messieurs de notre conférence, mais je n'en ai trouvé ni d'assez résolus, ni d'assez propres : il me reste seulement à voir M. Brandon : si celui-ci manque, je me vois obhgé de rentrer dans la Compagnie pour en prendre un. Priez Dieu pour cela, s'il vous plaît ; quand le choix sera déterminé dedans ou dehors, je vous en donnerai avis : cependant j'attendrai le mémoire que M. de Montheron vous a promis au sujet de ce voyage. Je suis, etc.

(1) Nonce du pape, Jacques Bagny, archevêque d'Athènes.

(2) M. Ferret, qui fut curé de Saint-Nicolas-du-Chardonnet*

(3) M. Gilles, supérieur de la maison de Crécy.

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